Traviata, vous méritez un avenir meilleur

Traviata, vous méritez un avenir meilleur
De Giuseppe Verdi
Mis en scène par Benjamin Lazar
Avec Judith Chemla
  • Judith Chemla
  • Sébastien Llado
  • Gabriel Levasseur
  • Bruno Le Bris
  • Myrtille Hetzel
  • Axelle Ciofolo
  • Elise Chauvin
  • Renaud Charles
  • Damien Bigourdan
  • Florent Baffi
  • Jérôme Billy
  • Marie Salvat
  • Benjamin Locher
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 27,00 à 32,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Un parfum entêtant et paradoxal de rêve et de réalité flotte autour de La Traviata, comme si la vie et la mort de cette femme dite « dévoyée » semblaient à la fois plus réelles et plus insaisissables que celles des autres héroïnes lyriques. Ce parfum composé d'essences de fleurs rares, d'alcools, de médicaments, de peaux caressées, d'argent prétendument inodore, Giuseppe Verdi a réussi à en imprégner profondément son tissu musical, alors qu'il s'évaporait tout juste de l'histoire de la courtisane Marie Duplessis, morte en 1847, six ans avant la création de l'opéra à Venise.

Dans Traviata - Vous méritez un avenir meilleur, les spectateurs sont invités dans l'intimité de Violetta à voir de tout près le feu auquel elle se livre, parmi les convives de cette fête musicale et fantasmagorique où se mêlent théâtre et opéra, voix parlées et voix chantées, où la distinction entre instrumentistes et chanteurs se brouille, où Charles Baudelaire se trouve assis près de Christophe Tarkos et où chantent et meurent les fantômes de ce Paris en plein essor industriel dont nous vivons à présent l'avenir.

 

Note rapide
7,3/10
pour 4 notes et 4 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
25%
3 critiques
Note de 8 à 10
75%
Toutes les critiques
7 sept. 2017
9/10
13 0
« Traviata, Vous méritez un avenir meilleur » fait l’ouverture, jusqu’au 30 septembre, de la saison des Bouffes du Nord dans une formidable adaptation de l’opéra de Verdi entre chant et théâtre.

Cette Traviata est un projet élaboré à trois par Judith Chemla qui en est à l’origine, Benjamin Lazar qui l’a mis en scène, et Florent Hubert qui a adapté la musique, préservant la trame narrative de l’opéra de Verdi ainsi que les grands airs, pour aboutir à un superbe moment qui met en valeur des comédiens, chanteurs et musiciens de talent.


Les trois acolytes se sont notamment attachés à construire un spectacle qui relève tant du théâtre que de l’opéra, loin des mélodies chantonnées par certains comédiens et des jeux d’acteurs parfois caricaturaux des chanteurs d’opéra. Ici les comédiens chantent, les chanteurs jouent la comédie le tout dans le même temps, donnant ainsi une grande finesse à des airs parfois trop bien connus.

Les comédiens et les musiciens, tous formidables, se mêlent dans une distinction brouillée des rôles : les musiciens chantent, les chanteurs font de la musique et tout le monde joue la comédie. Car si la Traviata rassemble d’habitude orchestre symphonique et chœurs en plus des chanteurs principaux, ils sont ici huit musiciens et cinq chanteurs-acteurs chacun occupant le plateau et le récit de manière totale.

Benjamin Lazar a élaboré une mise en scène dépouillée qui s’organise autour de quelques objets, fleurs, chaises et tréteaux, réagencés au fil des actes. Ce dépouillement c’est l’envers cette petite société mondaine dans laquelle évolue Violetta et qui risque à tout moment de se fracasser sur la réalité du manque d’argent, de la maladie et de l’absence de sentiment. C’est aussi l’illustration de la vie de Violetta qui n’a rien au monde au début du spectacle que les paillettes et la fête. Le dépouillement c’est enfin le cœur du récit qui met en scène le dépouillement de l’héroïne de son amour, de son honneur puis de sa vie.

Le spectacle joue également avec et autour du temps. Il replace ainsi Violetta dans son époque à travers l’évocation de certains de ses nombreux amants dont Franz Liszt et Théophile Gautier mais aussi Alexandre Dumas lui-même. Cette époque, c’est celle d’Alphonsine Plessis, célèbre courtisane parisienne des années 1840, rebaptisée par elle-même Marguerite Duplessis et devenue Marguerite Gautier sous la plume d’Alexandre Dumas, celle également de la création de l’opéra original et du roman de Dumas La Dame aux camélias.

Mais plutôt que de verser dans une représentation trop historique à travers notamment des fêtes où le champagne coulerait à flots, Benjamin Lazar fait le choix d’une transposition moderne dans une prise de drogue effrénée. Ce faisant, il brouille les pistes temporelles, comme si Violetta et ses proches étaient les fantômes du Paris de 1840 revenus dans notre siècle chercher « un avenir meilleur » qu’ils ne trouveront pas.

Cette Traviata joue également sur la frontière entre récit et imaginaire : un pied dans la fiction, en se saisissant de l’opéra de Verdi, lui-même adapté du roman de Dumas, et l’autre dans l’Histoire lorsqu’est projeté sur les murs des Bouffes du Nord, en lieu et place des surtitres, une liste d’effets personnels (jupons, robes, nappes…) issue de la vente aux enchères des bien de Marie Duplessis après sa mort.

Enfin, Judith Chemla étincelle en Violetta, à la fois tout en retenue et en explosion. L’ancienne pensionnaire de la Comédie Française est en effet tout à la fois une grande actrice et une très belle soprano qui fait entrer le spectateur dans l’intimité de Violetta. Elle en fait non pas une « femme perdue » (la signification de traviata en italien) mais une femme sacrifiée tout à la fois par l’injustice d’une société qui l’a faite courtisane, par le père d’Alfredo qui la conduit à sacrifier son bonheur pour l’honneur de son fils et enfin par son amant même qui l’humilie publiquement.
8,5/10
19 0
Judith CHEMLA est une actrice stratosphérique.
Quelle voix quelle émotion.
Comme Le disait Le journal Le Monde : elle est d'une fragilité incassable.
Voici une superbe adaptation de l’opéra « La traviata » de Giuseppe Verdi, créé en 1853 et dont le livret de Francesco Maria Piave est inspiré de « La dame aux camélias » d’Alexandre Dumas. Mêlant chant, théâtre et musique, ce spectacle est imposant de force dramatique, d’expressivité de jeux et d’inventivité de mise en scène.

Le maillage entre les répliques jouées, les parties chantées et les musiques interprétées en jouant, nous surprend tout de go et crée un climat particulier où l’étrange se confond au drame, l’allégresse au lyrisme et la tragédie au burlesque. Nous sommes devant un spectacle vivant qui donne de la noblesse, de la légèreté et de l’intensité à l'opéra originel dont il est tiré, le servant magnifiquement.

Judith Chemla est tout simplement brillante. La qualité vocale de sa voix chantée, son jeu puissant et sincère, subjuguent. La distribution ne peut qu’être bonne autour d’elle et c’est le cas !... Musiciens-chanteurs-comédiens nous ravissent et maitrisent leur affaire avec brio.

Les arrangements musicaux de Florent Hubert et Paul Escobar sont savants et adroits. Ils permettent l'agilité des jeux tout en respectant les lignes musicales d'ensemble, les harmonies des accompagnements et les airs de « La traviata ». Du bel ouvrage.

La mise en scène de Benjamin Lazar ose le mélange des genres, des styles de jeu. Nous passons par toute une palette de sensations et d'émotions. Le spectacle se déroule dans un décor modulable et stylisé, à l’onirisme feutré et poétique qui préserve des instants réalistes forts et remarquables. La scène finale est splendide, nous en restons cois.

Nous sortons émus et ébaudis par ce que nous avons ressenti, ravis et touchés par la beauté du spectacle. Un délice de théâtre musical, novateur et très bien joué.
5 oct. 2016
6/10
41 0
Ma découverte de ce théâtre ne fut pas des plus heureuses. Si l'authenticité de la scène lui donne une singularité et un certain charme, qu'est ce qu'on y est mal installé. Avec une vingtaine de représentations dans une salle de 500 places, il ne reste rapidement plus que des places en galerie où banquette vétuste et jambes ballantes empêchent de profiter d'un spectacle vendu comme intimiste.

Pour ce qui est du spectacle en lui-même l'idée de lier théâtre et opéra est intéressante et le gros point positif est sur la musique avec un mini orchestre sans chef et sans partitions qui interprète les morceaux sans fausse note (bien que mon avis de profane ne soit pas des plus pertinents) et bien intégrée à la scène.

Vient donc en suite la partie théâtrale où je suis plus mitigé. Tout d’abord sur le jeu où l’on regrette plusieurs répliques savonnées mais surtout une mise en scène que je n’ai pas vraiment compris. Si certaines scènes s’enchainent bien, il y a parfois des gros problèmes de rythme. Mais surtout, entre un classicisme qu’apportent le chant, les costumes et le jeu et des moments ultra-contemporain, à l’image de la préparation d’une soirée drogue introduisant une version sous prozac de « Noi Siamo Zingarelle » qu’on attend pourtant comme un tube dans un concert, ce spectacle m’a un peu perdu.

Mais encore une fois, vous vivrez peut être un tout autre spectacle si vous êtes au premier rang…
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor