Il y a 15 heures
9/10
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Quelle vertigineuse histoire, quel tourbillon d’artiste !

Dans « La loi des Prodiges », François de Bauer est tout simplement brillant. Mille voix, mille compositions animent l’acteur qui nous raconte la bien étrange histoire de Rémi Goutard. Nous suivons depuis sa naissance jusqu’à son ascension politique cet homme détestant l’art et voulant supprimer les artistes.

Considérant les artistes comme marginaux Rémi Goutard s’est en effet convaincu de les réintégrer dans la société en supprimant les aides destinées à les soutenir dans la création. Ce rôle d’un homme qui cherche à faire tomber les arts est un contre-emploi abyssal. Ce personnage nous semble fou tout en ayant à la fois quelque chose de sympathique par sa maladresse et son léger zozotement. Les autres personnages, défenseurs des arts, ne sont d’ailleurs pas toujours très sympathiques, donnant ainsi lieu à une remise en cause sous-jacente de la société. Les personnages sont à la fois drôles et pathétiques. Tout paraît inversé par un jeu de miroir. C’est étrange voire déconcertant.

Pour accompagner cet énergumène, François de Bauer incarne donc une vingtaine de personnages par de petits riens. Sans autres accessoires que trois chaises, tout est affaire de composition : une voix, un geste ou une attitude suffit. Les personnages s’enchaînent à un rythme effréné par la figure d’un seul et même acteur. Rien n’est laissé au hasard.

Le tout est une performance originale truffée de mille trouvailles et sans aucune longueur. François de Bauer nous tient en haleine pendant une heure et demie et finit hors d’haleine, la chemise trempée de sueur.

Un seul en scène absolument épatant, la meilleure pièce que j’ai vu depuis longtemps.

Ça claque !
Il y a 18 heures
8,5/10
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Mais c'est quoi ce spectacle ?

Bon, autant le dire tout de suite, on sait surtout ce que n'est pas ce spectacle.
Oui, parce que ça aurait dû être une grosse production sur le monde de la paysannerie, avec du foin sur la scène, une vache et un cochon (en alternance), une trayeuse électrique (un "triolet") ...

Et puis non.
En raison de multiples péripéties, ce sera un spectacle sur la prise de parole en entreprise. Une conférence pour apprendre aux ouvriers à affronter leur supérieur hiérarchique.

Oui mais non. Ce sera autre chose.
Ce sera un biopic sur le gars Jacky qui après avoir dû quitter son village normand pour cause de soufflette herbeuse, revient dans celui-ci auréolé de gloire théâtrale et artistique.

Non plus.
Vous l'aurez compris, le ton de ce que va nous proposer Fabrice Adde est celui de l'absurde, du loufoque, du surréalisme.
Le comédien va nous emmener loin. Très loin.

Dans une espèce de folie auto-contrôlée, dans laquelle va s'opérer une sacrée mise en abyme.

Ce sera un type qui a décidé de faire l'acteur. Ce sera quelqu'un qui va se servir de sa propre biographie pour porter haut et fort une déclaration d'amour.
Ce spectacle, c'est une ode au théâtre, au métier de comédien, ce job pas comme les autres qui consiste à se planter devant les gens. Et donner. Encore et toujours donner.

Avec des accents à la Albert Dupontel, Fabrice Adde va nous plonger dans un vertigineux maelström à la fois tout en drôlerie, lucide, déjanté, contrôlé, délicat, féroce, tendre ou vachard.

Tout va y passer.
Les écoles de comédiens, les metteurs en scène, les scénographes, les régisseurs qui sont « des gens fidèles contrairement aux artistes », les auteurs, Claudel, Freud, Saint-Exupéry...

Sont invités Isabelle Adjani et sa terre glaise, Phil Barney et son enfant de toi, Jean-Claude Brialy et ses petits bouts de pain, Jean-Michel Ribes et son pull-over parme...

Nous seront évoqués une mère très peu encline à voir son rejeton faire l'acteur, un traître de metteur en scène (n'est-ce pas, Olivier Lopez...), et bien d'autres personnages.

Fabrice Adde s'en est donné à cœur joie.
Dans ce rôle de clown plus ou moins triste mais toujours très drôle, il va multiplier les situations surréalistes.
Avec un sacré métier d'amuseur public, avec moult ruptures jubilatoires, quantité de brusques silences laissant en suspens une absurdité précédente pour mieux nous la faire déguster, il interprète avec virtuosité ce type qui ose, qui tente, qui rate et qui insiste.

Avec une énergie folle, doté d'un humour noir, très noir qui appuie là où ça fait mal, il dézingue les idées reçues, les poncifs, les clichés.

C'est un bonheur de le voir, très pince sans rire, raconter, dire, hurler, déclamer, chanter, lire...
Les spectateurs sont interpelés, provoqués, ceux du premier rang participent activement.
Votre serviteur peut en témoigner !

Des accessoires seront utilisés de façon complètement burlesque, un rétro-projecteur, un radiateur, Roland...

On sent bien que le séjour de M. Adde en Belgique à côtoyer des comédiens magnifiques et noblement fous, ce séjour au conservatoire royal d'art dramatique de Liège a laissé des traces.
Oui, il y a une vraie et noble folie belge !

Bon alors, c'est quoi, ce spectacle ?

C'est un cri. Un cri d'amour qui se termine par une magnifique déclaration.
Par les trois plus jolis mots de la langue française.

Et sinon, alors, pourquoi « 14 juillet » ?
C'est en raison d'une moule-frites party.

Allez donc faire un tour au Rond-Point voir ce spectacle étonnant, insolite, drôlissime et qui vous pète à la figure.
Il y a 4 heures
9/10
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A nouveau, le théâtre des Béliers a mis à l’affiche une pièce à ne pas manquer pour plusieurs raisons.

Le scénario intelligent, car aborder le thème de la persécution des juifs en Pologne pendant la deuxième guerre mondiale sans tomber dans Les poncifs trop fréquents est un écueil parfaitement contourné. L’aller et retour entre aujourd’hui et hier est habile, subtile et bien senti. La métaphore des crapauds fous et le subterfuge utilisé qui sert de trame est une trouvaille.
L’humour jamais lourdingue et le sérieux se tutoient avantageusement.

Les acteurs sont investis, et remarquables, la plupart dans plusieurs rôles. Ils font tourner les décors avec une belle efficacité.
Belle pièce, belle mise en scène, acteurs extras... normal qu’au tomber de rideau, éclatent les longs applaudissements de la salle conquise.
Il y a 6 heures
8/10
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Le personnage de la pièce partage son appartement avec Pierre, son colocataire accordéoniste.
Quand il rentre du bar où il vient de prendre un café ou quelques verres de vin, il raconte
les milliers de noyés en Méditerranée, les gens de l'immeuble, ceux de l'entrepôt d'à côté
le sdf qui ne l'a pas toujours été, la prostituée qui a accepté sa condition, la voisine dont l'esprit bat la campagne.
Les histoires de tous ces cabossés de la vie, ceux que nous cotoyons tous le jours sans les voir, sans y prêter attention.
Le texte d'Ascanio Celestini est drôle, mais aussi plein d'humanité, sans pathos.
Il est porté par David Murgia formidable conteur. Maurice Blanchy qui parle avec la voix de Yolande Moreau ponctue le spectacle avec quelques virgules musicales.
Pourquoi Laïka ? nous le comprenons à la fin, c'est beau, fort et émouvant.
Il y a 7 heures
8/10
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Un spectacle d'impro participatif : incroyablement drôle !

En bref, le public fixe le cadre de l'impro : on donne le nom d'un homme, un métier et un lieu. Ensuite, les 3 comédiens professionnels partent loin loin loin loin dans ce décor, et nous tiennent pendant 1h30 de spectacle avec des rebondissements permanents. Ce que j'ai adoré : c'est tout le non conventionnel de leurs échanges, leur créativité.
Hier soir, ils ont vu des mamouth, ont créé une Ferrari, et ont imaginé les Jeux Olympiques de Molki jusqu'en 2042 à PetitQuevilly, dans la périphérie de Rouen. Ce que je veux dire c'est que rien n'est banal dans les impro. Un comédien ne prendra pas un café à une terrasse, mais un lait fraise dans une déchetterie. Et en l’occurrence, le lait fraise, on l'imagine très bien. Ils bousculent les normes, et nous invitent à sortir du cadre conventionnel de nos échanges quotidiens.

Superbe ! C'est assez fascinant également leur niveau de précision dans leurs gestes, et dans leur vocabulaire. On voit tout la scène, et on imagine très bien les décors. Même si aucun objet n'est banal, ils créent tout de même des cadres fixes.

Très bonne soirée, que je recommande vivement, notamment le mercredi soir avec Timothée, Nabla et Mark.