Le Faiseur de Théâtre (Déjazet)

Le Faiseur de Théâtre (Déjazet)
De Thomas Bernhard
Mis en scène par Christophe Perton
Avec André Marcon
  • André Marcon
  • Eric Caruso
  • Théâtre Déjazet
  • 41, boulevard du Temple
  • 75003 Paris
  • République (l.3, l.5, l.8, l.9, l.11)
Itinéraire
Billets de 26,00 à 39,00
À l'affiche du :
14 janvier 2019 au 9 mars 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 20:30

Le comédien Bruscon a entrainé sa petite troupe familiale sur les chemins de croix de la décentralisation théâtrale.

Auteur, acteur, metteur en scène, il vitupère contre l’humanité, partagé entre amour et haine de l’art dramatique servi par l’abnégation de sa femme (qui tousse) et de ses deux grands enfants, anti-talents patentés.

Thomas Bernhard se régale dans cette (auto) fiction drolatique à conduire son héros dans l’impasse d’un village, au fin fond du bout de monde. Ils entrent donc pour jouer une nouvelle fois la comédie et n’en sortiront pas. Car voilà que l’heure fatidique de la représentation sonne pour Bruscon comme l’apocalypse.

Mais la comédie mise en musique par Thomas Bernhard donne à ce chant du cygne des airs d’opérette qui fait vaciller la métaphysique du malheur pour faire joyeusement résonner la voix des philosophes comiques.

Note rapide
7,7/10
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3 critiques
Note de 8 à 10
60%
Toutes les critiques
Il y a 22 heures
8,5/10
2 0
C’est étrange mais je n’ai vu que peu de fois André Marcon et pourtant j’ai tout de suite voulu découvrir ce nouveau spectacle, simplement sur son nom. Je ne suis pas une fan de Thomas Bernhard, du peu que j’en connais du moins, mais j’avais renoué avec le Déjazet lors de son précédent spectacle et le spectacle m’attirait. Après tout, cela pourrait me permettre de mieux connaître ce Bernhard qui jusqu’alors m’avait laissée de marbre, et de découvrir un nouveau metteur en scène, Christophe Perton. Pas de suspens supplémentaire, donc, et rendez-vous fut pris pour la deuxième de ce spectacle.

Bruscon, le grand comédien Bruscon, l’incroyable dramaturge Bruscon, l’inoubliable metteur en scène Bruscon (on pourrait rajouter a entraîné sa famille dans une aventure théâtrale plutôt sinistre. Ils se retrouvent en effet dans un patelin autrichien – dont le nom m’échappe présentement – pour y jouer la pièce que le père de famille a écrite et qui lui fait dire, sans aucune modestie, parlant de son propre travail : « Shakespeare… Goethe… Bruscon ». Dans un théâtre à l’abandon, les voilà qui répètent le spectacle qui se jouera le soir devant quelques deux cents personnes.

Je gardais un assez mauvais souvenir des mes rencontres avec Bernhard et me voilà agréablement surprise. Le texte, dont la partition revient aux 3/4 à André Marcon, ne se ressent pas comme un long monologue. On saluera évidemment la performance de l’acteur, qui parvient à toujours réinventer les situations et évite ainsi tout sentiment de répétition. Mais, en cause également, un texte qui n’hésite pas à se moquer de lui-même et à donner tantôt dans le cynisme, tantôt dans la provocation, de sorte qu’on rit à plusieurs reprises devant cette situation pourtant désespérée.

On saluera également une mise en scène permettant au texte de s’écouler sans jamais s’essouffler. Le travail de Christophe Perton est sans accroc : dans ce magnifique décor de théâtre, l’ennui n’a pas sa place. Il jongle habilement avec des créations sonores en totale rupture avec l’atmosphère et une utilisation intelligente de l’espace pour accentuer progressivement une tension qu’il n’a pas de mal à créer. Mais c’est aussi dans sa direction d’acteur qu’il excelle, permettant au reste de la troupe d’exister malgré un premier rôle fleuve. Chaque personnage est très bien dessiné, comme un caractère absent de la palette de jeu de Bruscon. Je pense notamment au personnage incarné par Jules Pélissier, tout en grâce et en souplesse, dont les déplacements sont un régal pour les yeux et qui semble exprimer avec son corps ce que sa bouche ne parvient à décrire. Comme une opposition exacte à son père, Bruscon, qui passe une partie de la pièce assis.

Il fallait un monstre pour incarner le tyrannique et parfois pitoyable Bruscon. Un monstre littéralement d’abord, parce que son personnage en est un : les répétitions avec chaque membre de la famille témoignent de son absolue rigueur et d’un sens du perfectionnisme au bord de la folie. Au-delà de ses critiques constantes, Bruscon est misogyne, détestable, effrayant. Mais il fallait aussi un monstre, sacré celui-ci, pour nous rendre ce personnage complexe, attachant, dernier symbole de la vie dans un cadre en ruine. Au-delà de son caractère abject, de sa détestation du monde, de son égocentrisme affirmé, il nous montre un homme qui ne lâche jamais rien. Cette détermination, qui jure avec l’ensemble de la pièce, est certes risible sur certains points, mais on ne peut nier qu’il s’en dégage une certaine puissance. Ce Bruscon-là, aussi exécrable soit-il, laisse une certaine impression !
21 janv. 2019
7/10
1 0
« Utzbach ». C’est déjà pour Bruscon l’enfer que de se retrouver à jouer à Utzbach, village paumé d’Autriche où tout n’est que poussière, humidité et inhospitalité. Arrivé pour donner une représentation de sa comédie grandiloquente « la roue de l’Histoire » avec ses compagnons de scène qui ne sont autres que femme et enfants, Bruscon s’indigne de tout et déclare détester le théâtre.

Bruscon est tyrannique, misanthrope et misogyne jusqu’à la moelle. « Quand elle parle, on remarque que son père était maçon » dit-il de sa femme et partenaire de jeu. Mais il a beau la fustiger, Bruscon tient la scène dans un presque monologue, sans jamais la quitter de peur de la laisser à de plus médiocres que lui. Bruscon est un acteur sans possibilité de jouer et qui pourtant ne se voit pas faire autre chose que de tenir cette scène, aussi mal en point, sale et décrépie soit-elle.

L’affiche est à l’image du spectacle. Tout est empêché, tout brûle par la médiocrité du lieu dans lequel doit se produire la troupe familiale. Mais le texte de Thomas Bernhard n’est pas non plus dénué d’humour noir et quelques rires fusent durant la représentation.

La scénographie de Christophe Perton et Barbara Creutz est une reproduction du décor du théâtre qui interpelle. En effet, la mise en abîme fait que le spectateur ne sait plus très bien à quelle distance il se trouve des acteurs et du jeu.

Par ailleurs, j’ai été scotché par le jeune Jules Pélissier tout à fait étonnant dans son rôle presque muet mais pourtant éblouissant de fils. Tatouages, short baggy et cheveux blonds oxydés : un « anti-talent » pour son père. Pourtant par sa présence tout en souplesse, ses micro-expressions de visage et la grâce de ses mouvements, il réussit à donner une épaisseur et une intensité à son personnage. Il a quelque chose de l’évasion dans le regard qui ne tient qu’à son talent. Ce jeune-là est touchant dans son désir silencieux de s’échapper de l’enfer paternel.

En définitive, c’est une pièce qui fait son chemin après qu’on a quitté le théâtre. Il est vrai aussi que le rôle de Bruscon est si bien interprété par André Marcon qu’on ne se rend pas compte de de tous les écueils qu’il a su éviter pour ne pas rendre son personnage tout à fait détestable!
17 janv. 2019
7,5/10
4 0
Bruscon, c’est un comédien d’Etat du théâtre d’Etat ! Un Monument du spectacle vivant je vous dis !

Mais c’est aussi la quintessence du modèle pénible de comédien : à la fois égoïste et vantard avec une belle dose de mégalomanie et misogyne à souhait. Oui il cumule toutes ces ‘qualités’ ! Quel beau spécimen !

Le grand Bruscon donc, est en tournée pour sa pièce (évidement écrite, mise en scène et jouée par lui-même) avec sa troupe familiale : madame, son épouse qui tousse beaucoup trop à son goût, son fils et sa fille. Il arrive donc dans un patelin (oui 290 habitants, c’est un patelin !) et commence directement par passer en revue tous les défauts de la salle.

L’auteur Thomas Bernhard se lâche dans cette pièce de 1984 où il montre les différentes facettes d’un comédien assez particulier. Il faut l’entendre et le voir pendant presque 2 heures récriminer sur tout ce qui l’entoure, y compris sa propre famille (mais comment font-ils pour vivre avec lui ???).

Il éructe, il vitupère, il grommelle, il vilipende, il s’agace, il ordonne avec une mauvaise foi évidente et tout ce qui passe à portée de son attention passe à la moulinette et nous rions régulièrement suite à des sorties particulièrement savoureuses ou odieuses.

Pour tenir la cadence, il fallait un grand comédien et André Marcon est juste parfait dans ce rôle. Il est entouré par une famille magnifique qui a certes peu de dialogue mais dont la présence est nécessaire pour donner tout son piquant au texte.

Le décor en miroir de la salle du Dejazet est séduisant et donne au spectateur la sensation d’être une petite souris sur scène tout près du comédien. La mise en scène de Christophe Perton est parfaite pour continuer ce sentiment d’immersion au sein des considérations de Bruscon.
10/10
1 0
... Nous sommes ailleurs, le temps de ce spectacle, aux tréfonds du théâtre, là où l’essentiel est joué, où le pire comme le meilleur est représenté. Un moment de théâtre unique et mémorable, joué avec excellence. Incontournable.
15 janv. 2019
10/10
25 0
Vous pensiez avoir déjà rencontré un théâtreux tout à la fois mégalomane, mythomane, misogyne, égoïste, misanthrope ?
Vous vous dites que des comme ça, on en connaît tous ?

Oubliez !
Oui, vous pouvez oublier toutes vos certitudes en la matière.
Des comme Bruscon, il n'y en a qu'un : Bruscon lui-même, le Comédien d'Etat, du Théâtre d'Etat, l'auteur de « La roue de l'histoire », de son propre avis la Comédie de toutes les comédies.

Thomas Bernhard, en écrivant cette pièce qui date de 1984, s'en est donné à cœur joie à nous présenter cet artiste un rien déséquilibré (qui a crié « Pléonasme ! » ?) et qui se retrouve à jouer sa pièce, avec sa famille, dans le trou du c... du monde, à savoir la petite commune imaginaire de Utzbach.

Il arrive dans une salle poussiéreuse. Il nous balance d'emblée à la figure les défauts exposés ci-dessus. Rien ne lui va, rien ne lui convient. Il râle, vitupère, apostrophe, il est odieux, engueule tous ceux qui croisent son chemin.

Il est obsédé par les lumières de secours que le capitaine local des pompiers devra faire éteindre à la fin de son spectacle.

Bien entendu, Thomas Bernhard, à son habitude, porte haut et fort ses propres récriminations et tout ce qu'il a à ressasser, posant inlassablement un regard au vitriol sur nos misérables et tragicomiques petites vies.

Durant deux heures, ce Bruscon va faire jaillir une logorrhée merveilleuse de mauvaise foi, d'animosité, de rancœur et de colère intérieure.

Pour incarner un tel personnage qui durant tout ce temps dit un texte énorme, dense, rempli de chausse-trappes et d'humour noir, avec peu de « repères temporels », il faut un exceptionnel comédien. Je pèse l'épithète et l'assume.

Andre Marcon est cet exceptionnel comédien-là.
Ce qu'il fait sur le plateau du Déjazet dépasse l'entendement. Mais comment peut-on dire un tel texte et de cette admirable façon ! Il est phénoménal !

Dans un formidable écrin, un superbe et étonnant prolongement de la salle du Déjazet, (mêmes couleurs, mêmes fauteuils, mêmes petites lampes, mêmes fines colonnes), il m'a complètement sidéré.

Bien entendu, au delà de la performance à proprement parler, André Marcon excelle à interpréter la folie de cet homme. On rit beaucoup, on est horrifiés par les monstruosités proférées (« Faire du théâtre avec une femme est une catastrophe !»).

Et puis surtout, son glissement dramaturgique durant ces cent vingt minutes est admirable. La quête de l'absolu est prétexte à une grande histoire d'amour et de haine du théâtre. La fin sera magnifique.

La mise en scène subtile de Christophe Perton prolonge donc le Déjazet, mais permet un troublant effet miroir qui abolit la frontière scénographique, et plonge les spectateurs au cœur de la folie de ce singulier homme de théâtre.
Salle et plateau peuvent s'inverser. C'est très inspiré, très malin et très beau.

Les excellents comédiens qui donnent la réplique à M. Marcon nous posent tous habilement la même question : mais comment cette famille peut elle supporter ce tyran monstrueux ?

Tous interprètent des comédiens ternes, sans talent, terrorisés par le pater-familias, le suivant bon gré mal gré dans ses délirantes tribulations.

J'ai beaucoup aimé la prestation de Jules Pelissier, qui joue le fils, acteur très médiocre, souffre-douleur du pater-familias... Lui aussi est très bon.

C'est une très grande leçon de théâtre qui nous est donnée. Une véritable claque !
Il faut absolument assister à ce spectacle incontournable de cet hiver.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor