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  • Paris 1er

Haute Surveillance

Haute Surveillance
De Jean Genet
Mis en scène par Cédric Gourmelon
Avec Jérémy Lopez
  • Jérémy Lopez
  • Christophe Montenez
  • Pierre Louis-Calixte
  • Sébastien Pouderoux
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 23,00
Evénement plus programmé pour le moment
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« C’est un diamant noir », annonce Cédric Gourmelon au sujet de Haute surveillance, première pièce de Jean Genet qui en initia la rédaction au centre pénitentiaire de Fresnes en 1942 sous le titre Pour la belle, et qu’ il retravailla jusqu’à la fin de sa vie en 1985.

On y retrouve la mythologie qui traverse son œuvre et entoure sa vie : sa fascination pour les criminels, la masculinité, l’ accomplissement de soi, la fatalité, le désir... L’action est resserrée autour de trois jeunes détenus. Le premier, nommé Yeux verts, figure charismatique, est un « vrai » assassin vénéré par deux délinquants, Maurice, gueule d’ ange à la beauté troublante, et Lefranc, le seul à ne pas être analphabète, qui a le privilège de lire et rédiger la correspondance entre le caïd et sa femme – l’absente, objet du fantasme commun.

Il fallait un amoureux et un praticien accompli de l’œuvre de Genet pour mettre en scène ce huis clos dense et poétique. Cédric Gourmelon a déjà monté Splendid’s, Le Funambule et Le Condamné à mort, poème mis en musique par Étienne Daho. Haute surveillance est un de ses textes fétiches qu’ il crée aujourd’hui pour la troisième fois. Il conduit les acteurs de la Troupe dans les revers de cette écriture qui réclame un engagement physique intense. Ensemble, ils apprivoisent le style unique de l’ auteur qui donne la parole, et une forme de noblesse, à de mauvais garçons comme lui mis au ban de la société. Là est l’ immense talent du théâtre de Genet : « c’est la politesse à l’ égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui était muet ».

 

Note rapide
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33%
4 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
21 oct. 2017
6,5/10
8 0
Jean Genet a trouvé l'inspiration lorsqu'il était lui-même à Fresnes en 1942. C'est pour cela qu'il peut retranscrire l'univers de façon si précise. Cédric Gourmelon retranscrit l'ambiance carcérale comme je pourrais le concevoir dans mon imaginaire. Le travail est sobre et ô combien parlant. C'est dans le silence que débute le spectacle. Un surveillant (Pierre Louis-Calixte) arrive muni d'un balai et pousse une matière noire et crée l'espace de la cellule. Puis ce sont les trois comédiens qui arrivent chacun à leur tour. Chacun y incarne un personnage et va y exprimer pleinement sa sensibilité. 

Jérémy Lopez joue avec intensité et sensualité ce Maurice qui veut s'affirmer dans la fourberie. Il joue avec sa voix entre deux tons et son corps fort. Une beauté trouble grandement maîtrisée. Spectacle après spectacle, il montre l'étendue de son talent qui vire à la perfection. Jérémy Lopez/Lefranc est sur un autre registre, où il s'affirme par la violence de ses mots et la dureté de sa voix. Je l'avais trouvé déjà épatant dans "Roméo et Juliette" dans le rôle de l'amoureux et je le trouve toujours aussi étonnant. C'est bien dommage qu'il ne soit pas plus présent sur la scène du français. Sébastien Pouderoux que l'on voit trop peu souvent sur scène s'impose dans ce rôle de Yeux-Verts, un meurtrier au coeur de pierre. Et enfin, Pierre Louis-Calixte est assez peu présent dans la pièce mais souligne la gravité du lieu et de sa violence. Pas besoin d'avoir beaucoup de texte pour contraindre l'oppression à se montrer. 

La sobriété du jeu est accompagnée d'une sublime mise en lumière d'Arnaud Lavisse. Elle s'illustre assez vite avec cette lumière qui doucement éclaire les visages des trois prisonniers. Le regard du spectateur ne peut aller que sur le regard du comédien. Le corps est plongé dans l'obscurité. On les découvre les uns après les autres, avec un regard lointain, une voie posée. L'espace également n'est pas uniquement délimité pas la zone blanche au sol. Elle l'est aussi par l'intensité ou non de l'éclairage qui nous pousse à poser notre regard vers un endroit ou une personne. Tout est bien pensé et est amené avec une grande délicatesse et justesse. Les lumières construisent la pièce et lui donne une autre dimension. 

La lenteur, les silences plongent le spectateur dans le coeur de la cellule, nous poussant à regarder dans l'oeilleton des hommes d'affronter.
8 octobre, 18h30, Paris

... La suite ! Après Mme Klein aux Théâtre des Abbesses.

Haute Surveillance mise en scène par un homme, Cédric Gourmelon, avec quatre comédiens. Un spectacle avec une même qualité de distribution et de mise en scène. Il commence avec un homme (le surveillant, Pierre Louis Calixte) qui passe longuement le balai. Il nettoie la salle, la prépare comme s’il créait un espace. L’espace dans lequel trois prisonniers (Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux et Christophe Montenez) vont évoluer. Ils vont s’aimer, se détester, se battre …

Un espace clos qui reflète la cruauté et la banalité du monde.

Un espace quasi onirique où tout se déroule dans une rapide lenteur.

L’éclairage illumine les comédiens. Ils sont tous extraordinaires dans leur violence gratuite et leur incompréhension face au monde extérieur.

Ils « fabriquent des histoires qui ne peuvent vivre qu’entre ces quatre murs ». Ces quatre murs, qui sont à la fois ceux qui les enferment dans leur prison, mais aussi ceux du théâtre. D’ailleurs, la dernière réplique, celle du surveillant « On a tout entendu, tout vu. Pour toi et de ton poste, ça devenait cocasse; pour nous, de l’oeilleton du judas ce fut une belle séquence tragique, merci. », fait sans aucun doute référence au théâtre. En effet de notre place de spectateur l’on assiste passif à une scène tragique, on observe sans être vu, mais pour eux tout cela n’est qu’un jeu mais un jeu où aucun ne sortira indemne. Une plongée époustouflante dans l’univers, à la fois sensuel et violent, de Jean Genet.
5 oct. 2017
9/10
3 0
Résumer la pièce va sans doute être perçu comme une atteinte à Genet… Disséquer ce qui s’avère être un tout de pure poésie pourrait briser quelque chose, mais je vais m’y risquer. La pièce se passe en prison. Devant nous, trois hommes : Yeux-Verts (Sébastien Pouderoux), le criminel à l’état pur, celui qui n’a pas décidé de passer à l’acte mais qui a commis le crime comme un acte du destin. Respecté de tous dans la prison, tant ses camarades que le caïd Boule-de-Neige, et même les gardiens de la prison (Pierre Louis-Calixte). Il partage sa cellule avec Lefranc (Jérémy Lopez) – le seul lettré de la bande, plus réfléchi qu’instinctif, et que la jalousie amènera à renier sa véritable nature pour se faire bien voir par Yeux-Verts – et Maurice (Christophe Montenez), jouant constamment sur sur la séduction et de sa « belle gueule » pour essayer de se rapprocher de Yeux-Verts.

Sans aucune originalité : Jérémy Lopez y est magistral. Encore une fois il ne s’agit pas ici de jeu mais de vie, d’émotion, de tripes. En réalité, on le sent parfois au bord du gouffre, et la violence qu’il renferme en lui éclate jusqu’à nous donner la chair de poule. Sa souffrance, à fleur de peau, est palpable, et c’est presque gênant – voire insoutenable – pour le spectateur de le voir devenir celui qu’il n’est pas, au point de détourner les yeux. Christophe Montenez est éblouissant dans ce rôle qui lui sied à merveille : appuyant constamment l’ambiguïté sensuelle qui est la sienne, à la fois fasciné et fascinant, il semble adapter le moindre de ses mouvements à ceux de Yeux-Verts.

Seul Sébastien Pouderoux reste en-dehors de l’intensité et de la tension qui règnent sur la scène – mais après tout, n’est-ce le propre de son personnage d’être au-dessus de tout cela ? J’aurais tout de même aimé qu’on perçoive l’humanité derrière la carapace, là où il semble presque vide. Pierre Louis-Calixte, qui ouvre avec brio le spectacle, est un gardien de prison blasé, aussi prisonnier que le reste de ses congénères. Il est un « nous » intemporel et observe, à la manière du spectateur, les différentes actions qui se déroulent dans la cellule. Mais alors que nous y assistons impuissants, sans forcément prendre parti, lui se range au côté du reste des prisonniers et, à leur manière, semble montrer pour Yeux-Verts un certain respect.

Avec une mise en scène minimaliste et une scénographie millimétrée, esthétiquement très travaillée et mettant en valeur ce texte d’une richesse monstrueuse, Cédric Goumelon propose un spectacle exigeant intellectuellement et même physiquement : dans ma crainte d’interrompre cette espèce de cérémonial qui se déroulait sur scène, impossible de bouger le moindre membre pendant 1 heure. D’ailleurs, la salle semblait partager ma vision car le silence avait quelque chose de religieux. Cela permet d’entendre ce texte minutieux, et de se concentrer pour en percevoir les moindres nuances.
23 sept. 2017
7/10
13 0
L’œil de Judas

« Je les mure vivants dans un palais de phrases ; on entendra crier les pierres » écrira Jean Genet à propos de ses textes. Dans Haute surveillance, le palais est une prison, les vivants « Zieux verts » le condamné à mort, Jules le cambrioleur et Maurice le jeune voyou interlope. Quant aux phrases elles parlent d’un amour pour une belle (la première édition était intitulée Pour la belle) ou un mâle. Réalité et illusion se fondent pour les matons que nous sommes dans cette tragédie.

Cet antiréalisme, Cedric Gourmelon en joue complètement dans sa mise en scène. Une scène vide mais un balayage minutieux au début de la pièce pour nous confronter aux murs de la cellule. Une scène sombre et des jeux de lumière pour n’entrevoir et non voir. Une mise en scène faite de lenteurs et de silences ambivalents pour nous déconcerter. La scène finale entre Jeremy Lopez et Christophe Montenez est juste sublime. Danse ou meurtre !

« Quiconque plonge dans son monde se retrouve dans une sorte de spirale du vide où les points fixes sont difficiles à repérer » Jean A. Giten et Problématique des masculinités dans "Haute surveillance"
9,5/10
5 0
Après un noir profond dans lequel le silence côtoie le doute et où l’imaginaire ne peut se résoudre à attendre, un homme enfin, en costume de surveillant de prison, entre et balaie le plateau.

Avec une étrange mobilité semblant empruntée à l’apesanteur, le surveillant nettoie ou prépare un espace, on ne sait pas. Est-ce la cour d'une prison, les contours d’une cellule, l’antre d’une messe mortifère ?

Dans une ambiance devenant pesante, lentement l’homme dessine avec son balai des sentiers comme pour nous signaler des passages. Puis progressivement il aplanit le plateau d’un carré parfait. Des sensations inquiétantes et irréelles nous enveloppent et nous font douter si nous rêvons ou pas.

L’arrivée de trois hommes marchant d’un pas ouaté, en file, renforcent la tension qui s’installe alors tout à fait. Ce sont les trois prisonniers, nous le comprenons vite, qui partagent cette cellule.

Dialogues, invectives, regards, attouchements retenus, paroles chuchotées ou criées, parfois si proches du visage que nous ressentons vivement ce mélange de violence et de sensualité qui semblent les habiter tous les trois.

Yeux-Verts, le caïd. Maurice la belle gueule. Lefranc la petite frappe qui veut être un grand malfrat.

Condamné à mort pour son crime, Yeux-Verts y a gagné son statut et le conserve par sa force. Il pose aux pieds de Maurice et Lefranc ce que d’autres laisseraient en héritage. Défiant la Mort comme il a défié le Mal, il dit son vide, son absence de ressentiment comme un déni de ce qui l’attend, comme une confession involontaire du rien qui l’habite.

Maurice et Lefranc vont se battre l’honneur d’être le prochain amour de la future veuve, sublimant ainsi le désir de succéder à Yeux-Verts, le désir de l’aimer encore derrière la vénération et le respect, celui aussi de s’en sentir aimé.

Jean Genet écrit cette pièce en prison en 1942. Publiée et crée en 1949, elle sera remaniée plusieurs fois jusqu’en 1985, version du spectacle présenté aujourd’hui. Il y dresse un portrait complexe de la recherche de l’identité masculine, de la transgression du bien et de la sublimation de la mort. Recherche rendue difficile dans le magma des convictions normatives enfermantes, notamment parmi des prisonniers dépourvus d’instruction suffisante pour mettre en mots ce qu’ils vivent et ressentent vraiment.

Magistralement mis en scène par Cédric Gourmelon, les voix des comédiens portent avant tout, les corps suivent comme des silhouettes fantasmagoriques et glissantes. Les jeux montrent avec une puissance fébrile et lumineuse ces combats pour la reconnaissance de la masculinité qui passent parfois par les frontières d’une sensualité troublée à l’érotisme prégnant.

Pierre-Louis Calixte nous trouble avec son personnage de Surveillant, dont on ne sait s’il est réel ou non. Une présence quasi magique et éthérée aux paroles dites avec une stricte distinction comme un peintre poserait les traits nécessaires pour configurer un dessin.

Jérémy Lopez passe de la colère à la fragilité, de la jalousie à la terreur avec virtuosité. Il nous montre le personnage de Lefranc, ébranlé, meurtri par le doute et l’envie, accablé par ses actes.

Sébastien Pouderoux joue Yeux-Verts, monstrueux de vacuité pour ce qu’il est et ce qu’il a fait, nous troublant de sa présence d’un homme déjà mort avant la mort dont il parle comme d’une suite logique à une promenade, un jour où le temps permet.

Christophe Montenez est Maurice, agressif autant qu'il est fragile et sensuel, attendant de la force physique l'élan d'un ébat amoureux qui ne se dit pas. Une beauté digne et troublée se dégage de son personnage.

Une vague déferlante d’intensité dramatique traverse ce spectacle de haute qualité artistique, nous prenant de bout en bout dans ce merveilleux voyage dans le théâtre poétique et déconcertant de Jean Genet.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor