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Le marchand de venise

Le marchand de venise
De William Shakespeare
Mis en scène par Ned Grujic
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment

Antonio, riche marchand chrétien, accepte d’emprunter trois mille ducats à l’usurier juif Shylock afin d’aider son ami Bassanio à faire la conquête de la belle et riche Portia.

Au moment où celui-ci gagne la main de la jeune femme en remportant l’épreuve des trois coffrets, il apprend qu’Antonio vient d’être jeté en prison pour n’avoir pu rembourser sa dette. Shylock exige alors qu’une livre de chair soit prélevée sur le corps de son débiteur.

Sur fond d’intolérance et de vengeance, Le Marchand de Venise résonne de façon étrangement contemporaine, mêlant la recherche absolue du profit à la quête de l’idéal amoureux.

 

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9,5/10
13 0
Le 24/02, 20h, Paris

Après le très mauvais Marchand de Venise de Jacques Vincey, en début de saison, je ne peux que me réjouir devant cette formidable adaptation de la pièce de Shakespeare. En effet, j’attendais beaucoup de ce spectacle et je n’ai pas été déçue, bien au contraire ! La mise en scène de Ned Grujic avec le Naxos Théâtre apporte tout ce que l’on peut attendre de ce texte fondamental.

D’abord le premier point, essentiel : une mise en scène du Marchand de Venise exige que l'on ressente de la pitié pour Shylock, que l'on puisse s'idenifier à celui-ci. C'est le cas ici.

Notre compassion va en effet vers un homme qui attire la haine autour de lui par le simple fait qu’il est juif. Je pense en particulier à la fameuse tirade de Shylock. Elle est mise en scène de la manière la plus simple et la plus forte à la fois. Shylock, interprété avec brio par Rémy Rutovic, commence à parler face aux autres comédiens qui progressivement se retirent, le laissant seul au milieu du plateau sans personne (si ce n’est bien évidemment le public) pour le soutenir. On ne peut pas, à ce moment, ne pas éprouver de la pitié pour lui. Contrairement à la mise en scène de Vincey, on comprend ici la soif de vengeance de Shylock et son désir de « surpasser ses maitres ». On a envie qu’il honore son contrat et prélève sa livre de chair sur le corps d’Antonio qui ne cesse de l’insulter.

Cette mise en scène centre l’histoire sur la rivalité entre judaïsme et christianisme incarnés respectivement par Shylock et Antonio. Ned Grujic ne se contente pas de mettre en scène : il adapte le texte pour n’en faire ressortir que l’essentiel de la pièce du dramaturge anglais. Aussi l’histoire d’amour entre Nérissa et Gratiano est -elle supprimée et celle entre Lorenzo et Jessica (la fille de Shylock) à peine évoquée. Deuxième point brillament gagné : adapter sans trahir !

Les comédiens jouent devant une Venise miniature qui ressemble à une aire de jeu pour enfants. Ils  sont leurs personnages et, dans le même temps, restent comédiens. Le passé se mêle intelligemment au présent. Ainsi, dans le prologue, les spectateurs apprennent que 3000 ducats équivalent aujourd’hui à 50 000 euros.
Ils ne sont que 4 comédiens pour interpréter tous les rôles, bien que, pour chacun, un rôle prédomine. Ils sont habillés tous quatre de la même façon, en pantalon et t-shirt noirs. Pour jouer leur rôle ils se contentent de mettre par dessus un élément de costume propre au personnage et à son l’époque, ce qui nous permet de savoir au premier regard qui est le personnage. Le metteur en scène joue donc avec les codes du théâtre, en ne cherchant à aucun moment le réalisme et l’illusion.

Un magnifique spectacle, que je garderai longtemps en mémoire, porté par 4 comédiens-ne extrêmement talentueux !
12 févr. 2018
8/10
4 0
Quatre comédiens pour plusieurs rôles et comme au temps Elisabéthain les personnages féminins sont tenus par des hommes et l’inverse aussi.

Le décor, Venise en miniature couleur rouge, ses ponts et l’eau qui coule tranquille alors que le récit des aventures de Shylock, Antonio, Bassanio et son aimée Portia, va provoquer un véritable séisme.

Shylock l’usurier juif, n’a que haine pour le marchand Antonio, il lui prête cependant 3000 ducats pour son ami Bassanio, vrai panier-percé, jeune et insouciant. Hélas, rien ne se passera comme prévu, Antonio est ruiné et ne peut rembourser sa dette, Shylock réclamera son dû, soit une livre de chair qu’il est prêt à prélever sur le corps d’Antonio, comme stipulé dans le contrat en bonne et due forme.

Quant à la belle Portia, elle doit prendre mari, et propose une épreuve à ses soupirants, fort heureusement Bassanio remporte haut la main et devient l’heureux époux. Mais le jeune homme apprend l’emprisonnement de son ami et court à Venise empêcher la vengeance de Shylock.

L’usurier a tant subi d’humiliations, que sa haine est plus forte, d’autant plus que sa propre fille, l’a trahi en s’enfuyant avec un chrétien et en emportant l’argent !

Dans cette oeuvre, personne n’est épargné. Où se trouve la liberté d’aimer ? Comment vivre avec les autres quelle que soit la religion ? Voilà les questions toujours actuelles, et l’argent toujours l’argent...

L’univers de Ned Grujic est toujours créatif, il le démontre à nouveau ici. Jeunesse de la distribution, clins d’oeil, gaité du Carnaval, mais en dessous, bassesse, rivalités, sans oublier le langage cru et sans détour de Shakespeare. Une belle réussite !
27 janv. 2018
9/10
36 0
Venise n'est pas en Italie !
On trouve dorénavant la cité des Doges au Lucernaire.

Il n'est pour s'en convaincre que de contempler sur le plateau de la salle Noire du théâtre, le Canalesso et les principaux ponts vénitiens, dont le Rialto, qui sont bel et bien là ! Si si !
(C'est une petite merveille de scénographie !)

Dans cette pièce parfois controversée et sujette à polémique du grand William, sont traités deux thèmes à la fois intemporels et on ne peut plus d'actualité : le pouvoir de l'argent et les conflits d'origine religieuse.

Ici, il faut considérer le juif Shylock et son pacte usurier (et quel intérêt demandera-t-il !...), comme une métaphore de la puissance de la Banque ne pensant qu'au profit immédiat.

Dans la Venise de la Renaissance, tout s'achète et tout se vend. Déjà.
On le voit, Shakespeare dénonce en visionnaire le grand capital.

Ned Grujic, le metteur en scène et les membres de la compagnie Naxos Théâtre ont adapté la pièce, et l'ont resserrée autour de quatre personnages principaux.
Un petit moment très pédagogique nous est proposé, avant de même commencer la pièce.

On nous explique notamment la valeur actuelle des trois mille ducats qui seront demandés à Shylock par Antonio, le fameux marchand du titre.

C'est dans un très joli camaïeu de tons pourpres, que ce soit au niveau des ponts et des fauteuils du décor, ou bien encore des costumes (les accessoires vestimentaires, notamment), que le spectacle va se jouer.
Un spectacle dans lequel les comédiens peuvent prendre certains rôles féminins sans aucun problème.
Et ça fonctionne parfaitement !

Thomas Marceul est un puissant Antonio, avec une forte présence, Rémy Rutovic interprète un Shylock tout en finesse et en subtilité. Il est déchirant à la toute fin de la pièce.
Antoine Théry campe quant à lui Bassanio, celui à cause de qui tout s'enclenche, amoureux qu'il est de la belle Portia.
Une Portia interprétée de façon tout à fait convaincante par Julie Picquet.

La mise en scène est très enlevée, très fluide, très physique.

Les comédiens s'attirent, se repoussent, se bousculent, se font tomber, s'étreignent ou se portent.
Les corps se touchent. Tout ceci est plein de sensualité.

La scène de « la livre de chair » est très drôle, avec un artifice dramaturgique que ne renierait pas mon boucher.

Cette scène dans laquelle Shakespeare entreprend une sorte de « transubstantation anthropophage », symbole de la profanation d'une religion, cette scène-là est très réussie.

Il y a là de vraies trouvailles visuelles. Et non, vous n'en saurez pas plus !

Car c'est bien de cela dont il s'agit.
Après avoir dénoncé cette usure bancaire et cet argent tout puissant, l'auteur entreprend de vilipender une forme de fanatisme religieux, par le biais d'une confession forcée. Déjà, en cette fin du 16ème siècle, Shakespeare nous montre l'intolérance, et la volonté irrépressible de certains d'assurer la prépondérance d'une religion sur une autre.

A cette égard, la scène finale est d'une beauté formelle saisissante. C'est vraiment très beau.

Une scène qui au passage souligne l'importance du thème de l'eau.

L'eau rassurante du Canal Grande vénitien, l'eau purificatrice des thermes, l'eau terrible et fatale de la mer qui coule les galions marchands, sans évidemment oublier l'eau liturgique.

C'est donc un très joli moment théâtral que la troupe et son metteur en scène nous proposent, pour une pièce qui n'est pas si souvent jouée que cela.

Probablement les thèmes évoqués peuvent-ils faire peur.
Ici, le gant est relevé de bien belle manière.
27 janv. 2018
8,5/10
17 0
Shakespeare réactualisé par Ned Grujic.
Nous sommes à Venise en 1596, Antonio riche marchant chrétien emprunte 3000 ducats (50 mille euros) à l’usurier juif Shylock pour permettre à son ami Bassanio de conquérir Portia belle et riche héritière. Antonio confiant de son commerce signe un contrat déraisonnable avec Shylock. Malheureusement Antonio aura un revers de fortune. Il va s’en suivre un affrontement plein de rebondissements entre les deux protagonistes.
Au delà des clichés qui peuvent être dérangeants de nos jours. Cette comédie dénote d’une part l’intolérance, l’agressivité, la violence et le pouvoir de l’argent qui subsistent actuellement sur notre planète. Mais aussi de l’importance de l’amitié plus indispensable que tout l’or du monde.
Sur scène, Venise en miniature, les comediens évoluent entre le Rialto et le pont des Soupirs, ils se rafraichissent au bord du Grand Canal en s’aspergeant. C’est plein de poésie et de symboles.
L’eau qui inonde Venise, qui purifie lors du baptême mais aussi qui se révolte en tempête et submerge les navires.
Les 4 comédiens Thomas Marceul, Julia Picquet, Rémy Rutovic, Antoine Théry dynamiques, pétulants et talentueux. Ils nous amusent et nous émeuvent. Ils se transforment sous nos yeux en leurs différents personnages en se costumant avec de simples attirails. C’est très vivant et attrayant.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor