Chanson Douce

Chanson Douce
De Leïla Slimani
Mis en scène par Pauline Bayle
Avec Anna Cervinka
  • Anna Cervinka
  • Sébastien Pouderoux
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 9,00 à 25,00
À l'affiche du :
14 mars 2019 au 28 avril 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 18:30
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Avec l’art du montage qui est le sien, Pauline Bayle se saisit de « Chanson douce », une fable tragique, pour offrir une variation de la figure du monstre et de ses ambivalences.

En adaptant ce roman, prix Goncourt 2016, Pauline Bayle – révélée par ses mises en scène de L’Illiade et de L’Odyssée – choisit, après trois années passées à travailler sur les grands mythes fondateurs, une plongée dans l’intime le plus contemporain. Inspirée d’un fait divers survenu à New York en 2012, Chanson douce raconte l’histoire de Louise, embauchée comme baby-sitter par un couple de « bobos parisiens », devenue pilier du foyer et bientôt meurtrière des enfants.


Qu’est-ce qui a poussé la « nounou » aux allures de Mary Poppins, immédiatement adoptée par les enfants, adulée par les parents, à commettre ce crime ? Comment est-elle parvenue à se rendre indispensable et en quoi le rapport de dépendance s’est-il inversé jusqu’à se refermer sur elle ? La nourrice donne à la metteure en scène l’occasion d’aborder une figure centrale du répertoire théâtral, d’Eschyle et Euripide aux Bonnes de Jean Genet. L’histoire de Louise est l’accord parfait entre la nouvelle de Flaubert, Un cœur simple, un de ses livres de chevet, et le destin de Médée. L’impact du roman tient selon Pauline Bayle à une écriture hors de tout sentimentalisme et manichéisme. Elle trouve dans Louise, sorte d’ogresse à la fragilité déroutante, et dans les parents, déchirés entre utopie du bonheur familial et épanouissement professionnel, des personnages modernes qui rebattent les cartes des relations du maître et de l’esclave. Échappant à l’anecdote, elle pointe l’ironie contenue dans cette peinture sans filtre de nos propres démons, rompus à une bonne conscience généralisée. Et avec l’art du montage qui est le sien, se saisit de cette fable tragique pour offrir une variation de la figure du monstre et de ses ambivalences.

10

La critique de la rédaction : 6/10. Une adaptation littéraire un brin décevante.

Ayant été bouleversé par le livre de Leïla Slimani, j’étais très enthousiaste de le voir mis en scène par Pauline Bayle que je ne connaissais que de réputation.
Hélas, je n’ai rien ressenti. Le fait de connaître déjà l’histoire m’a empêché d’être totalement emporté.

Le décor est neutre et manque de charme. La mise en scène est trop simple à mon goût. Peut-être que davantage d’artifices auraient donné une nouvelle vision du prix Goncourt 2016.

Les trois acteurs, qui interprètent plusieurs personnages, sont tous convaincants. J'ai particulièrement aimé le jeu de Sébastien Pouderoux.

Le texte de Leïla Slimani m’avait ému à sa lecture mais je n’ai pas retrouvé ces sensations en l’écoutant et le voyant sur scène. Dommage.

Note rapide
6/10
pour 4 notes et 3 critiques
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0%
2 critiques
Note de 4 à 7
75%
1 critique
Note de 8 à 10
25%
Toutes les critiques
18 avr. 2019
9/10
7 0
D'Euripide et Eschyle à Anouilh et Strindberg, en passant par Shakespeare, Molière, Tchékhov, le personnage de la Nourrice occupe une place prépondérante au théâtre.

Grâce à Pauline Baye, il faudra désormais compter avec Louise, le personnage principal du roman de Leïla Slimani.

La jeune metteure en scène dont j'avais adoré le travail sur la pièce Clouée au sol, et sur sa vision de l'Iliade et l'Odyssée, la jeune metteure en scène nous propose une excellente adaptation dramaturgique du Prix Goncourt 2016.

Louise va devenir un monstre. C'est au départ une femme presque ordinaire que la violence sociétale ambiante va rendre monstrueuse.
Une femme fragile, fragilisée, encore et toujours plus, jusqu'au point de commettre l'irréparable, à savoir l'infanticide.

L'un des grands mérites de Melle Bayle est de nous permettre de visualiser on ne peut plus clairement et dramaturgiquement parlant une situation de départ, dans laquelle la mort est évoquée en permanence, et l'évolution d'une descente aux enfers.

La situation de départ, ce sont ces deux mondes actuels qui se côtoient désormais, deux visages de notre société apparemment égalitaire mais qui en réalité fait en sorte de générer des inégalités de plus en plus criantes.

D'un côté, un couple de la classe moyenne supérieure bourgeoise, (un musicien-ingénieur du son, une avocate), à la recherche d'une nounou, et de l'autre, une femme seule, faisant probablement partie du quart-monde.

Nous allons donc assister au plus près, disséquée au scalpel, une descente aux enfers inéluctable, par le biais d'une violence sociale, institutionnelle, le tout sous une couche de vernis de respectabilité et d'indifférence.
Ce couple semble ne s'apercevoir de rien, de la détresse qui s'empare de leur employée, et de la nasse qui se referme sur elle.
Nous, nous savons d'emblée, puis que comme dans le roman, comme chez Colombo et chez Hitchcock, le récit est construit sous forme d'analepse : oui, nous connaissons la fin, nous savons que Louise est passée à l'acte.

Les partis-pris de Pauline Bayle vont parfaitement fonctionner.

Le plus intéressant à mon sens, est le fait que nous sommes dans un lieu à la fois clos et ouvert, avec trois comédiens qui vont jouer tous les rôles, et notamment les « rôles opposés ».
Les parents seront également les enfants, la nounou meurtrière sera également la fonctionnaire de police en charge de la scène de crime.

Tout ceci fonctionne à la perfection, nous ne sommes jamais perdus, nous savons en permanence à qui nous avons affaire.

Anna Cervinka et Sébastien Pouderoux seront ces parents et ces enfants.

Les deux jouent ces deux bobos avec un confondant réalisme. J'ai été totalement convaincu par l'incarnation scénique des personnages du roman.
Le cri déchirant poussé par Melle Cervinka (la mère en état de choc) nous démontre une nouvelle fois sa capacité à appréhender des émotions extrêmes avec une absolue justesse.

Sébastien Pouderoux sera le père et Mila la fille. Il apportera parfois une touche comique, renforçant le côté « naturel » et peut-être universel de ce couple.

Et puis, il y a Florence Viala.
Louise.

La comédienne est merveilleuse, à la fois Mary Poppins puis Médée.
Elle parvient à jouer cette progression dramatique avec subtilité et une palette de jeu impressionnante.
Je me souviendrai par exemple longtemps de la réaction des lycéens présents, voyant et entendant son personnage décrire cet homme obligé de déféquer dans une rue, entre deux voitures garées. Au début, le rire est de mise, et puis c'est le silence assourdissant lorsqu'ils comprennent que cet homme est un SDF ne pouvant faire autrement !

Appelons un chat un chat : elle est impressionnante, tour à tour froide, glaciale, émouvante, monstrueuse. Elle est également déchirante, franchissant le quatrième mur, en femme acculée, attirée inexorablement par un précipice.

Florence Viala a créé ce rôle en plaçant la barre très très haut !

J'ai beaucoup apprécié cette entreprise dramaturgique.
Pauline Bayle a pleinement atteint son objectif.
Comme elle l'explique elle-même, après avoir traité de grandes épopées homériques, elle a cherché à créer un théâtre de l'infiniment petit.
Elle est parvenue à restituer en une heure et vingt minutes sur scène ce qui faisait la spécificité du roman de Leïla Slimani, à savoir nous interroger sur notre condition humaine plongée dans un monde où règne une sauvagerie de plus en plus féroce.
17 mars 2019
7,5/10
8 0
Bloody Mary Poppins !

"On sait dès le début que ça va mal finir, mais au fond ce qui nous intéresse, c'est de traverser l'existence des personnages et d'interroger la condition humaine" dit Leïla Slimani.

Dans une mise en scène -volontairement?- sage, les trois comédiens, tous excellents, déroulent sous nos yeux cette monstrueuse histoire.
On retrouve bien l'atmosphère du roman, mais pas vraiment l'angoisse qui accompagne sa lecture.

Car comme toujours, les images qu'on nous montre sont rarement aussi puissantes que notre imaginaire !

Bonne nuit les petits ...
16 mars 2019
6/10
0 0
Nanny Louise

« Paul et Myriam sont séduits par Louise, par ses traits lisses, son sourire franc, ses lèvres qui ne tremblent pas. Elle semble imperturbable. Elle a le regard d'une femme qui peut tout entendre et tout pardonner. Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses. »

Le décor est planté. La pièce « Chanson douce » doit garder sa part de mystère pour les futurs spectateurs qui n’auraient pas lu le livre.

Coté salle, le suspens accroche, la mise en scène aussi. Mais sans plus. L’adaptation en pièce ne fait pas ressortir le malaise profond, pernicieux, latent qui fait le charme du roman.

« Chez Orson Welles, la technique n'est pas seulement une façon de mettre en scène, elle met en cause la nature même de l'histoire. Avec elle, le cinéma s'éloigne un peu plus du théâtre, devient moins un spectacle qu'un récit. Comme dans le roman en effet, ici ce n'est pas seulement le dialogue, la clarté descriptive mais le style imprimé au langage qui crée le sens. »
Orson Welles, André Bazin, édition cahiers du cinéma
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor