Toute ma vie j'ai fait des choses que je savais pas faire

Toute ma vie j'ai fait des choses que je savais pas faire
De Rémi De Vos
Mis en scène par Christophe Rauck
Avec Juliette Plumecocq-Mech
  • Juliette Plumecocq-Mech
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
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Le type est entré d’un coup.

Individu à terre, il répond à l’agresseur, il se bat et remonte le fil jusqu’à l’agression.

Athlète d’exception, la comédienne Juliette Plumecocq-Mech incarne la révolte d’un homme tombé, impuissant face à la barbarie des autres.

 

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26 janv. 2018
8/10
48 0
La silhouette est à terre, cernée d’un épais trait de craie, une chaise renversée près du corps quand nous entrons dans la petite salle Topor du Rond-Point. Scène de crime, scène d’une mort qu’on devine violente. On s’installe, on attend, et soudain la silhouette, un homme, raconte : la rencontre dans un bar où il était entré boire une bière, juste comme ça, le temps d’un moment de détente. Juste une bière. Mais un autre homme est entré, un homme qui visiblement avait envie d’en découdre. Avait un peu trop bu. N’aimait pas les homos, n’aimait pas l’homme assis face à lui, l’homme qui était juste en train de boire une bière. La situation a dérapé, l’homme en colère avait envie d’en découdre, avait envie de frapper, de taper, de battre.

Le texte de Remi De Vos est un long monologue âpre et dense : hasard, incompréhension, stupéfaction, les phrases s’enchainent et les mots s’échappent comme la vie de cet homme dont les pensées se bousculent, se télescopent au fil des minutes et des coups. Que faire, quelle réaction avoir, à quels réflexes se laisser aller quand d’un coup une violence gratuite, inattendue, incompréhensible vous tombe dessus ?

Remi De Vos a spécifiquement écrit ce long monologue d’homme pour une femme, Juliette Plumecocq-Mech : la comédienne à la silhouette androgyne, durant 50 minutes, ne se lèvera jamais. Allongée, à genoux, assise, elle joue de son corps, de sa voix, de son regard, dans une performance physique étonnante, le corps à la fois crispé et souple ; une maîtrise corporelle qui ne l’empêche pas de transmettre l’ébahissement, la peur, la révolte, l’acceptation, d’un homme sur qui la violence s’abat subitement et ne peut s’empêcher d’analyser ce qui lui arrive, de mettre des mots sur l’événement comme pour le mettre à distance. De sa voix grave elle entraine la salle dans ces longues minutes où le temps semble suspendu autour des coups qui s’abattent. La mise en scène de Christophe Rauck, d’une sobriété étudiée, calculée, laisse s’installer la tension malgré la certitude que tout finira mal, et permet aux mots glaçants, percutants de Remi De Vos d’aller gifler les spectateurs autant que de les cueillir au final, mis KO eux aussi par la prestation de Juliette Plumecocq-Mech.
21 janv. 2018
8,5/10
9 0
Ce seul en scène dure un peu moins d’une heure.

Durant ces minutes, plane une atmosphère de tension, d’inquiétude clairsemée de moments drôles. C’est cela l’art d’être un bon comédien en l’occurrence une bonne comédienne et d’une mise en scène juste, au service du texte. Juliette Plumecocq-Mech nous conte cette agression, puis ce meurtre avec une telle intensité et une justesse. L’importance des gestes, des mots, du non-dit, la capacité du cerveau à remplir le vide tout est passé au peigne fin.

Elle ne laisse pas le public hors de cette réflexion sur la peur, cette peur humaine, cet instinct de survie lorsqu’elle nous interpelle « qu’aurions nous fait à sa place? »

C’est un seul en scène haletant, prenant et livré avec sincérité. Je ne peux que vous le conseiller.
12 janv. 2018
8,5/10
7 0
Le texte, l'interprétation -diction et postures- sont percutants et ne m'ont pas laissée insensible.
La peur et la souffrance sont omniprésentes tout au long de ce court monologue.
J'ai beaucoup apprécié ce moment.
10 janv. 2018
9/10
19 0
45 minutes, c'est le temps que dure cette pièce mais ce sont 45 minutes intenses ! C'est un monologue de Rémi De Vos qui parle de violences et de peurs.

Quand on entre pour s'asseoir dans la salle, la scène est déjà occupée par un corps couché au sol et il y a aussi la trace de ce corps dessiné à la craie comme dans les films policiers. Le corps nous tourne le dos mais sa voix, via un micro HF, s'élève et va nous porter toute la pièce avec une intensité crue. On est au coeur de l'action dès le début de la pièce car l'agression nous est racontée puis le corps va se retourner pour nous aider à comprendre ce qu'il s'est passé, on revient en arrière pour avoir une vue d'ensemble.

Le corps, c'est Juliette Plume-Mech qui incarne un homme, mais ça aurait pu être aussi une femme ça n'aurait rien changé, qui boit une bière dans un bar et se retrouve face à quelqu'un qui lui veut du mal... Mais pourquoi ? Oui pourquoi cela lui tombe t'il dessus ?

C'est injuste c'est sur ! Et il y a la peur provoquée par cet affrontement, cette peur décrite comme un cercle vicieux, ça m'a fait froid dans le dos. En face, il y a la violence, violence gratuite, violence verbale, violence physique... La référence au film de Stanley Kubrick, Orange Mécanique est on ne peut plus clair quand le fond musical résonne sur le plateau : Beethoven. Je frémis d'angoisse en totale empathie avec la victime. Le texte de Rémi de Vos est dérangeant, il nous fait nous interroger sur comment nous aurions réagi face à un tel déferlement.

Juliette Plumecoq-Mech réalise une performance physique monstrueuse : elle joue toute la pièce couchée au sol mais loin d'être reposée, son corps se contorsionne et c'est en permanence avec un corps en tension qu'elle nous assène comme des coups de poings son monologue. Avec les muscles abdominaux contractés quasiment tout le temps, son corps ne tremble pas, sa voix ne tremble pas. La préparation physique et mentale pour ce rôle a du être une épreuve. J'ai eu mal pour elle !

Bref, c'est un spectacle choc à ne pas rater !
10 janv. 2018
9/10
45 0
Lorsque l'on se trouve devant un type allongé par terre, complètement immobile, avec un gros trait blanc épousant les formes de son corps, on peut raisonnablement penser que le type en question n'est pas en train de faire la sieste.

C'est la situation qui nous attend sur le plateau de la salle Roland-Topor.
On devine ce qui s'est passé, nous allons apprendre comment ça s'est passé.

Et surtout, nous allons devoir répondre à de vraies questions qui seront posées à chacun d'entre nous.

C'est l'histoire d'une agression.
C'est une histoire ultra-violente. (Avec Beethoven parfois en fond sonore, impossible de ne pas penser à « Orange mécanique ».)
C'est une histoire baignée par la peur.
Dans un très joli mouvement arrière de reptation sur le ventre, le type se met à bouger pour prendre une position foetale.
C'est Juliette Plumecocq-Mech qui l'interprète, ce gars qui ne quittera pas le sol.
Et alors ? Ici, nous sommes devant un personnage complètement asexué. Un personnage qui pourrait être n'importe qui, vous, moi, n'importe qui, vous dis-je.

Elle va nous raconter. Comment c'est arrivé.
Elle va dire la violence, les mots durs, dans une sorte de logorrhée implacable.

Dans un bar, un homme s'est mis à abreuver le personnage sur scène d'injures et de gestes homophobes.
Ce personnage est resté pétrifié, il a eu peur.

Se déroule devant nos yeux et nos oreilles le récit halluciné de la violente agression.
Comme à l'accoutumée, les mots de Rémi de Vos font mouche, l'auteur nous balance des formules coup de poing dont il a le secret. Le texte est souvent glacial, parfois férocement drôle.
Dans la salle, c'est une alternance de silence absolu et de rires appuyés.
Nous sommes véritablement pendus aux lèvres de la comédienne.

Ce que va faire Juliette Plumecocq-Mech relève de la véritable prouesse artistique et physique.
Pendant presque une heure, elle ne quittera pratiquement pas la station allongée.
Une véritable chorégraphie, voulue par le metteur en scène Christophe Rauck, va se dérouler.

Elle dira son texte allongée en prenant des poses tout en tension, contractant en permanence les muscles abdominaux, disant le texte dans cet état de tension maximum. Le corps est en souffrance permanente.
On comprend aisément pourquoi sa voix est amplifiée par un micro hf !

Lorsque elle frappe le sol, un effet d'écho numérique intensifie la situation.

C'est du grand art ! C'est prodigieux !
Je souffrais pour elle, je compatissais à ce qu'elle devait endurer.
Claire Richard, la chorégraphe, lui a demandé vraiment beaucoup.

Bien entendu, cette tension permanente est en totale adéquation avec le texte.

Voici donc un moment de théâtre important.
C'est l'un de ces spectacles qui nous pose de vraies questions rendues essentielles, de par les actualités plus ou moins récentes.

Comment réagirions-nous face au type d'agression décrite ici ? (Vous aurez compris que je ne m'étendrai pas sur les faits, volontairement.)
Aurions-nous peur, nous aussi ?

Et quel genre de peur ?
La peur légitime, pour reprendre les mots de la comédienne, ou une terreur complètement paralysante, qui empêche toute réaction ?

C'est un spectacle fort, qui interpelle chacun de nous.

Rémi de Vos, Christophe Rauck et Juliette Plumecoq-Mech nous assènent un véritable uppercut.
Oui, décidément oui, il est des chocs vraiment salutaires !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor