• Classique
  • Théâtre de la Tempête
  • Paris 12ème

Timon d'Athènes

Timon d'Athènes
De William Shakespeare
Mis en scène par Cyril le Grix
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 30,00
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Le riche Timon vit entouré de flatteurs qui profitent de ses largesses.

Acculé à une situation sans issue, il compte en vain sur ceux qu’il avait comblés et organise un dernier festin… Il s’enfuit alors pour mener dans une caverne une vie solitaire, jusqu’au jour où il découvre un trésor qu’il distribue avec malignité aux adversaires d’Athènes.

Timon exhale ensuite son amertume dans un dialogue avec le philosophe Apemantus, son rival en misanthropie… Et voici venir les sénateurs : menacés par les troupes d’Alcibiade, ils supplient Timon de retourner dans la cité où l’on est prêt à lui rendre justice... Mais Timon ne reviendra ni ne pardonnera, allant jusqu’au bout de sa haine du monde aussi extrême qu’inexpiable. C’est avec Le Roi Lear que Timon d’Athènes offre la plus grande affinité : l’ingratitude y est source de folie et les actes de générosité mettent à la merci de débiteurs sans scrupules. Égoïsme, avidité cachée, orgueil aveuglent les personnages. Dans cette satire tragique, la figure de Timon oscille entre grotesque et sublime, grandiose et ridicule.

Timon d’Athènes ou la parabole d’un homme qui, ignorant le doute et la nuance, « n’a jamais connu le milieu de l’humanité, mais seulement les extrêmes ».

 

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26 mars 2017
9/10
29 0
Timon est prodigue, ses amis l’aiment parce qu’il a le pouvoir, l’argent, et il aime ses amis, ou bien cherche-t-il à s’en faire aimer en les comblant de cadeaux et de bienfaits ?

Rien ne manque, le banquet, la fête, les jolies femmes, boisson et nourriture à foison, tout est raffiné et tout est à crédit. Peintre, poète, sénateur, tous viennent à sa table et chantent ses louanges.
Un de ses compagnons Apementus le met en garde, réaliste ou misanthrope, disons un peu des deux. Le fidèle intendant, Flavius, tente aussi de ramener Timon à la raison. Timon est trop généreux, et les créanciers menacent. Pour calmer le jeu, sûr de l’amitié et de loyauté de ses amis, il leur demande à chacun une somme, quel n’est pas son désarroi en apprenant leur refus. Ruiné, il les invitera à un dernier festin. Ils n’auront que de l’eau et sa haine.

Timon s’enfuit et se réfugie loin de tout sur une grève, une carcasse de bateau lui sert d’abri. Là, il découvrira un trésor ! Que faire de tout cet argent ? Flavius retrouve son maître, mais Timon maudit l’humanité et veut finir ses jours dans la solitude.

Athènes est en feu, les troupes d’Alcibiade l’encerclent, les sénateurs retrouvent Timon et le supplie de revenir, il leur crache sa haine et les maudit.
Cette pièce peu jouée de Shakespeare, met en lumière la folie du pouvoir, l’argent trop facile. La mise en scène est sobre et dense, le décor esthétique et les costumes contemporains, le thème est intemporel.

La distribution est remarquable, avec en tête un Patrick Catalifo descendant aux enfers.
8,5/10
39 0
Un grand et beau spectacle : avec du souffle, épique et intelligent !

Le théâtre national populaire de Vilar n'est pas loin.
On aimerait en voir plus souvent !
Catalifo est remarquable surtout dans la deuxième partie (on aurait aimé dans la première partie ne pas le voir trop indiquer ce qu'il va jouer par la suite).
Xavier Bazin, Thibault Corrion et les autres acteurs le sont tout autant !
18 mars 2017
9/10
28 0
Le prologue a de quoi dérouter : un comédien seul en bord de scène, semblant émerger du brouillard, les deux pieds devant un micro des années 80, en tenue qui pourrait être celle d'un rockeur, explique la pièce en prétendant nous en donner la clé alors que résonne un orchestre de cuivres et batterie installé à Jardin. Sa voix réverbe. Il interroge le public qui à ce stade n'ose rien répondre : Vous me suivez ?

Arrivent trois comédiens en costume contemporain et chaussures vernies. Le décalage entre le niveau de langue du texte et leurs tenues choque encore plus. Et puis on s'habitue parce que le sens résonne énormément avec des situations qui semblent familières.

Le riche Timon vit entouré de flatteurs qui profitent de ses largesses. Acculé à une situation sans issue, il compte en vain sur ceux qu’il avait comblés et organise un dernier festin… Il s’enfuit alors pour mener dans une caverne une vie solitaire, jusqu’au jour où il découvre un trésor qu’il distribue avec malignité aux adversaires d’Athènes. Timon exhale ensuite son amertume dans un dialogue avec le philosophe Apemantus, son rival en misanthropie… Et voici venir les sénateurs : menacés par les troupes d’Alcibiade, pour supplier Timon de retourner dans la cité où l’on est prêt à lui rendre justice... Mais Timon ne reviendra ni ne pardonnera, allant jusqu’au bout de sa haine du monde aussi extrême qu’inexpiable.

La pièce mérite qu'on la résume car elle est peu jouée et peu connue, bien qu'elle ait été choisie par Peter Brook pour inaugurer les Bouffes du Nord, en 1975, dans cette même traduction de Jean-Claude Carrière. Pourtant Cyril Le Grix l'a créée il y a longtemps (2007). Elle l'accompagne donc depuis dix ans.
C'est une pièce magnifique parce qu'elle s'inscrit dans l'esprit élisabéthain de l'époque et que Shakespeare l'a écrite pour une grande troupe d'acteurs. rendez vous compte que l'on compte une quarantaine de personnages ... Les quinze comédiens ne sont pas de trop pour tous les interpréter.

On retiendra, évidemment, le charisme de Patrick Catalifo (qui a déjà joué à la Tempête d'autres pièces de Shakespeare comme Hamlet et le Songe d'une nuit d'été) dont le jeu, dans la première partie, est ponctué d'un petit quelque chose de nonchalant qui s'accorde avec le caractère du personnage qui dépense sans compter et en toute naïveté pour des "amis" qui se révéleront être des sangsues sans moralité.

Plus tard il incarnera l'homme assoiffé de justice, ne pouvant croire qu'on ne l'aime que parce qu'il est riche et qu'il est roi, qui mettra les coeurs à l'épreuve pour en avoir la certitude, puis enfin le misanthrope retiré du monde, ne se nourrissant plus que de racines, résolu à ne plus accorder sa confiance à personne et que rien ne pourra faire revenir sur sa décision.

Comme dans Le roi Lear, l’ingratitude est source de folie et les actes de générosité mettent à la merci de débiteurs sans scrupules. Égoïsme, avidité cachée, orgueil aveuglent les personnages. Dans cette satire tragique, la figure de Timon oscille entre le grotesque et le sublime, et la mise en scène révèle la puissance comique, sans occulter le sombre destin de Timon.

Aussi bien les excès de la première partie (qui pourraient d'ailleurs être poussés encore un peu, notamment les danses qui, le soir de la première, ne sont encore que des évocations de lubricité) que les renoncements de la seconde, on sent poindre les incohérences d'un système économique qui pourrait être celui du capitalisme occidental. Tout fait résonance. On en rit (beaucoup) mais cela donne à réfléchir ... la tyrannie par l'argent n'est que trop d'actualité et les dérives du monde contemporain transparaissent avec acuité. Que l'on parle de corruption et on voit très bien à quoi on peut penser, comme si l'auteur avait écrit hier.

La salle entière frémit quand on entend le diable ne savait pas ce qu'il faisait quand il a fait l'homme politique.

Les dialogues font mouche aussi sur le sens de l'amitié. Rares sont les personnes réellement désintéressées, y compris celles qui prétendent avoir de bonnes intentions et qui vous tournent le dos si leurs intérêts peuvent être mieux satisfaits ailleurs.

Timon est riche, mais c'est un coeur pur. C'est parce qu'il est désintéressé qu'il donne largement. Sans espoir de reconnaissance. Il croit ses "amis" semblables à lui. Son désespoir sera sans borne lorsqu'il aura perdu sa richesse ... c'est-à-dire précisément ses "amis". Seul Flavius, son intendant, lui demeurera fidèle.

La vie de Timon s'effondre comme métaphoriquement l'immense tableau pompier qui occupe tout le fond de scène. l'homme se traine hors de la carcasse d'un bateau. On le sent verser dans la folie et se fondre dans une haine sans retour.

Promettre c'est vraiment l'air du temps, dira-t-il avec amertume ... alors que les spectateurs n'osent en sourire, pensant aux récents rebondissements de la scène politique.

Il faut voir et écouter la moindre réplique de cette pièce dont la mise en scène fait ressortir toute la modernité.
8 mars 2017
10/10
69 0
William. Timon. Cyril.
Shakespeare, Timon d'Athènes, Le Grix.

Une claque.
Une véritable claque théâtrale, voici ce que m'ont asséné les trois personnes sus-nommées.
Une baffe salutaire en pleine figure.

Cyrile Le Grix nous propose sa version, je devrais écrire sa vision hallucinée de la tragédie réputée comme la plus difficile de Shakespeare.
Une tragédie ? Oui mais...

Timon est un riche et puissant seigneur athénien.
Il a énormément d'amis. Et pour cause.
Timon dépense sans compter, dilapide sa fortune, ses drachmes en festins, cadeaux somptueux et autres largesses à ces « amis » pique-assiettes et autres profiteurs éhontés.

C'est un homme bon, ce Timon... Et vous savez ce qu'on dit des hommes bons...
Pourtant, ce ne sont pas les mises en garde de son intendant qui manquent : Flavius sait bien que les caisses sont vides.
Et ce qui devait arriver arrive : plus d'argent, adieu les potes, même pas moyen de solliciter ces soi-disant copains. Tous refusent de prêter de l'argent pour des motifs plus fallacieux les uns que les autres.
Timon est ruiné et devient misanthrope comme seuls les misanthropes peuvent être misanthropes lorsqu'ils ont vraiment décidé d'être misanthropes.
Rien n'y fera, il mourra ermite sur une plage, dans la carcasse d'une barque.
Deux grandes parties dans cette pièce, donc, on l'aura compris.

Cyril Le Grix s'est emparé à bras le corps de cette tragédie qui regorge pourtant d'humour noir et de bons mots.
On rit souvent, dans Timon. La traduction de J.C. Carrière y est pour beaucoup.

Le parti-pris principal du metteur en scène a été de matérialiser le plus finement possible le passage de la verticalité de la première partie, dans le palais du personnage principal (de hauts panneaux noirs à jardin et à cour réfléchissent le reste de la scène) à l'horizontalité de la plage.
D'un homme bien debout, Timon devient un pauvre hère souvent allongé ou assis.
(Quelle métaphore pour nos sociétés qui acceptent pratiquement sans broncher de voir de plus en plus de gens vivre et dormir dans la rue.)

Au lointain, un gigantesque tableau pompier, même que plus pompier, ça ferait vraiment trop.

Le passage de la première à la deuxième partie, sans entracte, sera matérialisé par une formidable et magnifique trouvaille scénographique. Je n'avais jamais ressenti cela : l'image, le son, et bien sûr un souffle plus qu'épique ! (Je ne vous en dis pas plus.)

C'est Patrick Catalifo qui incarne Timon.
Il est é-pous-tou-flant !
Purement et simplement époustouflant.

De bonhomme jovial, joyeux, insouciant, voire libertin, il se transforme en ermite misanthrope, même que plus misanthrope, ça ferait également trop.
Un ermite aux yeux exorbités, à la chevelure hirsute, à la voix grave, rauque, hurlante.
Catalifo est phénoménal !

Dans sa carcasse de barque, il incarne ce type désabusé, bouleversant de colère, de rage, qui a désormais les yeux ouverts.

Le reste de la troupe est à l'avenant, avec notamment un excellent Xavier Bazin, qui interprète l'intendant Flavius, seul personnage constructif de la pièce.

On l'aura compris, Cyril Le Grix nous plonge au cœur d'une entreprise politique et citoyenne.
Le metteur en scène fait sien le propos shakespearien concernant les méfaits de l'argent, de la politique politicienne et la corruption qui gangrènent la Cité, pervertissent les âmes et avilissent l'Homme.
Il fait sien le message du grand William qui postule que le genre humain ne peut s'affranchir de ces fléaux. Shakespeare est d'un désespérant mais ô combien lucide pessimisme.

J'ai assisté à du très grand théâtre.
Une pièce de plus de quatre cents ans mais d'une troublante et confondante modernité, un metteur en scène militant, enflammé et très inspiré, une troupe de comédiens en état de grâce, une équipe technique très pointue, avec en prime trois talentueux musiciens de jazz en live.

Que demander de plus ?
Qu'est-ce que ça fait du bien, par les temps qui courent, d'assister à ce Timon d'Athènes !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor