Le pays lointain

Le pays lointain
De Jean-Luc Lagarce
Mis en scène par Clément Hervieu-Léger
  • Théâtre de l'Odéon
  • place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
Achat de Tickets

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est aujourd’hui l'un des auteurs contemporains les plus joués en France. 

Le Pays lointain, que met en scène Clément Hervieu-Léger, est sa dernière pièce, réécrite à partir de Juste la fin du monde. Sachant qu’il va mourir, Louis, pas même âgé de quarante ans, décide de retourner vers sa famille pour l’annoncer.

Dans ce voyage, où présent et passé se mêlent, il traverse ce que furent les vingt dernières années de sa vie : la nouvelle famille qu’il s’est choisie, son amant mort, ses amours possibles ou vécus, son travail d’écrivain… Un chemin chaotique, poignant, plein d’humour aussi, vers l’ultime confrontation.

Clément Hervieu-Léger est comédien − pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2005 − et metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il a été collaborateur artistique de Patrice Chéreau. Il a principalement mis en scène, notamment à la Comédie-Française, des œuvres de Molière et Marivaux.

Il a écrit Le Voyage en Uruguay, mis en scène par Daniel San Pedro avec qui il codirige, depuis 2010, la Compagnie des Petits Champs.

 

Note rapide
7/10
pour 8 notes et 7 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
3 critiques
Note de 4 à 7
50%
4 critiques
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
3 avr. 2019
8/10
1 0
Louis, personnage principal, convoque les souvenirs de sa famille choisie et de sa famille naturelle. Louis vient annoncer sa mort prochaine à sa famille naturelle, accompagné pour cela de son ami Longue Date (Vincent Dissez).

Œuvre testamentaire de Lagarce, « Le Pays Lointain » de la Compagnie des Petits Champs a déjà voyagé sur les scènes de France depuis 2017, date de création de la mise en scène de Clément Hervieu-Léger. Le décor choisi pour cette rencontre est une station-service, pathétique et étrangement poétique. 11 comédiens de grand talent forment cette distribution qu'il faut citer : Aymeline Alix, Louis Berthélemy, Audrey Bonnet, Clémence Boué, Loïc Corbery, Vincent Dissez, François Nambot, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro, Nada Stancar, Stanley Weber.

Incarnant des personnages vivants ou morts, ils entourent Louis et resteront sur scène tout du long. Parlant chacun leur tour, rarement ensemble, ils portent une langue qui se répète jusqu'à s’infuser à l’oreille du spectateur. Grâce à eux, les répétitions prennent un sens. Car donner à l’écriture répétitive de Lagarce cette ampleur dit à soi seul le talent des acteurs et l’excellence de la direction d’acteur de Clément Hervieu-Léger.

Ce texte de Lagarce a quelque chose d’étonnant. Etonnant par ce regard sans concessions qu’il porte sur Louis (Loïc Corbery). Solitaire et secret, Louis a quelque chose d’antipathique. Sa fausse affabilité ne trompe plus ses proches et lorsqu’il retrouve sa famille naturelle sa parole ne trouve pas le chemin. C’est un homme venu chercher sa rémission pour ne pas partir sans explications mais un homme qui sait que le fossé est trop large (comme un Edouard Louis passé lui aussi d'une classe à une autre, homosexuel et transfuge). 

Il n’y a dans ce propos aucun pathos et juste des reproches pour Louis. Passé et présent se rentrent dedans, faits des deux familles qui les composent. Deux familles qui cohabitent mal, comme les deux hémisphères du cerveau, comme deux cercles de loyauté et de devoirs incompatibles.

Conscient de tout cela, Louis se laisse dire par les autres sans trouver aucun mot pour cautériser les plaies qu’il laissera béante. Même dire qu’il disparaît lui sera impossible. Louis se retrouve piégé et doit partir tout seul, faute de ne pas avoir laissé les autres l’aimer, de les avoir découragés en ne leur rendant rien en retour.

Pourtant la famille dit quelque chose de nous-même, de notre composition interne, de notre ajustement au monde. Suzanne sa sœur (Audrey Bonnet) et puis Antoine (Guillaume Ravoire), sa mère (Nada Stancar) et son père aussi (Stanley Weber), ce sont eux qui portent dans leurs reproches sa voix à lui, sa solitude qui l’a emmuré, éloigné de leur hémisphère. Et puis il y a les autres, les voix des êtres choisis qui résonnent de temps à autres (Clémence Boué, Daniel San Pedro, François Nambot, Louis Berthélemy). Des voix furtives, parfois d’une nuit, des voix qui savent ce qui lui arrive. Tous se rencontrent dans l’esprit de celui qui se tait. Tous ont leur partition, leur monologue, leur moment de lumière.

Récemment, ce thème des rencontres imaginées a été repris dans "Les Idoles" de Christophe Honoré. Voir monté ce "Pays Lointain" si peu de temps après l’éclaire d’une lumière différente : même entrechat entre passé et futur, même tentative de guérison et de dépassement des déchirements intérieurs. Même sida ravageur même si ici le sida n’est jamais nommé.

Car le Pays Lointain ne dit pas tout, notamment sur le sida qui erre comme un spectre, absent de toutes les paroles. Lagarce aussi se tait. On projette plus de choses que le texte de la pièce ne dit lui-même. Rendant parfois le texte long par ce qu’il refuse de dire...

En cela, Le Pays Lointain est une pièce exigeante, avec quelques longueurs. L’humeur terne et l’impasse à laquelle il mène peut donner envie de penser « Tout ça pour ça !». Car en définitive, il s’agit d’une parole de 4h qui n’aboutit qu’à un échec et un adieu unilatéral.

Malgré tout, Le Pays Lointain de Clément Hervieu-Léger tient de la performance. Le voir monté dans sa version intégrale avec ces acteurs est une performance. Jean-Luc Lagarce nous a livré en 1995 une œuvre ô combien proche des écritures qui nous sont contemporaines. Une œuvre qui s’engouffre dans nos failles avec mélancolie…

Un testament fidèlement porté par cette nouvelle famille d’acteurs !
31 mars 2019
7/10
1 0
C'est la première fois que je voyais une pièce de Lagarce. J'ai été déstabilisée par le style qui m'a empêchée de rentrer dans la pièce à plusieurs reprises.

Beaucoup de répétitions de "celui-ci", "celui-là" qui plombent le rythme au bout d'un moment. Néanmoins le jeu des acteurs est bon et leurs mouvements et disposition sur la scène est bien pensé. On comprend bien le mélange entre le récit qui se passé au présent et les souvenirs qui refont surface. D'ailleurs les personnages qui incarnent le père et l'amant décédés sont vraiment intéressants. La tension est présente, le thème sur les liens familiaux est creusé mais encore une fois le style m'a enlevé la spontanéité que je recherchais. J'ai perdu le fil à de nombreuses reprises, surtout pendant les monologues.

Une découverte donc, je suis curieuse de voir ce que Xavier Dolan en a fait mais je ne pense pas retourner voir cet auteur au théâtre.
27 mars 2019
9/10
2 0
Très excitée de voir la dernière pièce de la trilogie de Lagarce. Juste la fin du monde est impressionnante. La seconde a été si bien mise en scène par Chloé Dabert l'année dernière. Celle-ci promet. Hervieu-Léger est si juste dans sa mes.

Le résultat est superbe. L'histoire est extraordinaire. Les mots fusent, virevoltent. L'écriture est précise, chirurgicale. On tourne, on remet les mots. Le texte est un immense tourbillon passionnant. Le jeu est impeccable dans une mise en scène qu'on aurait pu espérer moins conventionnelle mais c'est un détail.

Bravo au talent!!!
7/10
3 0
Juste La Fin du Monde est une pièce émouvante percutante et incandescente. Une très grande pièce.
Le Pays Lointain en est la version longue. Le même texte avec des personnages (les fantômes) supplémentaires. Moins efficace que la première, plus dense, elle est tout aussi émouvante.
Rarement une pièce sur la famille, les liens fraternels et les origines aura atteint de tels sommets.
La production mise en scène par Hervieu Léger est assez classique et nous touche surtout dans la deuxième partie. Il faut s’accrocher dans la première partie.
Le décor n’a pas beaucoup de sens mais est quand même très beau.
Mention spéciale à Audrey Bonnet, Vincent Dissez et Aymeline Alix
18 mars 2019
5/10
2 0
Pièce décousue et extrêmement longue, c’est dommage car le texte est riche.

En bref, Louis revient dans sa famille en province, après 10 ans d’absence.

Ce que j’ai bien aimé, c’est la richesse des sujets abordés. Le texte est très riche !

Tout d’abord, l’anachronisme : au début Louis est mort, et raconte sa vie quand il était vivant. Il décide de faire revenir toutes les personnes qui ont été importantes dans sa vie. Sauf que ces personnes ne sont pas seulement des figurants de la vie de Louis, ils ont eux-même leur vie et leur histoire. C’est intéressant de décentrer Louis. Et tout prend forme.

Ensuite, j’ai bien aimé la problématique du retour de quelqu’un. Est ce que c’est possible, lorsqu’on s’est éloigné de certaines personnes, de revenir ? Ou alors est ce que les gens demandent toujours des explications ? J’ai senti qu’en fait, selon Lagarce, c’est impossible de revenir et de reprendre le train en marche. Les gens en veulent aux absents, qui n’ont pas de « bonnes raisons » à leur absence (ce qui est le cas de Louis). Et finalement, Louis le dit à un moment, que si son entourage lui avait assuré qu’ils n’auraient pas de reproches ni trop de questions à son retour, alors il aurait pu revenir plus tot « Si on m’avait promis le silence, je serais revenu ». Mais que le retour, avec son lot de justifications, c’est trop compliqué. Je me dis qu’il faut être intelligent pour ne pas demander de justificatifs aux « revenants », et juste accepter la réalité.

Enfin, j'ai bien aimé ce que la belle-soeur de Louis explique à un moment : elle a pensé que Louis (qu'elle n'avait jamais vu) ne revenait pas, à cause d'elle. Elle en était certaine. Elle s'était construit, toute seule dans sa tête, un schéma selon lequel c'était de sa faute si Louis (beau frère qu'elle n'avait jamais vu) ne revenait pas. C'est incroyable ce qu'on peut se créer dans nos têtes pour ne pas accepter les faits. Le pire c'est lorsqu'elle explique qu'elle était tellement certaine que c'était à cause d'elle, qu'elle n'osait pas poser la question à la famille. Du coup, c'était encore plus compliqué pour elle de s'en défaire, car elle avait construit tout ce schéma toute seule. Ya tellement de moments ou on se construit des schémas, pour tenter de trouver des explications, qui sont extrèmement noires, nocifs, et si éloignés de toute réalité, et de tout bon-sens. C'était magnifiquement exprimé.

En outre, d’autres idées que j’ai bien aimé :
- La famille, ça impose des règles
- Le retour d’un fils qui s’est construit intellectuellement loin des siens, et loin de ses origines (petit bled de province // milieux intello parisiens) et qui revient dans sa famille d’origine
- la complexité des relations familiales est bien jouée : la belle-soeur face à Louis, la gêne/malaise de la mère devant son fils, la soeur qui est pleine de violence, le frère qui ne laisse rien transparaitre, les affinités, les personnalités de chacun

Ce qui m’a fortement ennuyé, c’est la lenteur des répétitions dans le texte. Cette façon très Lagarce de répéter mille fois les mêmes phrases. Ça traduit sûrement l’obsession des personnages, mais qu’est ce que c’est lent. Les personnages répètent minimum 3 fois la même phrase quand ils parlent. Il y a aussi les personnages qui appuient toujours le « celle-là », ou « celui-ci » qui est lourd.

Je suis partie avant la fin, ma vision sur la pièce n’est pas complète.

Bon spectacle !
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor