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Une chambre en Inde

Une chambre en Inde
Mis en scène par Ariane Mnouchkine
  • Théâtre du Soleil
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets à 33,50
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Nous étions comme des réfugiés de l’Histoire.

Autour de notre chambre les Temps étaient déchaînés. Nous nous demandions ce qui nous arrivait, nous les gens les plus divers, mais unis par le même souci, nous nous demandions comment nommer Ça, ce chaos. (L’air était bouillant.) À travers les portes-fenêtres on entendait les bruits de l’Inde, cette manif perpétuelle.

Il ne dort donc jamais, ce continent ?

 

La nouvelle création collective du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine a commencé à voir le jour à Pondichéry.


Une Chambre en Inde a été récompensée de 2 Molières : du théâtre public et du metteur en scène de théâtre public pour Ariane Mnouchkine (2018).

Note rapide
8,3/10
pour 6 notes et 6 critiques
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Note de 4 à 7
17%
5 critiques
Note de 8 à 10
83%
Toutes les critiques
11 mars 2018
9/10
15 0
J'avais pas mal d'appréhension avant de voir cette pièce, surtout peur de la durée d'une chambre en Inde plus de trois heures trente ...

Mais Ariane Mnouchkine connait la recette pour captiver son public pendant tout ce temps. Elle a pourtant choisi une méthode risquée : le ton de la comédie, ton qui ne souffre pas la médiocrité, il peut facilement faire sombrer le public dans l'ennui. Mais ici, pas de risque, c'est vraiment réussi !

Ce fut un bien beau voyage qui nous fut proposé à la Cartoucherie de Vincennes dans ce bel écrin qu'est le théâtre du Soleil. Donc un voyage en Inde mais pas que...

Nous sommes dans la chambre de Cornélia, chambre qui est elle même est à l'intérieur d'une 'guest house' indienne. Cornélia a sommeil, elle oscille entre rêves, cauchemars et les coups de fil de son amie Astrid. Elle doit trouver une idée de pièce à la place de Mr Lear (!?!) pour justifier l'invitation qu'à reçu la compagnie par L'Alliance française. Mais voilà trouver l'inspiration, ce n'est pas simple... Nous partons donc à la recherche du théâtre perdu !

La pièce se moque de beaucoup de sujets, mais la cible qui m'a fait le plus plaisir c'est le terrorisme et sa dénonciation, c'est un vrai régal de les voir ridiculisés.

J'ai beaucoup aimé les différentes séquences de ce voyage qui interrogent sur la place de l'artiste et plus généralement de l'homme dans le monde. Les transitions sont fluides, les décors sont magnifiques et toute la troupe ( ils sont plus de 30) se donne à fond. Mention spéciale pour Cornélia, la merveilleuse Hélène Cinque qui délivre une énergie fabuleuse sur scène.

Il y aurait beaucoup à dire, à raconter et à analyser sur cette chambre en Inde mais le plus simple c'est d'y aller et de savourer.
3 mars 2018
10/10
45 0
Tout est parti d'une virée en Inde.
Oh ! Pas une petite virée, non. Une véritable expédition à Pondichéry !

Ariane Mnouchkine a emmené toute l'équipe du Théâtre du Soleil, là-bas, au delà des terres et des océans.
A la recherche du théâtre perdu ?
Presque.

A la recherche d'autres formes, d'autres visions, d'autres conceptions dramaturgiques.
Nous allons en effet découvrir le Terukkuttu, ce théâtre très ancien « de basse caste », originaire du Tamil Nadu, un état du sud de l'Inde.
Nous verrons et entendrons des comédiens-danseurs-chanteurs indiens, qu'Ariane Mnouchkine a invités en retour à Paris. Cette plongée dans le Mahabharata, la mythologie indienne, sera fascinante. Nous assisterons émerveillés au dérobement de Draupadi ou encore à la mort de Karna.

Nous voici donc dans une guest-house indienne, dans une chambre, plus précisément.
Une femme essaye de dormir. C'est Cornélia, assistante-metteure en scène du directeur de troupe, M. Lear (si si, comme qui vous savez...), qui doit absolument trouver une idée pour la prochaine production de la troupe. (La compagnie est invitée par l'Alliance française locale.)

Nous allons évidemment très vite comprendre que cette Cornélia, c'est un double, une projection, une alter-ego de la « patronne » des lieux. Dans Cornélia, on trouve toutes les lettres d'Ariane.

Elle va en baver, Cornélia, pour trouver l'inspiration, tiraillée qu'elle va être entre les coups de fil de son amie Astrid, ses rêves, ses cauchemars, la tutelle qui lui demande de justifier sa subvention, j'en passe et des pires...

C'est la magnifique Hélène Cinque qui incarne ce personnage très haut en couleurs, et ce pendant les trois heures et cinquante minutes du spectacle.
Avec une énergie folle, une fureur de jouer et un abattage hallucinant. Qu'est-ce qu'elle nous fait rire !

Vont se succéder une multitude de saynètes, constituant un torrent, un foisonnement, un bouillonnement d'images, de sons et de textes.

Bien entendu, au delà de la dimension théâtro-ethnographique de l'entreprise, Mme Mnouchkine va faire ce qu'elle sait si bien faire depuis un certain temps : son théâtre va interroger sans concession notre monde et va nous renvoyer une terrible image de cette société dans laquelle nous vivons.

Un panorama terrifiant des dérives humaines sera passé à la moulinette, tout ceci grâce à la distanciation, au décalage de l'humour, de la dérision, du rire.

Nous verrons des terroristes, des fanatiques, nous rencontrerons des hommes malmener et vendre des femmes, nous réfléchirons à problèmes posés par les modifications climatiques. (Le moment des nappes phréatiques est impayable !)

D'incroyables scènes plus drôlissimes les unes que les autres nous seront proposées.

Je retiendrai quant à moi cette « énorme » séquence dans laquelle des pieds-nickelés de Daesh tentent de tourner un film de propagande dans le désert, avec en fond sonore la B.O. de Lawrence d'Arabie.
C'est absolument jouissif et tout ceci déclenche l'hilarité générale. Faire passer ces salopards pour de fieffés crétins incultes est jubilatoire et tellement sain !

Des scènes émouvantes seront également jouées, notamment l'une qui montrera que le théâtre est une incroyable manière de résister.

Sans oublier toute une saine et nécessaire réflexion sur le théâtre, son utilité, son mode de financement, ses subventions (avec une scène jubilatoire...)

Sur le plateau, pas moins de trente-cinq acteurs, tous incroyablement investis ne nous lâcheront à aucun moment, et ce, durant les deux-cent vingt minutes du spectacle.

J'allais oublier : nous rencontrerons également Mister Shakespeare et son valet, ainsi que le camarade Tchekhov accompagné des célèbres trois sœurs. Tous permettront-ils à Cornélia de trouver enfin l'Idée avec un grand I ?
Je vous laisse découvrir par vous mêmes.

Un dernier personnage très célèbre viendra conclure de bien belle manière la pièce, en nous rappelant non sans mal son message universel de paix et de démocratie.
C'est un final très émouvant.

Quel immense spectacle ! Quel moment de théâtre total !

« Quant à ceux qui pensent que les théâtres ne sont pas indispensables, n'en déplaise au Mahatma Ghandi, qu'on les zigouille ! »

Mme Mnouchkine, on vous aime !
"Nous étions comme des réfugiés de l'Histoire. Autour de notre chambre les Temps étaient déchaînés. Nous nous demandions ce qui nous arrivait, nous les gens les plus divers, mais unis par le même souci, nous nous demandions comment nommer Ca, ce chaos (l'air était bouillant). A travers les portes-fenêtres on entendait les bruits de l'Inde, cette manif perpétuelle. Il ne dort donc jamais ce continent ?"

SAUVER LE THEATRE ! SAUVER LE MONDE !

Cet extrait du journal de Cornelia introduit l'esprit de la nouvelle création du Théâtre du Soleil. Cornélia (petite sœur ou double d'Ariane Mnouchkine) et sa troupe sont dans un village (une petite ville) du sud de l'Inde pour la création d'un spectacle. Le directeur les a conduits ici dans sa quête du théâtre absolu, pour y découvrir le Theru koothu. Il s'agit d'une forme de théâtre traditionnel tamoul généralement jouée par et pour les basses castes. Dehors, dans le monde, des attentats. Complètement déstabilisé le directeur dérape. "Il faut sauver le théâtre et donc le monde" lance-t-il dans une vidéo avant d'être arrêté par la police indienne pour outrage au père de la Nation. Cornélia se retrouve aux commandes de la troupe avec la mission de créer ce spectacle. Mais les directives du directeur sont inaudibles. Elle qui dit n'avoir aucune vision, être incapable de la moindre création, va (re)vivre dans cette chambre une expérience de tous les théâtres dans sa quête de création.

Ariane Mnouchkine a choisi la comédie, le burlesque pour parler de l'état du monde. Avec humour et autodérision elle convoque tous les théâtres du monde pour parler du grand théâtre du monde, de ce chaos qui règne autour de cette chambre en Inde. Un microcosme où défilent toutes les calamités de la terre et toutes les formes de théâtre. Entre rêves et rappels à la réalité via la voix d'Astrid au téléphone, entre journées de travail et nuits bousculées, Cornélia erre dans les affres de la création à la recherche de son sujet. Les attentats ? Le réchauffement climatique ? La condition de la femme ? Les intégristes ? La pollution des nappes phréatiques ? Le moyen-orient ? L'environnement ? La guerre de l'eau ? Les sujets ne manquent pas...causant autant de dégâts dans le monde que dans les entrailles nouées de Cornélia.

Comment choisir ? Comment évoquer toutes ces questions ? Comment le théâtre peut-il représenter le monde contemporain ? Tandis que les comédiens du Theru khootu reviennent régulièrement dans les rêves de Cornélia pour conter un épisode du Mahabharatha avec leurs costumes de lumière, leurs traditions et leurs chants, la troupe s'essaie à plusieurs propositions. Toutes les formes de théâtre sont mises à contribution : le théâtre japonais, Shakespeare, Tchekhov, les clowns, Charlie Chaplin. Le cinéma lui-même tente de fournir une réponse. A quoi sert le théâtre ? Que peut-il faire face au chaos environnant ? Quel est son pouvoir sur les hommes, sur les situations, sur le présent ? Sur l'avenir ?

UN PATCHWORK FOISONNANT

UNE CHAMBRE EN INDE est un patchwork, une trame qui se tisse progressivement. Comme dans tout patchwork les associations sont plus ou moins heureuses. Le tourbillon burlesque a de quoi décontenancer. Dans la première partie les liens entre les différents tableaux ne sont pas toujours fluides pour le public. Mais si on accepte de lâcher prise on se laisse emporter par le parti-pris comique et on savoure cette réflexion sur la nécessité du théâtre.

Hélène CINQUE est une Cornélia brillante de malice, d'humour, d'énergie, de dynamisme, de positivisme. Elle incarne les interrogations de tous les metteurs en scène, de tous les comédiens. Son personnage burlesque ne se laisse jamais démonter par le chaos environnant. Elle puise dans chaque proposition une ébauche de solution, une voie possible pour sortir de ce triple chaos : le monde, le spectacle qu'elle doit créer, sa situation personnelle.

La trentaine de comédiens, musiciens et chanteurs qui envahissent la scène sont d'une énergie communicative. Leurs évolutions sont des tourbillons burlesques. Dans un décor somptueux, entièrement reconstitué à Montpellier y compris jusqu'à la toiture du Théâtre du Soleil, c'est la magie du théâtre et tout l'art de la formidable équipe fédérée par Ariane Mnouchkine qui opèrent et nous laissent éblouis par ce voyage. Les musiciens accompagnent sur scène les comédiens, dans la plus pure tradition du théâtre indien.

En bref : avec UNE CHAMBRE EN INDE le Théâtre du Soleil nous emporte dans un voyage au pays du théâtre et de la création, nous interpellant sur son rôle dans le monde chaotique qui nous entoure. Une mise en abîme et une réflexion menées tambour battant sur l'angle de l'humour et du burlesque. Un voyage magique.
2 févr. 2017
10/10
60 0
Il est des spectacles dont on ne sort pas indemne, des spectacles qui arrêtent le temps tout en le faisant passer en un claquement de doigts, des spectacles qui interrogent, font rire et pleurer et du chaos font naître l'espérance.
Une chambre en Inde d'Ariane Mnouchkine est de ceux-là.

Rompant avec les 2 derniers spectacles mettant en scène des textes d'auteurs (Jules Verne et Shakespeare), celui-ci s'inscrit dans la lignée du dernier Caravansérail. Enchevêtrement de tableaux qui interrogent le monde et la place des Hommes et des artistes qui l'habitent.

Cette pièce qui se veut résolument tournée vers la comédie, bien ancrée dans notre temps nous donne à voir le monde d'aujourd'hui, ses tragédies, ses inepties et ses fenêtres d'espoir.
La fonction même du théâtre est interrogée, et les questionnements d'aujourd'hui côtoient les codes ancestraux du théâtre millénaire et ses grands auteurs.
La troupe qui joue la troupe, le théâtre dans le théâtre et le rire omniprésent contre l'injustice, la bêtise humaine et parfois notre impuissance face à ce drôle de monde.
Merci Ariane, merci au théâtre du soleil pour ces moments hors du temps.
5 déc. 2016
9/10
82 0
Je suis réconciliée avec Mnouchkine, parce que son dernier spectacle "Macbeth" m'avait laissée dubitative...
Là, c'est une création, et comme toujours, le moindre brin de poussière est théâtral !
Comme Julie Libelule, je trouve en effet trop longue les scènes du Mahabharata, quand on sait que la pièce durait 6 heures, et maintenant un peu moins de 4 !
Par contre je n'ai pas bien saisi le côté "scatologique" du sujet...

L'histoire est osée, parce que très politique, elle ne ménage personne, se moque de tout, même des terroristes ! Humour, prise de conscience, un peu de tout. Décors et costumes superbes, on sent bien que c'est la fille d'un producteur de cinéma, c'est ce qui m'a toujours frappé dans ses mises en scène.
On peut dire en effet, que la représentation commence dès que l'on passe la porte, décorations murales, décorations de fêtes de fin d'année en forme de personnages indiens. On est dans l'ambiance avec la cuisine également.

Ariane est toujours présente aux représentations, sa chaise et un petit bureau dans le coin de la salle. Elle a l'oeil sur tout.
C'est un spectacle que je conseille vivement.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor