14 juil. 2021
7,5/10
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Dans un jardin public, Valérie (Fabienne Galloux) s’est assoupie et soudain Jacques Chirac la réveille ! Mais que se passe t’il ? Oui, on est dans un rêve évidemment mais qui a un petit gout de réalité sympathique à souhait. Valérie est un peu surprise, mais sa curiosité va prendre le pas pour découvrir ce Chirac qui sait très bien qu’il n’est plus de ce monde et qui n’a pas envie de remuer le passé. Mais l’envie de parler est plus forte que tout (oui le personnage est contradictoire, c’est même un peu sa signature) et le voilà en train de deviser et de boire du Gin tonic en compagnie de Valérie. Il évoque les femmes de sa vie : Bernadette, sa fille disparue et d’autres…, mais aussi de nombreux autres sujets plus ou moins médiatiques ou politiques et des souvenirs peu connus qui donnent un aspect romanesque à la vie de ce grand homme qui se cachait derrière ses fameuses lunettes en écailles.

Premier choc, quand Marc Chouppart incarnant Chirac apparait sur scène : choc visuel ! Il y a indéniablement quelque chose de proche du président. Tout est dans le détail de la gestuelle qui a été étudiée avec soin.

Second choc, quand il s’adresse à Valérie : choc auditif ! Là aussi, il y a eu un gros travail sur le personnage pour restituer sa façon de parler si particulière. C’est bien de l’homme dont on s’est inspiré, pas de son Guignol ! On n’est absolument pas dans la caricature !

Marc Chouppart est totalement convaincant, on a la sensation d’échanger avec le fantôme du président.

Il faut aussi souligner la mise en scène de Géraud Bénech, assisté par Emmanuelle Benhaim : L’univers onirique est parfaitement rendu via les images projetées et la lumière des différentes scènes. On sait parfaitement qu’on est dans un rêve et on n’a guère envie de se réveiller.

J’aurai, moi aussi, bien volontiers bu un Gin tonic en compagnie de Jacques car j’ai une sacrée liste de questions pour lui.
14 juil. 2021
8/10
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Le plaisir de retourner à la Huchette depuis que son directeur Franck Desmedt a décidé que c’était une scène faite pour le théâtre musical, est toujours aussi fort ! Exit, la nouvelle pièce à l’affiche ne fait pas exception et se révèle aussi sympathique que les pièces musicales qui ont précédées : La poupée sanglante, Comédiens ! ou Huckleberry Finn.

C’est l’histoire de Sybille, scénariste de jeux vidéo, qui imagine un nouveau jeu autour de la reine Aliénor d’Aquitaine. En pleine campagne du Brexit, campagne clivante s’il en est, elle se retrouve à avoir le cœur partagé entre un scénario de jeu bien fumeux ou un scénario plus profond qui semble plus proche son moi intime. Elle a aussi le cœur partagé entre un Français Antoine, accessoirement son boss de sa société de jeux vidéo et un Anglais Mark, graphiste de talent. Vous l’avez compris le thème de la pièce sera le choix… dans un univers totalement dépaysant !

Le dépaysement démarre dès la première scène : nous assistons médusés à ‘Marie -Antoinette et les moutons Danton’ avant de comprendre de quoi il retourne et de rire tout comme le reste de la salle à gorge déployée. Mêler l’univers des jeux vidéo avec l’Histoire et la vie mouvementée du Sybille est un sacré mélange détonnant et ça fonctionne bien : on alterne entre la comédie romantique et l’univers déjanté des jeux. C’est sacrément réussi ! Les changements de tons et de genres favorisent une attention continue des spectateurs. On ne rentrera pas dans les détails car il faut vous réserver quelques surprises.

Bien sur tout cela est un régal des yeux et des oreilles grâce au travail d’une équipe soudée et talentueuse : Patrick Alluin, Gaétan Borg, Stéphane Laporte et Didier Bailly. N’oublions pas les comédiens qui sont excellents tant en comédie qu’en chant : Marina Pangos qui nous fait vivre les affres des choix qu’affronte Sybille, Simon Heulle qui est le french boss éternel ado et Harold Savary qui so british !

Bref, c’est encore un pari réussi pour la Huchette qui est clairement un haut lieu du théâtre musical !
10 juil. 2021
4/10
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Un thème intéressant mais l’histoire est simple, et n’a pas suscité d’émotion pour nous.
La mise en scène est trop hachée et répétitive, ce qui casse le jeu des acteurs.
Après monsieur Haffmann nous nous attendions à mieux mais la pièce ne vous a pas emmenée.
10 juil. 2021
10/10
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Cher Edouard,

Avant ce 6 juillet, 20h30, quelle image avais-je de vous ? Bien sûr, vous ne m’étiez pas inconnu. Le théâtre et la télévision avaient été, à cet égard, des relais efficaces pour faire connaître l’acteur. L’acteur, d’accord, mais l’homme ? Eh bien, je n’en connaissais pas grand-chose. Je n’avais de vous que l’image que je m’en étais faite. Celle d’un homme au physique avantageux, au sourire avantageux, à la carrure avantageuse. Certainement fort sympathique et à la conversation intéressante. Un ami avec lequel on aime passer des soirées à rigoler. Un homme à la jeunesse, sûrement identique à celle vécue par des milliers de Français. Monsieur Toulemonde, en somme …

Puis, il y a eu ce mardi 6 juillet, 20h30.
Et là, une claque !
Il y a, d’abord, la découverte d’un comédien au talent incroyable et à l’inépuisable énergie. Votre seul jeu de scène justifierait de venir vous voir. Il est impressionnant de constater à quel point vous vivez votre spectacle (en habitué des théâtres, j’ai rarement vu un comédien aussi impliqué dans son rôle). Je me suis surpris, à une ou deux reprises, à ne plus écouter le personnage pour observer le comédien. Votre phrasé, vos gestes, vos mimiques et votre façon d’habiter la scène. Une leçon de comédie assez fascinante. Chapeau, l’artiste !

Ensuite, il y a le spectacle. Une plongée dans votre passé. Tantôt drôle, tantôt violente. Qui aurait pu croire que derrière ce sourire se dissimulait une telle histoire ? Un passé au cœur duquel l’amour côtoie constamment la violence. Pas simple de le retranscrire sur scène sans virer dans une espèce de voyeurisme. Pourtant, vous savez éviter l’écueil adroitement. Jamais, vous ne réclamez que l’on s’apitoie sur votre vécu, juste que l’on vous regarde tel que vous êtes. Vous y parvenez fort bien. Par vos gestes et vos propos, vous savez, habilement, jongler avec les émotions des spectateurs, les transportant dans un sacré ascenseur émotionnel. A la sortie, ils sont habités de sentiments divers, chamboulés, certes, mais heureux d’avoir été présents, ce soir-là, à vos côtés.

Mes adorées, c’est drôle. C’est dur. C’est intense. Mais, qu’est-ce que c’est beau.
Indéniablement, le spectacle à voir actuellement !

Quant à vous, cher Edouard, quelle image ai-je de vous ?
Celle d’un homme qui a su parfaitement trouver sa voie et pour laquelle je vous souhaite la plus belle des réussites (vous la méritez !).
Celle d’un comédien auquel, si un jour j’avais la chance de partager un verre, j’aurais mille questions à poser. Non sur sa vie, mais sur sa technique de jeu.
Celle enfin d’un professionnel dont le nom fait, désormais, partie de ceux pour lesquels je me déplacerai, sans hésitation, dès lors qu’il figurera sur une affiche. Il est, pour moi, la garantie d’un spectacle de qualité.
9 juil. 2021
9/10
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Homme, sweet homme…

En 1971, Michel Polnareff nous l’assurait : « Je suis un homme, je suis un homme, quoi de plus naturel, en somme... »

Mais au fait, c’est si naturel que ça, d’être un homme ?
Voilà une bonne question !

C’est en tout cas celle que s’est posée Catherine Hauseux, dans le cadre d’un diptyque passionnant autour de la transmission et d’une réflexion sur le vécu, les spécificités, les interrogations des femmes et des hommes.

Ce soir, j’assistais au second volet, consacré donc au sexe que l’on a longtemps dit et cru fort !

Qu’est-ce que c’est un homme ?
Qui sont ces mâles contemporains ? Que ressentent-ils ?
Comment se définissent-ils ?
Comment vivent-ils leur masculinité ?

Voilà quelques-une des interrogations qui vont être évoquées devant nous.

Avec d’arriver sur la scène, ce spectacle a dû être écrit.

Catherine Hauseux a donc été interroger des hommes, dans les villes où elle était en résidence artistique.
Elle a recueilli des témoignages.
Des hommes se racontent, tentent de se définir, évoquent leurs rapports avec les femmes.

La démarche est quasi sociologique.
Mais voilà... De la socio au théâtre, il y a un fossé.
Il était en effet hors de question pour l’auteure de « simplement » lire ces témoignages, il fallait les mettre en voix, certes, mais aussi en corps, en gestes.
Nous sommes bien au théâtre, pas dans un amphi de fac.

Elle entre sur scène, Catherine Hauseux, et à partir d’une situation vécue, qui va tout déclencher. Une situation-problème, pour employer un terme à la mode chez les pédagogues.

Elle sera bientôt rejointe par Stéphane Daurat qui va interpréter, jouer, incarner ces témoignages.
Il sera tour à tour un homme en couple bien installé, un retraité, un type en instance de divorce, un jeune de trente ans, un prof habillé de noir, etc…

Des personnages qui existent, et qui vont à nouveau prendre vie sur le plateau grâce au talent du comédien.

La vérité ! Troublante, palpable, bouleversante, sans fard ni artifice.
Stéphane Daurat l’incarne, cette vérité-là. Et de quelle façon !

Son jeu, d’une justesse phénoménale et absolue, fait en sorte que nous les avons vraiment devant nous, ces hommes-là, plongés dans leurs contradictions, leurs faiblesses, leurs forces, leurs contradictions et leurs divers questionnements.
Tour à tour touchant, drôle, bouleversant ou d'assez mauvaise foi, il EST ces personnages.

L’égalité H/F, la « mâlitude », la masculinité, la paternité, le partage des tâches, le rôle dans l’éducation des enfants, la transmission du nom patrimonial, l’homophobie, voici quelques-uns des sujets qui sont abordés via la restitution de ces témoignages.

Melle Hauseux, elle, joue le rôle de la narratrice-candide, qui intervient parfois pour questionner et pour pousser dans leurs retranchements les différents personnages.

On le comprendra aisément, ce type de spectacle est très risqué.
Le grand danger étant de tomber dans la caricature la plus nauséabonde.

Ici, il n’en est absolument rien.
Ce qui se joue devant nous, c’est la réalité, c’est la vie, c’est notre humanité. Purement et simplement.
Les deux comédiens font en sorte que nous la prenions en pleine face, cette réalité-là !

Et bien entendu, chaque homme présent à l’Essaion ne peut s’empêcher de se situer, par rapport à ce qui nous est raconté et montré : où en sommes-nous, nous-mêmes, face à ces questions essentielles ?

Oui, ce magnifique moment de théâtre nous force à prendre acte de notre propre conception du genre.
C’est là l’une de ses grandes forces.

La dramaturgie et la scénographie sont pleinement au service de cette Vérité, avec l’utilisation de judicieux accessoires, un bande-son discrète, tout comme les subtiles projections vidéo.

Vous l’aurez compris, je vous engage vivement à assister à ce spectacle passionnant.
C’est bien simple : c'est une réussite totale.

Demain, ce sera au tour des femmes ! A suivre...