Il y a 15 heures
10/10
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« Tchékhov à la folie » au théâtre de Poche Montparnasse dans une mise en scène de Jean-Louis Benoît : jamais spectacle n’a aussi bien porté son nom tant le metteur en scène est fou !
Deux pièces en un acte d'Anton Tchekhov traduites par André Markowicz et Françoise Morvan.

Anton Tchekhov est l’auteur incontournable pour tout amateur de théâtre, un fin observateur des ses semblables qui a su si bien décrire la province russe à la fin du 19e siècle.
J’aime son écriture, ses atmosphères, une porte vers le théâtre moderne : « Les trois sœurs », « La cerisaie », ce sont de pures merveilles ou bien encore « Oncle Vania » dans laquelle s’est illustré le regretté Jean-Pierre Marielle ; avec « La mouette » ce sont ses quatre dernières pièces qui ont marqué la scène française et en ont fait un des auteurs les plus connus de la littérature russe.

Mais aujourd’hui ce sont deux farces, deux pièces en un acte qui sont à l’honneur, souvent jouées ensemble, des œuvres de jeunesse (il avait 27-28 ans) : « La demande en mariage » et « L’ours », cette dernière fut la première pièce de Tchekhov à entrer dans le répertoire de la Comédie Française. Deux pièces qui mettent en exergue le thème de l’amour entre propriétaires terriens, avec leurs failles.
« L’ours » joué en deuxième partie mais écrite avant « La demande en mariage » fut celle qui lui donna un commencement de reconnaissance.

L’argument de « La demande en mariage » est très simple : Lomov, un jeune homme de 35 ans (pas si jeune que cela en fait) vient demander la main de sa voisine Natalia. Il est reçu par le père Tchouboukov qui est enthousiaste à cette idée et se presse d’aller chercher sa fille pour qu’il lui fasse sa demande de visu.
Une demande qu’il n’aura jamais l’occasion de formuler, car chacun d’entre eux, querelleurs dans l’âme, ont une idée extrêmement précise sur ce qui leur appartient et sont dans l’impossibilité de se maîtriser pour exprimer leurs arguments. La conversation tourne en pugilat et c’est une explosion…de rire qui nous est servie sur un plateau d’argent !
Natalia entre dans une furie incontrôlée et bazarde tout ce qui lui passe sous la main pour exprimer sa colère devant le refus de Lomov d’admettre qu’il a tort ; un entêtement qui lui donnera quelques frayeurs avec sa fragilité du cœur.
Mais au final un père qui laissera les deux tourtereaux trinquer à l’harmonie de leurs caractères.
La mise en scène de Jean-Louis Benoît est complètement folle, il a gommé le côté « folklorique » que l’on connaît d’habitude dans les interprétations des œuvres de Tchekhov pour se concentrer sur le côté humain des personnages, au fond si cher à l’auteur. Il a mis en avant le côté joyeux et farceur que Tchekhov a voulu dépeindre dans ces deux pièces.
Tout est dans le détail de ces propriétaires terriens qui travaillent dans les champs, en plein été, jusqu’à entendre les mouches voler…
Un thème sur l’impossibilité de communiquer, qui a toute sa place aujourd’hui avec les réseaux sociaux qui nous enferment plutôt qu’ils nous ouvrent aux autres.

Et nous poursuivons sans entracte, s’il vous plaît, avec « L’ours ». Une veuve vit recluse dans sa maison depuis sept mois avec son serviteur où l’on entend les oiseaux gazouiller ; vient se présenter à son domicile un propriétaire foncier qui était en affaire avec son défunt mari et qui lui demande d’honorer sa dette. Dans un premier temps, elle refuse de le recevoir mais devant l’insistance de ce dernier, elle cède. Bien mal lui en pris car il refuse de partir tant qu’elle n’aura pas payé la dette. Elle a beau lui expliquer que son régisseur ne reviendra de la ville que le surlendemain, il ne veut rien savoir et s’installe chez elle car il doit rembourser, le jour même, des intérêts à la Banque Agricole Impériale au risque de se voir dépouiller de ses biens
S’ensuit alors une joute verbale explosive mettant encore une fois la colère à l’honneur. Une colère communicative puisque nos deux héros sortiront de cette impasse, dans laquelle ils se sont engouffrés, par un duel aux pistolets.

Deux farces à la férocité indéniable frisant l’absurdité, mais qui ont comme ressort le Rire !

Jean-Louis Benoît a su habilement, avec de belles trouvailles dans sa mise en scène, exploiter la force comique des trois comédiens dans un rythme à couper le souffle, comme dans le tourbillon de l’Amour. Ils sont tous les trois au même niveau, au même diapason, ils ont un sens inné de la comédie. Ils ont la voix puissante mais ne jouent jamais en force, c’est ce qui leur donne une justesse de jeu précis et hilarant. Que cela soit dans les silences ou dans les paroles, ils captent notre attention sans jamais la lâcher.
Un Tchekhov dépoussiéré, effaçant le côté classique pour mettre en avant, dans une vision très animée, la drôlerie des propos de l’auteur.

Jean-Paul Farré avec sa célèbre coiffure ébouriffée, le patriarche, est un illuminé grandiose. Son jeu est d’une gaîté folle, il nous embarque dans ses délires avec gourmandise.

Manuel Le Lièvre dans son jeu discret mais très efficace donne du volume à son interprétation. Qu’il soit avec sa perruque aux cheveux gominés, plaqués ou au naturel, il emporte l’adhésion de tous dans son jeu rompu aux situations comiques.

Mon coup de cœur, pour une comédienne que je découvre, va vers Emeline Bayart. La première fois que j’ai entendu parler d’elle est en faisant la queue pour aller voir « Michel for ever ». Une dame vantait les louanges de son spectacle où elle chante, spectacle qu’elle joue toujours.
Dans ces deux farces elle est volcanique, elle a une force comique remarquable, des attitudes, des expressions, des regards, des mimiques, à se tordre de rire.

Un spectacle incontournable auquel je mets la note de 10/10 ! et c’est rare…
Il y a 7 heures
6,5/10
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Un peu déçu par ce -presque- seul en scène d’Édouard Baer.
Je m’attendais à plus de fond, plus de réflexions.

Des sujets intéressants sont évoqués mais trop survolés. L’acteur parle du courage et de la lâcheté, d’André Malraux, Romain Gary, de Brassens. Les références sont nombreuses, les transitions dans cette longue improvisation feinte sont plutôt fluides.

Nous retrouvons le personnage d’Édouard Baer, le plaisir qu’il prend à divaguer, son humour. Quelques passages sont très drôles.

Les personnages figurants apportent un peu de dynamisme. Hélas, dans l’ensemble nous ne sommes pas pris par ce texte inégal et le temps paraît parfois long.
Il y a 23 heures
5/10
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Une chanson douce… de l’ambiguïté de sentiments qui conduit à la haine.

Si vous avez lu le livre, peut-être serez vous comme moi resté sur votre faim d’émotions et d’intérêt pour le travail proposé par Pauline Bayle.
Une nourrice, en est venue à assassiner les 2 enfants qui lui ont été confiés et qu’elle semblait chérir… Un fait divers dramatique, mystérieux.
On le sait dès le début, et on va essayer de comprendre -s’il est possible- les ressorts qui ont conduit à cette situation.

Une adaptation du roman de Leïla Slimani -ici primé : prix Goncourt 2016-
Une nouvelle mode, actuellement largement répandue chez les metteurs en scène de négliger nombre de grands textes théâtraux (avec du texte et de l’enjeu et de l’incarnation dramatiques) au profit d’adaptations plus ou moins réussies de romans… et de s’attaquer à la mise sur scène d’ouvrages qui, au départ n’étaient pas destinés à s’y retrouver.
Une proposition ici qui reste trop plate et trop succincte.
Les 3 acteurs, qui font de leur mieux pour incarner tous les rôles (dont celui des enfants), m’ont très moyennement convaincue, le déroulé des scènes pas trop non plus.

Cette proposition est bien éloignée du thriller plutôt glaçant que j’avais lu et qui m’avait beaucoup plus captivée.
Je suis restée en dehors !
Dommage !
Il y a 18 heures
5,5/10
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Contrairement à d'autres arts, la danse contemporaine se veut moins grand public et moins accessible.

Soit on rentre dans l'univers que propose la chorégraphe ou soit on trouve le temps long en se demandant ce que l'on voit. Et cette fois, je fais partie de la seconde catégorie. Déjà, lorsque je vais voir de la danse, je m'attends bêtement à voir des gens danser. Et c'est là que la néophyte que je suis s'affiche. Pourquoi devrait-il danser ? Après tout, n'existe t'il pas la non-danse dans l'histoire de danse contemporaine?
Alors, voir des gens qui marchent en file indienne au même rythme et s'arrêtent devant un micro, c'est normal. Effectivement, ils changent de rythmes et de positions sur une musique électronique jouée sur le plateau. Parfois sur le fond de scène sont projetées des images en direct des artistes qui sont devant le micro. Puis d'un coup, les choses changent un peu et chacun s'éparpillent.

Une question se pose, à quand de la nudité ? Souvent, cela va avec la danse. Il n'a pas fallu trop attendre qu'un homme se dénude et qu'une caméra fasse un gros plan sur ses parties. Qu'importe, une démarche de sublimation du corps doit se faire derrière même si je ne comprends pas le sens. Mais est-ce que je comprend le sens de quelque chose ? Là est la véritable interrogation.

Je me rassure en me disant que le spectacle ne dure qu'une heure. Je pourrais imaginer un discours sur la critique de la société, le mal-être de l'homme, les interrogations sur son identité et sur le sens de la vie... Et je pense que je ne suis pas trop loin du compte. Mais je n'ai pas adhéré et le temps m'a semblé d'une longueur infinie. Le besoin de prendre l'air se faisait de plus en plus important surtout avec l'augmentation du volume sonore. Quand la lumière revient dans sur le public, la libération est possible.

L'enthousiasme des spectateurs ne se faisant pas trop entendre la sortie se fait plus vite. Ouf retour à la liberté.
Il y a 4 heures
9/10
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Émouvant, amusant, des dialogues bien ciselés, un jeu d'acteur top ... une pièce qu'on déguste.

Régal des émotions, des zygomatiques et aussi de toutes ces critiques fines de certains comportements ... ou travers de société.

Coup de cœur !