Critiques pour l'événement La Nuit des Rois
27 févr. 2020
8/10
26
Un classique déjanté à la comédie française ! Quelques longueurs mais beaucoup de rire.

En bref, deux jumaux, rescapés d'un naufrage, se travestissent pour sauver leur peau en royaume d'Illyrie. Viola devient Cesareo, Sebastien reste lui-même. Ensuite, ils sont courtisés par des personnes du même sexe ou de sexe opposé.

Ce n'est pas tant l'histoire qui importe que le mélange des genres. Finalement, l'amour dépasse les corps, dans la pièce les personnages tombent sous le charge de Viola/Cesareo ou Sebastien pour ce qu'ils sont, et non pour leur enveloppe corporelle. D'ailleurs, les comédiens en slips se ressemblent tous, qu'ils soient H ou F.

C'est une vision très moderne de l'amour qui dépasse le sexe !

Les décors sont somptueux, la mise en scène est carrément branchée, et le décalage musical exceptionnel, le jeu des comédiens est vraiment barré. Un très bon moment.

Petit bémol quand même sur la lourdeur des critiques politiques (coronavirus, régime des retraites, En marche).
20 oct. 2019
10/10
27
Quel bonheur !
Shakespeare en version déjantée à la Comédie Française.
C'était inespéré, Thomas Ostermeier l'a fait.
Au début, j'étais bousculée et je suis repartie le sourire aux lèvres.
Outre, le texte, la mise en scène, les comédiens, les intermèdes surprenants étaient absolument exceptionnels !
C'est simple dès que Laurent Stocker rentre en scène, je suis en joie.
Allez-y si vous voulez vivre un moment hors du temps et des conventions.
1 déc. 2018
10/10
38
La Tempête !!

Un vent de folie souffle sur la Comédie Française.
Il nous vient d'Outre Manche avec cette folle comédie de Shakespeare.
Il nous vient d'Outre Rhin avec le grand Thomas Ostermeier.

Qui mieux que lui pouvait nous projeter dans cette confusion des sentiments, où chacun cache son identité ou son sexe, et où l'apparence masque la réalité ?

La troupe du Français est largement à la hauteur du défi ! Ils n'ont même jamais été aussi bons.
Outre un travail incroyable sur le corps - qui manque à tant de comédiens - ils s'emparent de l'espace, chantent, dansent, se battent à l'épée ....
Sur la scène qui se prolonge dans la salle comme dans les meilleurs concerts de rock, ils nous rappellent que le théâtre est un Art qui n'a jamais été aussi vivant !

Aimer ou ne pas aimer ?
Il n'en est même pas question !
9,5/10
11
Alors ?
Une pièce royale jouée au palais du Français ! Oustiti ! Ouste les qu'en dira-t-on du patrimoine et de l'institution, Thomas Ostermeier prouve que les comédiens de la maison Molière ne sont pas des chiffes molles.

Vraiment, je mets ma tête à couper. Pointus les tétons, jaunes sont les bas, homosexuels les penchants, Podalydès en pantoufles (euh ?), la température monte de quelques crans à la salle Richelieu. La pièce Shakespearienne mêle le travestissement ("le déguisement, c'est le mal, c'est si démoniaque !"), les histoires d'amour ("si je te poursuis, cela ne te dispense pas de me poursuivre") et la folie ("je suis un homme qui a un esprit étrange"). Et il en fallait de la folie pour monter un tel spectacle. Je mets deux fois ma tête à couper. Entre les doux airs d'opéra flirtant avec l'état de grâce et le concert de rap surréaliste : wahou ! quel mélange des genres ! En tout point ! Adeline d'Hermy revêtue d'une guépière noire digne d'une veuve éplorée, Stéphane Varupenne en collant rouge et trombone sous le coude, Christophe Montenez en gros nigaud, Georgia Scalliet tiraillée, Laurent Stocker en boit-sans-soif, Noam Morgensztern et son regard indescriptible, Sébastien Pouderoux absolument mythique... sans oublier évidemment Anna Cervinka (que j'adore), Julien Frison et Yoann Gasiorowski.
La troupe est en très grande forme.
29 sept. 2018
10/10
64
Will and the Queens !

Ou comment le grand William brouille les pistes du genre...
Et comment le berlinois Thomas reprend à son compte le dynamitage en règle shakespearien des valeurs et des normes relatives à l'amour et à la sexualité.

C'est peu de dire que cette première mise en scène du patron de la Schaubühne dans la maison de Molière était attendue.

Thomas Ostermeir, que je considère (et je ne suis pas le seul...) comme l'un des deux plus grands metteurs en scène européens avec un Ivo Van Hove qui a déjà officié au Français avec ses Damnés, Ostermeir est parvenu à plonger la salle Richelieu dans une folie hilarante, dans un chaos total et drôlissime qui secoue et prend à contrepied les abonnés.

Pour secouer, ça va secouer !
Ici, ce qui va principalement compter, c'est le décalage entre ce qui est représenté et ce qui est, ce qui existe réellement.
Qu'est-ce que je vois, mais qu'est-ce que je sais ou je suppose être réel...
Les rapports signifiant / signifié, homme / femme, fou / sain d'esprit, vrai / faux, ces rapports-là vont être le moteur des deux heures et quarante cinq minutes du spectacle.

Les ambiguïtés identitaires vont être le prétexte à une réflexion sur notre capacité à dépasser ce qui est montré et dit pour aller au delà des apparences.
« Cache ce que je suis » est l'une des citations maîtresses du texte. Il faudra pour tout le monde dépasser ce qui est caché, et accepter les retournements en tous genres ainsi que la duplicité ambiante.

Ostermeir a plongé non seulement la scène, mais toute la salle dans cet exercice-là !
Sa mise en scène dépasse le plateau, avec une passerelle qui transperce de part en part l'orchestre, et sur laquelle les comédiens joueront également.
Nous, les spectateurs, nous serons partie prenante du dispositif dramaturgique, car nous serons les citoyens de ce pays pour le moins étrange qu'est la jupitérienne Illyrie.

Et tout le monde va s'amuser !
Les comédiens vont s'en donner à cœur joie.
Des scènes de grande émotion vont alterner avec des scènes de pure folie, digne du plus grand burlesque.
Des duos étonnants vont nous être proposés.
L'androgyne Césario/Viola (la formidable et troublante Georgia Scalliet) et la comtesse Olivia (la très sensuelle Adeline d'Hermy) est de ceux-là. La gravité, la tension érotique sont alors à leur comble.

A l'autre extrémité de la palette de jeu, Laurent Stocker en sir Toby, et Christophe Montenez qui incarne sir Andrew m'ont tiré des larmes de rire.
Thomas Ostermeir n'a en effet pas résisté à ancrer le texte dans la plus brûlante des actualités. Les deux personnages avinés relateront donc les aventures d'un certain Benalla, auditionné devant des sénateurs, et l'incroyable possibilité en Illyrie de traverser une route pour trouver un job.
(Au passage on nous dira que c'est également un pays « très peu hospitalier », où l'on trouve des étrangers sur les plages, qu'on retrouve dans la capitale dans des tentes, et qu'on met ensuite derrière des grillages. Comprenne qui peut, comprenne qui veut.)

Christophe Montenez qui ressemble pour cette occasion à Iggy Pop, crève une nouvelle le plateau en nous démontrant cette fois-ci sa vis comica débridée.
Ce qu'il fait est absolument magnifique, et je me répète, à hurler de rire !
Le comédien donne énormément de sa personne, et c'est peu de le dire !

Anna Cervinka incarne quant à elle Maria, la suivante d'Olivia. Elle est épatante de rouerie, son personnage tirant bien des ficelles.

Stéphane Varupenne campe un formidable fou-musicien. Mais est-il vraiment fou ? Toujours cette ambiguïté...

Quand à Denys Podalydès, il est Orsino, le Duc d'Illyrie, à la couronne de galette des rois...
Là encore, les apparences seront trompeuses.

Et puis, il y a Stéphane Pouderoux qui lui aussi a un rôle complètement débridé. Le comédien est un pathétique Malvolio, avec ses célèbres bas jaunes et jarretelles croisées.
Ce qu'il va faire (et ce qu'on lui fera) déclenchera également bien des fou-rires. Sauf à la toute fin...

Le reste de la troupe est à l'avenant avec notamment un lui aussi très drôle et très physique Noam Morgenstern.

Le dernière scène est absolument étonnante. Je n'en dirai évidemment pas plus, mais c'est vraiment un moment incroyable d'invention dramaturgique et très chorégraphique qui résume, développe et décuple s'il en était besoin l'argument shakespearien.
C'est très malin, c'est très drôle et c'est très fort !

C'est donc une vraie secousse à laquelle nous assistons.
Le théâtre d'Ostermeir, total, entier, viscéral, organique, ce théâtre-là a plongé hier dans le plus total ravissement l'immense majorité des spectateurs.
Un théâtre qui explose les conventions, qui prend aux tripes.
Un théâtre qui oscille entre une dérision parfois potache et des instants d'une incroyable intensité dramatique.
J'aime d'ailleurs à penser que Shakespeare montait ces textes exactement de cette façon.

Oui, ce sont de passionnants moments auxquels j'ai assisté.
Courez toutes affaires cessantes salle Richelieu !
25 sept. 2018
10/10
13
... Un spectacle grandiose, un éblouissement permanent, le temps du spectacle passé, nous restons cois. Un magnifique moment de théâtre.
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24 sept. 2018
10/10
10
Magistral, superbe, grandiose, on n'a pas vu passer les 2h45 de représentation (sans entracte).
Et contrairement à ce que j'ai pu lire sur les réseaux sociaux, ce ne sont pas "les mamies qui étaient choquées" mais les lycéens derrière nous !
Comme quoi : avec l'âge, la pudeur s'estompe !
23 sept. 2018
10/10
12
A rire aux larmes et à pleurer de joie

« Un visage, une voix, un vêtement et deux personnes. C’est un trompe-l’oeil naturel, qui est et qui n’est pas. »

En Illyrie, Orsino aime Olivia, qui elle, aime Cesario, qui, quand elle est Olivia, aime Orsino. Non, non, ce n’est pas une embrouille, juste une comédie romantique shakespearienne avec d’un côté, un trio de soupirants mélancoliques cherchant l’amour et de l’autre un quatuor de joyeux drilles menant la ronde dans des quiproquos toujours plus fous. Une magnifique pièce pleine de rebondissements, mêlant sentiment et humour.

« Si la musique est l’aliment de l’amour, jouez toujours »
« Ne pas être au lit après minuit, c’est être debout de bonne heure. »

Et la mise en scène de Thomas Ostermeier n’est pas en reste. Elle est culottée, déjantée, hilarante, dans un décor des plus simple mais avec une scénographie inventive. Un chef d’œuvre.

Milles mercis au quatuor Stéphane Varupenne, Laurent Stocker, Christophe Montenez et Sébastien Pouderoux pour ces éclats de rire au Français (du jamais vu). Milles mercis à Georgia Scalliet pour ses larmes et les miennes. Une soirée mémorable.

« La folie, monsieur, fait le tour du monde comme le soleil, elle brille partout. »

PS : je vous conseille de voir le film « Shakespeare in love », cela rend la pièce encore plus belle qu’elle n’est