Il y a moins d'une heure
7,5/10
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Pièce d'un intérêt particulier même au 21ème siècle elle semble fort malheureusement coller à notre société et notre époque.

Bien évidemment ceci n'est pas un vaudeville mais une pièce que l'on peut qualifier d'historique. Haine, lâcheté, remords, regrets, vanité.
Il y a 3 heures
7,5/10
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Au Musée Montmartre rue Cortot, une expo consacrée au célèbre peintre hollandais qui séjourna en plusieurs lieux parisiens dont le Bateau Lavoir où il rencontra notamment Picasso ; est présenté son magnifique tableau "Fernande Olivier", l'une des compagnes de Picasso.

L'exposition est bien présentée, même si on la souhaiterait plus fournie tant l'oeuvre de Van Donne est digne d'intérêt. Et c'est tout ce joli musée qui mérite le détour. L'extérieur est charmant, le jardin est plein de charme et permet de bien voir les vignes de Montmartre et le célèbre Lapin Agile, sans oublier l'autre partie du musée consacrée à Montmartre, ses moulins, son Chat noir et toutes ces belles années qui ont fait son renom.

Evidemment, vous êtes ici dans le musée historique Valadon, Utrillo et le lieu historique préservé ainsi que l'atelier valent également le détour. N'hésitez pas à consacrer au moins 2 heures à ce musée beau et intéressant derrière le Sacré Coeur et la place du Tertre.
Il y a 5 heures
9/10
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Jolie pièce sur l'attente, avec de beaux rôles féminins.

En bref, c'est l'histoire de Juste la fin du monde (pas vu) de Jean Luc LAGARCE : 5 femmes attendent le retour de leur frère, 3 soeurs, la mère et une autre, on ne sait pas vraiment qui elle est (grand-mère ou tante). On apprend que le jeune frère s'est fait chassé par son père avec qui il avait des relations très violentes, et qu'aucune soeur n'a tenté de le retenir.

Ce qui est intéressant c'est le thème de l'ATTENTE, que personnellement, je ne connaissais pas très bien. Il y a 3 moments différents dans l'attente :

- 1er temps dans l'attente : les soeurs évoquent le souvenir du jeune frère (qui passe par une mémoire du détail et du matériel, comme le débat sur son sac avec lequel il est parti, cf LA VITA FERMA), puis elles imaginent les retrouvailles, focalisées là encore sur du détail (la cadette mettra sa robe rouge des grands soirs)... C'est intéressant de voir que dans l'attente, on projette pleins de situations dans notre tête, mais qui en fait ne sont pas réelles, et sont douloureuses car elles éloignent de la réalité. C'est ce que j'ai ressenti lorsque la cadette s'imagine aller au bal populaire avec son frère revenu, dans sa robe rouge, et qu'ils danseraient toute la nuit

- 2ème temps dans l'attente : comprendre pourquoi le frère est parti. C'est la petite soeur qui met le sujet sur la table. Elle veut comprendre, car personne ne lui a jamais rien dit, pour la protéger soit-disant, alors qu'en fait c'est parce que le sujet est trop douloureux. Elle en veut à sa famille car elle a tout vécu, et tout compris, mais personne n'a voulu en parler avec elle "j'étais petite, on ne se souciait pas de moi".

- 3ème temps dans l'attente : les oeurs imaginent comment seront leurs vies une fois le retour du jeune frère. La cadette aura un enfant, l'ainée restera avec sa mère et sa tante. La petite dernière ne se prononce pas, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elle refera sa vie, car elle était petite donc c'est la moins impactée par le drame. Là encore c'est intéressant.

Ce qui est superbe dans la pièce :
- la mère qui refuse de reconnaitre que son mari a été violent envers son fils (cf FESTEN)
- la colère de la plus petite : elle hoquette, elle souffre
- la vie qui s'est construite autour de cette attente, notamment l'ainée lorsqu'elle raconte ses déboirs amoureux (Suliane BRAHIM)

Deux interrogations à la suite de la pièce :
- Peut-on retrouver les gens tels qu'on les quitte ?
- Pourquoi est ce que l'attente est aussi féminine ? Dans cette maison de femmes, la vie est sclérosée suite au départ du jeune fils. Il n'y a rien à faire, comme le souligne le titre, elles attendent la pluie, c'est à dire un élement sur lequel elles n'ont aucune emprise. Est ce que l'attente aurait été la même si les personnages avaient été des hommes ? Est ce féminin de figer les choses, d'être passif ? La mise en scène de Chloé DABERT souligne bien cette ambiance figée : la maison est un "mausolée normand", la chambre du fils n'a pas bougé, les meubles de la maison sont voilés...

Bon spectacle !
Il y a 6 heures
9,5/10
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T'as d'beaux vieux, tu sais ?
Non, ils ne sont pas beaux, les vieux de Lars Noren !
Dix personnes âgées en quête de hauteur...

Ces vieillards-là se retrouvent dans un lieu de villégiature qu'ils fréquentent depuis de nombreuses années.
Une station balnéaire décrépie. Une plage pleine d'immondices.

Le symbole d'une vie passée, de tourments, de rancoeurs et d'échecs qui hantent encore et toujours ces représentants du quatrième âge.

La vieillesse vue par Lars Norén est faite de décrépitude, de déchéance, de souffrance.

Nous voyons des vieillards indignes, des vieux cons, aux propos on ne peut plus réactionnaires, parfois racistes.

Leurs phrases assassines, perfides, acérées nous font rire. Nous rions comme pour tenter de masquer le malaise.
A cet égard, Danièle Lebrun et Bruno Rafaëlli sont juste parfaits, dans ce registre d'aigreur puissance mille.

Il y a des vieillards obsédés par les animaux.

Combien en connaissons-nous de ces papis-mamies pour qui ne compte que la souffrance animale, reléguant bien loin derrière celle de l'Humanité.

Il y a le personnage d'Anne Kessler, centrée exclusivement sur elle-même, lisant et relisant un journal de 1961, car ne s'intéressant à rien d'autre.

Elle se veut élégante, raffinée, parfois donneuse de leçons, hautaine, mais elle est exactement comme les autres.
Aussi pathétique.

La faucheuse, la camarde est omniprésente, qui veille, qui rôde, et qui, par vagues successives matérialisées par des rideaux de tulle, va en emporter plus d'un, à commencer par un pasteur. Comme quoi...

Il y a également cet homme en fin de course qui n'a d'autre possibilité que de revenir en enfance.
C'est Hervé Pierre qui s'y colle. Ce qu'il fait sous nos yeux m'a bouleversé.
A la sortie, des spectateurs étaient très choqués justement par ce qu'il fait, mais nous sommes en présence d'une réalité : la vieillesse, ça peut être choquant, ça peut être difficile, ça peut être insupportable.

Lars Norén nous l'assène, ce message désabusé, impitoyable, sans concession.
Quelle que soit la classe sociale, la fin de vie, c'est souvent éprouvant, monstrueux.

Ce qui se déroule sur le plateau est complètement dénué d'optimisme, ces vieux-là en bavent, au propre comme au figuré.

J'aurai garde d'oublier deux jeunes, néanmoins, au milieu de cet EHPAD à ciel ouvert.
Françoise Gillard incarne une jeune fille handicapée mentalement, très peu aimée (c'est un euphémisme) par sa vieille mère. (Martine Chevallier, excellente !)
Et puis un gamin qui court partout, sans véritable but.
Pour Noren, la jeunesse en contrepoint à la fin de vie n'est guère brillante non plus.

Il faut dire aussi que les relations conflictuelles entre parents et enfants font partie de ses thèmes de prédilection, sans oublier les moments de violence qui seront parfois également présents sur la scène.

L'auteur-metteur-en-scène a écrit ce texte spécialement pour la troupe de la Comédie Française.
Une nouvelle fois les pensionnaires et sociétaires sont remarquables dans des partitions difficiles, avec des successions de petites phrases définitives, sans véritable intrigue, sans ressort dramaturgique évident.

Tous m'ont à nouveau enthousiasmé et impressionné par cette capacité à s'imprégner d'un texte difficile, et à en tirer une vérité, une universalité bouleversantes et une vraie humanité. (Même si cette humanité peut être parfois répugnante.)

C'est une nouvelle leçon ! Un spectacle incontournable qui ne laisse personne indifférent !
Il y a 7 heures
8/10
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Tertullien, Tertullien, Terturien oui !.. Aller voir un spectacle sur « le traité contre les spectacles » adapté des écrits du théologien Tertullien est déjà en soi-seul contradictoire. Sommes-nous des pêcheurs nous qui cherchons de l’élévation et de la connaissance dans les salles de théâtre ?

Hervé Briaux s’attaque au sens de l’analyse et de la rhétorique d’un bien curieux personnage venu des tréfonds de l’histoire. Avec sa voix grave et dangereuse, une lumière forçant la dureté du regard et faisant le noir (le néant) autour, tous les éléments de jeu et de scénographie concourent à nous donner froid dans le dos. Car Hervé Briaux est si convaincant d’être convaincu par ce qu’il dit, si assuré, argumentant si bien et nous prévenant avec tant d’ardeur malsaine contre tous les maux qui nous attendent…

Car la description qu’il nous fait de l’enfer, à nous qui aimons le théâtre, est comme un tableau de Bosch qui se compose sous nos yeux. Et soudain l’affiche du spectacle me revient à l’esprit : oui, c’est cela, nous sommes bien en enfer avec l’incarnation de ce fanatique, sophiste bien remonté contre l’art du théâtre. Mais si la litanie d’infamies contre le théâtre remonte d’aussi loin que Tertullien (150-220 de notre ère environ), lui est pour beaucoup retombé dans l’oubli. Oui da ! Sauf que l’influence et l’implacable diatribe de Tertullien, considéré comme érudit pour les penseurs du XVIII, a pourtant traversé les âges et a certainement sa part dans la fameuse excommunication des acteurs… Aussi que faisons-nous encore dans ces lieux de débauche, ô mortels imprudents ?

Au raisonnement insidieux d’un homme fou mais intelligent, prenez garde !… Mais n’en n’aurions-nous pas eu quelques-uns de ce genre depuis, inquisiteurs et dictateurs, s’entêtant par exemple à vouloir brûler nos livres ?….

Un texte à digérer, et à méditer sur toutes les formes de fanatisme et d’intelligence endoctrinante ! Hervé Briaux a glacé mes sangs et mes sens… avec brio !