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  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème
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Vania d'après Oncle Vania

Vania d'après Oncle Vania
De Anton Tchekhov
Mis en scène par Julie Deliquet
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 33,00
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Sonia et son oncle Vania s’occupent depuis des années du domaine familial. Quand le père annonce sa décision de le vendre, les nœuds des relations humaines se dénouent au sein de la petite communauté qui y est réunie. Avec Oncle Vania, Tchekhov crée une « forme absolument nouvelle dans l’art dramatique », selon Gorki qui lui écrit « Je me suis mis à trembler devant votre talent, et à trembler de peur pour les gens, pour notre vie, misérable, incolore. Quel drôle de coup – et comme il est précis – vous avez frappé là ».

On reprocha à l’auteur d’être trop près de la vie quotidienne, on est aujourd’hui impressionné par l’ampleur du mouvement de l’âme qu’il déploie.
Tchekhov a 36 ans lorsqu’il écrit cette pièce, l’âge de Julie Deliquet qui la met en scène. Figure emblématique de la nouvelle vague des collectifs issus des tg STAN et des Possédés, la directrice artistique d’In Vitro développe une écriture de plateau où l’acteur tient la place centrale. Cette pièce en quatre actes, sans découpages de scènes, est une matière idéale pour son « théâtre du réel », en prise avec le présent dont elle aime la fragilité.

Dans une forme épurée au sein d’un dispositif bi-frontal, au plus près des mots portés par la dynamique du groupe, les acteurs sont associés en tant que créateurs à part entière. Se réappropriant chaque soir cette constellation de solitudes, ils nous assurent que la force du théâtre est d’être un art du vivant.

 

 

Vania d'après Oncle Vania est seconde du Top 3 des pièces préférées des blogueurs !

Note rapide
9,3/10
13 pour 13 notes et 11 critiques
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1 critique
Note de 4 à 7
8%
10 critiques
Note de 8 à 10
92%
Toutes les critiques
Le 9/11 à Paris

C’est la deuxième fois que je vois Vania. Je suis du côté scène, ce spectacle mettant en place un dispositif bi-frontal. J’ai réussi à me replacer à la dernière minute au premier rang, ce qui faisait que je n’étais quasiment jamais dans le noir. Le sentiment d’être plongée dans la fiction était donc renforcé par ce placement idéal.
Quand nous entrons dans la salle, Stéphane Varupenne qui joue Astrov, est déjà sur le plateau. Il attend Vania comme nous.

Il n’y a aucun indice dans l’éclairage qui permet aux spectateurs de savoir que le spectacle va commencer. N’a-t-il d’ailleurs pas déjà commencé dès notre entrée en salle ? Et même avant ? Nous avons en effet, un peu l’impression d’interrompre quelque chose. Quand nous entrons nous pouvons avoir le sentiment qu’il s’est déjà passébeaucoup de choses que nous avons manquées.

Quand Laurent Stocker, qui joue Vania, entre, il rompt l’attente qui parait interminable pour Astrov. Ce dernier lui dit d’ailleurs « T’as vu l’heure ? ». On peut remarquer une horloge au-dessus de la tête d’Astrov. Celle-ci est à l’heure réelle de la représentation. Ce qui nous ancre dans un réel qui est celui de la représentation. Nous avons effectivement, l’impression que ce qui se déroule sous nos yeux a lieu à l’instant T. Autrement dit, les personnages évoluent de cette manière aujourd’hui, et ni hier ni demain.

Nous pouvons également ajouter que l’une des premières répliques est « il est 8h30 passées ». Or le spectacle commençant à 20h30, l’heure évoquée dans le texte est bien la même que l’heure réelle. Dans la même idée, l’une des dernières répliques est « 10h10, il faut y aller. Merci pour votre hospitalité, merci pour votre gentillesse. Merci pour tout ». Cette réplique est prononcée à 22h10 par Stéphane Varupenne. Son personnage, Astrov met des mots sur ce que nous ressentons. Comme lui, nous allons bientôt devoir partir, et comme nous avons envie de les remercier pour ce moment passé ensemble, pour avoir été invitée à leur table.
Pour finir, nous pouvons rassurer Ilia, et dire que nous ne les oublierons pas !
8 nov. 2016
9/10
48 0
Cette adaptation d’Oncle Vania est un pur régal ! J’ai déjà ri au théâtre et j’ai déjà pleuré mais je n’avais encore jamais ri et pleuré en l’espace d’une seule pièce.

Pour l’occasion, la salle du vieux-colombier a été remaniée en deux rangées de spectateurs se faisant face. Au milieu une grande table, sur la scène. Dans cette disposition, le spectateur devient parti prenante dès son entrée dans la salle. Car la scène investit l’espace et les spectateurs d’en face font partie du décor comme un miroir sans fin. C’est l’homme face à lui-même.

Dans les pièces d’A. Tchekhov comme dans tout le théâtre venu du Nord de Gorki à Ibsen en passant par Strindberg, il faut avouer qu’il ne se passe pas grand-chose. L’action est recentrée sur la venue du professeur et sa femme chez son beau-frère et sa fille. Cette venue va dérégler la vie de la maisonnée et faire émerger des paysages intérieurs tumultueux. Les thèmes de l’oisiveté, de la quête de vérité intérieure, de l’amour impossible se mêlent pour former une ambiance pesante de naturalisme émotionnel. Les règles du temps sont abrogées, on n’est plus hier, pas non plus aujourd’hui et les scènes s’enchaînent sans baisser de rideau comme pour rappeler que la notion de temps échappe à ceux qui ne trouve plus de sens à leur vie.

C’est une pièce de troupe, de la plus belle troupe que je connaisse, où chaque acteur apporte sa densité au personnage. Hervé Pierre avec sa voix tonitruante et si singulière tient le rôle du professeur loufoque et capricieux, son personnage semant une joyeuse zizanie. Dominique Blanc chaussée de ses lunettes qui lui mange le visage, a l’air inoffensif de la vieille bibliothécaire ayant dédiée sa vie aux livres sans avoir vécu la moitié de ce qu’ils racontent. Noam Morgensztern est presque toujours sur scène, dans la partition difficile de l’acteur qui observe, jouant l’être déclassé qui ne parle que quand on le somme de prendre part. Dans le rôle de Vania, Laurent Stocker touche du doigt la désespérance de son personnage usé par la rancœur et l’amour à sens unique. Son jeu est grand, peignant un humain à fleur de peau et rongé par le vague à l’âme. Les autres aussi sont excellent dans leur rôle.

Dans cette pièce, on chante, on boit, on danse… on vit pour vérifier que quelque chose à l'intérieur continue d’exister, de subsister à tous les chagrins, les déceptions et les désillusions amères. Pour oublier le temps d’une ronde l’emprise qu’on a plus sur le cours de sa propre vie. La représentation théâtrale touche ainsi au plus profond de l’homme dans son besoin de sécurité et de bonheur, réussissant à marquer l’esprit du spectateur bien après sa sortie de la salle !

Espérons que la pièce sera reprise la saison prochaine !
4 nov. 2016
9,5/10
37 0
D’abord, il y a un texte.

Et un grand texte. Celui d’Anton Tchekhov, qui a écrit ce chef d’œuvre à l’âge de 36 ans. On connaît l’argument, simplissime, de la pièce : un professeur à la retraite vient séjourner avec sa nouvelle femme chez Vania, le frère de sa première épouse disparue. Sa présence, ainsi que celle d’un médecin, viendra bouleverser l’équilibre fragile des âmes de cette petite société russe de campagne.

Un texte qu’on a souvent vu joué dans des versions ultra classiques, où les patronymes slaves des personnages étaient assénés avec une vigueur qui frôlait parfois le ridicule. Un texte qu’on a vu également représenté dans de prétentieuses tentatives de transpositions modernes. Point d’afféteries de ce type ici.

Ensuite, il y a une mise en scène et une relecture épatantes.

Car on vient voir ici « Vania, d’aprés Oncle Vania ». Et c’est toute l’intelligence et le savoir-faire de la jeune mais déjà très remarquée Julie Deliquet. Le travail au plateau de cette talentueuse metteuse en scène offre aux comédiens la liberté d’ajouter quelques plages improvisées au texte du grand auteur russe. Ce n’est jamais gratuit, c’est toujours à son service. Et le résultat est absolument formidable. Rarement le texte de Tchekhov avait été aussi audible, clair, atteignant directement nos âmes de spectateurs. Rarement nous avions eu ce sentiment d’une totale vérité dans le jeu. Rarement nous avions eu l’impression d’assister au jaillissement en direct d’une création de très grande valeur, de subir un entrechoc d’émotions au sein d’un dispositif bi-frontal qui est ici totalement légitime. Devant nous, il y a la vie, tout simplement.

Il y a, enfin, une troupe exceptionnelle.

On l’a dit, on le redit, on le crie à nouveau haut et fort : la troupe actuelle du Français est absolument exceptionnelle.
Sept comédiens défendent ici leurs personnages avec force et passion, que ce soit pour quelques répliques (Noam Morgensztern, Dominique Blanc) ou des moments de bravoure qu’on imagine extrêmement jouissifs à incarner (Florence Viala, Hervé Pierre).
Stéphane Varupenne confirme de pièce en pièce qu’il est comme le très grand vin : il vieillit bien mais il est à consommer, lui, sans modération.
Laurent Stocker est un prodigieux Vania. Il réalise le tour de force de faire de cet attachant désespéré un terrien et un aérien à la fois. Sa fantaisie naturelle se mêle habilement à sa sombre dépression. Il passe de l’ivresse à l’émotion en un centième de seconde. Le désespoir qu’il incarne, celui de l’implacable certitude d’avoir raté sa vie, est absolument déchirant. Il est à couper le souffle.
Enfin, Anna Cervinka compose une Sonia inoubliable, fragile, touchante, entre rires et larmes. Son célèbre monologue de fin (« …nous nous reposerons »), au milieu du silence incroyable d’une salle, et de ses trois partenaires restés sur scène, littéralement suspendus à tant de talent, est un de ces grands moments de théâtre qu’on n’oubliera pas de sitôt.
Il y a ainsi des moments dans la vie d’un spectateur de théâtre où les planètes sont parfaitement alignées. C’est ce délicieux prodige qu’est arrivé à réaliser Julie Deliquet, au Vieux-Colombier, pendant quelques jours de cet automne 2016.
24 oct. 2016
9,5/10
57 0
Tout simplement sublime...
La mise en scène est géniale, le public est placé de chaque côté de la scène et fait donc presque partie de la pièce. Quel privilège d'être là, avec les comédiens, et d'assister à ce moment de grâce, un Tchekhov retranscrit à la perfection.

C'est un Tchekhov dans le monde d'aujourd'hui, les éléments pouvant nous faire penser de trop près à la Russie de l'époque ont été retirés. Tout le reste est là, dans sa pleine pureté.
Oui... Moderne, pur, et beau... Tout est dit et je n'ai pas plus de mots...

TOUS les comédiens sont exceptionnels, bourrés de talent bien sûr, avec un gros coup de coeur pour Laurent Stocker et surtout surtout pour Anna Cervinka qui m'a littéralement bouleversé.

C'est la plus belle chose que j'ai pu voir ces dernières années. Si ce n'était pas complet j'y retournerai au plus vite.
C'est absolument magnifique. Quel bonheur ! Merci mille fois à toute l'équipe artistique de Vania de nous offrir cela.
17 oct. 2016
9,5/10
46 0
Première pièce de Tchekhov, première fois au Vieux Colombier... Mais quelle première fois !
L'art du théâtre est ici à son apogée.

Une distribution brillante, une mise en scène recherchée et moderne, un texte sublime sur la banalité et le sens de la vie, les aspirations de chacun dans cette entité étouffante qu'est la famille et aussi l'amour et le désespoir.

C'est magnifique.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor