• Classique
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • Paris 6ème

Un Coeur Simple

Un Coeur Simple
De Gustave Flaubert
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 20,00 à 35,00
À l'affiche du :
7 septembre 2020 au 4 janvier 2021
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 21:00
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Un cœur simple est au départ une nouvelle de Gustave Flaubert tirée du recueil Trois contes, qui retrace l’histoire d’une servante au XIXe siècle, en Normandie, Félicité de son prénom.

Isabelle Andréani l’a adapté pour le théâtre et l’incarne avec toute la force émotionnelle et lumineuse qu’on lui connait. Xavier Lemaire l’accompagne dans une mise en scène fluide et charnelle. 

 

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2 mai 2019
9/10
4
Avec quelle sensibilité Isabelle Andréani interprète Un coeur simple ! Il n'y a rien de trop autour d'elle pour distraire le regard du spectateur qui n'a d'yeux que pour cette femme modeste, si touchante car si authentique, une "bonne" comme on disait à l'époque.

La scénographie est épurée et extrêmement efficace pour suggérer d'une part la maison qui avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher et cette Normandie profonde où, au siècle dernier, vécut Félicité. Elle va partager avec nous ses bonheurs tout simples, ses espoirs, ses détresses aussi et on la suivra jusqu'à son dernier souffle.

Rien d'étonnant à ce que la comédienne soit nominée Molières pour ce seul(e) en scène qu'il ne faut pas manquer (les trois autres sont également de très haut niveau, empêchant de faire un pronostic).

En tout cas, ce Coeur simple est un très grand moment de théâtre qui par chance pour vous, si vous ne l'avez pas encore découvert, depuis sa création au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon 2018, est prolongé pour la troisième fois, jusqu'au 30 juin 2019, au Poche Montparnasse.

La salle du sous-sol est en configuration cabaret avec des chaises de bistro rouges et des tables noires qui ne m'ont pas semblé incongrues. J'avais l'impression d'être dans un de ces troquets normands où Guy de Maupassant aurait pu s'attabler (je sais que l'auteur du texte est Flaubert) ... et puis, c'est assez pratique de pouvoir poser mon carnet pour prendre des notes.


Shubert joue le String Quartet n°14 In D Minor. Isabelle Andréani accroche notre regard. Elle est immédiatement sympathique. On se sent proche d'elle malgré la distance historique. Elle annonce qu'elle attend la cinquantaine mais elle semble sans âge et nous ne sommes pas surpris de l'entendre dire qu'à vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante.

Elle remonte le fil de sa vie chronologiquement. Quand elle évoque le bal de ses dix-huit ans l'émotion du personnage renforce cet accent normand qui appuie sur les "a". Elle tombera amoureuse d'un jeune homme d’apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes appuyés sur une charrette.

Il l'invite danser, lui offre cidre, café, galette, et surtout un foulard qu'elle secoue sous nos yeux. La comédienne mime le garçon tirait sur sa pipe tout en parlant. L'idylle commence, cahotante car la jeune fille est méfiante. Pas assez puisque pour se garantir de la conscription, le fameux Théodore épousera une vieille femme très riche, Mme Lehoussais, de Toucques.

Elle dira de sa détresse que ce fut un chagrin désordonné. Et se change les idées en se rendant à Pont-l’Évêque où elle se fit embaucher par cette Madame Aubain qu'elle imite, elle aussi, mieux que ne le fera plus tard Loulou, son unique richesse, un perroquet aux plumes brillantes.

On imagine très bien sa chambre avec vue sur les prairies. La comédienne est toujours agile dans ses déplacements. Le bruit de ses sabots sur les planches évoque le travail qu'elle effectue sans relâche pour sa patronne, du matin jusqu’au soir. Elle noue son tablier avec vigueur et on devine que son seul moment de repos est la messe à laquelle elle se rend à l'aube.

Il ne lui arrive pas grand chose mais ce peu est restitué de telle manière que chaque scène est intense, aussi bien les jeux avec les deux enfants Paul et Virginie, sept et quatre ans, qu'elle portait sur son dos comme un cheval, que sa rencontre avec un taureau qui la défie dans un champ et faillit l'éventrer alors qu'elle lui jetait des mottes de terre pour l'aveugler.

C'est une infirmière dévouée au chevet de la petite Virginie, très malade. La mort de la petite la rapprochera de sa maîtresse. Un autre grand chagrin bouleverse Félicité quand son neveu Victor s'engage dans l'armée. Il faut la voir cavaler de Pont-l'Evêque à Honfleur dans l'espoir de lui dire adieu !

Une lettre annoncera son décès, suite aux multiples saignées qu'on lui fit subir pour soit-disant le guérir de la fièvre jaune.

Un soir on apporte un perroquet dans sa cage à Mme Aubain en souvenir de l'amitié d'un voisin ne pouvant emmener l'animal dans ses nouvelles fonctions. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu et sa gorge dorée mais il éparpille ses ordures et semble détestable. La patronne le donne à Félicité, ravie de cet oiseau venu d'Amérique qui lui rappelle Victor. Elle entrepris de le faire parler.

Les années passent et les soucis s'ensuivent. Une angine qui dégénère. Le décès de Mme Aubin qui l'oblige à se cacher dans la maison pour y survivre. La surdité. La mort de son cher Loulou. Félicité décline et se meurt d'une pneumonie sous nos yeux alors que la voix du metteur en scène Xavier Lemaire conclut le spectacle. Poète à ses heures, elle avait pu s'extasier du seul spectacle auquel elle put assister, celui du ciel ou de la pleine mer, si brillante de soleil, lisse comme un miroir.

Le texte avait été publié par Gustave Flaubert avec deux autres contes, publiés ensemble de son vivant en 1877. Isabelle Andréani l'a adapté pour la scène en le récrivant à la première personne et son jeu est bouleversant, lui valant de bruyants applaudissements.
23 oct. 2018
8,5/10
34
Flaubert a écrit "Un coeur simple" afin de prouver à Georges Sand, qui lui reprochait son impartialité dans ses récits, qu'il pouvait avoir de la sympathie pour ses personnages.

Voilà une femme qui incarne des millions de femmes de l'époque, qui n'ont pas eu de vie propre, dont le seul rôle a été de servir. Pas de maison, pas de mari, les enfants des autres ...

Isabelle Andréani a choisi le "je" pour être au plus près de son personnage et faire entendre sa voix.
Par petites touches, la vie de Félicité se dévoile, avec beaucoup de pudeur et de retenue.
Nous sommes au 19e siècle, le linge sèche dans le pré, la cuisinière ronronne ...

Félicité devient un être de chair et de sang qui nous touche en plein coeur !
9/10
1
... Cette adaptation réussie est bienveillante et bienfaisante. L’interprétation y est magistrale et poignante. Ce spectacle est une perle admirable que j’ai plaisir à recommander.
11 oct. 2018
9/10
45
Plus simple, le cœur de Félicité, ça ferait trop !

Mais attention, cette simplicité résonne ici presque comme un compliment.

Félicité, la servante de Mme Aubin, elle est simple. Elle est gentille, elle est brave.
Pas méchante pour un sou, n'allant pas chercher midi à quatorze heures, toujours positive malgré les mauvais coups de la vie. Dure au travail, aussi.

Je ne serais pas plus étonné que cela que Emile Pinchon, le père de Bécassine, se soit inspiré de l'héroïne de la nouvelle écrite par Gustave Flaubert.

L'auteur de Madame Bovary nous décrit ici en détail la vie d'une sans-grade, d'une modeste employée de maison. Une gentille fille normande du XIXème siècle.
Une représentante de la France-d'en-bas de l'époque. Un membre de l'étage inférieur d'un Downtown Abbey pontépiscopien.

Elle n'a jamais su lire et écrire, devant garder les vaches dès sa plus tendre enfance.

Isabelle Andréani a adapté cette nouvelle, notamment en utilisant la première personne du singulier.
La comédienne ne jouera pas ce personnage. Non. Elle sera purement et simplement cette Félicité, la rendant on ne peut plus attachante.

Mise en scène par Xavier Lemaire, elle apparaît en corsage blanc, longue jupe bleue qui laisse entrevoir des jupons rouges, des bas de laine naturelle et des sabots.
Aucun décor, si ce n'est quelques éléments de plancher à différentes hauteurs.
Le texte et l'interprétation du rôle suffiront bien.

La comédienne parvient immédiatement et sans peine à nous rendre dépendants de sa parole. J'étais suspendu à ses lèvres.
Elle va se dépenser sans compter ! Avec une énergie et une vivacité phénoménales, elle courra souvent autour de ces lattes de bois, bondissant et tombant parfois dessus.
Elle va se montrer remarquable et lumineuse ! A tel point que je me suis souvent dit que ce texte était écrit pour elle.

Ce sera un pur bonheur que de la voir nous conter les aventures de Félicité, simples elles aussi, mais en même temps sublimes.
Car ici, Melle Andréani réussit à sublimer cette simplicité voulue par Flaubert, la rendant à la fois exemplaire et extra-ordinaire.
Des moments apparemment anodins sont décrits et dits avec une force étonnante, comme la charge d'un taureau, une promenade, les occupations de Paul et Virginie les enfants de la maison, ou encore la rencontre avec Loulou le perroquet...

Isabelle Andréani nous dépeindra également avec une belle acuité d'autres personnages, un amoureux entreprenant tirant sur sa bouffarde, un cocher vindicatif, une maîtresse de maison condescendante, un avoué aux mystérieuses occupations avec la précédente...

A chaque fois, elle nous propose des petits tableaux de vie d'un étonnant réalisme.

La comédienne nous fera beaucoup rire, (les scènes avec le perroquet sont jubilatoires), jouant à la perfection le « bon sens près de chez vous », imitant parfois l'accent normand, traînant les « a ».
Elle sera également bouleversante, avec plusieurs fois les larmes aux yeux.
La dernière scène est magnifique. La simplicité tutoie le grandiose.

Voulez-vous que je vous dise ?
C'est un spectacle qui fait du bien. Un spectacle qui raconte une vie, en apparence modeste et simple, d'une héroïne ordinaire.

Et qui décrit de manière éclatante une qualité de plus en plus passée sous silence : la bonté.
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10 oct. 2018
8/10
10
Depuis l'adolescence, j'étais fachée avec Flaubert mais depuis le 'Madame Bovary adapté par Paul Emond' déjà joué au théâtre de Poche, j'avais fait la paix avec l'écrivain et ce soir, j'en suis à avoir envie de le lire à nouveau... Et c'est grâce à l'adaptation de la nouvelle 'un coeur simple 'par Isabelle Andréani.

C'est l'histoire de Félicité, une femme du XIX eme siècle. C'est Félicité elle-même qui raconte sa vie via la merveilleuse Isabelle Andréani seule sur scène. Félicité est née dans une famille pauvre, a perdu ses parents de bonne heure et s'est retrouvée employée de ferme puis servante chez divers fermiers/notables de sa région normande, elle a finit par se fixer chez madame Aubin et ses deux enfants : Paul et Virginie.

Félicité semble ne pas avoir d'âge, elle déroule tout le texte de la nouvelle en la racontant à la première personne du singulier. Je suis restée stupéfaite par l'acuité avec laquelle Flaubert a pu croquer la vie d'une simple femme peu éduquée de province, le texte est extrêmement prenant et très précis. On visualise facilement les divers endroits où passe l'héroïne.

Sur la scène, divers carrés de planchers de différentes hauteurs sont disposés au sol, et Félicité va nous donner un rythme rien qu'en sautant de l'un à l'autre avec ses sabots rouges. Il faut dire que son enthousiasme fait plaisir à voir, même si je me suis inquiétée, à tort, de la voir chuter lors d'un de ces sauts. Isabelle Andréani dépense une belle énergie pour faire revivre Félicité sous nos yeux et elle utilise une vaste palette de sentiments. Elle ne lésine pas sur la dépense physique et c'est ce qui rend Félicité si vivante ! Oui, elle parle sans s'interrompre pendant 1h20 !

La mise en scène de son complice Xavier Lemaire apporte une grande fluidité à l'ensemble. Ces deux là n'en sont pas à leur première collaboration : Zig zag, Qui es tu Frizt Haber,.... Et ça se sent !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor