Critiques pour l'événement La machine de Turing
29 nov. 2018
9,5/10
4 0
Une pièce admirable aux nombreux tiroirs : la relation cerveau humain-machine-intelligence artificielle, la quête de soi, la sexualité (à cet égard, ramener la pièce à la seule homosexualité est réducteur et nul).
Mise en scène intelligente ; les allers retours entre les périodes passent bien.
Décors sobres et efficaces.
Quant aux deux acteurs, un immense bravo tant ils vivent avec une intensité remarquables leurs rôles.
Les "Molière" planent et rodent au dessus du théâtre Michel...

A voir absolument... mais dépêchez vous, le théâtre est vite plein...!
23 nov. 2018
10/10
11 0
Je n’avais pas mémorisé le nom d'Alan Turing mais je savais que Steve Jobs avait donné le nom d’Apple à sa marque en hommage à un grand mathématicien qui s’était suicidé en croquant dans une pomme imbibée de cyanure.

Voilà pourquoi le logo a cette forme si originale aux yeux de certains qui n’y voient que le symbole de la connaissance, ou de la suprématie new-yorkaise.

Dès l’entrée en scène de Benoît Solès, ce fruit à la main, j’ai compris que c’était sa vie qui avait inspiré la pièce alors que l’affiche ne m’avait rien suggéré de tel. Je dois dire que n’étant pas masochiste de nature je n’avais pas cherché à savoir grand chose sur ce spectacle pour lequel il était quasi impossible d’obtenir une place cet été en Avignon.

Le bouche à oreille ne relayait qu’une double affirmation : c’est génial, mais c’est complet. On ajoutait pour nous consoler ("nous" les passionnés de théâtre, amateurs éclairés, chroniqueurs et même programmateurs) que ce serait moins difficile d’avoir une place à la reprise déjà annoncée au Théâtre Michel à l’automne.

Je suis donc venue ce soir en m’attendant juste à voir quelque chose d’extraordinaire ... et ça l’est. Je ne vois pas dans quelle catégorie La machine de Turing ne sera pas citée aux prochains Molières.

Benoît Solès, qui est un de nos grands comédiens, a été touché par l’histoire qu’il a transposée pour le théâtre. Il est donc le premier à applaudir pour son écriture et pour son interprétation très nuancée d'Alan Turing.
Face à lui, son partenaire, Amaury de Crayencour joue tous les autres rôles, très différents, comme un inspecteur de police ou un loubard, ce qui et également une performance. L’usage de la vidéo permet aux scènes de s’enchainer en apportant un certain relief.

Et sans doute que le travail du metteur en scène, Tristan Petitgirard, compte dans le résultat final.

La pièce retrace l’essentiel de la vie d’Alan Turing, un mathématicien anglais que l'on peut considérer comme l’inventeur d’une machine pensante qui se révèlera être le premier ordinateur. Il a réussi à briser le code secret de la machine allemande Enigma qui transmettait pendant la Seconde guerre mondiale les communications du commandant allemand, ce qui a sauvé des milliers de vies et accéléra la fin du conflit. Il aurait du recevoir tous les honneurs pour ce succès (il les aura à titre posthume) mais son homosexualité -considérée alors comme un délit- lui vaudra d’être condamné à subir une castration chimique.

D’autres facteurs ont pesé sur son destin. La surdouance n’est jamais facile à vivre et contribue à l’isolement. C’est la première différence qui enclenche le processus d’isolement. Travailler dans les services secrets n’a pas non plus facilité les choses, et la jalousie et l’intolérance ont achevé de précipiter cet homme dans un avenir qu’il voyait sans issue, finira par "préférer" se donner la mort. Il avait à peine plus de quarante ans.

Il faut penser à l’intolérance des années d’après-guerre pour comprendre que cet homme, surdoué, hypersensible, qui avait du mal à communiquer avec les autres, puisse avoir été poussé à croquer une pomme imbibée de cyanure pour en finir avec son enfer.

Benoît Solès est plus que touchant dans l’interprétation qu’il fait de ce génie, bègue et timide, à l’humour de clown blanc et capable de dérision. Il nous montre un homme dont l’humilité le pousse à brider sa supra intelligence pour tenter de nouer des rapports affectifs ... pourris par l’argent.

Les parents pourront parler de ce génie en montrant à leurs enfants la double page qui lui est consacrée dans Enfances, de Marie Desplechin et Claude Ponti. On pourra aussi avoir envie de voir ou revoir le film A beautiful mind, consacré au parcours d'un autre mathématicien d'exception, John Forbes Nash Jr., qui élabora une théorie économique des jeux.
18 nov. 2018
9/10
10 0
L'homme de l'ombre.

Avec une belle sensibilité, Benoît Solès nous emmène à la rencontre de cet être hors du commun qu'était Alan Turing.
Il y a une vraie empathie dans l'interprétation superbe et touchante qu'il fait de ce héros, oublié de l'histoire.

Aidé de son compère, Amaury de Crayencour, qui joue tous les autres rôles, et d'une mise en scène brillante, il nous fait revivre le destin tragique de celui qui aurait tant voulu vivre une vie normale.

Le génie est il une malédiction ?

Bouleversant !
8 nov. 2018
9,5/10
11 0
Superbe "biopic" sur la vie d'Alan TURING, saisissante !

En bref, Alan Turing raconte sa vie, par flashback, en soulignant toutes les différences qu'il a ressenti entre lui et les gens qui l'entourent. Depuis tout petit il raconte qu'il se sent spécial, que ses seuls amis sont les chiffres, et un certain Christofer dont il ne s'est jamais remis de la mort, le rôle qu'il a joué dans la seconde guerre mondiale en dirigeant la crypto-analyse pour déchiffrer les codes allemands, et la naissance de l'intelligence artificielle ensuite, avec les machines qui pensent.

Ce qui m'a vraiment ému dans cette pièce, c'est tout le sujet des différences entre les personnes. Alan Turing est un homme différent des autres, car c'est un génie qui ne comprend que les chiffres. De surcroit, il est homosexuel, ce qui à l'époque était un crime, une perversité de l'esprit. Il se heurte en permanence à des gens qui ne le comprennent pas, et le qualifie de fou, le jugent en permanence. Il dit à plusieurs reprises à l'enquêteur : "Et si la machine Turing est programmée différemment ?" "Les gens ont tendance à qualifier de fou ceux qu'ils ne comprennent pas". L'acteur qui joue Alan nous transmet toute la sensibilité du personnage.

On voit bien dans la pièce également les faiblesses et les limites de Alan Turing : il ne parle qu'en chiffres mathématiques, et en machine, or derrière ses lignes de code, il y a des hommes qui font la guerre, et des pertes humaines. On se rend compte à quel point cet homme est "inhumain". Sans connaître la vie d'Alan Turing, cet homme nous parait dans sa bulle, totalement décalé des hommes, mais touchant (notamment concernant sa passion pour Blanche Neige et les 7 nains) et avec beaucoup d'humour.

Enfin, en terme de machine, Alan Turing est un visionnaire sur l'intelligence artificielle : sa machine permet de calculer plus vite que les hommes et de répéter une solution à l'infini. Elle est capable de trouver des solutions elle-même. Alan Turing est persuadée que les machines peuvent penser, différemment de l'être humain, mais qu'un jour les machines penseront, et que les hommes seront ami avec des machines. Il est à l'origine du code informatique et du "learning machine". Alan Turing a influencé Steeve Jobs dans la création de la marque Apple, et probablement Alan dans les assurances.

Courez-y!
Alors ?
C'est l'histoire d'un génie qui court. C'est une histoire de rigueur et de créativité, de silence et de solitude. Beaucoup de solitude. Dans sa tête, l'homme résout des problèmes mathématiques. Les chiffres le rassurent, le réconfortent bien plus que des poupées ou des ours en peluche.

Peut-être que quelque chose ne tourne pas rond chez lui, mais il est attachant. Il est plus à l'aise avec une machine, celle qui pense, plutôt qu'avec les êtres humains. Il met plus de temps à parler qu'à calculer. Malheureusement pour lui, "la vie n'est pas une équation". Il s'appelle Alan Turing. Soldat britannique de l'ombre, il a su décrypter la machine Enigma utilisée par les armées allemandes durant la Seconde guerre mondiale. Il a révolutionné les mathématiques et l'informatique.

Benoît Solès, qui a écrit et joue le rôle de cet homme "baroque", met en lumière ce destin pas commun. La pièce résout toutes les inconnues : son rôle durant la guerre, son homosexualité, son handicap et ses souffrances.

Historique, ludique et sentimental, il n'y a là aucun mystère pour passer une bonne soirée !
17 oct. 2018
9,5/10
54 0
Une pomme. Rouge sang.
Aucun spectateur ne peut imaginer en découvrant en contre-jour le personnage d'Alan Turing saisissant dans sa main ce fruit, aucun spectateur ne peut se douter de l'importance que va prendre cette pomme dans cette histoire en particulier, et dans l'histoire de l'humanité en général.

Une histoire de pomme, une histoire de secrets. Au pluriel.
Oui, Alan Turing, mathématicien de génie, a dû vivre avec deux secrets d'importance.

Le premier, c'est sa réussite à casser en 1942 le code Enigma des nazis, grâce à l'élaboration du premier super-calculateur « Christopher », l'ancêtre analogique de nos ordinateurs.
Lui le bienfaiteur de l'humanité qui a sauvé des centaines de milliers d'hommes des obus allemands et qui a abrégé de deux années la dernière guerre mondiale, lui devra taire sa réussite et son génie pour cause de guerre froide.

Le deuxième secret, c'est celui relatif à son homosexualité, qu'il ne pourra révéler et assumer au grand jour, dans la puritaine Angleterre des années 50.

Benoît Solès a écrit cette bouleversante pièce à partir de cette pomme.
Une petite notule sur Wikipedia, rappelant l'origine du logo Apple, la MacIntosh croquée, lui a fait découvrir la vie étonnante d'Alan Turing.

L'auteur est allé jusqu'à suivre les traces de son personnage principal en Angleterre pour en comprendre mieux le parcours.

Ce qui saute aux yeux, c'est que tout au long de la pièce, sera présent le thème de l'enfance.
L'enfance plus ou moins difficile du mathématicien de génie, l'enfance différente de celles des copains, l'amour d'enfance et d'adolescence qui décède à 21 ans, et puis surtout la façon « enfantine » dont Benoît Solès interprète le mathématicien de génie.

Il nous propose un personnage présentant des traits autistiques, certes, bègue aussi, mais un personnage qui nous fait penser indéniablement et en permanence à un enfant.
Un môme espiègle, drôle, aux yeux pleins de candeur, d'ingénuité, mais aussi pleins de malice.

Impossible de ne pas rire à ses facéties.
Impossible de ne pas avoir yeux qui s'humidifient, notamment à la fin de la pièce, lorsque sera révélée l'ignominieux sort réservé à Turing, accusé d'homosexualité et condamné à la castration chimique !
L'interprétation du comédien est purement et simplement bouleversante.

Amaury de Crayencour incarne quant à lui trois personnages avec virtuosité, intensité et une sacrée présence.
Le comédien se partage en trois pour mieux nous permettre d'embrasser de notre point de vue de spectateur les principaux aspects de cette biographie.

Tristan Petigirard a mis en scène les comédiens, lui aussi avec une réelle virtuosité et une sacrée efficacité. C'est précis et c'est millimétré.
On sent une osmose rare entre les trois hommes. S'offre à nous une impression d'évidence à voir évoluer et jouer les comédiens.

Au sein d' un décor assez simple mais de très bon goût, nous sommes dans une écriture et une restitution dramaturgique à la fois cinématographique et théâtrale, avec des allers et retours temporels qui ne sacrifient pas pour autant les scènes souvent assez longues.

C'est de la très belle ouvrage, avec une judicieuse utilisation d'un mur vidéo (Bravo à Mathieu Delfau qui a réalisé un somptueux boulot de précision évocatrice.)

Coup de chapeau également à la musique de Romain Trouillet, avec là aussi des éléments qui nous ramènent en permanence au monde de l'enfance. Je vous laisse découvrir...

Je suis donc ressorti du Théâtre Michel très marqué et très ému par cette subtile et très intelligente restitution de la vie d'un homme que ses contemporains ont volontairement brisé, et à qui vous et moi devons tant.
Témoin ce petit curseur clignotant qui.... Mais là aussi, je vous laisse découvrir !

C'est d'évidence un spectacle incontournable de ce dernier trimestre de l'année 2018.
14 oct. 2018
9/10
14 0
Quelle pièce fabuleuse !
Instructive et pleine d'émotions. Très belle interprétation de Benoit Solès dont je découvre le grand talent au théâtre.

A voir absolument.
9,5/10
14 0
... L’écriture, la mise en scène et les jeux nous cueillent et nous offrent un spectacle exceptionnel. Un moment de théâtre incontournable de la saison, que je recommande vivement.
28 sept. 2018
10/10
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Excellente nouvelle pour la rentrée théâtrale : à partir du 4 octobre le théâtre Michel a programmé LA MACHINE DE TURING !

Amoureux de belles pièces, faites comme nous, courez-y vite ! Nous qui l’avions déjà vu à Avignon mais dés que nous l’avons appris, nous nous sommes précipités pour réserver et revoir celle qui nous a paru être un des tous meilleurs spectacles du Off. Par la magie de son talent, durant près d’une heure trente, c’était le vrai TURING que nous avons vu sur scène. Comment aurions nous pu rester insensibles au drame de ce pur génie dont la seule faute fut d’avoir aimé un jeune homme dans une Angleterre dont la loi implacablement pudibonde l’avait contraint, pour échapper à la prison, d’accepter une castration chimique, sanction monstrueuse pouvant détruire un cerveau qui avait permis durant la dernière guerre de combattre avec succès la barbarie nazie. C’est cette partie de l’histoire que Benoit SOLES a magnifiquement écrite et interprétée, totalement habité par son héros, avec ses tics, ses révoltes, ses provocations, ses désespoirs, son amour pour un petit « Jésus le Caille » de rencontre, ses expressions d’amertume pour l’absence de reconnaissance de son pays à son égard, puis enfin de sa déchéance psychique qui l’amena au suicide. Si TURING était un génie, ne craignons pas d’affirmer que Benoit SOLES en est un autre dans sa manière de nous emporter dans sa création. Remercions-le également d’avoir su attirer dans son aventure une très belle découverte à nos yeux, le talentueux Amaury de CRAYENCOUR, qui sait avec une extrême justesse, être tour à tour le policier, le collègue et l’amant de TURING et offrir à SOLES une complicité exemplaire avec pour point d’orgue une scène d’effusion amoureuse magique d’érotisme et de pudeur. Tout est parfait, les décors extraordinaires d’Olivier PROST, les éclairages de Denis SCHLEPP, la musique de Romain TROUILLET ponctuant adroitement les émotions, toute cette « machinerie sans visage» magnifie la mise en scène impeccable de Tristan PETITGIRARD qui permet de faire évoluer nos deux comédiens tout au long d’un spectacle qui devrait valoir à cette pièce, espérons le, une récompense plus que méritée aux prochains Molière.

J'ai vu la pièce au Ranelagh à sa création avant Avignon, et franchement c'est une enorme deception : Solès ne joue pas comme il faut Turing, la mise en scène confuse on ne sait pas à quelle période on se trouve.et aucune originalité par rapport au film.

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Samedi 29 septembre 2018