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Ich bin Charlotte

Ich bin Charlotte
De Doug Wright
Mis en scène par Steve Suissa
Avec Thierry Lopez
  • Thierry Lopez
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets à 24,00
À l'affiche du :
8 septembre 2018 au 6 janvier 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:00
    • 19:00
Réservation de tickets

Peu après la chute du mur de Berlin, l’auteur de pièces de théâtre Doug Wright entame une conversation avec Charlotte Von Mahlsdorf (né lothar Bergelde) un élégant et excentrique travesti qui après avoir tué son père quand il était enfant va survivre aux régimes nazi puis communiste de l’Allemagne de l’est en devenant femme.

Doug Wright nous emmène dans cette histoire aux 30 personnages, tous joués par le même acteur et recrée le puzzle de la vie controversée de cette incroyable Charlotte von Mahlsdorf.

Un hymne à la survie.

Note rapide
7,9/10
pour 9 notes et 8 critiques
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Note de 4 à 7
11%
8 critiques
Note de 8 à 10
89%
Toutes les critiques
11 déc. 2018
8/10
2 0
Qui êtes-vous Charlotte Von Mahlsdorf ?
Si après une heure dix de spectacle, la lumière est en partie faite sur ce singulier personnage, quelques zones d’ombre vous laisseront néanmoins des questions en tête. Des zones d’ombre pour lesquelles plus aucune réponse, hormis votre intime conviction, ne pourra être apportée.

Mais alors, qui êtes-vous Charlotte Von Mahlsdorf ? Êtes-vous ce jeune homme, né Lothar Berfelde, qui se rêvait femme ? Êtes-vous cette élégante collectionneuse du Gründerzeit Art ? Êtes-vous cette femme aux mille aventures ? Peut-être finalement, êtes-vous un peu de tout cela … Résumer la vie de Charlotte Von Mahlsdorf en quelques lignes est complexe, tant sa vie paraît être une fiction. Et pourtant, tout est vrai. Pour avoir une idée précise de cette vie incroyable, mieux vaut se rendre au théâtre Poche Montparnasse et écouter le comédien Thierry Lopez redonner vie (et de quelle manière !) à ce personnage aussi subversif que fascinant.

Physiquement seul sur scène, le comédien se révèle être cependant très entouré, habité par une multitude de personnages. Un geste souple fait apparaître Charlotte. Une paire de lunettes calée sur le nez et d’un coup s’incarne en lui Alfred Kirschner. Un dictaphone rivé aux lèvres et voilà venir un Américain désireux de dresser la biographie de la dame. Un haussement de sourcils et il se transforme en un inquiétant commandant nazi. La tête inclinée ou les épaules rentrées, le voilà journaliste espagnole ou reporter japonais. Une voix de stentor et un air bourru, déboule le père de Charlotte … Il serait possible de continuer ainsi longtemps, tant cette pièce recèle de personnages. Le talent de Thierry Lopez laisse pantois. Les interprétations sont magnifiques.

Évoluant au cœur d’un vaste décor, il virevolte de cour à jardin, s’immobilise un instant, semble capter un regard dans la salle et ne jouer que pour lui, avant de disparaître d’un coup, emporté par l’histoire. Ce spectacle s’écoute autant qu’il se regarde.

Dramatique, parfois teinté d’humour, le texte est un concentré d’émotions. La présentation chronologique permet d’évoluer au fil de la vie de Charlotte Von Mahlsdorf, de son enfance à sa disparition, de ses bonheurs à ses drames. Quelques bruits, quelques mots, quelques objets, quelques lumières suffisent à recréer l’ambiance de l’époque traversée. C’est sobre, mais efficace.

Que dire de plus sinon que Ich bin Charlotte est un spectacle fascinant, que Thierry Lopez est un comédien aussi talentueux que bouleversant et qu’il est à découvrir absolument.
25 nov. 2018
8/10
3 0
Un seul en scène magnifique de Thierry Lopez qui incarne avec un talent exceptionnel Charlotte, une personne aux moeurs dites différentes qui traverse une période troublée, en survivant aux affres de la Stasi et des nazis.

Thierry Lopez envahit la scène, il est Charlotte, il est tous les personnages ; bluffant, attachant, chapeau bas.
12 nov. 2018
8/10
1 0
Ich bin Charlotte, le titre est en allemand, une évidence pour présenter la vie "incroyable" (mais vraie) de Charlotte von Mahlsdorf, (1928-2002), que retrace Doug Wright après une longue et minutieuse enquête.

Thierry Lopez est Charlotte, mais aussi une trentaine de personnages à qui il donne vie sans changer une seule fois de costume, démontrant son immense talent de comédien.

Il était très drôle dans la reprise de Nuit d'ivresse et j'avais hâte de le voir dans un registre qui ne serait pas comique. Il est juste époustouflant et le public parisien est bien chanceux que le spectacle soit déjà annoncé pour la rentrée au Poche Montparnasse.

J'ai placé une petite vidéo à la fin de l'article pour convaincre les sceptiques de ne pas le manquer. Parce que c'est peu descriptible. Décor, costume, musique, tout est pensé intelligemment pour rendre l'atmosphère d'un XX° siècle berlinois marqué par deux régimes très répressifs, les nazis comme les communistes, où néanmoins un personnage hors normes a pu rester soi-même, enfin on veut y croire malgré quelques doutes sur ses relations à la Stasi.

Il/Elle ... on ne sait quel pronom utiliser. Disons Charlotte puisque tel est le prénom qui l'a fait connaitre. Charlotte est, nous dit-on, une femme piégée dans un corps d’homme. Piégée sans doute, mais libre. C'est ce qui fascinait en son temps, et qui encore aujourd'hui demeure extraordinaire.
Ce fut Lothar Berfelde à l'état-civil. Le prénom de Charlotte en est la déclinaison tandis que le patronyme, Mahlsdorf, est celui de son quartier, situé le plus à l'Est de la capitale. C'est une personnalité transgenre toujours emblématique de la communauté LGBT. Son autobiographie, intitulée Ich bin meine eigene Frau (Je suis ma propre femme), a été portée à l'écran par le réalisateur allemand Rosa von Praunheim en 1992. Charlotte von Mahlsdorf y jouait son propre rôle dans une partie du film.

C'est bien plus tard que le dramaturge américain Doug Wright écrivit la pièce I Am My Own Wife d'après ses propres recherches sur la biographie de Charlotte von Mahlsdorf, décédée deux ans plus tôt et qui lui valut le Prix Pulitzer 2004 du texte dramatique. Le comédien Jefferson Mays collectionna les récompenses pour son tour de force d'interpréter seul en scène 35 personnages.

Thierry Lopez relève le défi avec (sans doute ... parce que je n'ai pas vu la création américaine) autant de bio. Il passe de l'un à l'autre d'une inflexion de voix, d'un accent, d'un geste et c'est magique. Le parti-pris est fidèle à l'histoire. Charlotte n'utilisait pas d'artifice, ni maquillage et portait avec élégance jupe, talons et sautoir de perles. Alors Thierry est complètement légitime en longue robe noire.

Charlotte est emblématique pour de multiples raisons. Soutenir tous les réprouvés dans un Berlin-Est où régna ensuite l'oppression communiste aurait suffi à en faire une personnalité. Il faut se souvenir combien la RDA persécutait les travestis et les homosexuels.

Ce qui l'a sauvée c'est peut-être d'abord d'avoir eu un père militant du Parti Nazi (avec l'inconvénient qu'il fut violent et autoritaire), puis d'avoir fondé en 1958 le Gründerzeit Museum, à Berlin-Mahlsdorf, ouvert aux visiteurs, dans un manoir en ruine qu'elle restaura et où elle entreposa ses collections de meubles et d'objets domestiques allemands du XIX°. L'art permet de tenir tête aux oppresseurs.

Là encore le choix du décor est cohérent, même si la scène encombrée de gramophones surprend le spectateur non averti. On comprend vite que Charlotte s'est pris de passion pour les meubles et les objets de la fin du XIX°, qu'elle a préservé des griffes du régime nazi, qui estimait que ces objets appartenaient à un art dégénéré.

Et la dernière phrase : il faut tout sauver, rien oublier, tout montrer peut être comprise aussi au second degré comme sauver les meubles.

Charlotte est fascinante et nous questionne sur l'identité, la vérité et la liberté. Guillaume Py, le directeur de l'officiel Festival d'Avignon avait prévu le genre comme thématique. Le off n'est pas en marge avec cette création, une production de Jean-Marc Dumontet, présentée en primeur aux festivaliers en coréalisation avec le Théâtre du Chêne noir.

La mise en scène est admirable de sobriété et d'efficacité. Tout est joué avec simplicité, y compris les évocations à l'univers du cabaret. On comprend ce que fut la vie de cette figure hors du commun, entre fascination et scandale, toujours subversive et dont le "mystère" fut sans doute d'oser rester complètement libre.

Il y a beaucoup de moments d'émotion. Ich bin Charlotte aurait pu être un spectacle d'une immense gravité. Il est tout à fait respectueux du personnage sans renier un souffle de légèreté (on rit souvent) qui aurait beaucoup plus à Charlotte.

On en ressort captivé avec l'envie d'en savoir un peu plus sur ce personnage qui n'est pas de fiction. Aurait-on été séduit ? On se souviendra quand même que des dossiers de la Stassi découverts quelques années après la chute du mur de Berlin, témoignent d'une autre personnalité. Charlotte aurait-elle joué double jeu ? On voudrait croire que non.

Il faut sans doute voir le spectacle plusieurs fois pour percer son mystère.
19 sept. 2018
8,5/10
5 0
Émouvant, captivant, magnifique.
Thierry Lopez nous conte avec grand talent la vie de Lothar Berfelde transsexuel berlinois devenu Charlotte von Mahlsdorf (1928-2002).
Ce fut une grande collectionneuse de meubles et d’objets de la fin du 19ème avant qu’ils ne soient détruits par les affres du régime Nazi puis communiste de la Stasi.
Lothar vit sa petite enfance dans le Berlin du Troisième Reich auprès d’un père militant nazi. Très jeune, il prend plaisir à se travestir en femme. Quelques années plus tard, il devient Charlotte. Quel courage d’être soi-même sous le régime communiste contrôlé par la Stasi. Régime persécutant les homosexuels, les transsexuels et bien d’autres ne rentrant pas dans leur moule… Il sera décoré de la croix fédérale du mérite en 1992 son personnage pose bien des questions, était- il un sympathisant de la Stasi ou simplement un homme qui a lutté pour la liberté d’être soi.


Thierry Lopez campe avec brio Charlotte énigmatique, extravagante et combative. Dans une élégante robe noire, il se déplace, danse et se meut sur ses hauts talons avec grâce. Nous sommes séduits et nous fascinés.
Par intermède, Charlotte va laisser place aux personnages ayant traversé sa vie.
Thierry Lopez sera tour à tour ; le père de charlotte facho, violent et méprisable, un soldat SS, une journaliste américaine, son ami emprisonné… Il nous captive et nous enchante.

La mise en scène sans artifices donne une grande ampleur au texte.
Thierry Lopez joue simplement avec son talent, sa gestuelle et quelques changements de ton ; charmeur, agressif, violent, bienveillant, réfléchi, poignant… tous les personnages sont là, bien vivants et présents sous nos yeux.
Le décor des années 30, quelques meubles, des tournes disques à cornets de-ci de-là et une petite surprise originale que je ne dévoilerai pas…


Ne manquez pas ce spectacle qui ne peut vous laisser indifférent et qui vous laissera des souvenirs émouvants.
Bravo.
9/10
4 0
... Une histoire à l’intérêt sensible, une mise en vie sobre et splendide à la fois, une interprétation ahurissante tant elle est belle et nous touche. Une perle théâtrale à ne pas manquer.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor