Rabelais

Rabelais
De Jean-Louis Barrault
  • Théâtre 13-Jardin
  • 103a, boulevard Auguste Blanqui
  • 75013 Paris
  • Glacière (l.6)
Itinéraire
Billets de 34,00 à 39,00
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« Pour rester fidèle à Rabelais et en donner un portrait qui ait des chances de lui ressembler, il fallait que l’entreprise fût folle. Il fallait le prendre dans sa totalité.

Il fallait extraire un spectacle de ses cinq livres, de ses lettres, de ses pronostications : de son œuvre en entier. » Jean-Louis Barrault

 

« Nous voilà en présence d’une matière festive, composée de joyeux propos de table, héritier d’une littérature de colloques et de banquets, où s’échangent mots et mets. Car l’on mange beaucoup chez Rabelais et l’on y boit encore davantage. Gauloiseries et bâfreries s’y succèdent ! Jusqu’aux plaisanteries sexuelles des farces ! La joie et le vin sont ici les maîtres de cérémonie. Ils permettent de mettre tout sens dessus dessous, à l’instar des fêtes des fous, venues tout droit du Moyen-Âge, ou des fêtes de l’âne, qui permettaient de célébrer le monde à l’envers. 

La pièce de Barrault n’a jamais été rejouée depuis 1968 et j’y vois là, avec la complicité de l’équipe du Studio d’Asnières et les forces du Théâtre Montansier, matière à créer un vrai spectacle de troupe, alliant théâtre, danse et musique. Une grande fresque qui saura osciller sans cesse entre le Rabelais « éternel rieur » et la figure du sage et de l’humaniste ». Hervé Van der Meulen

 

Note rapide
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14%
6 critiques
Note de 8 à 10
86%
Toutes les critiques
3 juin 2021
8/10
2
Par ma pantoufle que voilà un spectacle bien distrayant !

Rabelais, avait une soif et un appétit démesuré, pour la bonne chère et l’amour, il aura été tour à tour prêtre, médecin, mais surtout un grand pamphlétaire devant l’Eternel !

Ses écrits sont étonnamment modernes, crus certes, langage gourmand et fleurant bon le “verger de la France”.

Hervé Van der Meulen recrée l’épopée de Gargantua, Pantagruel et Grandgousier, avec beaucoup de panache et des interprètes talentueux. Ah je n’ai pas pu m’empêcher de rire à l’accouchement de Gargamèle commenté comme un match de foot !

On retrouve aussi Panurge, un bien vilain farceur qui pourrait être de nos jours poursuivi pour maltraitance aux animaux ! et aussi frère Jean un bien curieux moine mais ami de Gargantua.

Le spectacle est dynamique, haut en couleurs, musique, chants et danses, et acrobaties. Les costumes d’Isabelle Pasquier reflètent très bien les personnages et les situations.

Oui tout cela est bien savoureux, une belle fresque à voir et à écouter !
12 mai 2021
8,5/10
3
Pittoresque, Drolatique, Bouillonnant.

Jean-Louis Barrault grand admirateur de Rabelais, crée en 1968 un spectacle grandiose et impressionnant parcourant la totalité de l’œuvre de Rabelais.

En cette période de remise en cause de notre société, de soif de liberté et de renouveau, Rabelais pris dans la tourmente des grandes questions religieuses et politiques de son temps ne pouvait être que bienvenu.

Hervé Van der Meulen avec grand talent remonte ce magnifique texte et nous entraine joyeusement dans ce monde truculent où la bonne chair et le bon vin sont de mise.

Chants, chorégraphies, théâtre nous mènent à la rencontre de Grandgousier, Gargantua, Pantagruel, Picrochole, Panurge…

Les différents tableaux sont hauts en couleurs et l’on déguste avec grand plaisir la naissance légendaire de Gargantua, les aventures de ce gai luron de Panurge, la recherche de l’oracle de la Dive bouteille où nous sommes happés par la tempête foudroyante…

Bouffonneries, grivoiseries, extravagances sont liés à la philosophie Rabelaisienne de « libre penseur » et de bonheur.

La troupe de jeunes comédiens est bouillonnante, dynamique, talentueuse.

Les costumes d’Isabelle Pasquier sont étonnants, innovants et magnifiques.



La chorégraphie de Jean- Marc Hoolbecq et la musique de Marc Olivier Dupin nous transporte avec force et puissance dans ce spectacle pittoresque et réjouissant.
14 déc. 2018
8/10
2
Tout commence en 1968. Jean-Louis Barrault est alors directeur de l’Odéon. La grogne monte dans Paris.

Son théâtre est occupé par des étudiants qui voient dans ce théâtre le symbole de la culture bourgeoise et du gaullisme. Refusant de couper l’électricité pour déloger les occupants, le ministère de la Culture le congédie. Dans ce contexte libertaire, il créé avec sa compagnie le spectacle « Rabelais ». Un défi étonnant en choisissant de jouer l’intégralité des pièces de l’auteur. On oublie l’impertinence, la soif de vie et le côté grivois de l’auteur mais Jean-Louis Barrault connaît les œuvres et va les exploiter en rajoutant sa touche personnelle. Pour jouer cette pièce, il va occuper le ring du théâtre de l’Elysée-Montmartre sur une musique de Michel Polnareff et des danseuses du Crazy Horse. Là où était organisé des matchs de box, de catch prend vie une histoire loufoque avec 40 comédiens et 4h00 de représentation. 50 ans plus tard, Hervé Van der Meulen décide de redonner vie à ce projet audacieux dans son théâtre, le Studio Théâtre d’Asnières avec le théâtre Montansier de Versailles. Par contre, il choisit de réaliser une version plus courte de 2h45 avec 19 comédiens sur scène. Une prise de risque audacieuse comme il est bien rare d’en voir actuellement au théâtre. Et le résultat est à la hauteur de ce défi improbable. On y va retrouver tous les éléments : les voyages des héros rabelaisiens, les facéties de Panurge, les plaisanteries scatologiques, les disputes avec les autorités civiles, royales et religieuses, les guerres picrocholines et autres, les balades à Thélème et à la Dive Bouteille. Rabelais a été moine, médecin, voyageur, traducteur, auteur et reste d’une étonnante modernité. Cet humaniste condamné pour apostasie souligne dans son écriture l’importance de la liberté d’agir et de penser dans une société au pouvoir religieux inquisiteur. Pour ces histoires, il mélange plusieurs genres : le conte, la parodie, le roman d’aventure… tout en montrant la richesse du vocabulaire puisé aussi bien dans les langues mortes que dans les dialectes régionaux.

Une source d’inspiration qui insuffla bien des idées grandioses de mise en scène à Hervé Van der Meulen et aux scénographes Claire Belloc et Isabelle Szymaszek. On voit juste une grande toile bleue en fond de scène, des portes manteaux où sont déposés des costumes, des chaises et deux escabeaux. Cela suffit à nous emmener vers des mondes les plus stupéfiant. On met une planche sur un escabeau et nous voilà dans un château en pleine ripaille attendant la naissance de Gargantua. On rapproche deux espaces de siège et nous embarquons sur la mer au cœur d’un gigantesque bateau. Les comédiens montent en haut de l’escabeau et nous voilà dans un tribunal. De même, le bateau connaît une forte tempête. Un morceau de bois descend du plafond sur lequel est attaché cordes et toiles. Les comédiens s’en emparent et bougent vigoureusement. Effet garantie que nous tanguons au cœur du navire. Des détails même modernes s’intègrent comme des références à Bruce Lee ou Dragon Ball dans une scène comique avec un moine combattant. Que de détails à raconter tellement bien réaliser et intégrer avec intelligence. De même pour les centaines de costumes réalisés par Isabelle Pasquier et Alice Laforge vraiment travaillés jusqu’à l’infime petit détail. J’avais envie de prendre mon appareil photo et de prendre le temps de tout bien observer pour tout mieux voir et montrer. De même pour le maquillage d’Audrey Million. Les comédiens portent chacun des marques noires sur les visages qui leur donnent une nouvelle intensité dans leurs personnages. Et des personnages nous allons en rencontrer.
Les 19 comédiens qu’il faut citer : Étienne Bianco, Clémentine Billy, Loïc Carcassès, Aksel Carrez, Benoît Dallongeville, Ghislain Decléty, Inès Do Nascimento, Pierre-Michel Dudan, Délia Espinat-Dief, Valentin Fruitier, Constance Guiouillier, Théo Hurel, Nicolas Le Bricquir, Juliette Malfray, Mathias Maréchal, Théo Navarro-Mussy, Pier-Niccolo Sassetti, Jérémy Torres et Agathe Vandame jouent, chantent, dansent, miment… Chacun aura le droit à être mise en avant. Personne n’est laissé pour compte et tous collabore à rendre ce spectacle fantastique. On s’émerveille des décors, des costumes et des comédiens plus talentueux les uns que les autres qui nous emmènent dans un voyage où à aucun moment on ne s’ennuie. Jamais le sourire ne quitte les visages des spectateurs et les rires, toutes générations confondues, raisonnent à tout va.

Comment être insensible à cette prestation singulière pleine de fougue et de folie ? On ne peut pas. On se lève, on applaudit et on dit : Merci.
8,5/10
13
Un spectacle succulent et truculent, grand et beau, par sa forme étonnante et son texte détonant. Nous en sortons éblouis et heureux, le sourire aux lèvres, les yeux pétillants de souvenirs.
11 mars 2018
8,5/10
3
Vendredi dernier, lors de la cérémonie des César, Antoine Reinartz remporte la célèbre statuette de meilleur acteur dans un second rôle pour saluer son personnage de 120 battements par minute. Ancien élève du Studio Théâtre d’Asnières, la réussite du comédien met en lumière cette école de théâtre, lieu d’apprentissage unique en France. Dans le même instant, peut-être moins médiatisé mais tout aussi intéressant, le dernier spectacle d’Hervé Van der Meulen prend forme au Théâtre Montansier. Sur scène, 19 comédiens, dont la plupart sont encore en apprentissage, vont donner vie à Rabelais sous forme d’une épopée complexe, captivante, et gargantuesque.

Dans Rabelais, Jean-Louis Barrault a compacté l’oeuvre entière de l’auteur pour en faire un spectacle – spectacle qui, à l’époque, durait plus de 4h. Pantagruel, Gargantua, puis les Tiers, Quart, et Cinquième Livre sont à l’honneur dans cette pièce qui n’avait pas été jouée depuis 1968 et qu’Hervé Van der Meulen reprend en coupant un peu : le spectacle ne dure plus que 3h, entracte compris. La naissance incroyable de Gargantua, l’enfance extraordinaire de Pantagruel, les histoires de Panurge, et enfin leur voyage jusqu’à l’oracle de la Dive Bouteille pour résoudre les interrogations de ce dernier face au mariage, prétexte pris pour l’exploration et l’évocation ou la critique de différents modes de gouvernement, sont adaptés spécialement pour la scène.

Son époque, ou bien la notre ? Le texte, et particulièrement le prologue résonnent étrangement contemporains. Dans la première partie, on prend un malin plaisir à retrouver les aventures de Gargantua et Pantagruel, et le regard acéré que porte Rabelais sur ses contemporains et sur le monde en général. La deuxième partie est plus complexe, peut-être moins digeste, et la langue évolue également, nous portant plus vers un traité philosophique que vers un conte. Les cinq îles évoquées par les personnages, passage obligé pour accéder à l’oracle de la Dive Bouteille, sont autant de points de vue de l’auteur sur la société telle qu’elle est ou telle qu’elle devrait être ; jugement d’autant moins accessible aujourd’hui que la place de la religion a bien évolué – on comprend donc le propos comme une satire là où Rabelais évoquait davantage une utopie religieuse beaucoup plus libre.

Mais si mes oreilles lâchent parfois devant un propos nébuleux, jamais mes yeux ne quitteront la scène. La proposition d’Hervé Van der Meulen est foisonnante mais jamais artificielle. Les magnifiques photos de Laurencine Lot en témoignent : on connaît le talent de notre plus grande photographe de théâtre aujourd’hui, mais, mis au service du travail d’Hervé Van der Meulen, cela confère une dimension encore supérieure aux clichés. En effet, la vie et la folie qu’il instaure sur scène traversent les photos et nous donnent envie de nous joindre à la fête.

C’est exactement la même sensation qui s’empare de nous au cours du spectacle : rejoindre ces gais lurons et prendre part à la révolution humaniste rabelaisienne. Il faut dire que le plateau est toujours en mouvement, et que les comédiens se donnent corps et âme pour défendre leur partition : musiciens, chanteurs, danseurs, rien ne semble leur faire peur, mais rien n’est laissé au hasard : ici, les mouvements ne viennent pas combler un manque d’idée, au contraire. Jamais brouillonnes, les chorégraphies signées Jean-Marc Hoolbecq sont non seulement soignées et entraînantes, mais visuellement très réussies.

Des comédiens toujours à l’École, vous avez dit ? Difficile à croire pour Ulysse Mengue, Gargantua de corps et d’esprit, déroulant notamment son propos torcheculatif avec brio, avec une verve quelque part entre Cyrano et Scapin. Difficile à croire également pour Inès Do Nascimento, éblouissante de naturel et de profondeur dans son prologue, dont la présence lumineuse rendra grâce par la suite à chacun de ses personnages. Difficile à croire pour l’agile Aksel Carrez, dont le personnage de Gymnaste porte bien son nom, et qui nous envoûte lors de la leçon d’éducation de Ponocrates, avec sa voix claire et son visage lunaire.

Cela devient carrément inconcevable pour Nicolas Le Bricquir, pourtant élève en première année au Studio, qui a l’air de camper la moitié des rôles du spectacle à lui tout seul en dépensant une énergie folle et communicative dans chacun de ses personnages, sans jamais cabotiner une seule seconde. Un comédien à suivre, assurément. Saluons également la performance de Pierre-Michel Dudan, dont la merveilleuse voix de baryton vient compléter un jeu déjà empreint d’humanité.

Un spectacle riche et intelligent, qui donne envie de se replonger dans Rabelais.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor