Critiques pour l'événement Les Deux Frères et les Lions
27 janv. 2019
10/10
7 0
Une magnifique surprise, nous avons tout aimé, bravo !
12 nov. 2017
8,5/10
186 0
Attendez vous à être surpris, que ce soit par la mise en scène, la proximité avec les acteurs, l'histoire... une pièce qui ne ressemble à aucune autre !

L'époque des grands magnats et des réussites foudroyantes est très bien rendue jusqu'à son absurdité finale, une mention pour le temps réservé aux questions à la fin du spectacle à la manière d'un ciné-club très bonne initiative !
8,5/10
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Quand deux frères jumeaux écossais sortent de la misère pour construire l'un des plus grands empires économiques privés de Grande-Bretagne, ça déménage sur leur chemin. Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre nous raconte avec brio ce parcours étonnant. Une des réussites de la saison, et encore un succès pour le Poche Montparnasse.

Ce pourrait presque être un conte de fées. Ils étaient deux frères jumeaux. Émigrés écossais vivant dans un milieu pauvre ils vont construire leur fortune sur une vengeance. Ne supportant pas d'être rejetés par les patrons du Daily Telegraph auxquels ils voulaient apporter leurs idées pour augmenter les ventes, ces hommes d'affaires autodidactes s'élèveront parmi les 50 plus grosses fortunes de Grande-Bretagne. Une réussite qui leur permettra également de mettre fin au dernier système féodal encore en vigueur en Europe. Mais pour en savoir plus il vous faudra vous rendre au Poche Montparnasse.

C'est pour répondre à une commande que Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre a écrit les Deux frères et les lions. Le théâtre de Cherbourg souhaitait un texte sur les îles anglo-normandes. L'auteur et comédien se plonge dans l'histoire de ces îlots situés à quelques encablures des côtes françaises et découvre cette histoire vraie. Des deux frères on ne dira jamais le nom dans la pièce. D'une part parce qu'ils sont très secrets d'autre part pour éviter tout problème juridique. Le secret qui entoure les deux hommes d'affaires a permis à l'auteur de construire une oeuvre de fiction dans laquelle "tout est vrai et tout est faux". Une liberté de ton qui fait de ce spectacle un conte moderne sur le capitalisme.

Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre et son compère Romain Berger (ou Lisa Pajon) jouent la convivialité. Accueillant les spectateurs avec du thé et des scones (pour la représentation de 17h30 le dimanche, c'est pile tea-time), jouant de connivence avec le public en partageant un verre de whisky ou en plaisantant, les jumeaux accentuent leur gémellité par un jeu d'acteur impeccable. Quand ils ne disent pas leur texte d'une voix unie c'est l'un qui termine les phrases de l'autre dans un effet de choralité. Rien ne peut les séparer.

Le récit de cette aventure socio-économique pour ne pas dire historique est mené avec rythme et énergie, s'accordant par moments une pause pour déguster le thé et laisser au spectateur le temps de souffler dans ce tourbillon. On est saisi par l'intelligence du texte, l'humour, la férocité qui se cachent derrière ces charmants octogénaires (notre drapeau est fait de lions, mais les lions je les mets dans une cage et je les vends à un cirque) la malice du jeu et de la mise en scène, le rythme effréné (une société doit être toujours en mouvement). Un régal.

La scénographie conjugue tradition avec une table basse et deux chaises très victoriennes, tandis que sur l'écran en fond de scène alternes projections de la tapisserie de la dame à la licorne avec des images liées à l'histoire et l'environnement des deux frères. Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre clôt le spectacle par un échange convivial et instructif avec le public, apportant des éclaircissements sur son travail et sur le droit normand.

Une histoire du capitalisme autour du parcours incroyable de deux frères britanniques. Une écriture brillante et une interprétation que ne l'est pas moins. Une mise en scène dynamique. Ces deux frères et les lions sont un régal. Précipitez-vous au Poche-Montparnasse pour cette rencontre qui sort de l'ordinaire.
9/10
125 0
Mais quelle histoire ! ...

Il était une fois l’histoire vraie de deux vrais jumeaux. Partis de rien et parvenus à tutoyer les plus grosses fortunes dans les années 1950 en Grande-Bretagne. Milliardaires et discrets, sans défrayer la chronique, ils amassent toujours plus de richesses, à coup de spéculations et d’investissements chanceux. Une intuition malicieuse, sans doute doublée de roublardise et voilà une belle illustration d’une réussite financière hors du commun, construite et surfant sur les mânes dégoulinants du capitalisme florissant des « trente glorieuses ».

Devenus vieux, dans leur forteresse d’une ile anglo-normande, ils apprennent que leurs filles ne pourront pas hériter de leurs fortunes, en vertu de « droit normand » issu de la tradition médiévale. Quoi ? comment ? Nous ? Et puis quoi encore ?

Nous sommes accueillis par les deux personnages à l’extérieur de la salle. Ils nous invitent à rentrer au salon pour participer à une sorte de goûter « tea time » avec biscuits, thé et whisky (du vrai, si si, je vous le certifie).

Sans cesser d’interpeller le public, les deux frères vont faire défiler parmi leurs narrations, flash-back, photos, vidéo-conférence, invectives, vote... Un tourbillon de situations, de sons, d’images et de jeux pour une farandole de révélations de plus en plus étourdissantes tant elles paraissent illusoires et pourtant.

Écrite et mise en scène par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, avec une adresse redoutable d’efficacité déclenchant l’intérêt, les rires et la complicité des spectateurs, cette pièce est jouée avec un évident plaisir de partager et un dynamisme formidable. L’ainé de dix minutes (sic !) est joué par l’auteur. Le cadet par Romain Berger ce soir-là. Tous deux lumineux et précis, ils jouent au cordeau avec une pêche d’enfer doublée d’une forte et agréable présence.

À la fois conte, fable et farce, ce récit à deux personnages rappelle la rapsodie de la Grèce antique ou la veillée d’hiver au coin du feu où l’on passe en série les nouvelles du monde. Mais plus encore, nous pensons au théâtre politique, à la manière des mystères bouffes du moyen-âge, repris et perpétués jusqu’aujourd’hui. À une jonglerie populaire à la manière de Dario Fo qui ne manquait pas de conter des histoires en impliquant le public par des adresses frontales, des clins d’œil contemporains et des astuces scéniques efficaces et plaisantes.

Objet théâtral particulier, le théâtre d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre renseigne, rit et réfléchit, en ne laissant jamais le public de côté. Effets cocasses et sensations curieuses jusqu’à toucher la poésie. Un théâtre proche et instructif, drôle et accessible.

Ce spectacle iconoclaste et prenant est un fichu bon moment.
20 sept. 2017
8/10
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Quand ils surgissent en chantant du fond de l’impasse où se niche le théâtre de Poche avec leurs survêtements bleus à trois bandes, la première image qui m’est venue à l’esprit, c’est que ces deux jeunes gens avaient dévalisé la garde-robe de Sue Sylvester (la prof de gym dans Glee) et de suite, j’ai pensé qu’ils étaient facétieux ces deux-là.

Ils saluent le public tout en continuant à chanter et nous offrent des scones et du thé pendant que l’on s’installe dans la salle. So british, isnt’it ?

C’est dans une histoire vraie (mais avec des parties romancées comme nous l’a expliqué l’auteur en fin de spectacle) dans laquelle nous embarquent les deux interprètes avec bonheur. Tout démarre l’année de leurs quinze ans, quand les deux jeunes frères écossais débarquent à Londres pour expliquer leur idée pour développer les ventes du Daily Telegraph au siège du journal. Et c’est un destin bien singulier qui va s’accomplir par la suite car il faut dire qu’ils ont une détermination à toute épreuve ces frères jumeaux.

L’un des intérêts de cette pièce réside dans la mise en scène très riche et la façon dont les deux comédiens s’expriment et bougent simultanément est vraiment réussie.

Même si la pièce est courte (à peine une heure), elle ne manque pas d’intérêt. L’échange organisé en fin de spectacle est passionnant, l’auteur Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, qui joue aussi un des frères, est accessible et donne des réponses qui donnent envie d’aller plus loin. Le nom des frères n’est pas révélé dans la pièce mais Google est votre ami si vous voulez vraiment le savoir.

Do you want some tea?
17 sept. 2017
9/10
140 0
Une fable dramatique et cynique inspirée par des faits réels, racontée avec énergie et une pincée de fantaisie...

Séduite par cette histoire incroyable et par l'originalité de la mise en scène !
17 sept. 2017
9/10
150 0
Quand vous arriverez au bout de l'allée menant au Théâtre de Poche vous serez étonné de voir quelques cageots exposant des pommes (à cuire), des pommes de terre, quelques grosses tomates et du basilic qui embaume.

La proposition tombait à pic pour moi qui n'avais pas eu le temps de faire quelques courses. J'ai toujours un sac fin plié dans mon sac. J'ai pris l'essentiel pour mon dîner.

C'était une idée de l'équipe artistique qui a remarqué cette pratique très courante dans les iles anglo-normandes où sont installés les deux milliardaires dont l'histoire véritable a inspiré à Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, à l'issue d'un gros travail d'enquête, le conte qu'il nous raconte sur la scène avec Lisa Pajon ou Romain Berger (en alternance).

Le projet initial – commande d’écriture de Mona Guichard, directrice du Trident, scène nationale de Cherbourg – était de faire découvrir au grand public le droit normand qui a subsisté dans certaines îles anglo-normandes jusqu’au début du XXIe siècle. Ensuite la rencontre avec Sophie Poirey, maître de conférences en droit normand à l’université de Caen puis un voyage sur ces îles anglo-normandes ont nourri l’écriture des Deux frères et les lions.

La pièce dresse le portrait de deux frères, qui plus est jumeaux, issus d’un milieu pauvre qui vont devenir à la fin du XXe siècle la dixième plus grosse fortune de Grande-Bretagne. Mais alors qu’ils ont triomphé de tout, comment faire lorsqu’en 1990, ils veulent faire hériter leurs filles respectives? En effet le paradis fiscal sur lequel ils ont domicilié leur empire est régi par un droit dont la particularité est d’établir un mode successoral qui privilégie les héritiers de sexe masculin.

Ce spectacle, qui fut coup de cœur 2015 du club de la presse au Festival d’Avignon, va marquer la rentrée théâtrale parisienne. Ecriture, sujet et interprétation sont innovants et témoignent encore une fois du dynamisme du Théâtre de Poche.

Le parti-pris de l'humour pour raconter une double tragédie
Çà commence en chanson. Les deux comédiens déboulent en chantant et en entrainant les spectateurs dans la salle tout en les conviant à prendre le thé. Help yourself ! Et certains ne se font pas prier.

Le public sera fréquemment sollicité sur le mode de l'humour anglais. Les deux compères observent le rituel du tea-time dans leur château-bunker de Breqhou, au large de l’île de Sercq, confortablement campés dans leurs grands fauteuils Louis XIII devant une tapisserie de la Dame à la licorne. L'atmosphère est propice aux confidences.

Ils sont fiers, et il y a de quoi, de pouvoir afficher une telle réussite en étant partis de rien. Immigrés écossais dans un quartier populaire de la banlieue de Londres, élevés par leur mère, ils ont seize ans au milieu des années 1950 et connaissent la violence de la rue. Cette enfance contraste avec celle de leurs filles majors à Cambridge.

Interpréter des jumeaux sans se ressembler comme deux gouttes d'eau n'est pas aisé. Les deux comédiens y parviennent en jouant sur la diction, en s'adressant de concert à la salle et en agissant souvent par mimétisme, dans le même rythme, l'un commençant une phrase, l'autre la finissant, dans des costumes décalés qui font oublier leur âge de soixante-dix ans.

Plus nous gagnons de l’argent
Plus nous nous aimons mon frère jumeau et moi (...)
Il est bon ce thé mon frère
Oui mon frère il est bon

Ils ressuscitent les deux gamins, vendeurs à la criée du Daily Telegraph. Ils sont les premiers à imaginer les avantages d’un abonnement pour la presse quotidienne mais on ne les écoute pas pour la seule raison qu’ils viennent d’un mauvais quartier.

Cette stigmatisation du fait de leurs origines va les endurcir. La revanche devient leur unique objectif. A deux on est plus fort. Ils se sentent invincibles alors qu'ils n'ont rien. Leur but est "simple" : conquérir le monde. Avec une seule devise qu'ils clament en boucle : discrétion et secret.

On est emporté dans le tourbillon de leur vie, dans un contexte historique et économique favorable à qui ne craint pas de travailler dur : l’industrialisation de l’Angleterre, les trente Glorieuses puis l’essor du capitalisme et ses dérives au cours des années 1980-1990, avec les sociétés écran ou off-shore.

Leurs idées font mouche à tous les coups. Ils rachètent même le Daily Telegraph, ultime vengeance. Mais leur empire pourrait s'écrouler puisque le droit (normand) les empêche de léguer leur empire à leurs filles.

Une détermination à toute épreuve
On ne lâche jamais. Ils finiront par avoir raison des normands qui doivent renoncer à leur ancien droit coutumier. La Cour Européenne des Droits de l’homme tranchera en leur faveur en 2010.

Le spectacle alterne entre du théâtre-récit et des séquences plus cinématographiques dans lesquelles les deux frères se mettent à jouer devant nous les moments-clefs de leur ascension spectaculaire. Leur première nuit dans un hangar glacial est hurlante de vérité. En tant que spectateur on oscille entre la compassion et le dégoût, lorsqu'ils affichent un mépris monstrueux pour leurs semblables.

On assiste à la montée en puissance des deux frères s'appuyant sur chaque faille du système économique pour accroître leur fortune, sans aucun état d'âme, même si leur empire se forge au dépens des plus pauvres, en évitant au maximum d’avoir affaire à l’État ... qui est, selon l'économiste Keynes, le plus grand escroc que la terre ait jamais porté.

Ils ne sont jamais allés à l'école mais ils apprennent vite de la vie. Ils furent les premiers à délocaliser leurs entreprises, premiers à créer des filiales dans des paradis fiscaux pour échapper à la politique fiscale des États, premiers à mettre en place un système de spéculation financière ... dans une discrétion salutaire. La preuve, qui connait leur existence ? Leur nom n'est pas révélé au cours du spectacle, mais il est accessible sur Internet pour qui voudrait en savoir plus.

A la fin un échange de quelques minutes est proposé par les comédiens avec le public pour poursuivre la réflexion, notamment sur la gémellité et autour des particularités du droit normand dont un abrégé est distribué à la sortie.

Lisa Pajon, interprète le second frère en alternance. Elle était sur scène le soir de ma venue. Sa complicité avec Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre est parfaite. Ils ont fondé ensemble le Théâtre Irruptionnel en 2003 suite à leur sortie du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris et ont déjà présenté une dizaine de spectacles.
On pourra la voir cette saison dans Le Menteur de Pierre Corneille sous la direction de Julia Vidit au Théâtre de la Tempête et en tournée dans toute la France.
14 sept. 2017
8,5/10
77 0
C'est une belle découverte au théâtre Poche : L'histoire de 2 frères jumeaux qui partis de "rien", décident de réussir dans la capitale Anglaise. Obnubilés par cette idée, ils ont gravi les échelons de la vie Londonienne en réussissant dans l'immobilier, la publicité, les médias... ils furent même anoblis par la Reine Elisabeth. Leur décision de transmettre l'héritage à leur fille respective est au coeur également de cette histoire.

Cette pièce est savamment interprétée par les 2 comédiens, rythmée, drôle, pas de temps morts, je n'ai pas vu l'heure passer. Les interactions entre les comédiens et le public sont pertinentes et drôles. L'histoire commence dès l’entrée du théâtre, l'ambiance Anglaise, le thé et les scones qui sont proposés aux spectateurs et la présence des comédiens en jogging traduisent le caractère quelque peu atypique de cette pièce et de son interprétation.
J'ai passé un très bon moment !
12 sept. 2017
9,5/10
71 0
Un VRAI petit bijou que cette pièce. Conviés à déguster un thé avec un scone par les deux acteurs qui s'apprêtent à interpréter l'histoire, nous avons réellement eu un coup de cœur pour cette pièce.

Quels performers. Ça bouge, c'est coordonné, les acteurs parlent à plusieurs reprises en même temps sans qu'il n'y ait de décalage, c'est réglé au cordeau. Bref, c'est vraiment la pièce à ne pas manquer en ce moment.
En plus, à la fin du spectacle, il nous est donné la possibilité d'échanger avec les deux acteurs afin de comprendre la genèse de ce projet pour le moins atypique. C'est vraiment bienvenu de nous laisser cette possibilité car cela prolonge d'autant le plaisir que l'on a pris à assister à la pièce.

C'est une pièce qui est tirée d'une histoire vraie sur deux frères immigrés écossais qui ont commencé en bas de l'échelle et qui aujourd'hui font partie des 10 plus grosses fortunes d'Angleterre. Cela parle aussi du Droit Normand mais je n'en dirai pas plus. Tout cela d'une bien jolie manière. Le texte est extrêmement vivant et bien écrit et surtout fouillé. On sent que l'auteur a pris du plaisir à découvrir la vie des ces deux hommes, même si il a pris quelques libertés ensuite dans la pièce. Impossible de vous dévoiler le nom de ces deux frères, ils sont très procéduriers et ne cèdent JAMAIS comme vous pourrez en être témoin.

Enfin, cerise sur le gâteau, à la fin de la représentation, il est possible de s'entretenir quelques minutes avec l'auteur. Ce que nous avons fait. Car donner de soi au travers d'un spectacle n'est rien tant qu'il n'y a pas eu de retour de la part des spectateurs. Ce petit moment d'échange nous en donne l'opportunité. Bien vu.
6 sept. 2017
9,5/10
93 0
Voici un spectacle qui commence pratiquement avant le spectacle.

Les deux comédiens (l'auteur de la pièce, Hédi Tillette de Clermont Tonnerre et ce soir-là Lisa Pajon) nous cueillent dès le hall du Poche-Montparnasse.
Ils nous proposent même force scones, du thé, de la marmelade. L'unité de lieu est posée, nous sommes en Grande-Bretagne.

Leurs deux survêtements aux trois bandes, couleur bleu-Europe, nous annoncent la couleur : voici des jumeaux.

L'auteur a entrepris de transformer une « real success story » en une farce cruelle mais lucide dénonçant l'hyper-capitalisme.
« Real success story », ai-je écrit, car effectivement, ce conte macabre (il était d'ailleurs deux fois...) est avant tout une histoire vraie.
L'histoire de deux jumeaux immigrés écossais dans un quartier pauvre de Londres des années 50 qui vont devenir lords et amasser une fortune colossale.

Des jumeaux qui ont vraiment existé, âgés aujourd'hui d'un peu plus de soixante-dix ans.

Tout ce que vont nous raconter les deux comédiens est absolument exact !

Nous voici donc dans un portrait à peine caricaturé de deux détestables types, qui, en ayant une revanche sociale à prendre, jouent à qui mieux-mieux avec les sociétés off-shores, les montages financiers douteux et les paradis fiscaux.

Leur crédo : pour réussir, vivons cachés, loin de toute exposition médiatique et publique.
Tout réussir ? Vraiment ?
Presque !

Deux lions vont venir contrecarrer l'un de leur dernier projet.

Ces deux lions-là sont ceux qui figurent sur la bannière normande, bannière qui flotte sur l'île de Sercq, dont dépendra légalement le château que les deux horribles lords vont se faire construire.
En effet, l'un des bienfaits de cette pièce est de nous initier au droit normand, en vigueur depuis le moyen-âge, presque aboli en 2010, et notamment à l'une des coutumes auprès de laquelle notre loi salique faisait pâle figure : dans les îles anglo-normandes, les femmes ne pouvaient toujours pas hériter.

Nos deux « héros » découvrent qu'ils ne ne pourront donc pas léguer leur fortune à leurs filles.
Bien entendu, je ne vous révélerai pas ce qu'ils vont mettre en œuvre pour contourner cet obstacle...

C'est donc une dénonciation du capitalisme exacerbé à laquelle nous sommes conviés.
Et pourtant, la catharsis opère totalement : l'auteur a su nous plonger dans une réelle empathie envers ces deux « monstres ».

Moi, avec mon petit plan épargne-logement, je me suis pris à avoir envie d'être l'un de ces capitalistes sans foi ni loi, si ce n'est envers les très gros sous.

Il faut dire que les comédiens sont formidables.
Dans de grandes tirades dites à l'unisson, avec un débit de kalachnikov bien huilée, ils portent haut et fort la parole des deux jumeaux.

Le texte et leur jeu sont vraiment jouissifs, à déguster presque avec une perverse gourmandise.
Les spectateurs sont pris à partie, ils participent, ils boivent qui du Vouvray, qui du whisky écossais (comme votre serviteur, par exemple...)

On rit énormément.

Un rire grinçant, que j'adore, un rire issu d'un humour parfois noir, mais un rire toujours vrai et sain.

Car il y a évidemment dans tout cela une vraie réflexion sociétale : quel est le poids de l'argent sur nos sociétés soi-disant modernes, sur la chose politique et sur le Droit ?
(La résolution de leur petit problème sera à cet égard emblématique.)

On l'aura compris, voici donc un nouveau et très beau moment de théâtre au Poche Montparnasse.
Un vrai sujet, un beau texte, concis mais incisif, deux personnages extraordinaires au sens littéral du terme incarnés par deux excellents comédiens, une mise en scène inventive, une belle création video...
Que demander de plus ?
5 sept. 2017
8/10
66 0
Comme habituellement sur vos conseils, je suis allée voir cette pièce très originale.

Avant le début de la pièce, on entre déjà dans cet univers typiquement anglais (thé, scone, chant).
Beaucoup d'humour et une vraie histoire relatée celle de ces deux frères jumeaux immigrés écossais ayant subi de nombreuses brimades et difficultés et qui deviennent milliardaires.

J'ai beaucoup aimé. Le seul reproche que je pourrai faire c'est que la pièce dure à peine une heure.
Un plus : l'échange de fin de spectacle.
2 sept. 2017
9/10
246 0
Un accueil en chansons très festif, coloré et joyeux, beaux dahlias, mirabelles, légumes, et dans la salle, thé, confiture et scones nous attendent ! Courtoisie toute britannique, attention toute particulière pour les personnes âgées pour éviter qu’elles ne loupent les marches !

Deux personnages, en survêtement bleu, des jumeaux, parlant ensemble d’une même voix s’installent dans leur salon. Ils nous content une bien étrange histoire, mais tout à fait véridique. Dans les années 50, à 16 ans ils partent de leur Ecosse pour venir à Londres faire fortune, pauvres comme Job mais ils ont des idées !

Ils construiront un empire colossal, presse, hôtellerie, et consécration seront anoblis par la reine Elisabeth en 2000. Leurs filles s’occupent déjà des affaires familiales et les jumeaux sont heureux de pouvoir transmettre leur héritage... mais NON ! Pourquoi ? les jumeaux avaient acheté l’île de Breqhou, en ont fait un petit paradis fiscal, avec un superbe château mais voilà, Breqhou dépend de Sercq, îles anglonormandes qui applique une loi féodale qui exclut les femmes de tout héritage, les jumeaux vont tout mettre en œuvre pour faire abolir cette loi, ils iront jusqu’à la Cour Européenne des droits de l’homme. Réussiront-ils c’est ce que vous allez découvrir.

La mise en scène est inventive, l’humour caustique, les comédiens parviennent à nous faire croire en leur gémellité. Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a « brodé » à sa manière l’histoire de ses milliardaires. Il y a du vrai et du romancé, mais pour l’heure il s’agit de remettre en question l’histoire de ses lois féodales qui n’ont pu lieu d’être.

Dans cette pièce, on réfléchit, on s’étonne et surtout on rit beaucoup !