• Classique
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Paris 6ème

Le Grand Inquisiteur

Le Grand Inquisiteur
De Fédor Dostoïevski
Mis en scène par Sylvain Creuzevault
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 26,00 à 32,00
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Cela avait pourtant bien commencé. Deux frères se retrouvent à table, à l’auberge, se parlent en tête à tête pour la première fois ou presque.

Passe encore que l’un veuille tuer leur père, que l’autre l’ait fui pour se réfugier au monastère. Le problème est ailleurs : mettez deux gamins russes ensemble, et ils vous feront de la métaphysique ! annonce Ivan, l’intellectuel torturé, à son frère Aliocha, novice intranquille.

Dans un réquisitoire contre la Création, Ivan liste bientôt quelques faits divers cruels qu’il collectionne, avant de réciter l’un de ses poèmes. C’est “Le Grand Inquisiteur”, où Jésus a la mauvaise idée de redescendre sur terre au mauvais endroit au mauvais moment : l’Espagne de Torquemada. Direction la prison, où le vieux cardinal menace de le livrer au bûcher. C’est que Jésus vient effectivement “déranger” le gouvernement instauré par l’Église : il offre de nouveau aux hommes la liberté de croire en “Lui” plutôt qu’aux pouvoirs terrestres et aux tentations matérielles.

Mais selon Ivan, c’est aussi une liberté de faire le mal... Si Dostoïevski a été un conservateur patenté, “Le Grand Inquisiteur” apparaît donc au contraire comme “l’œuvre la plus anarchiste et la plus révolutionnaire qui fût jamais créée”, selon le mot du philosophe russe Nicolas Berdiaev. Elle invite en effet à “démasquer” le Grand Inquisiteur, “partout où il se trouve”. C’est justement ce à quoi souhaitent s’employer Sylvain Creuzevault et son équipe, en convoquant notamment sur scène des vestiges du siècle passé. De Staline à Thatcher, tous grands inquisiteurs !

Note rapide
Toutes les critiques
Il y a 14 heures
5/10
0
Comme disait Heiner Muller, comme disait Karl Marx, comme disaient Dieu, Staline, Tatcher et Trump, c’est un poil prétentieux.
Pourquoi ne pas s’être contenté de Dostoevsky ?
7 oct. 2020
3,5/10
2
Rien compris, une adaptation moderne non-expliquée au public.

En bref, Dostoievski a rédigé un poème sur l'Inquisition. Au XVI-XVII siècle, dans les monarchies européennes, il y avait des Inquisiteurs, c'est à dire des chefs religieux chargés de faire respecter la loi de Dieu. Ils étaient suivis de leurs "sinistres ministres". Ils avaient pour but d'empêcher la diffusion de cultes différents.

A l'Odéon, le metteur en scène s'est demandé qui sont les inquisiteurs modernes. Ce sont : Trump, Thatcher, Staline (chefs politiques), et même le Covid si j'ai bien compris.

J'ai pas trop suivi les échanges entre les comédiens. Ca part trop loin, j'ai eu l'impression d'assister à une "private joke" de l'extérieur, sans faire partie de la pièce.

Un seul moment que je retiens (sur 2 heures de spectacle) : c'est le moment ou le metteur en scène nous dit qu'un théoricien, M. Allard a théorisé une société sans contact humain. Un homme rencontre sa femme est ses enfants à travers un écran. Puis un jour il trafique le système pour les rencontrer en vrai. Quand il voit sa femme pour la 1ère fois, il ne supporte pas son odeur. Il s'apprête à commettre un massacre, heureusement, le système informatique est rebooté, et chacun retourne dans son écran.

Voila.
1 oct. 2020
8,5/10
26
Jésus, Jésus, Jé-ésus revient...

Oui, il revient Jésus, dans le chef-d'œuvre de Dostoïveski, les Frères Karamazov, et plus spécifiquement dans l'un des chapitres, Le grand inquisiteur.

C'est ce chapitre particulier qu'a choisi de nous montrer Sylvain Creuzevault, en guise d'amuse-bouche à sa prochaine mise en scène du roman dans son entièreté.

Parce que la pandémie covidienne est passée par là.
Parce que la Mort de masse, à laquelle plus personne ne pensait, la camarde, la faucheuse est venue impitoyablement se rappeler à notre mauvais souvenir.
Parce qu'il a été également question de sélection... Dans certains hôpitaux, il a fallu sélectionner les malades...
La mort. La sélection. La privation de liberté.

Parce qu'il a fallu, en tant qu'artiste, analyser, réagir, travailler à proposer une catharsis à cette épreuve mondiale. En tant que dramaturge. En tant qu'homme de théâtre.

Ce spectacle nous remet donc en perspective tous ces éléments avec lesquels il a fallu vivre, et qui n'ont pas disparu, loin s'en faut, si l'on en croit la plus récente des actualités.

Creuzevault a eu la judicieuse idée de mettre en abîme ce Grand inquisiteur avec un écrit du dramaturge allemand Heiner Müller, grand admirateur de Dostoïveski, et qui l'évoque dans son recueil « Fautes d'impression » publié en 1990.

Au fond, Müller va nous confronter à ce besoin qu'ont un petit nombre d'élus ou supposés tels, une élite autoproclamée, religieuse ou politique, mais surtout religieuse, ce besoin pour un petit nombre d'asservir le plus grand nombre en le privant de liberté intellectuelle par moult moyens.

C'est donc ce qui à arrive à ce pauvre Jésus, revenu sur terre en pleine Inquisition, à Séville, et qui va faire face à l'Eglise romaine ayant renié les principes messianiques au profit de l'asservissement des fidèles. Jésus est devenu dangereux aux yeux des puissants.


Sur le plateau de l'Odéon, va surgir un joyeux et « bordélique » chaos savamment orchestré.
Le burlesque, la farce vont côtoyer le grand guignol, le drame, l'horreur.
Nous allons croiser dans le désordre le fils de Dieu, donc, opposé à un impitoyable Torquemada, en compagnie du pape de l'époque, mais aussi Donald Trump, Margareth Thatcher, Joseph Staline, Adolf Hitler ou encore Karl Marx.

Sans oublier les deux fameux frères, Ivan et Aliocha, qui accueilleront le public d'une très originale façon, devant une scène en pleine reconstruction. Je n'en dis pas plus...

Et nous alors ?
Nous, les spectateurs, nous serons les asservis, ceux qui se sont librement soumis, ceux qui ont décidé de ramper devant les tyrans, la technologie ou la modernité.
Ceux qui seront « fondamentalement coupables de penser », pour reprendre l'expression de d'Heiner Müller.

Nous allons rire, de par les facéties des comédiens, mais nous allons être plongés dans une intense réflexion. Nous allons devoir intégrer le texte de Müller, dit par Nicolas Bouchaud.

Un texte dense, parfois ardu, qui sera d'ailleurs projeté au lointain, à mesure de son déroulement.

Cigare au bec, l'air un peu blasé, fataliste, Bouchaud nous plonge dans nos propres contradictions, en martelant le postulat du dramaturge allemand. Le lien avec Dostoïveski est alors évident. Nous comprenons plus ou moins rapidement les tenants et les aboutissants, le rapport avec notre actualité, avec la situation mondiale actuelle.
Son interprétation d'Hitler est magnifique.


Le reste de la petite troupe s'en donne à cœur joie et ne ménage pas sa peine, pour illustrer scéniquement la démonstration politique et philosophique évoquée.

Servane Ducorps est un Donald Trump plus vrai que nature ! La mèche est dite !
Avec un ventre factice, les tics et tous les attributs vestimentaires caricaturaux de l'actuel POTUS, elle déclenche un très grand nombre de rires.

Elle s'exprime le plus souvent dans un anglais outré, que nous comprenons néanmoins très bien... Le registre de Trump n'est pas celui de Shakespeare.
Une sacrée composition !

Frédéric Noaille est une drôlissime et pathétique Margareth Thatcher. Lui aussi fait fonctionner nos zygomatiques à plein régime. (L'allusion à la grève des mineurs est formidable !)


Les deux, auxquels s'ajoute Staline (l'épatant Sylvain Fournier) vont faire passer un sale quart d'heure à Jésus (Arthur Igual, flegmatique, décalé, pince-sans-rire). Sale mais drôle !
Dans une scène grand guignolesque très réussie, Trump et Thatcher relèguent la crucifixion au rang d'une aimable séance de chatouilles, en comparaison de ce qu'ils font subir sur scène au rejeton de Joseph et Marie.
Vous ne regarderez plus vos baguettes chinoises ou japonaises de la même façon... Je vous assure !

Quant au Grand inquisiteur, c'est Sava Lolov qui s'y colle.
Impossible de ne pas avoir froid dans le dos, de ne pas frissonner en écoutant ses diatribes.
Le comédien alterne la voix du personnage (90 ans dans le roman) et la sienne propre, comme pour faire ressortir le caractère hélas universel de ses dires.

Au final, on ressent parfaitement l'urgence de la création de ce spectacle.
On sent bien ce besoin de la part de Sylvain Creuzevault d'apporter sa pierre à l'édifice pour réfléchir à tout ce que ces derniers mois ont engendré, mis plus ou moins en évidence.
La nécessité de mettre en place des mots, des gestes, une dramaturgie, une mise en abîme.

Parce que le Théâtre permet tout ceci.

Ce Grand inquisiteur interpelle, questionne et ne laisse personne indifférent.
L'entreprise artistique est très fortement applaudie au moment des saluts. Ce n'est que justice.
30 sept. 2020
9/10
2
Avant de nous présenter « Les frères Karamazov » en novembre, Sylvain Creuzevault met en scène pour notre grand plaisir « Le grand inquisiteur » extrait fort et conte philosophique du roman.
En prenant place dans la salle, nous observons deux comédiens affichant sur le rideau de fer de la scène, deux inscriptions
Dieu éternel. Ainsi soit-il.
Éternelle rébellion ? Quoi qu’il en soit.
Sur l’avant-scène, dans la lumière, les deux comédiens s'avancent vers nous, Yvan et Aloicha se présentent. Nous sommes captivés et nous partons en leur compagnie dans cette magnifique allégorie.
Yvan (Sylvain Creuzevault) a imaginé un conte qu’il raconte à son jeune frère Aloicha (Arthur Igual).
Ce long poème est une parabole sur la liberté, le bonheur, la nature humaine, le despotisme et absurdité du monde.
Nous sommes à Séville pendant l’inquisition. La veille des centaines d’hermétiques se sont fait brûler sur le bucher. Le Christ revient discrètement, mais la foule le reconnait et lui demande d’accomplir quelques miracles…
Soudain le « grand inquisiteur » apparait, c’est un vieillard au visage desséché, vêtu de sa toge de religieux, il observe, lève le doigt et ordonne de jeter le christ en prison. Le peuple soumis lui obéit.
Le rideau de fer se lève, sur le plateau règne une atmosphère monacale.
Dans la pénombre apparait le grand inquisiteur (Sava Lolov) impressionnant et effrayant.
« Pourquoi es-tu venu nous déranger ? »
« L’homme a besoin de sécurité et de pain et non de liberté ».
Le christ subit muet ce réquisitoire sous l’œil étonné du pape.
Ce texte d’une grande richesse nous transperce le cœur.
Le Christ condamné, un bruit sourd retenti, la scène est inondée par la lumière froide des néons et nous allons de surprises en surprises.

Sylvain Creuzevault fait entrer en scène des figures politiques connus de tous qui vont nous faire sourire, frémir et tressaillir. Sous ces caricatures décapantes des vérités surgissent.
« Le grand inquisiteur se loge partout et de tout temps »
Les comédiens talentueux nous émeuvent, nous questionnent, nous font frissonner et parfois nous font sourire avec grand brio.
La mise en scène de Sylvain Creuzevault met en valeur la profondeur, la beauté et la force de ce texte inépuisable et intemporel.
Merci à tous et à bientôt pour Les frères Karamazov
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor