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La Nuit des Rois

La Nuit des Rois
De William Shakespeare
Mis en scène par Thomas Ostermeier
Avec Denis Podalydès
  • Denis Podalydès
  • Laurent Stocker
  • Stéphane Varupenne
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
Itinéraire
À l'affiche du :
22 septembre 2018 au 28 février 2019
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Thomas Ostermeier met en valeur la profondeur des questions existentielles que Shakespeare soulève à partir de cette intrigue amoureuse placée sous le signe du travestissement.

Pour sa première création à la Comédie-Française, Thomas Ostermeier retrouve un auteur qu’il fréquente régulièrement. Réputé pour ses mises en scène alliant fidélité à la situation dramatique et liberté d’interprétation, le directeur de la Schaubühne de Berlin se concentre de plus en plus sur ce qu’il nomme l’acteur-créateur.

Il fait ici entrer les comédiens en Illyrie, royaume de l’illusion et de l’artifice, auquel il donne la forme d’un paysage d’émotions à l’envers dangereux, où la folie rôde. Cette comédie des apparences conte l’histoire de Viola, rescapée d’un naufrage – comme son jumeau Sébastien dont elle n’ a pas de nouvelles – qui se travestit, prend le nom de Césario et offre ses services au duc Orsino. Charmé, ce dernier en fait son page et le charge de transmettre son amour à la Comtesse Olivia.

Mais Césario/Viola, secrètement séduit(e) par le Duc, excelle si bien dans sa mission que la Comtesse s’éprend de son ardeur.

Parallèlement, un quatuor, aux manœuvres éminemment comiques, révèle la face violente de la mascarade amoureuse tandis qu’un bouffon brille avec insolence dans la subversion du langage.

C’est dans une nouvelle traduction d’Olivier Cadiot et avec une composition originale à partir de musiques de la Renaissance jouée sur scène, que Thomas Ostermeier présente cette pièce entrée au Répertoire en 1940 et qui n’a pas été donnée depuis 2003. Au-delà du plaisir de la fête, il met en valeur la profondeur des questions existentielles que Shakespeare soulève à partir de cette intrigue amoureuse placée sous le signe du travestissement. De ce désordre du cœur, il retient combien vertigineux peut être l’éveil du désir, troublante la question du genre, complexe la détermination sociale qui touche l’intime.

Note rapide
Toutes les critiques
1 déc. 2018
10/10
2 0
La Tempête !!

Un vent de folie souffle sur la Comédie Française.
Il nous vient d'Outre Manche avec cette folle comédie de Shakespeare.
Il nous vient d'Outre Rhin avec le grand Thomas Ostermeier.

Qui mieux que lui pouvait nous projeter dans cette confusion des sentiments, où chacun cache son identité ou son sexe, et où l'apparence masque la réalité ?

La troupe du Français est largement à la hauteur du défi ! Ils n'ont même jamais été aussi bons.
Outre un travail incroyable sur le corps - qui manque à tant de comédiens - ils s'emparent de l'espace, chantent, dansent, se battent à l'épée ....
Sur la scène qui se prolonge dans la salle comme dans les meilleurs concerts de rock, ils nous rappellent que le théâtre est un Art qui n'a jamais été aussi vivant !

Aimer ou ne pas aimer ?
Il n'en est même pas question !
21 nov. 2018
7/10
3 0
Ils sont tous très contents…

-Eric Ruf, l’Administrateur Général de la Comédie Française, car enfin le grand Thomas Ostermeier, le metteur en scène que tous les théâtres s’arrachent, a accepté de travailler avec la fameuse troupe de la salle Richelieu.
-Thomas Ostermeier, car l’occasion lui est enfin donnée de « provoquer » le public de la Comédie Française, public qui à ses yeux ne peut être autre que conservateur et sclérosé , il l’a souvent dit (le serait il à l’instar des publics bourgeois des grandes salles allemandes, je n'en suis pas si sûre?)
- Le Public de la Comédie Française, celui qui n’avait pas vu, ailleurs et jusqu'ici, une des nombreuses mises en scène d’Ostermeier et, qui trouve dans le cadre de ses habitudes de fréquentation de la CF, l’occasion de découvrir la nature du travail du metteur en scène allemand (et de s’encanailler un peu... ?)

Moi, je le suis un peu moins qu’eux… car je suis restée sur ma faim et n’ai pas été tout à fait conquise par le travail proposé.
J’ai vu bien d’autres spectacles de Ostermeier, avec sa troupe de la Schaubuhne, qui m’ont davantage séduite et convaincue. Les Ibsen par exemple, et bien d’autres encore, dont je garde de grands souvenirs

Le choix d’une comédie de Shakespeare laissait poindre l’idée de truculences, d’excès, de provocations, de morceaux de bravoure à venir…
Je ne me suis pas trompée !

Le fond de l’histoire, celui de la décomposition de l’amour, et de la perception trouble des genres, ou de la corrosion du pouvoir par l’amour, laissaient supposer quelques adresses bien senties au Public et, en concordance avec l’actualité du moment. On les a eues, ainsi que d’autres plus ou moins faciles. De fausses impros d’ailleurs, me semble-t-il.

Le fond du propos, s’est de ce fait un peu délayé dans le recours à une mise en scène bouffonne et provocatrice, convenue, destinée à conquérir un Public acquis d’avance.

La mise en perspective avec la tradition shakespearienne du Théâtre du Globe laissait entrevoir de la grosse farce, de la grivoiserie, des numéros d’acteurs, des morceaux de bravoure, des improvisations brillantes, tout ce dont sont capables les excellents acteurs de la troupe. Et aussi l’acceptation par les comédiens d’un ridicule exacerbé, notamment celui des costumes…
Ils ne sont pas dérobés et assument, en semblant bien s’amuser, ce qui leur a été demandé
Grande inventivité à signaler dans la vulgarité des costumes.

La critique professionnelle ayant émis, dans son ensemble, pas mal de réserves sur ce spectacle, je me suis rendue -un peu en reculant- à la Salle Richelieu.
Eh bien, j’ai tout de même passé une soirée somme toute assez agréable. Je me suis pas ennuyée à défaut d’avoir été réellement séduite.

Toute la salle de théâtre est investie , la lumière allumée, et l’on ne sait jamais d’où vont surgir les comédiens….et dans quelle tenue on va de surprise en surprise... !

Ils sont étonnants, les femmes d’abord, et particulièrement cette peste de Maria (Anna Cervinka) qui a l’art de conspirer avec une méchanceté absolue et qui mène, vis-à-vis de l’intendant Malvolio, un jeu très cruel avec la complicité de Sir Toby (Laurent Stocker) et Sir Andrew (Christophe Montenez) et de Feste, le fou d’Olivia (stéphane Varupenne), … un trio particulièrement savoureux et audacieux.
Il sera bien puni, Malvolio, de s’être fait des illusions!

Je m’interroge un peu sur le choix de Podalydes… une caution pour le metteur en scène (travailler avec un sociétaire de grande renommée) ? ou une envie furieuse de Denis Podalydes de tenter une expérience inhabituelle ? ou pour la CF, mettre le nom d’une "valeur sûre" sur une distribution, destiné à attirer le Public ? Je l’ai trouvé un peu hors-jeu !
Les autres comédiens (scalliet, d'hermy, morgensztern, etc...) sont très bons mais leur rôles prêtent moins à des performances... à signaler.

Très belle musique baroque : contre-ténor et joueur de théorbe excellents (des moments de grâce pour couper les épisodes)

A part, un élément de mise en scène judicieux, et plutôt inventif, signalé et souligné par notre ami Yves Poey et que je partage avec lui, (sans le dévoiler, moi non plus d’ailleurs, il vous faut le découvrir à votre tour), j’ai trouvé que l’ensemble relevait d’une certaine convention dans la provocation.

Je le dis franchement cette pièce n’est pas ma tasse de thé.
Je préfère aux comédies bouffonnes, les textes dramatiques et historiques du grand William Mac Beth, Othello, Hamlet, les Richard ou Henri et consorts, etc…qu’ils soient montés de manière classique ou, de façon plus iconoclaste à l’instar du travail de Thomas Jolly que j’avais bien apprécié en son temps.

Donc à vous de tenter l’expérience et de voir comment vous allez réagir.
Conquis? Ou en retrait ? Mais bon, il n’y a pas de quoi fouetter un chat !
9,5/10
2 0
Alors ?
Une pièce royale jouée au palais du Français ! Oustiti ! Ouste les qu'en dira-t-on du patrimoine et de l'institution, Thomas Ostermeier prouve que les comédiens de la maison Molière ne sont pas des chiffes molles.

Vraiment, je mets ma tête à couper. Pointus les tétons, jaunes sont les bas, homosexuels les penchants, Podalydès en pantoufles (euh ?), la température monte de quelques crans à la salle Richelieu. La pièce Shakespearienne mêle le travestissement ("le déguisement, c'est le mal, c'est si démoniaque !"), les histoires d'amour ("si je te poursuis, cela ne te dispense pas de me poursuivre") et la folie ("je suis un homme qui a un esprit étrange"). Et il en fallait de la folie pour monter un tel spectacle. Je mets deux fois ma tête à couper. Entre les doux airs d'opéra flirtant avec l'état de grâce et le concert de rap surréaliste : wahou ! quel mélange des genres ! En tout point ! Adeline d'Hermy revêtue d'une guépière noire digne d'une veuve éplorée, Stéphane Varupenne en collant rouge et trombone sous le coude, Christophe Montenez en gros nigaud, Georgia Scalliet tiraillée, Laurent Stocker en boit-sans-soif, Noam Morgensztern et son regard indescriptible, Sébastien Pouderoux absolument mythique... sans oublier évidemment Anna Cervinka (que j'adore), Julien Frison et Yoann Gasiorowski.
La troupe est en très grande forme.
18 oct. 2018
2/10
2 0
Pesamment provocateur. Lourdingue.

Autant voir une exhibition sexuelle inutile (je pensais qu'on ne devait jamais déshabiller quelqu'un inutilement sur scène mais passons...) ou Denis Podalydès en slip n'est pas vraiment un problème (il était bien moins vêtu dans Les Damnés), autant le regard posé sur le théâtre en général, et la Comédie-Française en particulier, m'a semblé dérangeant. Visiblement, le théâtre doit provoquer, selon Ostermeier. Mais provoquer pour provoquer, cela n'a tout simplement pas de sens ! D'ailleurs, provoquer les spectateurs de la Comédie-Française, quelle audace ! Le public s'est habitué, depuis longtemps il n'y a plus personne à provoquer ! Ce genre de mise en scène "outrée" ne choque plus et ne délivre aucun message. L'exubérance n'est pas une fin en soi.

Mettre en valeur un texte, proposer quelque chose d'intéressant : voilà qui est moderne et difficile. Le Hamlet un peu "punk" de Xavier Lemaire au Théâtre 14 l'année dernière me semblait à la fois beaucoup plus moderne et beaucoup plus respectueux de Shakespeare.

Ici, le mauvais goût et le ridicule semblent s'être donnés rendez-vous pour un spectacle complètement banal qui assène : "Eh oh, si vous n'aimez pas, ben vous êtes des gros coincés, hein !"

Et puisque je suis une grosse coincée, je le dis haut et fort : Le théâtre n'est pas le fête du slip ! Résistons !
29 sept. 2018
10/10
55 0
Will and the Queens !

Ou comment le grand William brouille les pistes du genre...
Et comment le berlinois Thomas reprend à son compte le dynamitage en règle shakespearien des valeurs et des normes relatives à l'amour et à la sexualité.

C'est peu de dire que cette première mise en scène du patron de la Schaubühne dans la maison de Molière était attendue.

Thomas Ostermeir, que je considère (et je ne suis pas le seul...) comme l'un des deux plus grands metteurs en scène européens avec un Ivo Van Hove qui a déjà officié au Français avec ses Damnés, Ostermeir est parvenu à plonger la salle Richelieu dans une folie hilarante, dans un chaos total et drôlissime qui secoue et prend à contrepied les abonnés.

Pour secouer, ça va secouer !
Ici, ce qui va principalement compter, c'est le décalage entre ce qui est représenté et ce qui est, ce qui existe réellement.
Qu'est-ce que je vois, mais qu'est-ce que je sais ou je suppose être réel...
Les rapports signifiant / signifié, homme / femme, fou / sain d'esprit, vrai / faux, ces rapports-là vont être le moteur des deux heures et quarante cinq minutes du spectacle.

Les ambiguïtés identitaires vont être le prétexte à une réflexion sur notre capacité à dépasser ce qui est montré et dit pour aller au delà des apparences.
« Cache ce que je suis » est l'une des citations maîtresses du texte. Il faudra pour tout le monde dépasser ce qui est caché, et accepter les retournements en tous genres ainsi que la duplicité ambiante.

Ostermeir a plongé non seulement la scène, mais toute la salle dans cet exercice-là !
Sa mise en scène dépasse le plateau, avec une passerelle qui transperce de part en part l'orchestre, et sur laquelle les comédiens joueront également.
Nous, les spectateurs, nous serons partie prenante du dispositif dramaturgique, car nous serons les citoyens de ce pays pour le moins étrange qu'est la jupitérienne Illyrie.

Et tout le monde va s'amuser !
Les comédiens vont s'en donner à cœur joie.
Des scènes de grande émotion vont alterner avec des scènes de pure folie, digne du plus grand burlesque.
Des duos étonnants vont nous être proposés.
L'androgyne Césario/Viola (la formidable et troublante Georgia Scalliet) et la comtesse Olivia (la très sensuelle Adeline d'Hermy) est de ceux-là. La gravité, la tension érotique sont alors à leur comble.

A l'autre extrémité de la palette de jeu, Laurent Stocker en sir Toby, et Christophe Montenez qui incarne sir Andrew m'ont tiré des larmes de rire.
Thomas Ostermeir n'a en effet pas résisté à ancrer le texte dans la plus brûlante des actualités. Les deux personnages avinés relateront donc les aventures d'un certain Benalla, auditionné devant des sénateurs, et l'incroyable possibilité en Illyrie de traverser une route pour trouver un job.
(Au passage on nous dira que c'est également un pays « très peu hospitalier », où l'on trouve des étrangers sur les plages, qu'on retrouve dans la capitale dans des tentes, et qu'on met ensuite derrière des grillages. Comprenne qui peut, comprenne qui veut.)

Christophe Montenez qui ressemble pour cette occasion à Iggy Pop, crève une nouvelle le plateau en nous démontrant cette fois-ci sa vis comica débridée.
Ce qu'il fait est absolument magnifique, et je me répète, à hurler de rire !
Le comédien donne énormément de sa personne, et c'est peu de le dire !

Anna Cervinka incarne quant à elle Maria, la suivante d'Olivia. Elle est épatante de rouerie, son personnage tirant bien des ficelles.

Stéphane Varupenne campe un formidable fou-musicien. Mais est-il vraiment fou ? Toujours cette ambiguïté...

Quand à Denys Podalydès, il est Orsino, le Duc d'Illyrie, à la couronne de galette des rois...
Là encore, les apparences seront trompeuses.

Et puis, il y a Stéphane Pouderoux qui lui aussi a un rôle complètement débridé. Le comédien est un pathétique Malvolio, avec ses célèbres bas jaunes et jarretelles croisées.
Ce qu'il va faire (et ce qu'on lui fera) déclenchera également bien des fou-rires. Sauf à la toute fin...

Le reste de la troupe est à l'avenant avec notamment un lui aussi très drôle et très physique Noam Morgenstern.

Le dernière scène est absolument étonnante. Je n'en dirai évidemment pas plus, mais c'est vraiment un moment incroyable d'invention dramaturgique et très chorégraphique qui résume, développe et décuple s'il en était besoin l'argument shakespearien.
C'est très malin, c'est très drôle et c'est très fort !

C'est donc une vraie secousse à laquelle nous assistons.
Le théâtre d'Ostermeir, total, entier, viscéral, organique, ce théâtre-là a plongé hier dans le plus total ravissement l'immense majorité des spectateurs.
Un théâtre qui explose les conventions, qui prend aux tripes.
Un théâtre qui oscille entre une dérision parfois potache et des instants d'une incroyable intensité dramatique.
J'aime d'ailleurs à penser que Shakespeare montait ces textes exactement de cette façon.

Oui, ce sont de passionnants moments auxquels j'ai assisté.
Courez toutes affaires cessantes salle Richelieu !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor