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Tartuffe ou l'hypocrite, Ivo Van Hove

Tartuffe ou l'hypocrite, Ivo Van Hove
De Molière
Mis en scène par Ivo van Hove
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
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« S'il est une maison de théâtre où l'on ne sait pas comment on doit jouer Molière, c'est bien la sienne.

Ce n'est pas une boutade, aucune ou aucun des sociétaires ou pensionnaires de la Comédie-Française n'affirmera jamais rien le concernant, la fréquentation quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, annuelle, décennale, séculaire de son théâtre imposant avant tout la modestie. Désigner l'art du Patron, comme on le nomme en ces murs, serait aussi vain que de choisir un juste portrait entre les centaines de dessins, peintures, gravures et bustes qui tapissent les murs des théâtres et les salles de musées. Molière aux mille visages et au mille théâtres, bien malin celle ou celui qui désignerait l'authentique.

La seule autorité que nous puissions avoir, nous, en sa Maison (ou déclarée telle), c'est bien d'en dresser un portrait aussi douteux que riche, seule manière d'atteindre peut-être à un bout de vérité. Alors ne craignons pas de continuer à le pister dans toutes les directions, qu'elles soient fastueuses ou maigres, révolutionnaires ou potaches, fondées ou masquées, ciblées ou détourées. »

ÉRIC RUF

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18 févr. 2022
8,5/10
0
Black is black.

Ainsi voilà la fameuse version originale du Tartuffe, originale et sulfureuse !
Où Tartuffe n'est plus l'imposteur, mais l'hypocrite.
En trois actes et plus en cinq.

Ivo Van Hove, qui nous avait régalé avec "Les Damnés" sur cette même scène, s'en empare.

Au delà de la scénographie, visuellement sublime, que se passe t'il vraiment sur cette scène presque noire ?
Suffit il d'être sulfureux pour être transgressif ?

Malgré l'immense talent des comédiens, on s'interroge.
En particulier sur la relation entre Elmire et Tartuffe, où celle ci joue tout au long de la pièce un consentement évident qui n'est pas dans le texte !

Leur relation étant au centre de l'histoire, cela rend les scènes certes plus spectaculaires, mais aussi moins cohérentes.
Et pousse souvent les comédiens au surjeu.

Il manque à cette bonne soirée une magie à laquelle la Comédie Française nous a habitués.
C'est un spectacle qui reste ....un spectacle.

Et Molière ?
1 févr. 2022
9,5/10
5
Du pauvre hère à la fausse haire !

Ne nous cachez rien que nous ne saurions voir !

Ainsi donc, le voici, ce Tartuffe interdit dès la fin de sa première représentation, le 12 mai 1664, au Château de Versailles.

On le sait tous dorénavant, impossible de passer ces jours-ci à côté de l’info : sa majesté le XIVème le très chrétien censura en effet l’œuvre, au motif qu’il était hors de question de se faire d’un côté le chantre de l’orthodoxie catholique et de l’autre permettre à M. Poquelin de tourner en dérision les dévôts.

Grâce à l’universitaire Georges Forestier, LE spécialiste incontesténde Molière, et d’Isabelle Grellet, qui ont restitué finement cette première version, il a été possible pour Ivo Van Hove de travailler de façon assez unique.

Dame, ce n’est pas tous les jours qu’on vous propose de monter une pièce jouée une seule fois, et jamais à la Comédie-Française !


Cette version initiale, en trois actes, ne pouvait que convenir au metteur en scène, lui qui de toute façon n’apprécie pas le dernier des cinq parties de la version « autorisée » et sa fin très « fayote » envers le monarque…


Celui qui monta ici-même salle Richelieu Les damnés, puis Electre/Oreste ne va pas faire dans la dentelle.
« Son » Tartuffe sera un spectacle jusqu’au-boutiste, extrémiste, violent, sauvage, qui appelle un chat un chat.
Pas d’implicite, pas d’inférences.

Pour Van Hove, ce qui ce conçoit bien se montre très clairement, et réciproquement.

Même dans un environnement tout noir, comme le rideau fermé de la même couleur qui attend les spectateurs.

Durant presque deux heures, de vrais combats vont se livrer au sein d’une riche famille bourgeoise.
La religion sera seulement un prétexte : le metteur en scène belge nous montre un incroyable chaos familial, dans lequel toutes les relations se délitent, toutes les passions s’exacerbent en raison de la présence d’un pauvre type.

Ici, le sexe tient une part très importante, souvent vécu comme un autre combat lui aussi violent, parce que, qu’on le veuille ou non, c’est l’un des ingrédients très important du propos moliéresque.

Ce pauvre hère, ce mendiant, ce SDF, donc, dont nous allons avoir la chance de connaître le début de la relation délétère avec Orgon.

Une scène inhabituelle, jamais montrée, et qui pourtant se révèle ici être passionnante et ô combien porteuse de sens. Bien entendu, vous n’en saurez pas plus !

Des combats familiaux intenses, donc, symbolisés par l’installation d’un tatami immaculé, autour duquel les comédiens se salueront à moult reprises, à la façon des judokas.

Le procédé, même parfois un peu répétitif (comme certains effets visuels et sonores) ne laisse ainsi planer aucun doute.

Des combats « idéologiques » avec en meneuse Mme Pernelle tenante de l’ordre ancien (l’impressionnante et magnifique Claude Mathieu) face au Cléante plus « libéral », et des combats plus individuels.

Une nouvelle fois, Ivo van Hove a pu compter sur la brillantissime troupe des comédiens français (pléonasme, me direz-vous à juste titre), qui tour à tour par leur jeu et leur interprétation aigüe, intense, sur le fil, nous glacent, nous sidèrent, nous étonnent, nous passionnent, et nous font rire. Aussi.
Tous tirent le maximum de leur personnage, à la limite de la saturation. Comme si une urgence, un besoin de vérité retrouvée émanait en permanence de leur jeu.

Le patron de l’International Theater Amsterdam n’a pas son pareil pour créer un maelström sur un plateau.

Ici les corps humains sont traités de façon viscérale, physique, organique.

Les corps masculins et féminins sont mis à très rude épreuve, comme si notre humanité passait avant tout par la chair, en l’occurrence au propre comme au figuré !

Des corps qui sont soumis en permanence à de multiples tiraillements.

Une nouvelle fois, Van Hove sait peut-être comme personne installer l’exacte distance entre deux corps, au sein d’un très grand plateau.

Les scènes entre deux personnages, calculées au millimètre, précises au possible, sont celles qui à mon sens génèrent le plus de passion et de fascination.

L’affrontement entre deux être humains est ainsi exacerbé en permanence. (J’en veux par exemple pour preuve l’infime et très furtif mouvement de recul que Marina Hands esquisse face à son mari, nous faisant comprendre qu’elle est probablement battue.)


Comme à l’accoutumée, la scénographie et les lumières de Jan Versweyveld, les costumes d’An d’Huys participent eux aussi à la réussite de l’entreprise.
Grâce à ces deux grands artistes au côté du directeur d’acteurs, on sait dès les premières minutes que l’on va assister à quelque chose d’assez unique.


Cette fois-ci, c’est compositeur Alexandre Desplats qui signe une musique à la fois omniprésente et fortement discrète, avec deux grands procédés harmoniques : des nappes de cordes sombres, parfois angoissantes, et lors des rapports Tartuffe/Elmire, un piano éthéré, très réverbéré, qui lorgne du côté d’une sensualité troublante et ambigüe.

Là encore, de vrais parti-pris qui accompagnent parfaitement le propos général.

Et puis la fin. Et quelle fin...

Que l’on peut adorer ou détester, c’est selon. Qui en tout cas a le mérite de faire fonctionner notre matière grise et qui nous permet en tout cas de travailler intellectuellement : à nous d’imaginer la suite, ce qui se passe après que l’Hypocrite ait été démasqué.
La façon dont la famille va continuer de vivre, d’exister.

Ivo van Hove recadre cette famille-là d’une façon très contemporaine et très actuelle, avec une vision des nouveaux rapports familiaux modernes.

Une fin qui étonne et interpelle chacun de nous.

Il faut vraiment assister à ce Tartuffe-là !

On ressort du Français avec un regard « neuf » sur ce chef-d’œuvre du patrimoine théâtral.
28 janv. 2022
9/10
0
Virulent, Dynamique, Surprenant.

C’est avec grand plaisir et curiosité que nous assistons à la première version du Tartuffe ou l’hypocrite de 1964 en trois actes, plus caustique envers le clergé que celle que nous connaissons Tartuffe ou l’imposteur écrite en 1969 en 5 actes.

Tartuffe ou l’hypocrite fut joué devant Louis XIV en mai 1664 et interdit immédiatement.

Cette version a été restituée par gorges Forestier grand connaisseur de Molière « Molière Edition Galimard » avec la complicité d’Isabelle Grellet.

Ivo van Hove qui nous a enchanté ses dernières années par les mises en scène Des damnés 2016 et Electre/ Oreste 2019 retrouve la magnifique Troupe du Français pour nous présenter Tartuffe ou L hypocrite.

La scénographie de Jan Verweyveld est grandiose et imposante. Une structure métallique sur deux niveaux reliés par un immense escalier central, côte jardin et côté cour des chandeliers, des lustres et de magnifiques bouquets de fleurs.

Dans la pénombre, sur le devant de scène, un tas de couverture dans lequel git un clochard sans logis. C’est Tartuffe.

Plongé dans une baignoire, savonné, vêtu de neuf et recueilli par la famille bourgeoise d’Orgon homme croyant et crédule. Tartuffe maintenant élégant, séducteur, perfide et faux dévot envoûte le maitre de maison et sa mère. Il manipule son monde avec adresse pour arriver à ses fins et régner sur cette famille.Les désaccords et les conflits déjà existants s' accentuent entre eux. Les relations entre Orgon et son fils Damis se dégradent, ils deviennent agressifs et explosifs.

Orgon et Damis se réconcilierons-ils ?

En catimini Tartuffe séduit Elmire, la femme d’Orgon. Leur relation sera coquine et osée.
Marina Hands et Christophe Montenez © Jan Versweyveld

Elmire succombera-t-elle à son charme ?

Cette histoire mènera-t-il Tartuffe à sa perte ?

Ivo van Hove nous fait découvrir cette première version plus violente, plus sombre et plus libertine que Tartuffe ou l’imposteur.

C’est pétulant, dynamique, virulent.

Le tableau final est surprenant mais la surprise fait partie de l’art du théâtre.

La musiques de d’Alexandre Desplat accentue le désespoir de cette famille en perdition.

Les comédiens tous talentueux, nous réjouissent et nous entrainent avec virtuosité dans cette tragi-comédie familiale.

Claude Mathieu interprète avec élégance et dignité la mère d’Orgon Mme Pernelle.

Denis Podalydés « Orgon » toujours aussi extraordinaire, nous émeut, on ressent en lui une certainement fragilité, assujetti aux pouvoirs de Tartuffe, rugissant contre son fils pour ne point s’avouer vaincu puis anéantie par la vérité.



Loïc Corbery incarne Cléante avec grande prestance.

Christophe Montenez époustouflant Tartuffe, joue avec grand brio, tantôt charmeur, tantôt perfide, tantôt jouant de son charme, tantôt se flageolant, il nous enthousiasme et nous captive.

Dominique Blanc interprète avec grande justesse et douceur Dorine cette dévouée servante et nous sommes sous le charme.

Julien Frison formidable « Damis » en lutte acharnée avec son père, nous bouleverse lorsqu'il désire quelque peu d'indulgence.

Marina Hands magnifique Elmire sensuelle et charmeuse, nous ravie.

Beau moment de théâtre.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor