• Classique
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Paris 6ème

Un ennemi du peuple

Un ennemi du peuple
De Henrik Ibsen
Mis en scène par Jean-François Sivadier
Avec Nicolas Bouchaud
  • Nicolas Bouchaud
  • Stephen Butel
  • Sharif Andoura
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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Tout commence très bien: Peter Stockmann, le préfet, administre l’établissement de bains qui fait la richesse de la ville; son frère Tomas, le médecin, est l’un de ses principaux employés et le garant de la qualité des soins offerts aux curistes.

En apparence, ils s’accordent donc sur l’essentiel. Pourtant tout les oppose, et il suffit d’une étincelle pour qu’explose leur rivalité, lorsque Tomas découvre que les eaux de l’établissement sont contaminées…

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16 juin 2019
8/10
11 0
La chute du 4ème mur !

Qui a dit qu'il fallait une distance entre acteurs et spectateurs? Entre la scène et la salle?
Pas Jean-François Sivadier en tout cas ...
Fort de la colère d'Ibsen - l'homme le plus en colère d'Europe disait de lui Strindberg - il met en scène un Nicolas Bouchaud survolté qui harangue le public, jusqu'à lui demande de se lever et de prendre position.

Le spectacle est une vraie réussite, les comédiens, la mise en scène et la scènographie sont impressionnants. On y croit pendant un long moment mais ...

Mais était-il nécessaire de truffer le texte d'Ibsen de répliques d'aujourd'hui ?
Et de ne faire confiance ni à l'auteur pour sa modernité, ni au spectateur pour faire le lien avec la situation actuelle ?
A trop vouloir forcer le propos, on perd en efficacité !
Car au bout d'un moment c'est trop long, répétitif, et on se lasse ...

Tout n'en finit pas de prendre l'eau, le décor comme les principes ...
Dommage !
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14 juin 2019
8/10
1 0
Ce qui est certain, c’est qu’on ne sort pas de cette pièce indemne et qu’elle ne laisse pas indifférent. On était trois et elle nous a saisis et fait réagir mais pas du tout de la même façon !

On peut s’accorder sur la beauté des décors et la qualité de jeu des acteurs. Nicolas Bouchaud est impressionnant et particulièrement à l’acte IV.
Certes, la distanciation burlesque et le comique de caractère un peu trop appuyé sur certains personnages (le représentant des petits propriétaires par exemple), certains choix de mise en scène comme les intermèdes musicaux et dansés peuvent paraître un peu faciles.
Mais quand on arrive à les dépasser (et ce fut le cas pour deux d’être nous), cette pièce emporte par son propos, sa modernité totalement vivifiée par les choix de mise en scène. Le choix de la distanciation, de la caricature presque burlesque et la mise en abyme qui montre de manière performative la manipulation du public comme la pièce montre la manipulation des masses sont assez vertigineux et intellectuellement jouissifs.

On se retrouve pris au piège du mécanisme décrit par la pièce et on ne peut que se remettre en question dans ses choix et positions. En cela, c’est du vrai théâtre politique qui fait réfléchir et penser.
26 mai 2019
6/10
1 0
Je n’arrive pas à me faire d’avis déterminé sur le travail de Jean-François Sivadier. J’avais vu il y a quelques années, déjà à l’Odéon, une Dame de chez Maxim plus qu’honorable qui me laisse un bon souvenir, entaché depuis par la reprise d’Italienne scène et orchestre que j’ai découverte la saison dernière et que j’avais trouvé inutilement poussive et sans grand intérêt. Dans son Ennemi du peuple, il retrouve son fidèle Nicolas Bouchaud et lui propose à nouveau le même genre de rôle, légèrement cynique, toujours proche du public, presqu’hors de la scène et du jeu. Un rôle qui, s’il pouvait faire illusion dans ses précédentes créations, ne sied pas si bien que ça à Ibsen.

La ville dans laquelle se déroule la pièce doit une partie de sa richesse à l’établissement de bains qu’administre le préfet Peter Stockmann et pour laquelle travaille son frère, Tomas, médecin. Mais celui-ci avait des doutes quant à la propreté du lieu et a fait faire des analyses qui viennent confirmer ses soupçons : les eaux sont contaminées, d’immenses travaux sont à envisager pour garantir la santé des curistes. Tomas semble voir ici l’évidence mais tous, en face de lui, ne sont pas de cet avis et il va progressivement devenir l’ennemi du peuple.

J’ai mis du temps pour l’écrire, ce papier-là, mais je pense que je ne serai toujours pas satisfaite par ce qui en ressortira. Je suis très partagée par ce spectacle, mais les frontières entre ce que j’ai aimé et ce que j’ai moins aimé restent assez floues et je risque d’être confuse dans mes explications. Cette confusion, je la dois d’abord au spectacle qui est lui-même un peu désordonné par endroits. Je m’explique.

Il y a d’abord le texte d’Ibsen, que je découvrais. Un théâtre éminemment politique, dégageant une puissance et une grandeur qui ne cherchaient qu’à s’affirmer par la suite. Un théâtre quasiment classique par les échos à l’actualité qui résonnaient parfois dans certaines répliques. Un théâtre que j’aurais aimé réellement découvrir, comprendre, du théâtre qui m’aurait donné davantage à réfléchir que ce en quoi il a été transformé. Une transformation que je ne cautionne en aucun point.

Il y a la vision du metteur en scène, calquée par-dessus Ibsen. Une vision audible – après tout, c’est bien pour voir une interprétation que je vais au théâtre, sinon je me contenterai de lire des textes chez moi – mais que je ne partage pas et qui m’a plutôt irritée tout au long de la pièce. Pour souligner l’ironie présente chez Ibsen, Sivadier a rajouté des détails burlesques à sa mise en scène qui ne me semblaient pas nécessaires : il cherche à faire rire le public par ce que j’appellerais des actes gratuits. Les comédiens sont dirigés de manière à rendre leurs personnages presque caricaturaux. C’est facile, et ça n’ajoute rien, à part à ma mauvaise humeur. Par ailleurs, il a également fait le choix d’un procédé de distanciation, que je m’explique moins – à mon humble avis, il aurait davantage exploité la force de la pièce en la jouant franc jeu. A quoi bon montrer la machine à fumer lorsque les personnages sortent les cigares, ou jeter de la poudre blanche en s’exclamant « il neige ! » ? Cette distanciation empêche toute montée de tension dans la pièce, et c’est dommage.

Il y a enfin le show Bouchaud, troisième couche de ce spectacle, qui l’alourdit encore. Ce show, je le reconnais volontiers, est tout à fait cohérent avec l’ensemble de la construction du spectacle, et particulièrement avec la distanciation voulue par Sivadier. Il permet notamment d’expliquer, et rend d’ailleurs tout à fait honneur à un ajout survenu plus tôt dans le spectacle : la montée d’un spectateur sur scène. On avait pu en effet observer comment Bouchaud se mettait progressivement le spectateur dans la poche et comment, soudainement et de manière plutôt impolie, ce dernier avait dû quitter la scène sans demander son reste – il avait été, en quelque sorte, manipulé. Cela fait écho à son discours de l’acte IV, ce fameux show Bouchaud dont je voudrais parler. Alors oui, c’est malin, c’est assez ingénieux, mais franchement, on n’est pas venus là pour ça.

Tout d’un coup, on sort d’Ibsen. On se met à parler de gilet jaune, on se retrouve dans une mise en abîme du théâtre, on se met à parler du rapport entre un comédien et son public, on se fait insulter par Nicolas Bouchaud qui nous traite allègrement de veaux – ce qui fait beaucoup rire le public de l’Odéon. De mon côté, je grommelle. Je me sens un peu trahie devant cette adaptation libre d’Ibsen alors même que le texte annonçait le texte fidèle de la pièce. La lecture de la pièce que fait Sivadier, en proposant une analogie politique/acteur et peuple/public aurait pu être intéressante, mais pas sous cette forme. J’ai l’impression qu’il a voulu en faire trop d’un coup : entre la distanciation, le burlesque, l’adaptation, il aurait fallu choisir un cap et s’y tenir. Là, on se perd. Toute cette série d’écarts au texte initial rend l’ensemble plutôt incompréhensible. Il y a une disparité gênante entre les grandes scènes de confrontation, qui viennent d’Ibsen, et cette espèce de « show » – dont j’apprendrais plus tard qu’il est issu d’une improvisation en répétition : la greffe ne prend pas.

Je suis donc partagée. Tout n’est pas à jeter, les comédiens sont très bien dirigés et donnent à entendre le texte avec brio – mais on sent qu’il pourrait être plus marquant encore. Je suis heureuse malgré tout d’avoir découvert ce grand texte derrière une mise en scène qui se regarde… et qui voudrait peut-être suivre la lignée de Ça ira, la merveille de Pommerat qui continue de se jouer actuellement à la Porte Saint-Martin. Mais n’est pas Pommerat qui veut, et si les inspirations sont continues tout au long du spectacles – sur les choix musicaux, sur les lumières qui accompagnent le show Bouchaud, sur l’utilisation du public comme d’une assemblée – Sivadier ne parvient pas à recréer l’immersion et la totalité des spectacle de Pommerat. La mayonnaise ne prend pas, et le goût qui reste en bouche est bien trop pâteux. Dommage.
17 mai 2019
10/10
29 0
Une grande leçon d'humidité !
Jean-François Sivadier nous propose sa vision très réussie et très aqueuse de la pièce d'Ibsen.
A « thermes » très peu échus.

Il faut dire aussi que l'action se passe en majeure partie dans l'établissement de bains d'une petite ville, dont la richesse dépend en grande partie des curistes qui s'y pressent.
Le préfet Peter Stockmann en est l'administrateur, et son frère, le docteur Tomas Stockmann en est l'un des principaux employés, responsable de la bonne marche de ces bains.

Un grain de sable très mouillé va gravement perturber la bonne marche de cette prospère entreprise économique.
Le médecin va trouver une sale bactérie qui contamine irrémédiablement l'eau thermale.

Pour lui, impossible de garder le secret. Il doit prévenir ses concitoyens. Et les ennuis commencent.

Ibsen, pour la première fois de sa carrière, va écrire une véritable tribune. Il dénonce une société satisfaite d'elle-même, corrompue, où l'argent prime tout, dans laquelle l'intérêt de certains passe avant la chose publique.

Il dénonce aussi l'impossibilité de l'individu du XIXème siècle d'atteindre ce qu'il considère comme le but suprême : être soi-même.

Bien entendu, ce texte d'une confondante modernité ne pouvait qu'intéresser Sivadier, qui pose clairement les problématiques que ne manquent pas de soulever à juste titre nos nécessaires et actuels lanceurs d'alerte confrontés à l'urgence écologique, au mensonge, aux lobbystes, à la dissimulation, à la corruption.

Le Dr Stockman est ce lanceur d'alerte-là, face à des actionnaires qui ne veulent pas remettre aux normes leur établissement, ainsi qu'à la puissance publique qui préfère voir affluer l'argent dans la ville plutôt que fermer ces bains et contaminer les patients.

La pollution la plus grave n'est plus celle écologique, mais celle des mots et des esprits.

Il sera également victime de la lâcheté d'une certaine presse soit-disant proche du peuple.

Et puis, et peut-être surtout, il sera victime de lui-même : au cours d'une réunion publique, il sortira de ses gonds, manipulé par ses contradicteurs, et en viendra à insulter le peuple, devenant l'ennemi du titre.
Le populisme ne sera pas loin...

Le peuple, c'est nous. Les spectateurs.
L'un d'entre nous montera sur scène, nous serons pris à partie, apostrophés, traités de veaux, nous serons également mis à contribution par un vote assez peu démocratique. Je n'en dis pas plus.

Le metteur en scène éclaire notre très contemporaine société française par ce texte très fort.
Nicolas Bouchaud, le Dr Stockmann, va s'en donner à cœur joie. A son habitude, il est dans un registre d'une grande puissance, d'un grand engagement. Il donne énormément à son personnage.
Le metteur en scène en ancrant ce texte dans la plus contemporaine actualité, lui fait « tonitruer » une diatribe concernant la masse inerte du peuple, et qui dérive sur le théâtre, les happenings, le rapport au public.
C'est absolument jouissif. Je n'en dis pas plus et vous laisse vous régaler.

Mais tous les comédiens sont parfaits.
Vincent Guédon est ce préfet, haut-fonctionnaire complètement asservi au pouvoir local en place. Il est glacial, sans pitié.

Sharif Andoura est le rédacteur en chef du « Messager du peuple », le canard local. Le comédien est formidable en type qui retourne sa veste en fonction des intérêts des puissants. Une grande composition. Sa scène d'interview à la BFMTV de la famille Stockmann est très réussie.

Autre belle composition, celle de Stéphane Butel, interprétant l'imprimeur Aslaksen, le petit bourgeois qui n'aura de cesse de vanter la modération des dires et des opinions, les pseudos lutte et résistance oui mais sans violence, la bonne conscience à peu de frais.
Un centriste mou avant la lettre, qui obéit surtout à l'argent. Suivez mon regard en marche...
Il est épatant de drôlerie, en notable à la fois fourbe et pleutre.

Le reste de la distribution est à l'avenant avec Cyril Bothorel qui joue deux rôles de façon épatante, celui d'un marin et du beau-père du Docteur, Cyprien Billing interprétant le personnage de... Billing, apparemment très insoumis.
Agnès Sourdillon est une grande Mme Stockmann, Jeanne Lepers est formidable en Petra Stockmann, la fille du couple.

Il faut mentionner la très aquatique scénographie de Christian Tirole et du metteur en scène.
L'eau est omniprésente, les spectateurs des premiers rangs en savent quelque chose.
Celle des bombes à eau qui explosent notamment.
Sans oublier les eaux saumâtres d'une certaine forme de politique et de pseudo-démocratie
Les presque trois heures verront la totale déconstruction du plateau et de la petite société qui y évolue.

C'est un moment fort de théâtre qui nous est proposé, un moment étonnant, engagé, politique au sens noble du terme.
Jean-François Sivadier a bien compris que la pièce d'Ibsen renvoyait totalement à notre époque, dans laquelle personne n'est blanc ou noir, dans laquelle les contradictions sont permanentes.
Et surtout, comme l'auteur, il ne se pose pas en père-la-morale, c'est à nous de faire le job, c'est à nous de nous rendre compte de l'ambivalence des personnages. La fin ouverte, en suspens, participant totalement à cette volonté.

Enfin, il nous permet de nous situer, de nous confronter au miroir qu'il nous tend.
Sommes-nous d'accord avec ce que professe Ibsen : "l'homme le plus fort au monde, c'est l'homme le plus seul" ?
Faisons-nous partie de "la masse compacte" ?

En tout cas, il faut vraiment faire partie de ceux qui iront voir cette très fine adaptation, ce thriller humoristico-écolo-politique, ce très réjouissant ennemi du peuple.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor