• Classique
  • Manufacture des Abbesses
  • Paris 18ème

Une Maison de Poupée

Une Maison de Poupée
De Henrik Ibsen
Mis en scène par Philippe Person
Avec Florence Le Corre
  • Florence Le Corre
  • Philippe Person
  • Philippe Calvario
  • Régis Boyer
  • Nathalie Lucas
  • Manufacture des Abbesses
  • 7, rue Véron
  • 75018 Paris
  • Blanche (l.2)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 32,00
Evénement plus programmé pour le moment
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C’est Noël : Torvald et Nora Helmer se préparent à la fête, d’autant que Monsieur va devenir directeur de banque.

L’arrivée de Krogstad, menaçant de révéler le lourd secret de Nora, va faire basculer ce drame bourgeois en thriller hitchcockien.

 

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24 mai 2022
9/10
2
Alouette, gentille alouette !

Il était une fois Nora, femme-enfant, petit oiseau, gaie comme un pinson, qui vivait dans sa cage dorée.
Qui s'en remettait à son mari pour tout, ne prenait aucune décision.

Mais un jour, il a bien fallu en prendre une de décision, pour le sauver, lui, le mari.
Il a bien fallu tricher, mentir, comme un homme. Et le cacher.
Nora l'a fait.

Quand son terrible secret est révélé au grand jour, Nora prend conscience que si elle veut vivre pleinement sa vie, elle doit partir.

Ibsen a écrit cette pièce incroyablement féministe il y a presque un siècle et demi.
L'émancipation d'une femme, une bombe dans la société de l'époque !

Tout est dans le texte dira Philippe Person, qui a adapté, respecté et mis en scène cette version réduite aux quatre personnages principaux, pour plus d'intensité.
Encore faut il les faire entendre ces mots, justes, simples et forts.

Mission accomplie haut la main - et le verbe - et c'est à un bijou de tension dramatique que nous assistons.

Les quatre comédiens sont magnifiques, et formidablement dirigés.

Florence le Corre est Nora.
D'abord légère et gracieuse, puis sombre et déterminée, elle nous touche droit au coeur.
Nous assistons avec une grande émotion à la naissance d'une conscience.

Face à elle, Philippe Calvario, le mari, nous montre avec une grande sensibilité toute la faiblesse et la lâcheté dont sont capables les hommes. Avec une condescendance impressionnante.

Nathalie Lucas et Philippe Person sont quant à eux les parfaits détonateurs de ce drame.
Deux grands comédiens.

Dix ans auparavant, en 1869, Elisabeth, elle aussi épouse sage et soumise, quittait son mari dans "La Révolte" de Villiers de l'Isle Adam.

Elle revenait, c'est vrai.

Mais qu'importe ! Quelque chose était déjà en marche ....
30 avr. 2022
9/10
5
La vie, quelle prise de dette !



Voici ce qu’elle pense, Nora, cette poupée qui après avoir dit tant de fois « oui », dira finalement « non ».
Un « non » pour exister en tant qu’être humain, en tant que femme, un « non » qui la libérera des chaînes et des carcans dans lesquels elle est enfermée, en cette fin de XIXme siècle.

Nora, elle a vraiment existé.
Henrik Ibsen l’a côtoyée, l'écrivaine dano-norvégienne Laura Petersen, cette « alouette », cette femme qui, pour sauver son mari victime d’une maladie pulmonaire, a emprunté une importante somme d’argent.

Bien qu’ayant toujours nié avoir pris pour modèle cette amie du couple, Ibsen imagine néanmoins un personnage furieusement proche de Frue Petersen.
Ce faisant, le dramaturge va évoquer cette société de 1879 qui soumet encore impitoyablement les femmes et qui les relègue au rang de potiches, de faire-valoir ou de reproductrices.
D’autant que son épouse lui avait offert quelque mois auparavant le livre du philosophe anglais John Stuart Mill, intitulé De l’assujettissement des femmes, publié dix ans auparavant.

En 2016, Philippe Person a eu l’idée de monter pour la scène une version resserrée de la pièce, centrée sur les quatre personnages principaux, excluant de fait une bonne moitié des personnages, dont celui pourtant important du Dr Rank.

Une bonne idée ? Une excellente idée !
Les grands auteurs sont faits pour être adaptés, encore et toujours, à condition évidemment d’en respecter le propos, ce qui ici, sera parfaitement le cas.

(Au passage, c’est exactement ce que viennent de faire Peter Brook et Marie-Hélène Estienne en adaptant de façon la plus brillante qui soit La tempête.)


Oui, cette version réduite à quatre personnages du chef de l’une des œuvres majeures d’Ibsen, cette version va fonctionner à la perfection.

Durant une heure et demie, va régner sur le plateau de la Manufacture des Abbesses une grande tension, une atmosphère lourde à souhait.


Et pourtant, Noël approche, le sapin est déjà illuminé, la neige recouvre le jardin, et tombe à plusieurs reprises.
Tout ceci, nous l’allons voir, grâce à une inventive scénographie, qui représente immédiatement un enfermement sous couvert de légèreté.

Ce périmètre enneigé, c’est cette barrière qui empêche Nora d’exister, qui la cloître psychologiquement et physiquement.
Le symbole d’une nasse qui se resserre autour de cette jeune femme, qui aura bien du mal à s’en échapper.

C’est donc dans ces quatre « murs » que Philippe Person va faire évoluer les personnages.

Certains pourront en sortir aisément, mais Nora devra quant à elle attendre.

Le metteur en scène est de ceux qui possèdent cet art de « calculer » de façon la plus juste qui soit la distance physique idéale entre deux comédiens.

Ici, dans une chorégraphie réglée au millimètre, profitant au mieux de la topographie des lieux, les quatre comédiens, le plus généralement deux par deux sur la scène, vont nous faire ressentir de façon viscérale une oppression, un malaise allant grandissant.


Les corps autant que les voix vont être grandement sollicités, des corps qui vont nous en dire beaucoup, des corps qui illustrent eux aussi la psychologie des personnages.
Tout ceci témoigne d’une grande subtilité dans la mise en scène.

Nora, c’est Florence le Corre.

La comédienne parvient de façon éblouissante à nous faire appréhender cette jeune femme, nous dépeignant par touches successives ses ressorts et ses motivations.
Melle le Corre nous montre avec une irréprochable maîtrise et une justesse sans faille l’évolution de cette Mme Helmer.

Elle confère à son personnage une grâce certaine et une troublante vérité, tour à tour légère, espiègle puis de plus en plus sombre, pour devenir bouleversante.
Impossible de ne pas se projeter dans ce qu’elle nous dit et nous montre.

Car au fond, au-delà du « simple » aspect féministe, il est bien question d’une relation dominant-dominé universelle, entre deux êtres humains.

Une grande Nora ! De celles que l’on n’oublie pas !

Philippe Calvario incarne Torvald Helmer, le mari.
On croit totalement à son personnage « étouffant ».
Le comédien interprète avec beaucoup de profondeur et une grande intensité cet homme « de son temps », qui ne comprend pas les aspirations de sa femme à exister par elle-même.

Ses « Nora ! », prononcés de façon condescendante ou méprisante, glacent les spectateurs.

Krogstad, le maître-chanteur est interprété par Philippe Person lui-même.

Le metteur en scène, cheveux lissés, mèche sur le côté, nous confronte brillamment à cet homme ambivalent, ambigu.
Nous comprenons très vite, au delà du mépris que l'on peut ressentir au premier abord, que nous avons devant nous un type qui finalement cherche lui aussi à exister dans cette société d’hypocrisie.

Nathalie Lucas formera avec lui l’autre « couple » de la pièce, en miroir et en symétrie avec le premier.

La comédienne est elle aussi parfaite dans ce rôle d’amie de Nora, qui va précipiter les choses et déclencher involontairement la révolte de celle-ci.

La cohérence et la cohésion entre les quatre comédiens sont parfaites.

On l’aura compris, cette Maison de poupée est un magnifique édifice théâtral qu’il faut absolument découvrir ou redécouvrir.
Cette version resserrée mais tellement fidèle à Ibsen est plus que jamais l'un de ces spectacles qui marquent pour longtemps les esprits !
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26 févr. 2017
9/10
19
Une maison de poupée est un grand classique du théâtre scandinave qui est actuellement à l'affiche au Lucernaire et que je suis allée voir avec Isabelle. Elle a rédigé une chronique dont je partage chaque mot.

Le titre bien sage, à l'instar de ces intitulés qui cachent leur jeu comme une eau qui dort et qui tout à coup s’enfle sous l’effet d’un orage.

Bien sûr, beaucoup d’entre vous connaissent la pièce qu’Henrik Ibsen a écrite en 1879 en s’inspirant d'un fait réel, l’histoire d’un couple d’amis. L’écrivain norvégien fit grand scandale à l’époque en critiquant les codes sociaux de son époque.

Vincent Blot a imaginé une scénographie qui inspire le nid familial douillet où vivent Nora et Torvald Helmer avec leurs trois enfants. Un intérieur bourgeois symbolisé par son lustre et quelques tapis, mais assez dépouillé pour le reste, réduit à une table et quelques chaises, mais enrichi d'un sapin de Noël qui scintille, de cadeaux, et un plateau bordé par un tapis de neige judicieusement disposé.

Nora est magnifiquement interprétée par Florence Le Corre frêle, élégante dans un faisceau de lumière qui éclaire une chute de flocons de neige. La détresse de la jeune femme est déjà palpable dès les premières minutes tandis qu’elle lit face au public un contrat dont on comprendra ensuite qu’il va faire basculer sa vie pour toujours.

Lorsque Torvald rentre de son travail, Nora se présente à lui comme la femme au foyer superficielle qu’il s’attend à retrouver. On comprend vite que chacun a un rôle établi au sein de ce mariage. Lui, directeur de banque et père de famille accroché à sa respectabilité, elle, la jolie poupée sans consistance qui passe sa journée entre son foyer et le shopping. Elle est pour Torvald son alouette qui bat de l'aile, son petit écureuil, devant supplier de gaspiller rien qu'un tout petit peu, un joli petit panier percé dans la maison. Philippe Calvario incarne un époux qui n’a pas la rigidité d’un homme du 19ème siècle malgré des paroles prononcées sans appel : je n'ai pas de dettes, jamais emprunté. On s’habitue à son jeu un peu déphasé et qui donne finalement à la pièce une touche très actuelle.
Nora, sous son apparente frivolité, a pris il y a quelques années une décision lourde de conséquences. Pour sauver la vie de son mari, alors gravement malade, elle a financé un voyage en Italie par des moyens dont il ignore la provenance réelle, et on peut penser qu'il n’aurait pas accepté une telle dépense. Il faut resituer l'affaire dans le contexte de l'époque, quand une femme n’était pas autorisée à emprunter de l’argent. Il suffit de rappeler qu'avant 1965 une femme ne pouvait travailler en France sans l’accord de son mari ni ouvrir de compte en banque à son nom propre.

Nora a donc fait un faux en écriture auprès d’un certain Krogstad qui est son créancier. Or cet homme est l’employé du mari qui envisage de le renvoyer en raison de son passé douteux. Krogstad fait chanter Nora pour récupérer son argent. Il menace de tout révéler à Torvald, ce qui ruinerait la réputation de Nora. A moins qu'elle ne puisse le rembourser mais comment ? Ou encore accepter que la vérité soit dite.
L’intrigue est posée. Nora est prisonnière d’une situation inextricable. Les chants de Noël laissent place à des musiques modernes dont les titres n’ont pas été choisis au hasard. Entre chaque scène une nouvelle chanson symbolise une étape du déroulement de l’histoire. Le Perfect Day de Lou Reed apporte une note ironique sur le déroulement de la soirée. Amour et dépendance ligotent le couple.

The End des Doors semble annoncer la mort mais aussi peut-être la fin de l’enfance et le passage à l’âge adulte que va vivre Nora... Le Foxey Lady de Jimi Hendrix parle d’une femme qui maitrise le jeu de la séduction et qui est tout sauf soumise.

Dans une atmosphère de plus en plus tendue, auprès d'un mari qui pour le moment apprécie encore combien il est miraculeux de vivre et d'être heureux, Nora s’affole et se démène pour cacher son secret et sauver son mariage. L’arrivée de son amie et confidente, Kristine Linde (Nathalie Lucas) ne lui apporte qu’un apaisement temporaire. Son amie a de graves soucis et elle intercède pour qu'elle puisse obtenir un emploi à la banque. hélas il faudra licencier Krogstad.

L'homme ne cesse de revenir à la charge. Tel le sang sur la clef de barbe bleue, on ne peut pas l’effacer. Il réapparait régulièrement dans l’ombre derrière la baie vitrée, sa voix est amplifiée et son comportement initial est glaçant. Philippe Person qui joue Krogstad, et qui a adapté (en resserrant le nombre de comédiens) et mis en scène la pièce, s’est inspiré des ambiances d’Hitchcock pour plonger avec succès le spectateur dans un climat anxiogène.

Nora doit jurer son innocence, main levée. La scène au cours de laquelle elle danse le charleston en faisant dans sa tête le compte à rebours du temps qui lui reste à vivre est particulièrement poignante.

La jeune femme semble grandir à toute vitesse : quand on s'est vendu une fois pour l'amour des autres, on ne recommence pas. Les masques tombent, la vérité éclate. Torvald se révèle dans toute sa lâcheté. Loin de s’attendrir du sacrifice de sa femme, il ne pense d'abord qu'à sa réputation : je peux couler à pic à cause d’une femme écervelée… Mais dans un sursaut d'amour ou de compassion il affirme qu'il a tout pardonné et ajoute repose-toi sur moi à présent, j'ai de larges ailes pour te protéger.

L'époux a changé de registre en comprenant que sa femme lui échappe. Il est défait, sidéré, il s’humilie par ses supplications inutiles. Mais c’est trop tard.

Nora, qui n’avait porté que des robes sages revient sur scène en pantalon de tailleur noir et chemisier blanc. C’est la fin des non-dits dans leur couple. Nora a ouvert les yeux sur la mesquinerie de son mari : Voilà huit ans que nous sommes mariés et c’est la première fois que nous parlons sérieusement. D’abord papa, puis toi, vous ne m’avez jamais aimée. J’ai été votre poupée (justifiant ainsi le titre). Précisément tu ne me comprends pas. Je suis passée des mains de papa dans les tiennes. Je vais te quitter pour m'éduquer moi-même. Je dois être entièrement seule.

Alors que l'époux s'énerve, la juge folle et veut lui interdire de prendre son envol, Nora désormais femme n’a plus rien à perdre: je suis d'abord et avant tout un être humain et je veux réfléchir par moi-même. Elle a fait le choix radical de quitter sa famille, de s’émanciper des carcans de son univers. Dans une lucidité douloureuse elle conclut : Je veux savoir qui a raison de moi ou de la société.

L’émotion est à son comble quand Nora quitte la scène. On se demande si le miracle suprême pourra se produire. L’adaptation de Philippe Person permet de se concentrer sur le drame psychologique davantage que strictement sur la condition féminine rattachée à une époque parfois un peu datée. Les dialogues résonnent ainsi avec universalité. La question de l'indépendance est éternelle.

Ibsen aura eu le mérite de lancer une des premières pierres du féminisme avec cette pièce. Il ne fut pas le seul. Ainsi la suédoise Alfhild Agrell écrira Sauvé en 1882 avec les mêmes codes qui a fait l'objet d'une lecture en décembre dernier. On retrouvera en 1973 dans le film Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman ce même genre d’atmosphère de malaise dans un couple où le bonheur apparent se fissure pour aller vers une autre forme de vérité.

Ne manquez pas la belle interprétation ce cette Maison de poupée au Lucernaire qui n'a rien perdu de son potentiel pour nous faire réfléchir. C’est une véritable réussite théâtrale ! Hier, en ce jour de Saint-Valentin, un jeune homme assis au premier rang est monté sur la scène après les saluts, a mis genou à terre pour demander son amie en mariage en sortant une alliance de sa poche. Une telle déclaration d'amour sous les auspices d'un auteur féministe ne saurait qu'être de bel et bon augure.
9,5/10
23
Plaidoyer pour l'émancipation féminine cruellement efficace et toujours aussi actuel, cette pièce écrite par Henrik Ibsen en 1879 à partir de l’histoire vraie de Laura Kieler est un drame psychologique situé dans la société bourgeoise de la fin du 19ème siècle en Norvège. Elle dénonce avec audace pour l'époque la condition des femmes soumises au bon vouloir des hommes. Son écho aujourd'hui est cinglant d'actualité.

Ibsen écrit à son propos dans ses « Notes pour une tragédie contemporaine » : « Une femme ne peut pas être elle-même dans la société contemporaine, c'est une société d'hommes avec des lois écrites par les hommes, dont les conseillers et les juges évaluent le comportement féminin à partir d'un point de vue masculin ».

L’universalité d’un tel constat, son intemporalité, posent la question de la cause humaniste comme fondement de tout œuvre progressiste dans l’action artistique et politique luttant pour l’émancipation des individus et leur égal droit à l’accès au bonheur.

Dans son adaptation de la pièce, Philippe Person, qui signe aussi la mise en scène, centre tout le propos théâtral sur ce qui semble l’essentiel dans le théâtre d’Ibsen : dépeindre la société telle qu’elle est pour démontrer la réalité de ses contours liberticides, des abus du pouvoir des dominants, des injustices sociales. Ce choix ose l’épure. Nous ne sommes en présence que des quatre personnages principaux, dans un décor dépouillé, avec des effets sonores et visuels savamment placés pour accompagner l’intensité des jeux et la force des messages. Un travail d’orfèvre dans les ciselures qui portent ainsi avec une vigueur farouche et nécessaire la cause humaniste, annonçant le féminisme, développée par Ibsen.

Nora Helmer, jeune épouse de Torvald Helmer, mère de leurs trois enfants, a contracté une dette importante auprès de Nils Krogstag pour permettre de payer les soins que la maladie de son mari nécessitait alors. Krogstag menace de montrer la lettre de créance à Torvald. Kristine Linde, amie d’enfance de Nora, réapparait dans la vie de Nora et lui offre une écoute confidente. Mais les faits et les situations vont conduire Nora à entreprendre, sans l’avoir préméditer, une remise en question de sa condition, une prise de conscience des chaines qui entravent sa liberté.

Combat de l’amour contre la raison. Explosion des carcans de la morale. Refus d’une subordination subie. Autant de lumières qui viennent éclairer Nora et la conduiront à réagir. Passé-présent-avenir, Nora vit ces trois temps comme une création de sa renaissance libératrice. L’enfant soumise qu’elle était rencontre la peur des réalités qu’elle découvre et choisit pour la première fois son destin. Le destin d’une adulte devant affronter les obstacles de la l'ordre moral, de la bienséance et de la soumission pour devenir l’être humain qu’elle cherche en elle avant la femme qu’elle deviendra.

Florence Le Corre joue une Nora insouciante, sensible, troublée puis forte avec une émotion qui nous saisit, une beauté des sentiments qui nous éblouit. Elle nous touche lorsqu’elle parle de son amour perdu et de sa conscience naissante qui la rendra forte. Une magnifique Nora toute en délicatesse vibrante.

Philippe Calvario joue Torvald avec brio. Il le rend détestable dans sa domination crasse et dans son amour-propre qu’il place avant l’amour pour cette femme qu’il regarde comme une mère et une amante, pas comme son égale. Puis il nous émeut du trouble qui l’envahit devant Nora qui devient autre. Ibsen dit de Torvald qu’il est « un homme moralement perdu ». Calvario est cet homme. Une puissance et une finesse de jeu impressionnantes.

Nathalie Lucas est Kristine, elle campe simplement et farouchement cette femme d'honneur et d'amitié. Une interprétation juste et convaincante, apaisante même dans ce tourbillon d'agressivité ambiant. Philippe Person est Nils, il joue avec intensité et précision cet homme marqué de brisures profondes, avec la violence scélérate du désespoir puis la rédemption provoquée par le sentiment amoureux. Ces deux personnages en contrepoint de la partition sont mis en valeur de façon remarquable, avec un engagement total et une sincérité troublante nous montrant leurs batailles pour la reconnaissance sociale et identitaire.

Une superbe interprétation et une adaptation inédite, audacieuse et réussie. Un spectacle éblouissant d’intelligence et de finesse. Ne ratez pas cet admirable petit bijou théâtral que je recommande vivement.

Spectacle revu le 9 avril 2022
14 déc. 2016
8/10
23
La charmante Nora, femme-enfant, a un secret, qu’elle dévoile à Mme Linde, une amie d’enfance, dans le besoin, veuve sans ressources, elle demande à Nora d’intervenir, pour avoir un poste d’employée de banque.

Le secret de Nora ? elle a fait un faux pour emprunter une grosse somme d’argent, son mari était malade et pour le soigner dignement, elle n’a pas pu faire autrement.
Torvald le mari de Nora a renvoyé Krogstad, le commis, celui-ci a falsifié des signatures. Malheureusement, Nora est débitrice de cet individu. Il exerce alors sur elle un odieux chantage pour récupérer son poste. Mais Nora espère encore dans le pardon de son mari.

Florence Le Corre est une Nora attachante, déterminée. Nathalie Lucas convaincante, Philippe Calvario a trouvé le côté veule du personnage et Philippe Person qui signe une mise en scène inventive, donne une certaine humanité à Krogstad.

Nora aura la force de quitter sa prison dorée pour vivre enfin.

Cette pièce a été écrite par Ibsen en 1879, d’après un fait divers réel. La Nora de la pièce s’en sort plus dignement que son modèle. Au 19ème siècle, une femme était sous la coupe du père, puis du mari. D’ailleurs, elle ne pouvait pas emprunter sans autorisation. La chute de cette pièce est totalement novatrice pour l'époque et a fait grand scandale !
Philippe Person a adapté et signé la mise en scène. Il transpose la scène de nos jours. La situation de la femme a quand même évolué depuis !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor