Critiques pour l'événement Cyrano (Funambule)
2 déc. 2019
9,5/10
8 0
Commedia dell' grande Arte !!

On pourrait dire, oh Dieu, bien des choses en somme.

Que ce rôle est un roc, un pic, un cap ....que dis je, une péninsule.
Que les trois comédiennes sont sublimes, drôles et touchantes à la fois.
Qu'elles nous offrent ces vers goulus et chaleureux avec une énergie incroyable.
Qu'elles naviguent entre l'intime et le baroque comme les vraies cadettes qu'elles sont.
Qu'au Panthéon des grands elles sont devenues des grandes.

Et nous en quittant cette salle
Si joliment éclairée à la bougie,
Nous emportons fièrement
Un peu de leur... Panache !
29 oct. 2019
9/10
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Impossible de compter le nombre de Cyrano que j’ai vu dans ma vie. C’est vrai que le texte est superbe et qu’il est difficile de s’en lasser ; cependant voir une énième version ne me tentait qu’à moitié et j'ai mis longtemps avant de craquer et d'aller voir cette proposition au théâtre du Funambule. Je n’ai pas été déçue !

Le parti pris de mise en scène rappelle le théâtre d’une autre époque, celle des pièces jouées sur des plateaux installés dans les rues, ou dans les théâtres populaires. La scène d’ouverture en rappelle l’ambiance et le jeu majoritairement face public renforce cette impression. Bien sûr, la magnifique idée de l’éclairage à la (vraie) bougie accentue l’impression de voyager dans le temps.

Les trois comédiennes (merveilleuse décision que de confier les rôles masculins à ce trio féminin) remplissent l’espace, le travail physique est en effet très présent et leur performance est impressionnante. Leur énergie et leur implication rendent l’ensemble fluide et cohérent. L’utilisation des masques permet pour certains personnages de tirer le jeu vers la farce burlesque, on rit donc souvent. Le choix d’alterner les rôles peut en dérouter certains mais c’est aussi ce qui rend le résultat si dynamique et vivant. Avec astuce et créativité Bastien Ossart propose une mise en scène pleine de trouvailles et de grâce.

Par ailleurs, l’accompagnement musical est parfait et les costumes particulièrement réussis.

Une très jolie surprise que cette délicate et fine proposition d’un Cyrano plein de poésie et de vie.
21 oct. 2019
8,5/10
0 0
Le texte est connu. Et pourtant, j'avais l'impression de voir une nouvelle pièce. La mise en scène et les actrices sont vraiment très bien.

Même si j'ai eu un peu de mal pendant la première dizaine de minutes, tous le reste du temps j'ai été sous le charme de cette nouvelle pièce au texte connu. Les actrices jouent toutes de nombreux rôles et cela reste très limpide. Bravo pour leur interprétation.

Certainement la mise en scène et l'interprétation les plus originales de Cyrano.

Allez-y, vous serez surpris dans le bon sens du terme.
5 oct. 2019
10/10
1 0
Ils furent nombreux à me dire que je devais absolument aller voir Cyrano au théâtre le Funambule Montmartre. Je n’en avais aucune envie parce que j’en avais déjà vu plusieurs versions, au théâtre, au cinéma et même en BD, et que personne jusqu’à présent n’avait égalé Gérard Depardieu dans le rôle. Je connais la pièce presque par cœur. Plusieurs phrases sont cultes. Bref, j’y allais à reculons. Je suis ressortie enthousiaste au dixième degré.

Je me souviens de nombreuses versions de Cyrano, au théâtre, au cinéma et même en bande dessinée ... mais celle-là les surpasse toutes. Elle sera parfaite ... quand l'affiche aura été liftée parce que -et je ne suis pas la seule- je n'y avais pas vu le moins du monde ... le profil d'un nez.

La couleur violette ne m’attirait pas. C’est en sortant du théâtre, alors que je discutais avec une des trois comédiennes que mes yeux l’ont décryptée : c’était le profil de Cyrano qui était représenté sur la gauche avec Roxane assise sur son nez tandis que la pleine lune se détachait sur un ciel crépusculaire. Ce n’était pas évident au départ parce que le bas de l’affiche est souvent tronqué. Si la mâchoire n’est pas reconnue ... on croit voir une fée clochette posée sur un rocher noir.

J'ai beau savoir que Cyrano est la sublimation de la méprise, il y a des actes manqués dont on peut se dispenser, parce qu'au prochain festival d'Avignon une affiche comme celle-là ne sera pas attractive.

Mais revenons au spectacle. L'éclairage à la bougie et aux lampions avec une gestuelle élégante comme une danse met le public dans l'ambiance. Le metteur en scène a choisi trois femmes, ce qui ne perturbe pas la compréhension. Je dirais presque "au contraire" parce que le timbre de voix féminin apporte au personnage de Cyrano toute la douceur qui manque parfois aux interprètes masculins.

Une autre idée majeure est de n'avoir pas attribué un rôle en particulier à chacune des trois comédiennes. Iana Serena de Fruitas, Lucie Delpierre et Marjorie de Larquier font ce qu'il faut, au bon moment, sans s'approprier un personnage plus qu'un autre. Le résultat apporte une universalité aux personnages principaux qui nous surprennent toujours, par une intonation, un geste, une manière de se déplacer, alors que bien entendu aucun doute ne s’installe jamais puisque un masque ou un vêtement permet immédiatement d’identifier celui qui parle.

L'emploi des masques renforce l'effacement du comédien au profit de chaque personnage qui, de ce fait, existe pour lui-même. La beauté des alexandrins écrits par Edmond Rostand est restituée sans faille. La diction est d'une maitrise absolue. Les comédiennes ont fait un travail exemplaire pour faire résonner chaque alexandrin sur la bonne longueur d’onde. Pas un mot ne nous échappe. On entend le texte à la perfection. L'auteur est un grand poète : Le baiser est un point rose que l'on met sur le verbe aimer.

J'ai découvert cet après-midi des intentions que je n'avais pas remarquées jusque là. Par exemple que Roxane ne s'appelait pas Roxane, mais Madeleine. Qu'elle faisait preuve de prévenance (et peut-être déjà alors de sentiments) à l'égard de son cousin en persuadant De Guiche de le priver de guerre. Qu'elle lui avouait son amour à la toute fin. Que Christian avait proposé à Cyrano de renoncer à Roxane. Que peut-être la mort de Christian au combat n'était pas fortuite et relevait du sacrifice.

Vivre une nouvelle lecture de cette pièce dont je connais des pans entier absolument par coeur fut une surprise autant qu'un immense bonheur.

Les trois jeunes femmes sont autant à l'aise en paroles qu'en gestes. C'est un régal et plusieurs scènes sont de petits bijoux. La mise en scène de Bastien Ossart est à saluer chapeau bas. Il y a beaucoup de gravité mais aussi beaucoup d’humour. À commencer par la première scène interrompu par la tirade du téléphone portable qui est un petit bijou. Une autre scène plus tard sera assez amusante, avec sa distribution de petits gâteaux. Le public est souvent interpellé mais sans aucune adresse racoleuse.

On entend quelques mesures de la Marche pour la Cérémonie des Turcs de Lully (c'était inévitable) mais le morceau qui revient régulièrement est le thème du Mariage de l'album Shine de Hicham Chahidi et il se prête à merveille à de savoureuses chorégraphies.

Ne vous dispensez pas d'aller voir ce spectacle seul, en famille, avec vos élèves si vous en avez. C'est au Théâtre Funambule Montmartre où il est prolongé jusqu'au 12 décembre. Envoutement garanti !

La compagnie Théâtre Les Pieds Nus méritera de monter sur la scène de la remise des statuettes organisée par Les Molières. Merci à ceux qui m'ont poussée à surmonter mes réticences. J'ai failli manquer un des meilleurs spectacles que j'ai vu de toute ma vie ... même si j'en collectionne plusieurs dans cette catégorie.

Il est irréprochable. Tenez, si je m’écoutais, j’y retournerai encore et encore.
9/10
3 0
Il faut du cran pour s'attaquer à Cyrano. Elles sont 3 sur la scène du Funambule Montmartre à se lancer dans ce challenge qu'elles relèvent avec panache. Une proposition innovante de la compagnie Le Théâtre Les Pieds Nus qui réussit à surprendre et à séduire sans trahir le texte.

Sur le devant de la scène trois boites rectangulaires ouvertes vers les comédiennes. A l'intérieur des bougies qui éclairent la scène. Au plafond et au sol quelques lampions. Pas de décor, seulement les pendrillons noirs. Un décor épuré. Comme le texte qui, débarrassé des personnages secondaires, dont certains passages sont narrés, garde l'essentiel : l'intensité dramatique, les histoires et rapports entre les principaux personnages (Cyrano, Roxanne, Christian, De Guiche, Ragueneau, Le Bret, La Duègne).

On oublie vite qu'elles ne sont que 3 pour laisser entendre ce texte magnifique. A l'aide de masques et de costumes façon Commedia dell'Arte, théâtre asiatique ou théâtre baroque elles donnent une identité claire à chaque personnage, n'hésitant pas à échanger les rôles. Ainsi Cyrano qui est joué tour à tour par les 3 ce qui ne crée aucune perturbation pour le spectateur. Bien au contraire chacune apporte au personnage une touche personnelle tout en permettant une parfaite homogénéité dans la vision du rôle.Cette influence du théâtre baroque et du théâtre asiatique est la marque de fabrique de la compagnie. Pour le metteur en scène qui y emprunte des éléments de jeu ou de création (masques, maquillage, jeu frontal, gestuelle, symbolique de l'espace de jeu) c'est créer une "autre forme qui puisse à la fois honorer l'oeuvre [.] et ouvrir de nouvelles perspectives scéniques [pour un] théâtre qui n'est ni réaliste ni psychologique".

La mise en scène de Bastien Ossart est d'une grande fluidité. Sa direction d'actrice tire parti des qualités multiples et pluridisciplinaires de ses comédiennes. Nathaly Florez est aussi danseuse et acrobate, Iana-Serena de Freitas est formée à la musique et au chant, Lucie Delpierre à la danse et au chant. Autant d'éléments auxquels s'ajoute une bande-son éclectique qui n'hésite pas, pour le grand plaisir du public, à mêler accents classiques et pop/rock, toujours dans un esprit d'intemporalité de l'oeuvre d'Edmond Rostand.

En bref : La Compagnie Le Théâtre Les Pieds Nus prouve avec panache que l'on peut encore être créatif avec une oeuvre aussi connue et populaire que Cyrano de Bergerac. Le talent du trio qui porte avec brio ce texte, continue à nous faire rêver et à nous émouvoir, à nous faire rire ou sourire. On aime quand le théâtre sait ne pas rester classique et nous fait passer une si belle soirée.
16 août 2019
8/10
3 0
Pour créer un esprit intimiste, le spectacle se joue à la lumière des bougies comme à l'époque de Molière.

A l'exception que, lorsque la bougie s'éteint ce n'est pas la fin de l'acte. Une ambiance chaleureuse se dégage car même la salle se trouve parsemée de ces luminaires. On se sent en bonne condition pour un voyage plein de rebondissements et d'amour déçu. C'est important car sur scène il n'y a aucun décor. Tout se fait par l'interprétation bluffante des comédiennes qui nous tiennent en haleine pendant 1h40. Elles portent des costumes baroques, visages maquillés de blanc, lèvres rougies, avec quelques masques et des changements de costumes. Tout cela suffit. Vous vous demandez comment faire la scène du balcon alors? Il suffit de descendre de scène et d'aller derrière un rideau. Des scènes mythiques sont même détournées comme la fameuse scène du nez ou la gourmande recette de la tarte amandine qui va aller jusqu'à une dégustation de gâteau par le public.

On comprend tout et on se laisse happer par le récit si bien écrit par Edmond Rostand et très bien adapté par Bastien Ossart. Il trouve toujours la bonne musique au bon moment pour encore mieux développer en nous ces sentiments de fougue, de passion et de tristesse. Là aussi, il joue avec les genres musicaux n'hésitant pas à mélanger musique classique et musique du monde. Une harmonie parfaite se dégage dès le début de la représentation faisant fuir le temps qui passe.

Impossible de ne pas être émerveillé par tout ce qui se déroule devant nos yeux comme si c'était la première fois que nous découvrions cette pièce de théâtre.
9,5/10
2 0
... Un spectacle brillant et savoureux aux parfums enveloppants. Une formidable interprétation. Un moment mémorable pour sa justesse et son audace. À voir sans hésiter, je le recommande vivement.
10 juil. 2019
9,5/10
18 0
« Où sont les femmes ? », se demandait en son temps le célèbre philosophe suisse blond Patrick Juvet.
Les femmes, elles se trouvent actuellement sur le plateau du Funambule Théâtre, où à trois, elles nous donnent une très remarquable version du chef-d'œuvre d'Edmond Rostand.

Oui, oui, vous avez bien lu : sur scène, seules trois comédiennes, Iana-Séréna de Freitas, Lucie Delpierre et Nataly Florez (en alternance avec Marjorie de Larquier), réussissent de main de maîtresse une formidable gageure : servir à elles seules au mieux ce texte immortel, et en faire ressortir au delà de toute espérance la substantifique moelle et la bouleversante humanité qui se dégage de ce personnage.

Bastien Ossart, leur metteur en scène, a mis en œuvre plusieurs parti-pris plus judicieux les uns que les autres.

Un Cyrano joué uniquement par des comédiennes ?
Oui, nous sommes confrontés à l'universalité de cette pièce. Ici, le fait de confier tous les rôles à la gent féminine (on oublie d'ailleurs très vite ce fait-là...), nous permet d'être au plus près du texte, et d'en savourer à chaque instant la merveilleuse richesse.

Puis, tous les codes du théâtre baroque vont être utilisés, avec notamment un éclairage aux chandelles. C'est d'ailleurs le metteur en scène qui se charge d'allumer toutes les bougies dès l'entrée des spectateurs dans la salle.
Ceci confère à la pièce une atmosphère très particulière, très rare actuellement. Nous avons vraiment l'impression d'être à l'époque à laquelle Rostand a situé l'action de la pièce.

Le metteur en scène a également eut l'idée de demander à ses comédiennes beaucoup d'engagement physique.
Accentués par le fait de jouer par moments avec des masques, ce sont les corps qui vont pleinement s'exprimer.

(Je serais curieux de connaître le nombre de calories dépensées par soirée... Ce nombre-là doit être gigantesque ! )

Nous sommes parfois proche du théâtre de tréteaux, de la Comedia dell'arte et par bien des aspects du théâtre de Nô japonais. Les corps sont mis en valeur, et véhiculent autant d'émotions, de sentiments que le texte lui-même.
Parfois, les trois filles semblent véritablement danser. Des scènes relèvent d'une chorégraphie très étudiée. De vrais moments de grâce émaillent la pièce.

Ce mélange des genres théâtraux est une très riche idée.

Les comédiennes, bien entendu, doivent jouer plusieurs rôles. (la pièce en comporte en effet une cinquantaine...)
Le texte est restitué dans son intégralité.


Non seulement elles jouent donc plusieurs personnages, mais en plus, elles se partagent souvent les rôles principaux et donc les alexandrins associés.

C'est ainsi que Cyrano, Roxane, Christian, notamment, seront joués tour à tour par mesdemoiselles de Freitas, Delpierre et Florez.


Si ça fonctionne ? Oh que oui !
Nous ne sommes jamais perdus. Sur le plateau nu, qui se remplira au fur et à mesure de petits lampions, nous savons à tout moment où nous en sommes.
A tel point que même sans son masque au grand nez, Cyrano est bel et bien devant nous.

Aucun problème non plus à se repérer dans l'espace. Nous comprenons en permanence où nous sommes, à l'hôtel de Bourgogne, chez Raguenaud, à l'hôtel des Cadets, à Arras, au couvent parisien...

Des instants très drôles parsèment le spectacle. Une parodie de la célèbre tirade au début de la pièce, quelques improvisations (la scène jubilatoire avec la marmite de Ragueneau), un petit cri drôlissime et récurent de De Guiche, une petite chanson fredonnée, etc, etc... Eh oh ! Ne comptez-pas sur moi pour tout dévoiler, non plus !

Ce Cyrano, de par son côté épuré, de par sa façon d'exacerber la bouleversante humanité du personnage, m'a fait penser à la version de Dominique Pitoiset dans laquelle Philippe Torreton dans le rôle-titre ne quittait pas le réfectoire de son asile psychiatrique.
De la même manière, ici, les fortes contraintes liées aux parti-pris dramaturgiques permettent de nous faire « exploser à la figure » ce grand texte.

Surtout, surtout, ne manquez pas ce merveilleux Cyrano, c'est d'ores et déjà un spectacle incontournable de cet été parisien.
Vous n'avez aucune excuse, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.
30 juin 2019
8,5/10
2 0
Cyrano au physique ingrat mais au bel esprit aime Roxane. Mais la belle Roxane aime Christian bel homme sans esprit…

La compagnie du Théâtre les pieds nus nous présente un « Cyrano » jamais vu. Un spectacle inventif et débordant d’énergie, un vrai bonheur.
Les chandelles sont installées sur le devant de scène, quelques lapions sont parsemés sur le plateau.
Ingénieuse idée, nous sommes transportés au 17 siècle, siècle où vivait ce fameux Savinien de Cyrano de Bergerac dont la vie et l’œuvre ont inspiré Edmond Rostand.

Le théâtre éclairé par la seule lueur des bougies… C’est intimiste et enchanteur.

Tous les personnages sont joués avec brio par trois comédiennes.
Comme par magie, en quelques tours de passe-passe, s'ornant de masques originaux et de costumes pittoresques, elles deviennent successivement Cyrano, Roxane, Christian, d’Artagnan…
La mise en scène de Bastien Ossart est créative, astucieuse, audacieuse, pétulante et réjouissante.

Les comédiennes par leurs gestuelles, leurs mimiques et leurs talents nous émeuvent, nous amusent et nous ravissent.
C’est un grand plaisir de redécouvrir Cyrano dépoussiéré. L’essentiel, la beauté et la profondeur du texte sont bien présents et nous transpercent d’émotion.
Bravo.