• Classique
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème

Bajazet

Bajazet
De Jean Racine
Mis en scène par Éric Ruf
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 32,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Parti assiéger Babylone, le sultan Amurat a transmis en son absence tout pouvoir à Roxane, sa favorite.

Se sentant en disgrâce, le grand vizir Acomat conspire pour que le frère d’Amurat, Bajazet, devienne sultan. Il imagine une rencontre entre ce dernier et Roxane afin qu’elle tombe amoureuse et qu’il accède au titre.

Or, la princesse Atalide qui lui sert d’intermédiaire et Bajazet s’aiment en secret. Dans cette tragédie, Racine mêle dans l’univers confiné du sérail complot politique et amoureux.

 

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7 mai 2017
8/10
11 0
Quelle belle pièce que cette tragédie !

Ce texte magnifique nous laisse ébahis,

Racontant la lutte pour gagner le pouvoir,

Et puis les passions, enfin le désespoir.

Bajazet prisonnier, Amurat guerroyant,

Roxane est au pouvoir, Acomat le briguant.

Se nouent alors complots et manipulations,

Entraînant tragédies, crimes et conspirations.

Ce texte méconnu offre un drame mythique,

Où se mêlent intrigues amoureuse et politique.

Nous plongeant, spectateurs, au cœur du pugilat,

Éric Ruf livre ici un spectacle de choix,

Une mise en scène au milieu du sérail,

Une scénographie, résultant d’un travail,

Assurément bien long, et très laborieux,

Quand on sait que l’équipe eut, de temps, vraiment peu !
Un jeu de lumières beau et angoissant,

Parachève cet ensemble sombre et sanglant.

Et puis évidemment ce spectacle serait

Bien moins fort sans ces sept comédiens parfaits.

Podalydès campe un inquiétant Acomat,

Qui complote contre le sultan Amurat ;

Clotilde de Bayser confirme son talent,

En tant que tragédienne, ce qui n’est pas courant !

Natrella est touchant, saisissant de justesse,

Forcé de cacher son amour pour la princesse ;

Rebecca Marder est elle aussi très poignante,

En triste Atalide, princesse apitoyante.

Et nous ne parlons pas des autres personnages,

Zaïre en confidente et Osmin en vieux sage.

Ces acteurs émouvants nous emmènent si loin,

Que de ce spectacle on ne sortirait pour rien !

Me risquer à écrire cette critique en vers,

Ne fut, je vous l’assure, pas une mince affaire !
13 avr. 2017
9/10
27 0
« Bajazet, Bajazet, Bajazet » ! Racine joué au Français, c’est toujours pour moi un rendez-vous ! Suite à un changement de programmation, la tragédie de Racine a été montée et scénographiée par Eric Ruf en quelques semaines avec la distribution initialement prévue pour « La cruche cassée ».

L’argument : parti guerroyer à Babylone, le sultan Amurat laisse à sa favorite Roxane le soin de contrôler le sérail où il tient enfermé son propre frère Bajazet qu’il ordonne de faire tuer, soupçonnant son ambition. Mais Roxane aime Bajazet et, prête à désobéir à Amurat, offre la vie et le trône à Bajazet à condition que celui-ci l’épouse. Mais l’amour tient Bajazet lié à Atalide qui l’aime également depuis l’enfance. Choix de fidélité à Atalide, choix de pouvoir ou de mort s’entremêleront jusqu’au dénouement funeste.

Fut un temps où l’on entrait au Français pour jouer un type particulier de rôle : on était tragédien, comique, 1er ou second rôle… Cette scission n’existe plus et désormais de jeunes recrues comme Rebecca Marder héritent de grands rôles quand d’autres plus aguerris jouent au second plan (Alain Lenglet dans le rôle d’Osmin) et… Cela fonctionne !
Rebecca Marder apporte à son rôle d’Atalide beaucoup d’ingénuité, de fragilité mais aussi de noblesse et de force. Impitoyable, Clotilde de Bayser campe dans son rôle de courtisane avec brio, tout en orgueil et cruauté, laissant cependant percevoir dans ses apartés la vibration son amour pour Bajazet et le tourment qu’il lui cause. Denis Podalydès ensuite, comploteur perfide et calculateur dans le rôle d’Acomat paraît implacable et dangereux. Seul le jeu de Laurent Natrella m’inspire quelques réserves. Bajazet, socle de cette tragédie, au cœur de tout, est pourtant étrangement absent. Le personnage est bien là mais toujours tourné de trois quart dos au public, comme un fantôme, presque invisible et accessoire. Pas de grande tirade, peu d’émotions- les rôles de Roxane et d’Atalide sont beaucoup plus riches et mis en valeur par la mise en scène.

Un petit rappel également : contrairement à l’impétueux Shakespeare que l’on peut distendre, tordre, réinterpréter, on peut difficilement faire parler Racine car c’est lui qui nous parle à travers les interprètes. La construction des alexandrins appelle une diction, la diction un rythme, le rythme une posture de jeu. Chez Racine, le jeu est inscrit dans le texte : les personnages y sont nobles et fiers, on se tient droit et l’on doit par son jeu porter la puissance de la métrique classique et la beauté du verbe. C'est le texte qui crée l'émotion, ne s'ennuieront donc que ceux qui n'en perçoivent pas la beauté!

Aussi, la belle mise en scène d’Eric Ruf faite de suggestion et de sobriété sert bien Racine : les armoires campées de toutes parts, le costume de Bajazet rappelant une toge sans en être pourtant…. Tout vient faire appel à notre imaginaire pour respecter les codes classiques sans en prendre pourtant l’apparence stricte et parfois austère- il y a de la finesse dans cette scénographie !

Pour conclure, je suis véritablement ravie que le Français se soit ainsi diversifié en présentant tour à tour des spectacles étonnants (l’Interlope), ravissants (20 000 lieues sous les mers), engagés (les Damnés, la Résistible ascension d’Arturo Ui) mais je suis encore plus heureuse de voir que la maison ne rechigne pas (encore) à monter aussi des spectacles respectant la « tradition classique ». S’il n’y avait plus que du contemporain dans le répertoire et les mises en scène, c’est un pan de son histoire que la Comédie Française mettrait au ban. Tradition et innovation, savant mélange pour savoir être au présent. J’ai donc adoré voir un classique « classique » comme lorsque j’étais enfant !
9 avr. 2017
6/10
23 0
S(c)andale au serial

Ici, dans ce sérail, on meurt non pas d’amour mais à cause de l’amour. Mais il faut vous dire qu’en ce lieu, se trouve les clés du pouvoir de l’empire ottoman, en les mains de Roxane, la favorite du sultan Amurat, parti guerroyé en Perse. Secrètement éprise de Bajazet, frère du Sultan, elle lui offre de le porter au pouvoir à la condition qu’il l’épouse, faute de quoi il périra. Et Bajazet n’a d’autre issue que de trahir Atalide, qu’il aime, ou d’aller à la mort.

Quand politique et passion se mêle, poignard à la main, c’est triste et beau à la fois. Et la mise en scène d’Eric Ruf, ajoute du piquant à l’affaire par son jeu des métaphores :
- Un engrenage infernal, des lacets sinueux…
- Un lieu unique et clos, oppressant, aux lourds secrets…
- Une intrigue complexe, dans les dédales du pouvoir et d’amour…

Par contre, copie à revoir pour la direction des comédiens. Où est la tourmente, la souffrance ?
8 avr. 2017
5/10
51 0
Bajazet n’était initialement pas à l’affiche de la saison. C’est suite à « des difficultés insurmontables dans le montage de la production » (cf article du Monde à ce sujet) de La Cruche Cassée que devait mettre en scène Jacques Lassalle que, dans l’urgence, Eric Ruf décide de reprendre les rênes et de monter l’une des pièces les moins jouées de Racine – qui n’en reste pas moins sublime, il va sans dire. Quelle erreur ! Comment l’administrateur du Premier Théâtre de France a-t-il pu croire qu’il pouvait mettre en scène cette grande tragédie en quelques semaines seulement ? On ne monte pas Racine à l’arrache…

Déjà, ce n’est pas le Racine le plus simple qu’on puisse trouver. Bajazet, frère du sultan Amurat, est depuis longtemps enfermé par sa faute. Alors que le sultan siège à Babylone, il a confié le contrôle du sérail à sa favorite, Roxane. Celle-ci voudrait épouser Bajazet dont elle est tombée amoureuse, et lui propose l’hymen en échange du trône dont il a longtemps été écarté. Mais Bajazet aime Atalide et ne semble pas envisager l’engagement que lui propose la sultane – qui, bien sûr, n’est pas au courant de l’amour que se portent les deux jeunes amants.

J’ai essayé de résumer grossièrement l’intrigue de l’oeuvre. Grossièrement, c’est un peu l’adverbe qui me vient lorsque je repense au spectacle. C’est comme s’il avait simplement été dégrossi. Les acteurs semblent avoir travaillé les vers et leur diction, mais ne maîtrisent pas totalement leurs personnages. Quelques idées de mise en scène sont éparpillées ici ou là, mais aucune unité ne semble réellement se dégager. Au contraire, certaines idées semblent même faire contresens : que le suicide d’Atalide soit orchestré au moyen de lacets de chaussures est totalement ridicule. Ce n’est qu’une manière assez maladroite de justifier la présence de ces chaussures lors du premier acte de la pièce : cela permet à la mise en scène de retomber sur ses pieds – si vous me passez l’expression. Mais ça ne sert en rien le texte de Racine.

Les acteurs semblent un peu perdus. Pauvre Rebecca Marder, totalement écrasée par son rôle d’Atalide. La jeune comédienne n’a pas l’expérience ni les épaules pour porter un tel rôle. Elle parle bien trop vite, si bien qu’elle ne semble pas percevoir toujours le sens des vers qu’elle récite… et nous perd en même temps qu’elle. Elle crie trop, mais où est la douleur ? Où est la passion ? Crier ne sert à rien si l’âme n’y est pas. Ni les constants hochements de tête, qu’elle semble avoir adopté comme principale gestuelle. Léonie Simaga m’a beaucoup manqué, ce soir. Elle aurait fait une merveilleuse Atalide. Quand bien même, des actrices plus confirmées auraient pu donner du corps à ce rôle : je pense notamment à Suliane Brahim ou Georgia Scalliet… Aux côtés de la jeune comédienne, Clotilde de Bayser prouve sans effort sa plus longue expérience de la scène : les vers sont admirablement dits, les attitudes réfléchies et élégantes. Mais je découvre en Roxane un texte d’une cruauté monstrueuse, et la comédienne reste très en surface. Pourtant, j’aurais pu croire qu’elle avait la carrure pour incarner une grande Roxane.

J’aime beaucoup Laurent Natrella, mais comme ses camarades il a peine à se trouver une place sur la scène. Il faut dire que de base, Bajazet n’est pas le rôle sexy par excellence. Il est un peu insipide. Mais son arrivée en chemise de nuit n’était pas forcément la meilleure idée pour le mettre en valeur… Finalement, de toute la distribution, c’est Denis Podalydès qui s’en sort le mieux. Et c’est un euphémisme. Le comédien est magistral, dans ce rôle un peu ingrat du vieux politique qui reste en dehors des passions. Mais… mais ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal que chez Racine, ce soit le personnage carré qui l’emporte ! Il devrait être le contrepoint, et se retrouve au centre. Mais où est la passion ? Où est l’émotion ? Bien loin du Vieux-Colombier, ce soir-là.
6 avr. 2017
8,5/10
52 0
Remplaçant pratiquement au pied levé Jacques Lassalle qui devait monter « La cruche cassée » de Kleist, le patron du Français Eric Ruf nous propose sa version de Bajazet, de Jean Racine.

Cette pièce, il la connaît bien, puisqu'en 1995, il en interprétait le rôle-titre, déjà au Vieux-Colombier, dans une mise en scène d'Eric Vigner.

Retour donc en pays ottoman, dans lequel on tue beaucoup, comme nous l'allons voir.`

Dans sa note d'intention, M. l'Administrateur rappelle les deux thèmes, (il parle même à juste titre de deux fantasmes), qui émergent de cette pièce très peu jouée : le Pouvoir et ses méandres, et surtout l'Amour et ses intrigues.
Pouvoir politique et amours domestiques : les deux vont s'entremêler, s'entrechoquer avec une force et une violence inouïes, au sein du lieu de l'intimité incarnée et feutrée : une chambre du gynécée, dans le palais du sultan Amurat.

Dans ce lieu unique, règle intangible du théâtre classique, dans ce lieu interdit en principe aux hommes et vecteur de tous les fantasmes, donc, règnent en maîtresses les courtisanes.

Eric Ruf a matérialisé cette chambre ô combien énigmatique pour la gent masculine par cinquante-quatre paires de chaussures féminines, qui attendent le public sur la scène du Vieux-Colombier.

A jardin, à cour, ainsi qu'au lointain, c'est une autre collection, de magnifiques armoires anciennes cette fois, qui nous est donnée à admirer.

Ces chaussures vides, et ces armoires évidemment remplies de lourds secrets confèrent au décor une puissance très mystérieuse, très étrange.

Dans cet espace très clos, les passions vont se déchaîner.

L'objet principal de ces passions, c'est évidemment Bajazet, le frère du sultan Amurat.

Ce ne sera pas pourtant le personnage qui parlera le plus.
Laurent Natrella confère à son personnage une sorte de fragilité, une espèce d'impuissance face aux événements, d'indécision vis-à-vis de la sultane Roxane et de la courtisane Atalide, envers qui il a du mal à exprimer ses véritables sentiments.

Il apparaît en grande chemise de nuit immaculée, pieds nus lui aussi, un peu comme un condamné à mort pour qui tout serait déjà joué d'avance.

Ce sont les deux rôles féminins principaux qui m'ont vraiment impressionné.

Clotilde de Bayser est une Roxane fière, altière. Elle va dire les sentiments de son personnage avec force et majesté, mais elle est également très émouvante en femme blessée n'hésitant pas à recourir à la violence pour se venger, délaissée qu'elle est au profit de sa rivale.

L'Atalide de Rebecca Marder est elle aussi bouleversante.
La jeune comédienne est réellement très à l'aise avec l'alexandrin racinien.
Une impression ambivalente de fragilité, de douceur, mais également de force intérieure se dégage de son interprétation. Elle est vraiment grandiose.

Elle rend la scène finale totalement crédible, utilisant pour se supprimer les lacets d'une paire de chaussures écarlates. Encore et toujours les chaussures... Fétichiste, M. Ruf ?

Denis Podalydes campe quant à lui le vizir Acomat, qui tire les ficelles. (Les lacets, devrais-je écrire... )
Il m'a fait peur, le comédien !

Il incarne ce fourbe comploteur politique avec parfois un ton très doucereux, très inquiétant. Un vrai et maléfique serpent, une vile araignée tissant sa toile.

Je dois mentionner également les excellentes Anna Cervinka, Cécile Bouillot (qui n'appartient pas à la troupe), et le toujours magnifique Alain Lenglet en serviteurs et confidents dévoués.

De ce Bajazet émane une impression de classicisme, de rigueur, voire d'austérité.
Ruf n'a pas fait dans la gaudriole, Racine est servi au mieux.

C'est une pièce assurément casse-gueule.
Il faut vraiment que tout soit millimétré et d'une grande justesse, si l'on ne veut pas se retrouver dans un grand-guignol de mauvais aloi. (Mme de Sévigné avait d'ailleurs qualifié la pièce de « grande-tuerie », les trois principaux personnages y trouvant la mort...)

Ici, il n'en est rien.
Tout concourt à ce sentiment d'inéluctabilité des sentiments et des passions humaines.
C'est très noir, c'est très désespéré, c'est très fort.
C'est très beau.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor