• Classique
  • Théâtre de l'Odéon
  • Paris 6ème

L'Avare (Lagarde)

L'Avare (Lagarde)
De Molière
Mis en scène par Ludovic Lagarde
  • Théâtre de l'Odéon
  • place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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Signé Ludovic Lagarde, voici un Avare de choc, bourreau des autres comme de soi-même, faisant le malheur de ses proches et la joie de ses spectateurs !

Avide autant qu’avare, Harpagon veut à la fois accumuler et retenir. Et surtout, ne pas consommer. Lagarde nous montre la demeure de son Harpagon quasiment sans mobilier, mais encombrée de containers prêts à être réexpédiés, en vertu de la loi du profit.

Toute solidarité, tout lien familial ou social sont solubles dans l’or. Pour Harpagon, la richesse est faite pour disparaître au fond d’un trou noir, sans retour et sans fond, pareil à celui qu’il creuse au fond de son jardin pour y enfouir sa chère cassette. Tant pis pour les autres – et pour soi-même, car ce trou est aussi une fosse au fond de laquelle l’Avare creuse sa propre tombe...

Comment donc en sortir ? Est-ce seulement possible ? Ludovic Lagarde met brillamment en relief les deux faces de L’Avare, sommet de la comédie noire. Comédie, car on n’échappe pas si facilement à la vitalité de la vie (même Harpagon songe à se remarier !). Noire, parce que l’Avare reste incurable : l’or lui tient lieu de corps, et la cassette de dernière demeure... Dès lors, quel avenir un tel homme peut-il laisser à ses enfants ? Et si son monde est bien le nôtre, quel visage voyons-nous dans le sombre miroir qu’il nous tend ?

 

Note rapide
7,3/10
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Note de 4 à 7
17%
5 critiques
Note de 8 à 10
83%
Toutes les critiques
3 juil. 2018
5/10
23 0
Un spectacle contemporain, sans émotion dans l'interprétation.

En bref, Harpagon n'a d'yeux que pour son argent, qu'il compte et re compte. Ses enfants, Cléante et Elise veulent l'accord de leur père pour se marier. Sauf qu'Harpagon souhaite épouser Marianne, amante de son fils Cléante, et Elise souhaite épouser Valère, qui n'a pas d'argent.

Plusieurs aspects de cette pièce sont actuels :
- Le rapport à l'argent, tel qu'il est décrit, est très contemporain : les gens comptent tout, le matériel prend une place folle, la réussite sociale repose beaucoup sur les richesses et sur la consommation. Molière a écrit une pièce très actuelle en ce sens.
- la description de la chambre de Marianne par Frosine, l’entremetteuse, qui décrit les tableaux de la fille pour exprimer ses goûts, aujourd'hui ce serait des posters, c'est encore d'actualité
Quelques réflexions intéressantes :
- Ludovic LAGARDE explique que "c'est très difficile de représenter un homme riche aujourd'hui, car les catégories sociales sont moins repérables qu'à l'époque de Molière" ;
- Il explique également que l'avarice est une notion qui a beaucoup évolué, car aujourd'hui, elle se manifeste beaucoup plus par l'ostentation, la démonstration que par la rétention Ce qui a totalement vieilli, c'est le rapport des enfants à l'argent de leur père : Cléante ne travaille pas, il explique qu'il a gagné de quoi bien s'habiller au jeu, et a besoin de l'argent de son père pour vivre. Il n'est pas question que Cléante travaille, alors que son père a gagné son argent en travaillant. Cela m'a fait penser à l'affaire Hallyday, les enfants David et Laura souhaitent avoir l'argent de leur père, au lieu de compter sur eux-mêmes pour faire fortune.

J'ai trouvé quelques parties assez longues :
- Maître Jacques, qui est dans le cri permanent, c'est assez fatiguant à écouter
- Marianne : sans trop d'intérêt
- Frosine : quelques longueurs et comiques de répétition dans son jeu
- Harpagon : un peu 'too much" dans l'interprétation, très Louis de Funès, alors qu'Harpagon est un personnage très misérable, seul, et triste. On ne perçoit pas assez ses faiblesses et la tristesse du personnage
La mise en scène de Ludovic LAGARDE m'a beaucoup plu :
- les caméras de surveillance pour surveiller le coffre fort d'Harpagon m'ont fait beaucoup rire
- la musique du début, lors de la fouille de l'entrepot et de la fin, lors de la mort d'Harpagon dans son argent
- l’entrepôt
- je n'ai pas aimé le climat social dans lequel Ludovic LAGARDE inscrit la pièce, le fond de lutte des classes entre méchant patron qui accumule les richesses et ouvriers exploités.
Bon spectacle !
23 juin 2018
9/10
25 0
« Argent trop cher, trop grand ! »

Cet Avare mis en scène par Ludovic Lagarde est cinglant et jouissif en même temps. La chanson de téléphone en titre n’aurait pas dépareillé dans cette pièce tant la pièce propose une version violente de ce classique de Molière.

Dans une demeure, devenue un entrepôt contemporain, les enfants d’Harpagon se découvrent chacun amoureux et élaborent une stratégie pour présenter ce doux penchant à leur père, avare à souhait, qui a d’autres projets matrimoniaux pour eux.

La scénographie imaginée par Ludovic Lagarde et Antoine Vasseur pour transformer le plateau au gré des différentes scènes est superbe, je vous laisse la découvrir. Alors certes, tout est décomposé et on pourrait s’y ennuyer car la pièce semble s’étirer. Mais il faut au contraire, admirer l’ingéniosité des déplacements du décor et le positionnement des comédiens, leur regards appuyés car ils contribuent sans conteste à cette ambiance si particulière qu’a voulu le metteur en scène.

Harpagon, interprété à merveille par Laurent Poitrenaux, est tyrannique à souhait, il règne comme un pacha sur sa maisonnée. La mesquinerie dont il fait preuve est exquise, on rit certes mais on rit jaune devant tant de cynisme. Car oui, l’Avare est une comédie mais une comédie bien acide !

La distribution autour de Laurent Poitrenaux est parfaite, chacun est à sa place et la tient fort bien.
Mes scènes préférées sont bien celles que je préférais dans le roman de Molière : l’algarade de Maitre Jacques par Valère et la scène où Frosine brosse le portrait de Marianne à Harpagon. Mais il y a une surprise pour le final et je dois dire que cette fin possède un cachet très particulier qui mérite qu’on reste assis les 2h50 de la pièce.
22 juin 2018
8/10
17 0
"Money, money, money just be funny in the rich man's world" : une proposition pour notre Harpagon!

Pour Ludovic Lagarde, le metteur en scène, « l’Avare » est une véritable découverte. Il ne « l’avait jamais lu, ni même vu. Il n’en avait aucune représentation ». Il l’a donc abordé d’un œil neuf et, nous avec, car nous avons été entraînés à sa suite sur cette voie nouvelle. Et c’est tant mieux !
En effet, dans cette mise en scène là, point d’excessives bouffonneries, point de jeux dramatique ou comique appuyés, point de contrastes extrêmes des costumes entre père et fils, point de ces logis misérables, rien de ces « ficelles » souvent vues, entendues sur scène ou au cinéma.

Le texte apparaît, dans toute sa richesse -et l’on a grande satisfaction à le redécouvrir- (ah le plaisir de réentendre les tirades extraites des « petits classiques Larousse », comme celle de Maître Jacques, invité par son maître Harpagon à dire franchement ce que partout on pense de lui…Il en cuira au cuisinier-cocher pour sa franchise !).
Les situations comme les sentiments, apparaissent comme d’une très grande modernité. L’appât de l’or (le métal, les lingots) et de l’argent (les numéraires), ou d’autres richesses, « l’avarice » poussée à son extrême qui, conduit à se priver de tout, soi-même et/ou son entourage ou, la soif inextinguible d’accumulations de toutes sortes pour en faire de l’argent, thèmes centraux de cette pièce, sont toujours d’actualité…. Il suffit de regarder un peu notre monde actuel. Même si les formes prises sont plus feutrées que celles dénoncées par Molière, elles n’en sont pas moins cruelles et porteuses de désespoir chez ceux qui en sont les victimes.

Lagarde fait de son Harpagon un personnage noir, sombre, un homme qui exploite hommes et bêtes, moins ridicule que pathétique, un individu -certes presque normal dans son apparence physique-, un sexagénaire plutôt bien conservé, mais habité entièrement par une ardeur terrible, destructrice.
Passion perverse, morbide, puisqu’elle le conduit à vivre de rien, -et encore moins…. !- Et à exploiter sans vergogne, à maltraiter, et à priver de tout, famille, entourage et domestiques .
Pour vivre et survivre, ces derniers ne peuvent que développer mensonges et dissimulation, et pour satisfaire leurs élans vitaux naturels ou tenter de combler au mieux leurs désirs légitimes, ils sont conduits à répondre par des duperies aux propres tromperies d’Harpagon.

J’ai été très amusée, intriguée, intéressée par la première partie de la pièce et ce, dès le tout-début… les trouvailles -inattendues- de mise en scène m’ont séduite. De la première à la dernière scène. Et le plateau-hangar, encombré de toutes sortes de coffres, en grand nombre, où sont dissimulés pense-t-on des « trésors » est une belle illustration de cette soif incommensurable d’accumulations qui empêchent de vivre, de chérir et d’aimer.
J’ai moins aimé la suite, à l’arrivée de Frosine, dont je n’ai ni apprécié le jeu outré ni la voix faussement « mondaine » forcée et encore moins la scène d’ivresse longuette… J’ai perçu une rupture de rythme, ses scènes étant surjouées, trop … et complètement dans le cliché.
J’avoue avoir été plutôt agacée et n’avoir pas ri. Je reste perplexe devant ce choix de direction d’acteur. Fallait-il vraiment rechercher un effet comique excessif avec ce personnage ?

Sinon, à part la jeune Mariane, convoitée par Harpagon, plutôt falote, et dont le sort, comme la voix et la diction ne font guère pitié (on se demande ce que le brillant Cléante peut bien lui trouver)!
Les autres comédiens sont excellents.
Justement Cléante, Elise sa sœur tout autant (qui doivent vivre d’expédients pour mener à bien leur destin futur face à un tel père), et Valère, l’amoureux d’Elise qui sait si bien manœuvrer pour rester dans les bonnes grâces d’Harpagon afin de conquérir sa fille.
Mais celui que j’ai de loin préféré et qui est particulièrement savoureux et inattendu, c’est ce Maître Jacques incarné par une femme Louise Dupuis. Quel jeu et quelle présence.

Quant au héros de la pièce, Harpagon, L. Poitrenaux, il ne recherche pas le comique… même si à l’écouter ou le voir, le rire nous gagne parfois.
Il incarne plutôt avec sobriété, un personnage grave, tragique, véritable tyran domestique enfermé dans une logique pathologique. C’est une façon bien nouvelle pour cet Avare que de laisser aux mots, plus qu’aux tics ou à une gestuelle exagérés, l’opportunité d’exprimer la noirceur (et le malheur) du personnage.
La « scène de la cassette » est de la pure tragédie humaine, bien loin des contorsions habituelles. Elle n’en a que plus de poids ! Le monstre qu’il est, arrive presqu'à nous toucher...

Bref, une soirée intéressante et insolite. Une approche nouvelle à découvrir.
9 juin 2018
8/10
26 0
L’avare, mis en scène par Ludovic Lagarde.
Innovant, emporté, drolatique.
Ludovic Lagarde transpose l’Avare dans le monde d’aujourd’hui, le monde du commerce, des transactions et de l’argent. Un monde prêt à tout pour réussir.
Sur scène un labyrinthe de caisses empilées, contenant des marchandises diverses (cigarettes, luminaires, coussins…), nous sommes dans un entrepôt commercial. Dans cet espace froid et impersonnel les comédiens vont évoluer avec une agilité et un dynamisme époustouflant. C’est un lieu offrant de nombreuses cachettes pour les confidences et les amoureux.
En fond de scène un grand écran de télé surveillance sur lequel Harpagon surveillera sa cassette à l’abri des regards indiscrets.
Quel talent Laurent Poitreneaux.
Un harpagon violent, cruel, effrayant, barbare mais aussi cocasse et grotesque, l’avarice le plonge dans une folie démentielle, il se contorsionne, grimace et délire avec frénésie.
Ce père démoniaque et dictateur, prêt à sacrifier ses enfants pour accroître son trésor. Arrivera-t-il à l’aboutissement de ses ambitions et de ses désirs ?
L’harpagon de Ludovic Lagarde finira ses jours englouti par son or. Je vous en laisse la surprise de le découvrir, c’est un tableau magnifique, émouvant et dénonciateur d’une société où la réussite financière est malheureusement une valeur première.
Une mise en scène originale et réussie.
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7 juin 2018
9,5/10
38 0
L'oseille, le flouze, la maille, le blé, le grisbi, la monnaie, les picaillons.
L'argent. Encore et toujours...
L'accumulation des biens, la thésaurisation à outrance, le toujours plus !

L'un des principaux intérêts de cette version très actuelle de la pièce de Molière mise en scène par Ludovic Lagarde est de mettre en parallèle la définition de l'avarice en 1668, date de la création de la pièce et la vision que nous pouvons avoir du poids et de la dictature du fric.

Pour les contemporains de M. Poquelin, l'avarice, ce n'est pas la lésine, la ladrerie. Non.
Ce qui était considéré comme l'un des plus grands vices de l'époque, avec l'hypocrisie, c'est bien l'obsession maladive de la richesse, et son corollaire pour arriver à ses fins, à savoir la pratique de l'usure. (Le prêt à intérêt était alors théoriquement fortement condamné par l'Eglise.)

On le voit, le thème est très actuel : l'ultra-libéralisme, l'ultra-capitalisme, le poids du système bancaire dans l'économie mondiale sont autant de mécanismes qui peuvent miner nos modernes sociétés.

Harpagon n'est pas ici un vieillard souffreteux, aux vêtements élimés et rapiécés.
Dans cette version, c'est un redoutable et impitoyable chef d'entreprise, (son chez-lui, c'est un entrepôt de caisses de marchandises diverses et variées sur palettes), un businessman qui entasse, accumule ses biens et ses richesses, et qui pratique illégalement le métier de banquier.

Et qui dit argent, dit violence. Ultra-violence, même. Morale et physique.
Lagarde est allé très loin dans cette violence : le personnage principal se promène la moitié du temps avec un fusil de chasse, les coups pleuvent, le sang coule, ça crie ça hurle sur le plateau.
Certes, l'ambiance est drôle, mais elle également très tendue.

Cet Harpagon, par son rapport à l'argent, va créer en permanence de la frustration. Beaucoup de personnages seront frustrés, privés qu'ils sont du nerf de la guerre. Sans argent, on ne peut exister dans notre société de consommation.

(La scène du « télé-achat » est de ce point de vue exemplaire. Il faut consommer, à tout prix.
Je vous laisse bien entendu découvrir...)

Laurent Poitrenaux sera un avare sous amphétamines.
Son personnage est un excité permanent, une sorte de héros de cartoon à la Chuck Jones.
Le comédien déclenche très souvent les rires, avec ses changements de hauteur de voix, ses inflexions, ses ruptures, sa gestuelle, ses attitudes.

Deux scènes sont particulièrement hilarantes.
Tout d'abord, ses efforts pour paraître jeune aux yeux de Marianne, sa façon de décliner son compliment en scansion hip-hop.

Et puis il y a cette scène digne du film « The Party » de Peter Sellers.
A la scène des fruits, en costume trois-pièces avec une écharpe, affublé alors d'une petite moustache et de grosses lunettes et rythmant de la main une sorte de bossa-nova d'ascenseur, il est tout à fait dans l'ambiance du long-métrage.

Poitrenaux sera également terrifiant : odieux, machiavélique et surtout pervers.
Cet Harpagon-là n'est pas un enfant de choeur. Il m'a fait par moment penser à un véritable chef de loge mafieuse.

La célébrissime scène « des mains » est habilement négociée dans ce sens. La Flèche (Julien Storini) est mis en joue, il lève les mains en l'air, et la fouille sera « très au corps ». (Je n'en dirai pas plus. C'est à la fois drôlissime et glaçant, si l'on y réfléchit un peu...)

Christèle Stual est une Frosine-femme d'affaires très portée sur le gin. La comédienne est parfait en poivrote plus ou moins mondaine, cheveux blonds et jupe au dessus du genou. (Non, je ne fais allusion à personne...)

J'ai beaucoup aimé le Valère d'Alexandre Pallu, qui, dans le registre de la flagornerie, de la lâcheté et de l'hypocrisie, est excellent. Il m'a fait beaucoup rire.
Son rôle est risqué, parfois bombardé qu'il est de pommes de terre (ses lunettes en sont tombées hier par terre), ou en proie aux gifles de sa chère Elise.

Une Elise interprétée par Myrtille Bordier qui elle a bien étudié les habitudes revendicatives des Femen.

Ludovic Lagarde a choisi d'amputer la fin de la pièce. Ici, tout s'arrête au moment ou Harpagon retrouve sa cassette. C'est son choix. Une option qui dans sa démonstration est plutôt pertinente.
Le symbole de sa richesse retrouvée clôturera les deux et quarante minutes que dure le spectacle. Le monde de l'argent peut respirer.

C 'est donc une vision très intéressante et très réjouissante qui nous est proposée, avec des parti-pris très affirmés qui fonctionnent.
C'est un Avare à charge, qui dénonce et qui interpelle les citoyens que nous sommes.

Et qui au passage, nous rappelle s'il en était encore besoin, l'intemporalité et l'universalité du propos de Molière.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor