Critiques pour l'événement Madame Zola
9 nov. 2019
8/10
4
Catherine Arditti ou plutôt Madame Zola dialogue avec son mari Emile que l’on vient de transférer au Panthéon. S’en suit de longs monologues de la veuve du grand homme qui nous dévoile des secrets qui nous le font découvrir sous un angle parfois méconnu.

Un apothicaire, un peu psychiatre, interprété par Pierre Forest, vient rendre visite à notre héroïne pour lui administrer des potions magiques à grand frais, lui soutirant par la même occasion des informations sur la vie tumultueuse de l’auteur de j’accuse. Il faut aller voir cette intéressante comédie d’Annick Le Goff interprétée magistralement par un duo de talentueux comédiens.
P B
16 oct. 2019
9/10
0
Une excellente mise à jour sur Zola.. sa vie son oeuvre... sa femme et son confident.
Le texte est enlevé, précis, et « claque ».
Une interprétation forte et tout à fait crédible.
C'est alternativement tendre émouvant et même drôle.
Un décor et une mise en scène sobres bien adaptés.

Un très bon moment de théâtre. A voir !
15 oct. 2019
8,5/10
13
Super Nana !

Elle en a fait du chemin Gabrielle !
Grisette, sortie de la misère grâce à un sacré tempérament, c'est une de ces nombreuses femmes qui soutiennent un grand homme, lui apportent tout, puis retournent dans l'anonymat ....

Voilà un juste retour à la lumière pour cette Madame Zola, superbement incarnée par Catherine Arditi.
Une bien belle rencontre entre ces deux femmes !

Résistant vaillamment aux assauts de cette nature généreuse, Monsieur Fleury - savoureux Pierre Forest- déploie humour, empathie et patience avec beaucoup de générosité.

Un des couples phares de l'automne !
13 oct. 2019
8/10
1
Alexandrine, l’épouse d’Émile Zola a vécu dans l’ombre de ce grand homme pendant près de quarante ans.
Mme Zola est un personnage complexe qui pourrait tout aussi bien avoir été crée par son illustre mari tant l’histoire de sa vie est riche et romanesque. Elle est d’abord élevée par sa mère puis, à la suite du décès de celle-ci, elle rejoint la nouvelle famille de son père. Alexandrine a dix ans et sa belle-mère lui fait vivre un enfer. Très jeune, elle travaille comme lingère et elle est forcée, faute de moyens financiers, d’abandonner à l’Assistance publique sa fille naturel. Elle sera également modèle pour Paul Cézanne, c’est d’ailleurs par son entremise qu’elle rencontrera Zola. Sa vie avec l’auteur ne sera pas de tout repos non plus, d’abord compagne officieuse puis finalement femme officielle, elle le soutiendra en toutes circonstances.

Une vie riche en évènements et une personnalité pleine : Alexandrine Zola est passionnée, excessive et jalouse mais également fragile et foncièrement bonne.
La pièce se situe après la mort de Zola, lors du transfert de ses cendres au Panthéon. Alexandrine parle à son défunt mari mais également à son débonnaire apothicaire (Pierre Forest excellent) à qui elle se confie. La personnalité complexe de cette femme de caractère rend le contenue de la pièce vivant, rempli d’anecdotes et d’histoires attachantes.
Catherine Arditi est une parfaite Mme Zola, à la fois généreuse, lumineuse et entière.
Le texte subtile et drôle d’Annick Le Goff et la mise en scène fluide de Anouche Setbon rendent l’ensemble très agréable. Très jolis costumes de Juliette Chanaud.

Une pièce intéressante et délicate. On en sort en ayant envie de relire Nana, le bonheur des dames et les autres…
2 oct. 2019
9/10
1
Cette pièce relate la vie et le combat de Monsieur Zola à travers le regard de sa veuve qui l'a soutenu.

Cette adaptation sous forme d'un dialogue avec son apothicaire donne du rythme et de la consistance.

C'est très réussi et passionnant.
9,5/10
2
... Un spectacle comme on aime, intéressant et sensible. Une interprétation impressionnante et remarquable qui nous captive et nous émeut tout le long. Un très beau temps de théâtre que je conseille vivement.

Programmé la semaine prochaine...

2
Vendredi 4 octobre 2019
2 oct. 2019
9/10
1
« Madame Zola » d’Annick Le Goff dans une mise en scène d’Anouche Setbon au théâtre du Petit Montparnasse (décidemment aux théâtres Montparnasse beaucoup de pépites en ce moment) est un voyage hors du temps pour une dame d’exception méconnue.

Annick Le Goff avec finesse, générosité et passion met dans la lumière une femme de l’ombre qui a marqué son époque.
Une femme qui fut le modèle de célèbres peintres impressionnistes comme Auguste Renoir, Edouard Manet (où elle figure à l’arrière-plan du célèbre tableau du « Déjeuner sur l’herbe ») ou encore Paul Cézanne avec qui l’orage gronda.

Madame Zola ou Gabrielle Meley ou encore Alexandrine Zola, c’est l’histoire d’une jeune femme qui avait tout, comme nous dirions de nos jours, pour mal tourner.
Issue d’un milieu plus que modeste, une enfance très difficile, une mère qui décède très tôt du choléra, elle devient lingère à 14 ans. Cette jeune fille, blessée par le manque d’amour maternel, forgea son caractère au fil du temps pour naviguer entre la fragilité et la force afin de combattre les affres de la vie. Vie dont elle gardera son franc-parler aux fortes couleurs, une héroïne dont Zola aurait pu en faire un sujet de ses romans.

Un Emile Zola qu’elle rencontre dans sa jeunesse, qui sera son unique passion, qu’elle soutiendra avec ferveur dans tous ses combats, comme par exemple celui de l’affaire Dreyfus, mais avec qui elle n’aura pas eu d’enfants.
Le destin a parfois des détours imprévus, précédemment à cette rencontre, avec une grossesse non désirée, elle aura eu la triste nouvelle de perdre sa fille le jour de ses vingt ans, une fille qu’elle aura abandonnée deux semaines auparavant…et le chapitre restera clos.

Une évolution de milieu social impressionnante, la fille de la rue formera, tout en conservant ses couleurs, avec son Emile, un couple bourgeois qui recevra l’élite de l’Art parmi lesquelles la littérature, la peinture. Ces réceptions feront l’objet de toutes ses attentions lors de ses repas hebdomadaires, riches en mets délicats dans une profusion totale.

L’histoire commence le jour du transfert du cercueil de son mari Emile Zola au Panthéon.
Madame Zola en revient fatiguée, chamboulée, cette ex fille de la rue se retrouva au côté d’une ribambelle de ministres : que de chemin parcouru.
Elle soliloque, s’adresse directement à son mari dans un dialogue imaginaire et commence à faire une sorte de bilan de vie où la haine côtoie l’amour, une sorte de thérapie bien avant l’heure qu’elle communiera avec son apothicaire, pharmacien devrais-je dire, à qui elle aura commandé un remède pour supprimer une toux qui la persécute…jusqu’où cette présence serait réelle…
Une présence dans un premier temps qui devient vite irritable mais qui au fil des rencontres deviendra bienfaisante : un soulagement notoirement bénéfique pour les deux protagonistes. Chacun se confiera à l’autre par petites touches pour trouver le chemin de la raison, le chemin de la vie. Pour l’un cela sera le combat de la mémoire, de l’œuvre dans sa postérité, pour l’autre cela sera les mésaventures du mariage avec ses soubresauts.

La mise en scène délicate d’Anouche Setbon, soulignant juste ce qu’il faut de ce dialogue surprenant, irréel, troublant, sera l’objet de cette « psychanalyse » avant l’heure, une exploration de l’inconscient libératrice…(pour mémoire ce mot est apparu en 1896 et l’action se situe en 1908).
Une mise en scène attentionnée mise en valeur par les costumes de Juliette Chanaud, complétée par les lumières discrètes de Laurent Béal où nos deux artistes évoluent dans le décor d’Oria Puppo.

Pour réussir une telle entreprise, il fallait deux comédiens d’exception :
Catherine Arditi, au grain de voix particulier, nous envoûte avec son regard qu’il est impossible de détourner. Ses paroles campent toutes les émotions avec élégance, sincérité jusqu’à la larme. Comment rester insensible à la vie de cette femme livrée avec tant d’amour, tant de passion, par une comédienne à la forte personnalité. Elle manie la tendresse et la virulence comme personne.
Pierre Forest que je n’ai pas eu la chance de voir dans Edmond fut une découverte pour moi sur scène. Une psychanalyse avec une telle voix, je dis oui tout de suite.
Il a une présence sur scène incroyable, en opposé à sa stature impériale, son jeu est léger, subtil, afin de pouvoir répondre à toutes les attaques de Madame Zola.

Catherine Arditi ne pouvait rêver mieux pour affronter sa vie de Madame Zola que la bonté incarnée par Pierre Forest.
C’est un pur bonheur de les voir converser ensemble.

Derrière un grand homme se cache une femme et Alexandrine Zola confirme le dicton.
Annick Le Goff dans un bel humour, une belle lumière, lui rend hommage avec un certain panache, sublimé par la présence sur scène de l’admirable Catherine Arditi : de cette nature, de sa vie elle en fait un personnage de roman à la Zola.

Un conseil allez découvrir ce pan de l’histoire méconnu avec toutes ses anecdotes tirées de la biographie d’Evelyne Bloch-Dano : vous en ressortirez comblé.
2 oct. 2019
9,5/10
22
Elle déchire, Madame Zola !
Nous la voyons déchirer des lettres qu'elle juge indécentes, des courriers enflammés que lui a adressés naguère un certain Paul Cézanne.

Voici l'une des nombreuses épatantes scènes de cette passionnante pièce d'Annick Le Goff.
Oui, Alexandrine Zola, veuve depuis peu du grand homme, va se pencher sur son passé.
En s'adressant à feu son mari, qu'elle vient d'accompagner au Panthéon.

Mais les choses ne vont pas aller de soi.

Parce que bien des mots vont avoir parfois du mal à franchir ses lèvres.
Des mots qui expriment l'amour, la souffrance, des mots qui vont nous dire l'histoire de cette femme injustement méconnue, et qui a contribué à sa façon à l'œuvre du grand auteur.

Des mots qui vont pouvoir être formulés notamment grâce à la présence d'un « apothicaire », M. Fleury.
Annick Le Goff a inventé de toutes pièces ce pharmacien un peu guérisseur, peut-être et surtout "précurseur" de la psychanalyse.

C'est là l'une des grandes réussites dramaturgiques de cette pièce, la rencontre de ces deux personnages, l'un historique, et l'autre imaginaire.

Leurs deux histoires, en s'interpénétrant, vont permettre à cette parole d'être accouchée, à la maïeutique de fonctionner, et permettre ainsi à Mme Zola de nous raconter sa bouleversante histoire.
De très nombreuses formules ciselées tirent bien des émotions aux spectateurs, dont de nombreux rires, car l'on rit souvent.

Deux formidables comédiens (je pèse l'épithète) vont interpréter ces deux personnages !
Mais quelle bonne idée a eue la metteure en scène Anouche Setbon de les associer !
Une merveilleuse alchimie opère entre Catherine Arditi et Pierre Forest.
Ces deux-là nous donnent une leçon de comédie.
Purement et simplement.

Melle Arditi est cette femme au caractère trempé, qui ne mâche pas ses mots.
Dès la première phrase, la comédienne nous attrape et ne nous lâchera plus.
Impossible de ne pas être passionné par ce qu'elle nous dit, et la façon dont elle nous le dit.

Certes, elle en impose en veuve autoritaire, mais elle nous bouleverse à certains moments. (Je vous laisse évidemment découvrir par vous-mêmes ces scènes.)

Voilà qu'une larme perle sur sa joue... Je vous assure qu'à ce instant-là, votre serviteur n'en menait pas large.
Ses regards, ses répliques qui fusent face à son partenaire, ses adresses à feu son Emile (elle scrute alors le fond de la salle), ses ruptures sont autant de grands moments de comédie.

M. Fleury, c'est Pierre Forest.
Lui aussi est parfait dans ce rôle qui demande beaucoup de subtilité.
De sa belle voix de basse, tout en bonhommie, il incarne ce pharmacien, aux étranges préparations (les amateurs d'escargots, de belladone se régalent...) et aux étonnantes méthodes.
Il est l'autre partenaire de cette confrontation à fleurets mouchetés.

Lui aussi procure beaucoup d'émotions. Il m'a beaucoup touché, avec son histoire faisant écho à celle de sa « cliente ».

Il incarne cet homme, plein d'empathie, désireux sincèrement d'aider Mme Zola.
Il est drôle lui aussi, dans sa façon d'apporter la contradiction, tout en finesse, sans avoir l'air d'y toucher.

Deux formidables comédiens, vous dis-je !

La mise en scène d'Anouche Setbon est fluide et millimétrée, avec une attention toute particulière envers la distance qui sépare les deux comédiens.
La parole est libérée alors que les deux sont très proches, les rapports plus tendus lorsqu'ils sont chacun de leur côté.

Les changements de place de Pierre Forest-M. Fleury durant les séances où Catherine Arditi-Mme Zola parvient à exprimer ce qu'elle a enfoui, ces changements de place sont jubilatoires.

Je n'aurai garde d'oublier de mentionner les somptueux costumes d'époque de Juliette Chanaud ainsi que les délicates lumières de Laurent Béal.

Aux saluts, les spectateurs scandent leurs applaudissements. De nombreux bravi fusent, venant très logiquement saluer la prestation des deux comédiens.

Courez toutes affaires cessantes au Petit Montparnasse, afin de découvrir le destin de cette femme injustement méconnue.
C'est un spectacle incontournable de cet automne.