• Classique
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Paris 6ème

Un ennemi du peuple

Un ennemi du peuple
De Henrik Ibsen
Mis en scène par Jean-François Sivadier
Avec Nicolas Bouchaud
  • Nicolas Bouchaud
  • Stephen Butel
  • Sharif Andoura
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
À l'affiche du :
10 mai 2019 au 15 juin 2019
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:00
    • 20:00
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Tout commence très bien: Peter Stockmann, le préfet, administre l’établissement de bains qui fait la richesse de la ville; son frère Tomas, le médecin, est l’un de ses principaux employés et le garant de la qualité des soins offerts aux curistes.

En apparence, ils s’accordent donc sur l’essentiel. Pourtant tout les oppose, et il suffit d’une étincelle pour qu’explose leur rivalité, lorsque Tomas découvre que les eaux de l’établissement sont contaminées…

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17 mai 2019
10/10
9 0
Une grande leçon d'humidité !
Jean-François Sivadier nous propose sa vision très réussie et très aqueuse de la pièce d'Ibsen.
A « thermes » très peu échus.

Il faut dire aussi que l'action se passe en majeure partie dans l'établissement de bains d'une petite ville, dont la richesse dépend en grande partie des curistes qui s'y pressent.
Le préfet Peter Stockmann en est l'administrateur, et son frère, le docteur Tomas Stockmann en est l'un des principaux employés, responsable de la bonne marche de ces bains.

Un grain de sable très mouillé va gravement perturber la bonne marche de cette prospère entreprise économique.
Le médecin va trouver une sale bactérie qui contamine irrémédiablement l'eau thermale.

Pour lui, impossible de garder le secret. Il doit prévenir ses concitoyens. Et les ennuis commencent.

Ibsen, pour la première fois de sa carrière, va écrire une véritable tribune. Il dénonce une société satisfaite d'elle-même, corrompue, où l'argent prime tout, dans laquelle l'intérêt de certains passe avant la chose publique.

Il dénonce aussi l'impossibilité de l'individu du XIXème siècle d'atteindre ce qu'il considère comme le but suprême : être soi-même.

Bien entendu, ce texte d'une confondante modernité ne pouvait qu'intéresser Sivadier, qui pose clairement les problématiques que ne manquent pas de soulever à juste titre nos nécessaires et actuels lanceurs d'alerte confrontés à l'urgence écologique, au mensonge, aux lobbystes, à la dissimulation, à la corruption.

Le Dr Stockman est ce lanceur d'alerte-là, face à des actionnaires qui ne veulent pas remettre aux normes leur établissement, ainsi qu'à la puissance publique qui préfère voir affluer l'argent dans la ville plutôt que fermer ces bains et contaminer les patients.

La pollution la plus grave n'est plus celle écologique, mais celle des mots et des esprits.

Il sera également victime de la lâcheté d'une certaine presse soit-disant proche du peuple.

Et puis, et peut-être surtout, il sera victime de lui-même : au cours d'une réunion publique, il sortira de ses gonds, manipulé par ses contradicteurs, et en viendra à insulter le peuple, devenant l'ennemi du titre.
Le populisme ne sera pas loin...

Le peuple, c'est nous. Les spectateurs.
L'un d'entre nous montera sur scène, nous serons pris à partie, apostrophés, traités de veaux, nous serons également mis à contribution par un vote assez peu démocratique. Je n'en dis pas plus.

Le metteur en scène éclaire notre très contemporaine société française par ce texte très fort.
Nicolas Bouchaud, le Dr Stockmann, va s'en donner à cœur joie. A son habitude, il est dans un registre d'une grande puissance, d'un grand engagement. Il donne énormément à son personnage.
Le metteur en scène en ancrant ce texte dans la plus contemporaine actualité, lui fait « tonitruer » une diatribe concernant la masse inerte du peuple, et qui dérive sur le théâtre, les happenings, le rapport au public.
C'est absolument jouissif. Je n'en dis pas plus et vous laisse vous régaler.

Mais tous les comédiens sont parfaits.
Vincent Guédon est ce préfet, haut-fonctionnaire complètement asservi au pouvoir local en place. Il est glacial, sans pitié.

Sharif Andoura est le rédacteur en chef du « Messager du peuple », le canard local. Le comédien est formidable en type qui retourne sa veste en fonction des intérêts des puissants. Une grande composition. Sa scène d'interview à la BFMTV de la famille Stockmann est très réussie.

Autre belle composition, celle de Stéphane Butel, interprétant l'imprimeur Aslaksen, le petit bourgeois qui n'aura de cesse de vanter la modération des dires et des opinions, les pseudos lutte et résistance oui mais sans violence, la bonne conscience à peu de frais.
Un centriste mou avant la lettre, qui obéit surtout à l'argent. Suivez mon regard en marche...
Il est épatant de drôlerie, en notable à la fois fourbe et pleutre.

Le reste de la distribution est à l'avenant avec Cyril Bothorel qui joue deux rôles de façon épatante, celui d'un marin et du beau-père du Docteur, Cyprien Billing interprétant le personnage de... Billing, apparemment très insoumis.
Agnès Sourdillon est une grande Mme Stockmann, Jeanne Lepers est formidable en Petra Stockmann, la fille du couple.

Il faut mentionner la très aquatique scénographie de Christian Tirole et du metteur en scène.
L'eau est omniprésente, les spectateurs des premiers rangs en savent quelque chose.
Celle des bombes à eau qui explosent notamment.
Sans oublier les eaux saumâtres d'une certaine forme de politique et de pseudo-démocratie
Les presque trois heures verront la totale déconstruction du plateau et de la petite société qui y évolue.

C'est un moment fort de théâtre qui nous est proposé, un moment étonnant, engagé, politique au sens noble du terme.
Jean-François Sivadier a bien compris que la pièce d'Ibsen renvoyait totalement à notre époque, dans laquelle personne n'est blanc ou noir, dans laquelle les contradictions sont permanentes.
Et surtout, comme l'auteur, il ne se pose pas en père-la-morale, c'est à nous de faire le job, c'est à nous de nous rendre compte de l'ambivalence des personnages. La fin ouverte, en suspens, participant totalement à cette volonté.

Enfin, il nous permet de nous situer, de nous confronter au miroir qu'il nous tend.
Sommes-nous d'accord avec ce que professe Ibsen : "l'homme le plus fort au monde, c'est l'homme le plus seul" ?
Faisons-nous partie de "la masse compacte" ?

En tout cas, il faut vraiment faire partie de ceux qui iront voir cette très fine adaptation, ce thriller humoristico-écolo-politique, ce très réjouissant ennemi du peuple.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
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Mise en scène et décor