Il y a 16 heures
2/10
1 0
20h55. Le théâtre est paisible, le restaurant presque désert.
Une petite file, l’installation est rapide. Efficace.
Peu d’échanges ce soir avant la pièce. Il n’y a pas cette volage frénésie qui entoure les premières. Les gens ne se connaissent pas. Quelques couples trainent bien ça et là, mais ils ont l’âge de ceux qui ne se parlent plus vraiment.
La salle grouille de « comment était ta journée » avec l’œil rivé sur son téléphone et un ton à la limite de la considération.
L’ouvreuse annonce le spectacle, joviale, un brin juvénile. On dirait que c’est sa première à elle. Non pas qu’elle soit stressée, du tout. Mais elle adresse un regard entendu à une âme bienveillante qui semble la chapoter dans notre dos.
Elle s’assied pour assister au spectacle. Elle ne le sait pas encore, elle vient de perdre sa soirée.
Tout le monde range sa cabine 4G miniature. La lumière se tamise, puis s’éteint pour laisser seule la scène éclairée.
En voiture Simone ! Edgar, 55 années consommées, un ventre bonhomme, est excité. A peine la pièce lancée, il scribouille sur un cahier ses souvenirs immédiats. Il rit nerveusement de temps en temps, cherchant la lumière. Il prend ses notes, un sac à dos posé sur ses genoux, le cahier en appui sur celui-ci. C’est technique. Ça doit surtout être pointu à relire.
La mise en place se déroule, la thématique vite claire : la perte d’un enfant par des parents, le lent process de deuil.
Hector, de l’autre côté se met à regarder sa montre beaucoup trop fréquemment pour avoir le sentiment que le temps passe. Il serre ses mains sur ses genoux croisés. Geneviève, sa tendre, le sait : Cela veut dire qu’il s’emmerde.
Et il n’est pas le seul. Edgar prend de moins en moins de notes : sa mémoire suffira. Le sujet est intéressant, ces parents orphelins qui cheminent pour avancer, reconstruire. Mais c’est fastidieux. Peu de ressort intellectuel, hormis un process de répétition un peu agaçant. Et le texte ne semble pas vraiment inspirer les acteurs. Ils souffrent.
La respiration arrive. Une forme d’entracte avant de passer à la deuxième pièce. Hector check sa toquante de nouveau, Edgar ressort son carnet. Ils espèrent. La mise en bouche était passable, voilà une deuxième chance.
Changement de thème ou comment l’éducation d’un enfant peut abîmer un couple. Et là, la douche est glacée. Le texte est pénible, l’oreille agressée par la répétition des mots « papa » et « maman » à 458 reprises. Le ton est insupportable. Hector repense à son voyage en train hier. Il y côtoyait une mère et ses deux enfants dans une formule à quatre. Elle était mielleuse, leur parlait sans responsabilité, avec ces intonations futiles « ce n’est pas bien Clara, on ne fait pas ça, on ne montre pas du doigt, on ne met pas son doigt dans le nez. Maman n’est pas d’accord… »
Et là, il subissait la même chose. Il préférait le train. Au moins, il pouvait bouger, écouter de la musique, travailler, il pouvait se créer une bulle. Il pouvait même se ménager des petites vengeances perfides : ne pas lâcher l’accoudoir, imposer ses jambes, péter…
Mais là, il ne pouvait pas se lever, pas faire ça à Geneviève. Et puis il avait peur de faire lever ce court rang. Il allait falloir souffrir.
C’était trop pour Simone. Elle avait décidé de ne pas s’infliger cela. Elle dormait, d’un sommeil apaisé, de celle qui a fait le bon choix. Yvette, à ses côtés, la secouait du coude quand son sommeil devenait bruyant.
Sur scène, s’enchainaient inlassablement ces tranches de vie fastidieuses et répétitives. Edgar avait rangé son stylo depuis longtemps.
20 secondes d’applaudissements timides plus tard. Nous pouvions sortir, enfin libres.
Il y a 21 heures
8,5/10
2 0
Bigre, c’est un petit bijou, un extra terrestre du théâtre. Un projet un peu fou sur le papier et qui pourtant cartonne. Le public est-il prêt à assister à 1H25 de spectacle sans aucune parole ? Et oui… Les rires fusent du début à la fin ! L’humour est parfois potache mais c’est là la réussite de ce pari : faire rire de situations improbables, de malentendus et de surprises.

Trois personnages fantasques et ubuesques habitent dans un immeuble – le décor est particulièrement réussi – ; on les découvre chez eux, dans leur quotidien avec leur solitude, leurs petites manies secrètes et leurs habitudes de célibataires. Ils vont se croiser sur leur palier commun et leurs rencontres seront toujours extravagantes et drolatiques.

C’est du burlesque, c’est du clown, c’est absurde, grotesque, loufoque. C’est du Charlie Chaplin, du Buster Keaton, c’est les Marx Brothers, c’est Jacques Tati réincarné !

Un spectacle jouissif !
Il y a 21 heures
8/10
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C'est l’histoire d’une voix, celle de Marguerite Annie Johnson – plus connue sous le nom de Maya Angelou –, qui est racontée ici. Une voix muette, étouffée par le malheur, qui finalement s’élargit, grandit et enfin jaillit. C’est une voix qui s’élève et qui se fait entendre.

Maya, au théâtre de l’Essaïon, c’est la voix d’Ursuline Kairson, qui interprète l’écrivaine et poétesse américaine. Elle est merveilleusement entourée de quatre autres comédiennes chanteuses dont l’énergie remplit la salle et qui vont interpréter les différents personnages qui ont jalonné la vie de Maya : sa famille, ses employeurs, ses amis…
Cette comédie musicale résulte d’un travail d’équipe longuement mûri, et l’aboutissement est très réussi.

C’est touchant, drôle et prenant, on est captivé par l’histoire intime de ce personnage pourtant si connu.
La mise en scène d’Éric Bouvron est précise, rythmée et très complète. Une jolie manière de découvrir cette poétesse américaine assez peu connue en France.
Une pièce sur l’importance de la parole !
A voir.
Il y a 11 heures
7/10
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PØLAR au Théâtre Funambule Montmartre jusqu’au 1er septembre par Le retour de Nabot Léon, le samedi à 21h et le dimanche à 17h30.
-26 ans : 10€ par téléphone au 01 42 23 88 83 ou directement sur place à la dernière minute.

De retour au théâtre Funambule Montmartre, sur invitation de la compagnie Le Retour de Nabot Léon pour voir PØLAR, l’adaptation d’une bande dessinée suédoise sur « comment écrire un [bon ?] polar sans se fatiguer ». Cette pièce s’avère être une bonne surprise et même la sortie théâtrale idéale pour clôturer le week-end sur une note positive et entraînante sans prise de tête.

J’ai donc découvert un PØLAR tout bonnement cartoonesque où les effets de mise en scène comiques s’enchaînent avec rythme sans s’accumuler dans une lourdeur gênante. Tous ne sont pas du meilleur effet, bien entendu, mais le tout s’équilibre assez bien. On est rapidement embarqué par ce manuel d’écriture de polar pour les nuls et pas besoin qu’il soit suédois pour appliquer la majeure partie des conseils donnés. Petit regret sur une scène qui a cassé le rythme de la pièce rendant la fin un peu longue et poussive. Faire intervenir directement le public a malheureusement ses inconvénients.

Encore merci à Thomas Lemaire, au Théâtre Funambule Montmartre et à la compagnie Le Retour de Nabot Léon pour l'invitation.
Il y a 13 heures
8,5/10
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Magalie Madison, Anthony Dupray.
Pour les quadras et quinquas qui liront cet article, ces deux noms feront immanquablement ressurgir en mémoire une foule de souvenirs : des après-midis dans le salon familial devant le Club Dorothée, des actrices et acteurs tellement présents dans nos vies qu’ils en devenaient presque des amis … Pour le dire plus simplement, avec ces deux noms revit un univers, celui d’AB Productions, et une certaine idée du bonheur.

« Derniers baisers » ne serait donc qu’une simple adaptation des séries de notre enfance ? Pas exactement. Bien sûr, elles servent de socle, de fil conducteur à la pièce, mais cela s’arrête là car l’intrigue s’intéresse avant tout aux comédiens qui y ont pris part. En m’installant dans mon fauteuil, je m’attends à assister à une comédie « estivale » à l’humour léger et à l’histoire gentillette. Grave erreur ! « Derniers baisers » est au contraire une comédie de qualité, à l’humour efficace et au texte, signé Franck Le Hen, fort bien écrit. En résumé, Anthony, star de la série des années 90 « Premier Bisou », est invité par sa plus grande admiratrice à assister à une rencontre avec ses fans. Sans réel enthousiasme, mais n’ayant financièrement guère le choix, il se plie à l’exercice. Il y retrouve à sa plus grande surprise son ancienne partenaire à l’écran, Magalie. Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu et la belle rencontre va tourner en « journée-vérité » pour les deux acteurs.

Si certaines pièces de théâtre prêtent à sourire, avec « Derniers baisers », le spectateur rit à gorge déployée. Chaque réplique fait mouche. L’humour est omniprésent. Toutefois, le texte est à multiple lecture. Derrière la drôlerie, pointe une certaine gravité prenant la forme d’une critique acide de la profession et de son attitude envers ces comédiens « étiquetés ». Un jugement qui, au fil du dialogue, va pousser à une réflexion plus globale sur leur vie et leur carrière. Force est de constater que si le métier ne leur rend pas honneur, le public, lui, leur conserve une amitié indéfectible au regard du tonnerre d’applaudissements au moment des saluts.

Des applaudissements mérités, car si le texte est de qualité, les interprétations sont aussi à féliciter. Quatre comédiens se partagent la scène. Caroline Gaget, avec une énergie débordante, donne une vitalité incroyable à cette pièce. Elle campe une fan hystérique formidablement drôle. Matthieu Nina offre quant à lui un humour incisif et propose une belle présence sur scène. Magalie Madison délivre une version « d’elle-même » sans concession et pleine d’autodérision. Anthony Dupray, lui aussi, n’hésite pas à se railler de sa propre personne. Si son personnage veut se prendre au sérieux, le comédien préfère en rire et nous faire rire. En leur compagnie, le temps passe bien vite à la cafète … Pour ma part, j’y serais bien resté encore un peu.

La force de « Derniers baisers » n’est pas d’avoir produit une pièce s’adressant aux seuls nostalgiques d’une époque, mais d’avoir fait d’un phénomène télévisé une comédie familiale très réussie.
Une pépite d’humour qu’il ne faut pas manquer !