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La magie lente

La magie lente
  • Théâtre de la Reine Blanche
  • 2bis, Passage Ruelle
  • 75018 Paris
  • La Chapelle (l.2)
Itinéraire
Billets à 25,00
À l'affiche du :
2 novembre 2018 au 23 décembre 2018
Jours et horaires
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l m m j v s d
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Lors d’un colloque en psychiatrie, un praticien fait une communication sur l’erreur de diagnostic.

Il s’appuie sur le cas de M. Louvier, diagnostiqué comme atteint de schizophrénie – à tort – par un autre psychiatre, dix ans auparavant.

Guidé par son nouveau psychiatre qui l’aide à faire confiance en ses réminiscences, Louvier va progressivement découvrir qui il est et pouvoir se réconcilier avec lui-même.

Le texte de Denis Lachaud raconte l'histoire atroce et pourtant simple d'un être humain, violé dans son enfance, qui ne vit pas sa vie à cause de ce traumatisme. Il en restitue la douleur mais aussi la lumière. Louvier va progressivement se reconnecter avec sa propre histoire et au fur et à mesure du récit de la tragédie de son enfance, de sa vie, sa libération se dessine.

 

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Toutes les critiques
29 nov. 2018
9/10
4 0
C'est le comédien qui nous reçoit à l’entrée de la salle. Il est tranquille, souriant et nous salut calmement. La scène est presque vide : un ordinateur sur une table, quelques verres d’eau en fond de plateau posés sur des chaises noires.

Et puis la pièce commence, nous sommes à un colloque de psychiatres. Le cas de Monsieur Louvier y est présenté.
C’est un homme qui a été diagnostiqué schizophrène il y a 10 ans, mais son nouveau psychiatre va l’amener à remettre en question ce diagnostic. Il va comprendre qui il est aujourd’hui en redécouvrant son passé.

Son histoire, la chronologie de ses séances et l’analyse de sa pathologie seront déroulées tout au long de la pièce. Le comédien interprète tour à tour le psychiatre et Monsieur Louvier. La lente progression du travail psychanalytique se fait devant nous. Les différents lapsus, les prises de conscience, les compréhensions, les questionnements s’opèrent en direct sur le plateau.

Benoit Giros est d’une justesse incroyable et il nous semblerait presque qu’il fait chaque soir cette thérapie pour la première fois. Il nous adresse, nous confie ce texte, il vit chaque instant du déroulement de cette cure pourtant si douloureuse. On sent qu’il est à la fois seul face à son travail thérapeutique et à la fois complètement avec nous.
Il est malgré tout très seul face à sa douleur. D’ailleurs le metteur en scène le laisse gérer en autonomie les différents changement de lumières à l’aide de manettes qu’il actionne au pied ce qui renforce cet isolement.

À certains moments, le retour au colloque permet une mise à distance necessaire quand le récit devient insoutenable. Monsieur Louvier aura également cette très belle phrase adressée autant à son psychiatre qu’à nous, public, « vous devez en avoir marre de m’écouter vous raconter mes histoires sordides ».
Pourtant le public n’est pas voyeur, il n’est pas là pour juger mais pour accompagner et encourager Monsieur Louvier dans son cheminement personnel qui l’amène vers la découverte de soi.

L’auteur, Dénis Lachaud , nous livre avec douceur et tendresse un texte d’une grande violence. La monstruosité de cette histoire n’est acceptable ici que grâce à la finesse du texte, plein de nuances et de respirations, et à la bienveillance et au charme du comédien. Rien n’est en trop dans ce récit. Tout est mesuré et précis.
Les mots sont au centre de la pièce : mots destructeurs mais aussi mots moteurs de guérison. C’est une pièce sur le pouvoir des mots, une pièce où la simplicité et la vérité (de la mise en scène, du texte et du jeu) permettent de transmettre la force du verbe.
Un moment touchant et bouleversant. Une pièce utile et superbe !!
12 nov. 2018
7,5/10
1 0
La Magie lente commence comme une conférence. On va nous raconter la petite histoire de Monsieur Louvier qui, après avoir été diagnostiqué schizophrène par un psychiatre, découvrira une toute autre vérité à la faveur d'un changement de praticien.

Benoît Giros est bouleversant. Il incarne tous les personnages (sans utiliser le moindre accessoire) avec autant de naturel.

On ne perd pas une bribe des conversations. On le croit parce que le texte de Denis Lachaud est implacable mais on se demande pour quelle raison une telle aberration est possible.

Certaines répliques tracent leur chemin longtemps dans notre esprit : nous ne sommes pas ce que nous semblons être. Personne.

Le dernier mot, merci, fait multiple sens. C'est celui du patient qui gratifie le thérapeute, celui du conférencier qui salue son auditoire mais aussi celui du comédien qui salue le public.

Comment on peut rester dix ans à ne pas dire ce qu'il faudrait entendre...

Le spectacle donne une ébauche de réponse et met d'abord en cause le premier psy (ce qui fait que je comprends qu'un homme du "métier" ait détesté cette histoire qu'il a qualifiée de pot aux roses, totalement inconcevable à ses oreilles).

Et quoiqu'en pensent les professionnels il est (aussi) très intéressant de savoir que le "scénario" a été inspiré à l'auteur par un chef de service hospitalier, passionné par le théâtre, acteur lui-même, qui avait accepté de superviser l'écriture de la pièce, afin que les psychiatres soient vraiment des psychiatres, et les patients d'authentiques malades. Il a un jour suggéré d'aborder l'erreur de diagnostic, très courante en matière de psychose.

Denis Lachaud avait donc écrit une première scène en s'inspirant du cas d'un homme, diagnostiqué schizophrène puis, quinze ans plus tard, re-diagnostiqué bi-polaire, dont ce chef de service lui avait exposé quelques aspects. Il a ensuite inventé les éléments biographiques du patient concerné, l'a nommé M. Louvier, lui a composé un passé, avec des viols dans son enfance, et a imaginé le déroulement de sa cure psychanalytique.

Bien qu'il y ait plusieurs personnages – le psychiatre, qui fait une communication sur le cas, le patient, son nouveau et son ancien psychiatres, son oncle, les voix qu'il entend – l'auteur a tenu à ce que le texte soit pris en charge par un seul comédien Pour résonner avec les pathologies psychiatriques évoquées, à savoir la schizophrénie et la bi-polarité. Le metteur en scène va encore plus loin, puisque c’est l’acteur qui assure la régie, se chargeant des lumières et de la bande son, à l'instar d'un conférencier devant son auditoire.

Initialement intitulé Mon mal en patience Denis Lachaud a opté pour un autre titre parce que Sigmund Freud comparait la psychanalyse à une magie lente.

Il y a donc bien une question de temps dans le processus (même lorsqu'il n'est pas dévoyé par un praticien aveugle). C'est pourquoi Pierre Notte a voulu rendre la quête d’un homme cassé appelé à se reconstruire, par la voix de l'acteur, dans un écrin d’une simplicité extrême. Rigueur radicale, rythme tenu, tension préservée, musique théâtrale d’un mystère qui avance, d’un temps qui va de l’obscurité vers la lumière, de l’enfermement vers la liberté.

La parole, et uniquement elle, va progressivement faire son chemin pour permettre à cet homme de faire confiance en ses réminiscences, découvrir qui il est et pouvoir se réconcilier avec lui-même. Sa libération se dessine au fur et à mesure du récit de la tragédie simple, mais atroce, d'une enfance massacrée.

Vous êtes courageux dira le psychiatre pour l'aider à ouvrir les bons verrous. Le spectateur assiste à la découverte douloureuse de la vérité en ressentant de multiples émotions, jusqu'aux rires aussi, plutôt fréquents parce que le spectacle n'est pas du tout triste ni plombant. On le recommande à partir de 15 ans, ... J'ajouterais qu'il a néanmoins besoin d'un accompagnement. parce qu'on le sait : Les enfants épargnent les parents. Ils taisent leur honte. Ce qui n'est pas dit pourrit dans le noir.

J'ai consulté le dossier de presse et j'y ai découvert des chiffres alarmants. Pour résumer, 1 homme sur 10 a été violenté dans son enfance (sachant que dans la salle il y a ... spectateurs, le calcul est troublant) et la statistique est double parmi les femmes.

Les agresseurs ne sont pas des inconnus, et c'est sans doute le plus terrible car le loup est un familier, un membre de la famille dans plus de la moitié des cas. Il est donc presque impossible de se dégager de son emprise d'autant que 70% des parents préfèrent attendre d'avoir des preuves avant d'agir.

4 victimes sur 10 font des tentatives de suicide. Ne rien faire c'est aggraver la spirale des violences qui se reproduisent de proche en proche et de génération en génération, ce que dénonçait déjà un film comme Polisse.

Denis Lachaud est écrivain associé au CDN d’Orléans depuis 2007. Il est l'auteur de plusieurs romans et de neuf pièces de théâtre. Hetero, a été mis en scène par Thomas Condemine au Théâtre du Rond-Point puis en France en 2014.

Pierre Notte a mis en scène ses propres textes, notamment C’est Noël tant pis, la formidable Histoire d’une femme (programmée aussi cet été au festival), Sur les cendres en avant, Les Couteaux dans le dos, Pour l’amour de Gérard Philipe, Ma folle otarie, ou la version japonaise à Tokyo de Moi aussi je suis Catherine Deneuve. Il a également mis en scène Night in white Satie et Noce de Jean-Luc Lagarce.
30 avr. 2018
6,5/10
3 0
L'émotion est au coeur du récit qui parle d'un sujet très sensible : la pédophilie.
L'histoire est autour d'un adulte qui prend conscience qu'enfant il a été abusé par son oncle. Impossible de ne pas être touché par cette lente découverte de son passé traumatisant. Le texte écrit par Denis Lachaud se veut troublant dans le dévoilement d'un passé volontairement oublié. Quatre ans de souvenirs oublié et le refoulement de son identité homosexuelle. Un point appuyé par la répétition excessive de l'expression : "je vais t'enculer". Un malaise s'installe.

La mise en scène très maligne de Pierre Notte permet à Benoit Giros d'interpréter tous les personnages au plus proche du ressenti. Un jeu de lumière par-ci avec projection d'une fenêtre et un jeu de lumière directe par-là pour la scène chez le psychologue. Les déplacements sont minutés, calculés avec grande précision. Alors le décor reste sobre avec une table, un ordinateur, des verres d'eau et quelques chaises. Juste le nécessaire. L'important se sont les mots choisis avec exactitude qui petit à petit prennent plus de sens pour mieux nous percuter.
9,5/10
6 0
Une pièce coup de poing. Un spectacle captivant. Un comédien impressionnant. À ne surtout pas manquer.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor