8/10
0
Une comédie dramatique assez simplette dont la liberté de ton donnée par l’écriture et l’interprétation réussie à nous émouvoir très fortement.

Michalik très bon acteur de surcroît.
27 oct. 2020
9/10
2
Quand une larme s'immisce entre rire et sourire, que vous tentez de retenir votre souffle pour ne rompre la magie de l'instant, que votre regard cherche la complicité de votre voisin ou que vos mains n'osent applaudir tant l'émotion est intense…

Pas de doute, inutile de vous couper les cheveux en 4 , vous êtes bien assis dans le salon du " petit coiffeur" !

Entre La poésie, la sonorité et la lumière de Pagnol, l'élégance d'interludes du "glissé déposé" ou "sifflé n'est pas joué" à la "Fred Astaire ", la profondeur et l'intensité déboulent et vous chamboulent au détour d'un rire, d'un gimmick… la gorge déployée devient sèche, les mâchoires se serrent , le pinceau devient lame rasante, coupante, effleurant, éraflant  certitudes, à priori, concepts, paradigmes.

Que ces personnages sont attachants et ce quintet  diaboliquement efficace !  Singuliers mais incroyablement alignés dans leur rôle et leur humanité, leur vérité ,  délicieusement touchants dans leur sincérité, leur légèreté d'apparat, leur profondeur

Chaque acteur sait trouver sa place, la prendre, la défendre , la céder, ou l'imposer !

Jean sera le cygne du bon moment et la belle note de la partition, la candeur sucrée

Pierre brosse ce flou qui trouble, ces corps nus qu'il déshabille du bout de son pinceau, tond ces têtes "coupables"

Marie, femme passionnée , mère courage et militante de tous les instants, ne désarme jamais aime avec un grand A, ses fils son amant, Lise…

Mademoiselle Berthier nous séduit, nous attendrit, rayonne , voilée de son mystère et son ambivalence

L'Amant de Marie impressionne, intrigue, surprend.

Les mots sont justes, parfois âpres et  tranchants, les dialogues ciselés , au cordeau...

La romance devient L'histoire,  douce et violente, les images sont fortes   insoutenables … L'intensité vous surprend, le peigne fin a raison de vos épis rebelles,  le doux coiffage lissant, lustrant devient ébouriffant, les  couleurs virent  subitement, la tondeuse devient faucheuse et tranche dans le vif. La mise en beauté bascule vers l'abîme, devient mis à nu, le futile se fait utile, versatile.

Le moment coiffeur est une bulle bien être, un moment à part dans nos quotidiens ; Le moment que je préfère et que j'attends :  l'instant du massage du cuir chevelu : cet  espace temps rien qu'à vous , pour vous , cet instant où vous êtes à l'écoute de vos sensations, où chaque mouvement appliqué sur votre cuir vous   connecte  à votre corps, votre cœur, le moment du lâcher prise !

Le petit coiffeur réussit là son pari : nous avoir offert un moment de détente et d'émotions profondes  , nous avoir ouvert, l'espace d'une séance, à nos émotions les plus intenses : la joie mais aussi la colère, la tristesse, la violence mais surtout à  l'amour et la tendresse .

 

Aborder une telle histoire sans verser dans l'hystérie, la démagogie, le sectarisme, le populisme ou la stigmatisation semblaient exercice impossible et pourtant… Jean-Philippe Daguerre signe à nouveau un très bel ouvrage pour l'écriture et une mise en scène dont il a le secret et où la magie opère !!

On savoure la fluidité des scènes et on se délecte des scènes croisées et des transitions et, bien évidemment, on fait le plein d'émotions, on accueille et on stocke cette déferlante d'amour, amour des mots, des notes, des hommes, des femmes, des acteurs, du spectacle vivant , amour distribué avec joie, profondeur jubilatoire

Oui, c'est pour cela que nous venons au théâtre : pour être étreints et pris dans les bras de celles et ceux qui nous accueillent, travaillent pour nous faire vivre ses moments d'exception ! Pour repartir avec le sentiment d'avoir partagé ce petit supplément d'âme qui rend nos matins joyeux et nos soirées plus douces.

 

Inutile de vous dire combien il est urgent de vous installer dans le fauteuil de ce "Petit Coiffeur" qui pourrait , sans nul doute, être en lice pour le prochain brushing des Molières 2021...
26 oct. 2020
7/10
2
Des extraits de Tchekhov pas très modernes, un peu trop "gros" !

En bref, Peter Stein met en scène 3 pièces de Tchekhov, + particulièrement 3 actes des 3 pièces ouées par Jacques Weber :
- le chant du cygne
- les méfaits du tabac
- la demande en mariage

Ce qui est étonnant c'est que ces extraits ne sont pas des pièces classiques de Tchekhov, ce sont des farces un peu grossières. J'y reviens :
- le chant du cygne ; un monologue d'un vieux comédien, qui parle de décrépitude physique, de vieillesse. Finalement, ce que j'ai retenu c'est qu'on reste jeune tant qu'on est compétent dans ce qu'on fait, et que c'est l'incompétence qui nous fait basculer au second rang, à la décrépitude, dans l'isoloire.
- les méfaits du tabac : on bascule vers la farce. Jacques Weber est l'épouvantail de sa femme, qui gère toute la maison, fait le business, et occupe son bon-à-rien de mari. C'est plutot moderne d'inverser les rôles : Jacques Weber est l'homme au foyer, sa femme dirige un pensionnat, tient les cordons de la bourse, trouve des jobs à son mari etc. Il n'en peut plus d'être ainsi dominé. Mais ne peut pas partir. Il craque complètement, tout en étant extrèmement soumis : dès qu'il sent que sa femme arrive, il refait l'épouvantail. C'était très drole.
- la demande en mariage : est est en plein dans la farce classique. Il y a un quiproquo entre un jeune premier, qui arrive auprès de Jacques Weber pour demander la fille en mariage, et la fille qui arrive, ne se doute pas du motif de la venue de son voisin, et lui prend la tête, sur un vieux conflit de voisinage (les petits prés aux boeufs, et qui a le plus chien). J'ai trouvé ce dernier extrait un peu long.

Mise en scène classique.

Jacques Weber est vraiment un spectacle à voir. J'ai l'impression que c'est son a^ge d'or : il joue le vieux décrépit, ou le père de famille, ca lui va hyper bien.

Bon spectacle.
24 oct. 2020
7,5/10
6
Qui n’a jamais eu de regret ? On a tous été tenté de regarder dans le rétroviseur et de se demander comment ça se serait passé si on avait osé faire telle chose au lieu d’une autre…

Patrick, un bricoleur pas doué mais de bonne volonté, va revoir les moments clés de sa vie et pouvoir découvrir ce qu’aurait pu être sa vie s’il avait choisi d’autres options. Tout ça parce qu’il est mort en s’électrocutant avec le four à micro-ondes (quand on vous dit qu’il n’est pas doué !) et qu’il peut refaire le film de sa vie.

Sous l’aspect d’une comédie bon enfant, Eric Fraticelli aborde un sujet qui nous a tous touché : et si c’était à refaire, ferions nous la même chose ? Serions nous plus heureux ? Ce serait-on fâché à mort avec untel ? Aurait on pardonné à Machin son attitude ? Il fait bon de s’interroger sur ce qui est réellement important pour nous.

La mise en scène de Jean-Luc Moreau est dynamique et repose sur un dispositif de plateau tournant pour alterner les décors avec rapidité ce qui permet d’éviter les noirs complets qui cassent souvent le rythme d’une pièce. Ici pas de temps mort même si Patrick se retrouve à réfléchir sur ses choix passés, on reste dans l’action, le spectateur ne s’ennuie pas.

Patrick, c’est Daniel Russo et il sait nous fait rire ! Rien que pour ça, en ce moment, ça fait du bien ! Mention spéciale à sa coupe de cheveux post électrocution qui à elle seule vaut le détour. Il est entouré par une jolie brochette de comédiens. A commencer par Valérie Mairesse qui joue son épouse, et qui possède toujours cette voix si caractéristique qui déclenche les rires quand elle s’étonne ou qu’elle est surprise au cours de la pièce. Erwann Téréné est le fils de ce couple qui va provoquer avec ses révélations les premiers choix de Patrick, son jeu est très convaincant. Jean-Luc Porraz, tel un Monsieur Loyal d’une sobriété exemplaire, est là pour lancer les regards vers le passé de Patrick, il dresse avec le plus grand sérieux un bilan chiffré hilarant de la vie de Patrick. Bénédicte Dessombz est un des grains de sable qui va secouer aussi Patrick.

Seul regret pour moi : l’affiche de la pièce ! Je suis sure qu’on aurait pu largement plus joli.

Bref voilà de quoi passer une sympathique soirée !
24 oct. 2020
10/10
4
The man in the low castle...

Pour cet homme là, pour Rudolf Höller, juge allemand à six mois de la retraite, le 7 octobre est une date très importante.
C'est l'anniversaire de la naissance d'un certain Heinrich Himmler.

En tant qu'ancien commandant-adjoint d'un camp de concentration, caché dix ans par sa sœur dès la déroute nazie, cette date est symbolique.
C'est, pour l'ancien officier supérieur SS qu'il est, l'occasion de faire la fête à la maison.

Cette fête annuelle, c'est un repas d'anniversaire, avec ses deux sœurs (l'une, Véra, qui abonde dans son sens de la nostalgie et de la volonté de revoir à nouveau le parti nazi au pouvoir est également son incestueuse épouse), l'autre, Clara, handicapée clouée dans un fauteuil, qui vomit littéralement le discours idéologique de ses frère et sœur, et à qui il a demandé lors du précédent anniversaire de porter le costume rayé de déporté et d'avoir la tête tondue.


Un charmante réunion d'une épouvantable fratrie, quoi.

Alain Françon a pris a bras le corps le brûlot écrit en 1979 par le dramaturge autrichien Thomas Bernhard.
Un brûlot, qui ne l'oublions pas, s'inspire de la véritable histoire d'un juge allemand ancien nazi.

Hiegel. Lvovsky. Marcon. Françon.

Ces quatre-là nous donnent une véritable, magistrale et explosive leçon de théâtre.
Une leçon de mots. Les mots et leur musique, parfois magnifique, parfois horrible.
Bernhard, le dramaturge de la conversation...

C'est bien simple, le metteur en scène, avec sa précision habituelle, avec cette impression qu'il donne à chaque fois de nous faire oublier qu'il a mis en scène, avec cette fluidité magnifique, Alain Françon donc nous livre deux heures rares de théâtre.

Un terrible affrontement entre trois êtres humains, dont deux monstres.

Melle Hiegel et M. Marcon sont ces deux monstres-là, qui vont proférer de véritables horreurs dans des tirades homériques et dans des dialogues sidérants de violence verbale totalement décomplexée.

Les deux, tour à tour, nous font rire tellement ce qu'ils disent et surtout ce qu'ils pensent est pour eux naturel, sans conséquence. (Ah ! Les ruptures de la grande Catherine !...)

Mais ils nous glacent également, lorsqu'ils nous assurent que « le bon temps » reviendra, et que les fascistes en général et le parti nazi en particulier reviendront au pouvoir !

Il serait superfétatoire et inutile de relater ici les mérites des deux merveilleux comédiens.

Ce qu'ils font sur le plateau est une nouvelle fois tout simplement extraordinaire.

Tous les élèves-comédiens, tous les apprentis-acteurs, tous les jeunes (et moins jeunes d'ailleurs) aspirants à se produire devant un public devraient venir les voir jouer.
Une véritable leçon, vous dis-je ! C'en est bouleversant !

Et puis une formidable surprise nous attend, à savoir la présence sur une scène pour la première fois de la comédienne et cinéaste Noémie Lvovsky.
C'est elle qui va nous représenter, nous le public, nous les spectateurs qui ne partageons pas le moins du monde les ignominies proférées.
C'est elle qui osera contredire sa perverse sœur, et qui sera désespérée tout le long du repas et de la remarquable scène de l'album de souvenirs.

Sans rien dire, rien qu'en marquant par son visage sa désapprobation, son mépris, son horreur, son désespoir aussi, Melle Lvovsky nous sidère, elle aussi. En contrepoids du couple frangin-frangine, elle humanise toute la pièce.

Je parlais un peu plus haut de la précision de la mise en scène, je ne résiste pas à l'envie de vous donner un exemple de ces petits détails qui font tout.
Avant la scène du repas, André Marcon a enfilé en coulisse son costume d'Obersturmbannfürher.
Une fois installé, il pose sa casquette noire devant lui, mais à l'envers.
D'un geste sidérant de naturel, il la retourne pour avoir devant lui la tête de mort située au-dessus de la visière.
Tout est dit...

Il faut également remercier Alain Françon : une dernière scène fort réussie permet au comédien de ne pas avoir à saluer en uniforme nazi.

Applaudissements on ne peut plus sonores. Standing ovation. Nombreux rappels.
Normal.

Si vous n'avez qu'une seule pièce à voir cet automne, c'est bien celle-ci !