Critiques pour l'événement Le Petit-Maître corrigé
23 mars 2018
8/10
32 0
Excellent moment en famille, comédiens au top, décor original, et pour finir : le plaisir retrouvé de la langue Française.
28 janv. 2017
8/10
43 0
Après des critiques d'une telle qualité, je vais faire court.

Du bon Marivaux ! De très bons acteur ! Un très beau décors végétal !
26 janv. 2017
8/10
36 0
Une pièce classique légère et accessible.

Cette pièce de Marivaux assez méconnue est dans le même style que celles plus célèbres de cet auteur. On y retrouve des histoires d’amour sur fond de différences sociales, et des domestiques, plus libres que leur maître, qui s’en donnent à cœur joie. Le tout porté par des dialogues classiques écrits avec finesse, qui restent cependant très accessibles.

Pourtant Le Petit-Maître corrigé présenté cette année à la Comédie-Française a quelque chose en plus. Clément Hervieu-Léger offre une mise en scène rafraichissante dans un décor naturel particulièrement réussi. Les jeunes gens portés par leurs tourments amoureux se cherchent, se séduisent, se repoussent, d’un bout à l’autre de ce qui ressemble beaucoup à une dune du bord de mer (que le metteur en scène présente comme un champ). Cet espace naturel apporte un réel charme à l’ensemble qui garde tout de même les codes (notamment vestimentaires) propres à l’époque de la pièce.

Évidemment (on est à la Comédie-Française) les comédiens tiennent particulièrement bien leur rôle et ont une diction parfaite. Ce qui n’enlève rien à la réussite de cette création.

On peut regretter quelques lenteurs à certains moments de l’intrigue, rien de bien méchant finalement.

En résumé, Le Petit-Maître corrigé version 2017 est une très bonne raison de courir pousser les portes de la « Maison de Molière ». Allez-y !
23 déc. 2016
8,5/10
25 0
Fallait-il vraiment corriger l'oubli dans lequel ce "petit-maître" avait plongé ?

Voyons d'abord la mise en scène: Clément Hervieu-Léger a accompli un très beau travail d’interprétation où les déplacements, les basculements des parisiens sur les dunes participent à la lecture du texte : le contraste entre les mœurs de Paris et de la province mais aussi le thème du « je t’aime mais je te fuis » et « attrape-moi si tu peux » sont ici littéralement « mis-en-scène ». Il n’est pas chose aisée de faire ainsi concorder la parole et le jeu mais pour Clément H-L, le pari est réussi! La scénographie d'Éric Ruf est un pur régal. Ce décor champêtre et ces croquis éparpillés m'ont fait plongés dans un tableau impressionniste, avec ce bleu du ciel en arrière plan, je m'imaginais déjà un lac par delà cette dune à la façon d’un déjeuner de canotiers entourés de belles dames (notons quand même l'anachronisme).

En début de pièce, ce ciel d’aquarelle tombe sur le plateau : c’est le lever rideau. Certes les structures métalliques de la machinerie restent visibles au fond mais cela ouvre le jeu sans pour autant gâcher la vue !

Dans de très beaux costumes d’époque qui font toujours ma joie, les acteurs sont constants dans leur talent, avec une petite faiblesse cependant pour Claire de la Rüe du Can qui n'articule pas toujours bien. J’aime tant la voix de mademoiselle d’Hermy et le jeu impeccable des futurs parents, Dominique Blanc et Didier Sandre. Et Loïc Corbery qui joue de tout son soul l’homme empêtré de son arrogante fierté. Et son formidable valet Frontin interprété par Christophe Montenez, qui n’est pour moi rien d’autre que la révélation de cette saison, comme le fut Pierre Niney il n’y a pas si longtemps. Quel talent il faut pour basculer de Martin von Essenbeck à ce joli matois ! Florence Viala est exquise en Dorimène, talentueuse dans toutes les pièces où un peu déjantée, elle joue une séductrice dangereuse pour les héros (cf Vania). Enfin Pierre Hancisse gagne du galon et en finesse de jeu !

Avec une telle distribution, ce dût être un travail passionnant pour le metteur en scène de trouver comment redorer le blason de cette pièce abandonnée après deux représentations. Toute la mise en scène était à imaginer mais le texte lui, n'est plus à écrire... Mis à part l'opposition provinciaux/ parisiens relevant surtout des préjugés liés au statut social qui parle d’hier comme d'aujourd’hui, qu'apporte ce marivaudage aux autres? Les trios et quatuors des intrigues amoureuses sont bien là, les valets qui donnent des leçons à leur maître aussi, les babils libertins des jeunes gens de bonnes familles également, les sentiments qu’on refoule par orgueil tout de go... Mais le texte se traîne, n’achevant pas et gâtant un peu la saveur du moment- un poil trop long voilà tout !

Une pièce à voir pour l’audace du pari et la fraîcheur de la mise en scène… Mais un texte que je ne prendrais pas comme livre de chevet !
22 déc. 2016
9/10
20 0
Rosimond est promis à Hortense, leur mariage est imposé par leurs parents. Mais Paris/Province ne vont pas faire bon ménage, et le jeune homme va l’apprendre à ses dépends ! Au 18ème siècle un petit-maître était l’arbitre des élégances, du savoir-vivre, joueur, enfin d’après ses critères et d’après Paris. Différence sociale, aristocratie de province contre celle de Paris, différence Paris/Province tout est là. De nos jours on peut dire aussi, qu’il y a un parisianisme aigu envers la province, qui nous le rend bien !

Son air hautain, ses manières précieuses, (quelle affaire lorsqu’il doit s’asseoir à même le sol !) Hortense est trop « nature » pour plaire au jeune homme, quoique ...

Dorimène a fait le voyage de Paris pour le retrouver et le forcer à l’épouser, le voilà bien pris au piège, sa mère veut le déshériter, Hortense veut un amour sincère et croit le trouver chez Dorante ami de Rosimond.
Frontin a la voix de Stéphane Bern, Marton est libertine et sans chichis, Rosimond snob mais pas trop et si touchant à la fin, Dorimène est bien parisienne, la marquise et le comte orchestrent tout ce petit monde à leur guise. Dorante sera bien sûr désespéré car il en faut un ! Je reste un peu sur la réserve pour Hortense, que j’ai trouvé un peu en deçà de ses partenaires.

Enfin une mise en scène qui respecte l’époque, pas de portable, pas d’attaché-case, un simple décor campagnard, des costumes 18ème. Un souffle léger de Fragonard.
Les plus, une mise en scène inventive, légère, drôlissime, les moins, il faut tendre l’oreille pour entendre le texte, ce qui est fort dommage, on en perd la subtilité.

Tout le style de Marivaux est là, cette pièce ne fut jouée à sa création que deux fois, victime d’une cabale orchestrée semble-t-il par Crébillon, le monde du théâtre est impitoyable ! La Comédie Française a eu une belle idée de ressortir ce petit bijou.
17 déc. 2016
9,5/10
73 0
Clément Hervieu-Léger persiste et signe : décidément, le traitement de l'affrontement Paris / Province semble le captiver.

On se souvient en effet de son délicieux et irrésistible « Monsieur de Pourceaugnac », aux Bouffes-du-Nord, la saison passée, qui voyait monter à la capitale un notable de Province.
Un notable qui n'avait pas, c'est le moins que l'on puisse dire, les codes sociaux parisiens.

Cette fois-ci, il a choisi une pièce quasi-oubliée de Marivaux, que l'on n'avait pas vue montée au Français depuis... 1734.
(Elle n'y fut d'ailleurs jouée que deux fois. Ce fut un cuisant échec, dès la Première, suite à une cabale, l'auteur ayant de nombreux ennemis, dont un certain Voltaire...)

Clément Hervieu-Léger s'est donc armé de courage et de détermination pour re-créer cette pièce dans la grande Maison.
Courage, car comme il le laisse entendre dans sa note d'intention du dossier de presse, si l'on rate un « Misanthrope », d'autres le réussiront après vous.
En revanche, si l'on passe à côté d'une pièce jouée deux fois en trois cents ans, vous la ré-enterrez pour trois autres siècles.

Qu'on se rassure : cette mise en scène 2016 est ici lumineuse et très réussie.
Ce petit-maître là va se faire véritablement corriger. Il n'y aura pas que lui, d'ailleurs.
Il s'agit d'une correction d'une classe sociale par une autre. J'y reviendrai.

On le sait, Clément Hervieu-Léger a une formation de danseur classique.

A ce titre, il excelle une nouvelle fois à placer le corps des comédiens dans l'espace.
Il sait parfaitement les faire se mouvoir avec grâce, fluidité, précision, violence parfois.

Sur tout le plateau, les comédiens se courent après, se touchent, s'étreignent, s'attirent, se repoussent.
Tout ceci est très sensuel, très organique.
C'est une véritable chorégraphie qu'il nous propose.

Il a choisi, pour matérialiser cette dimension « province-terroir », de privilégier les positions assises, couchées dans le foin, allongées.
Les « parisiens » Rosimond-Loïc Corbery, Dorimène-Florence Viala trébuchent, glissent, tombent, dans cet espace peut-être propice à l'agoraphobie des gens de la capitale.
(En effet, à la différence de M. de Pourceaugnac, ici, ce sont les parisiens qui descendent en province.)

Bien entendu, et comme d'habitude, la troupe excelle.
Les aînés (Dominique Blanc, Didier Sandre), comme les « petits jeunes » sont simplement parfaits.

Loïc Corbery et Florence Viala sont d'une pédanterie et d'une fatuité drôlissimes, alors que Claire de la Rüe du Can est une Hortense délicate mais capable de dire son fait à son promis.

Mais deux comédiens ont particulièrement retenu toute mon attention.

Tout d'abord, Adeline d'Hermy que l'on n'attendait pas forcément en suivante, en soubrette espiègle.
On nous a peu habitués, au Français, à la faire endosser ce genre de rôle.

Elle y est purement et simplement remarquable.
De sa voix reconnaissable entre mille, elle domine souvent la situation.

Et puis surtout, j'ai été enthousiasmé par la partition de Christophe Montenez qui n'en finit pas de nous démontrer l'étendue, la richesse, la finesse de son jeu et de sa palette. (Passer du rôle de Martin Von Essenbeck à celui de Frontin demande beaucoup de talent, de savoir-faire et de métier.)

En valet tout d'abord pédant, singeant les manières de la haute, avec un accent délirant (Nous, à « Péris »...) puis en jeune homme d'une entière sincérité et vraiment humble, il m'a une nouvelle fois totalement séduit.

On l'aura compris, le metteur en scène a particulièrement soigné ces deux personnages.

Ce sont eux qui vont corriger les autres, qui vont montrer le droit chemin aux maîtres.
Ce sont eux qui détiennent la raison et la bonne parole.

Cette pièce, à ce titre, peut-être qualifiée de pièce la plus révolutionnaire de Marivaux, qui était parfaitement au fait des enjeux sociétaux de son temps et de ses contemporains.
Il sent bien que de grands bouleversements de société vont survenir, et que la violence va se déchaîner (à cet égard, la pièce relève souvent de cette violence).
Il sait bien que le peuple va finir par faire entendre sa voix.

Ce sont d'ailleurs ces deux personnages qui auront le tout dernier mot : « Aime-moi à présent, tant que tu voudras, il n'y aura rien de perdu. »

Mention spéciale et évidente à la scénographie du Patron.
Eric Ruf nous place face à cette dune d'herbes folles, avec des cyclos amovibles représentant des ciels à la Turner, laissant apparaître le fond de plateau, les machineries, des éléments d'autres décors (clin d'oeil : une fenêtre du Misanthrope monté par le même metteur en scène est bien là, côté jardin.)
Tout ceci renforce le côté organique évoqué plus haut.

Sans oublier les somptueux costumes de Caroline de Vivaise, matérialisant eux-aussi les classes sociales.

Au final, l'exhumation de ce Petit-Maître corrigé est une vraie bonne idée.
C'est même peut-être à une sorte de réhabilitation quasi historique que nous assistons.

Il fallait le grand talent de Clément Hervieu-Léger pour entreprendre et réussir un tel défi, un tel pari.
9,5/10
34 0
Ici, pas de fausses confidences ni de surprises sorties du hasard ou de l’inconstance d’amoureux transis ou meurtris : On se joue de l’amour, on réclame avec insolence ses ardeurs voluptueuses, on se croit tout permis et on se permet tout ! L’indélicatesse est de mise chez ce jeune amoureux pédant, prétendant imposer sa vue et ses goûts, se gaussant des mœurs dans les bas-fonds de province !...

Mais le théâtre de Marivaux ne saurait se contenter de laisser ainsi un prétendu jeune homme d’honneur conter fleurette à sa guise et à qui bon lui semble, badinant pour son bon plaisir et marivaudant comme il joue aux cartes, insouciant et mauvais perdant ! Que nenni ! C’est d’une correction savante et savoureuse dont a besoin ce Petit-Maître, au nom de la vertu et de la morale qui lui seront rappelées.

Marivaux est de nouveau le combattant farouche et redoutable du ridicule des mœurs et de leurs égarements, dans cette pièce créée en 1734. L’histoire, son argument et ses messages rebondissent avec espièglerie sur les vagues et les vogues de notre temps, faisant résonner (OMG !), les "up-to-date" et autres "trop fashion" d'aujourd'hui.

Hortense, jeune fille de province, promise à un beau mariage, et sa suivante Marton, vont entreprendre de corriger le jeune promis Rosimond, imbu de lui-même et de sa condition de jeune homme de Paris venant à contrecœur à la campagne pour subir son mariage. Mais trop c’est trop ! Il n’a de cesse de railler et de tenter d’imposer ses habitudes galantes. Une leçon de politesse et d’amour s’impose, il lui en cuira donc !...

Clément Hervieu-Léger montre à nouveau avec cette mise en scène, son intérêt et son savoir-faire pour ce théâtre du 18ème siècle dont nous savons combien il contribua à diffuser des idées nouvelles, émancipatrices et annonciatrices d’une conscience sociale libératrice.

C’est avec finesse et perfidie qu’il nous invite à cheminer parmi de charmantes et rieuses séquences bucoliques frissonnantes d’amour badin ou au contraire vibrant, malgré un texte un rien étiré mais au final plaisant de sa malicieuse démonstration. La mise en scène qu’il signe, soignée et classieuse, nous ravit par son esthétisme d’ensemble et sa précision dans les jeux véloces et les postures travaillées. Les ambiances souvent ludiques et parfois poétiques comme les situations comiques aux pointes satiriques font ressortir la gourmandise des impatiences d’une jeunesse effervescente et l’éclat des feux qui animent tous les personnages.

Les comédiens de la troupe excellent comme d’habitude. La comtesse (Florence Viala, débridée et superbe) ; le promis (Loïc Corberey, fougueux et brillant) ; la suivante (Adeline d’Hermy, déchainée et magnifique) ; le bel-ami (Pierre Hancisse, discret et transi) ; la promise (Claire de la Rüe de Can, ingénue et sereine) ; le comte (Didier Sandre, impeccable et tendre) ; Le valet (Christophe Montenez, drôle et adorable) ; la marquise (Dominique Blanc, digne et délicate) et une autre suivante (Ji Su Jeong, muette mais présente). Ils nous emportent dans ce tourbillon d’amour et de turpitudes, avec malice, agilité et un dynamisme pétillant.

Comme le théâtre classique est bien servi, tout à son honneur. Nous vivons les émotions de cette histoire baignée de valeurs humaines et de regards sur la société qui traversent les époques sans perdre de leur acuité. Un spectacle réussi, vif et lumineux.
4 déc. 2016
8,5/10
59 0
Orgueil et préjugés.

Lui est marquis, de ces Messieurs du bel air (La critique de l’Ecole des femmes – Molière). Elle est comtesse, de la campagne. Ils s’aiment mais... Lui, ne peut le dire car cela reviendrait à renier son statut de petit-maître qui ne peut aimer ouvertement, et encore moins une provincial. «On nous aime beaucoup, mais nous n'aimons point : c'est notre usage.». Elle, fleur bleue, ne peut accepter l’extravagance d’un tel comportement. «Je n'accorderai mon cœur qu'aux soins les plus tendres, qu'à tout ce que l'amour aura de plus respectueux, de plus soumis : il faudra qu'on me dise mille fois : je vous aime, avant que je le croie, et que je m'en soucie ». Heureusement Marton, la soubrette, et Frontin, le valet, seront là pour redresser l’affaire.

Provinciale et femme que je suis, je ne peux qu’apprécier ce texte qui voit la défaite des préjugés interculturels et de l’orgueil masculine. Mais c’est aussi un livret fort bien écrit, galant, satirique et drôle que Clément Hervieu-léger a su conserver dans sa mise en scène. Le ridicule des genres et des sentiments y est précieux, malicieux et joyeux, le tout sur fond de romantisme avec un décor champêtre et des costumes d’époques. Le tableau prend vie le temps d’une soirée.

Et de la vie, les comédiens du Français en ont à revendre. Adeline d’Hermy qui joue Marton, la soubrette, rayonne sur scène par son sourire, ses rires, sa vitalité, Loïc Corbery, Rosimond, le marquis, papillonne avec excellence et Christophe Montenez, Frontin, le valet, « batifole » avec naturel.

Ah ! Mon fils ! Que cet événement me charme !