Macbeth (Julien Kosellek)

Macbeth (Julien Kosellek)
De William Shakespeare
  • L'Étoile du Nord
  • 16, rue Georgette-Agutte
  • 75018 Paris
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Cinq actrices s’emparent de Macbeth pour raconter et jouer une des rares pièces du répertoire du théâtre mondial qui n’a pas besoin de résumé.

Une distribution jeune, cosmopolite et féminine interroge cet univers patriarcal et vieillissant, excessivement masculin. Un chœur de femmes qui chantent et jouent de la musique, changent le décor, changent de costume.

Elles sont tout à la fois les narratrices, les différents rôles et le paysage sonore dans lequel elles jouent. Macbeth est de l’étoffe dont sont faits les cauchemars : située à la limite entre rêve et réalité, la pièce interroge notre rapport au destin, au fantasme, au pouvoir. Elle donne à voir la fuite en avant d’un roi régicide qui, pactisant avec le diable, se désolidarise du monde social.

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Toutes les critiques
21 nov. 2019
9,5/10
25 0
The witch is back ! Girl powaaaaaaa !

Grâce à Julien Kosellek et ses cinq comédiennes, j'ai assisté hier à l'une des plus passionnantes version du chef d'œuvre du grand William qu'il m'ait été donné de voir ! Et je vous assure que j'en ai vu quelques unes !
Voilà, c'est dit ! D'emblée !

Et oui, vous avez bien lu. Cinq comédiennes.

Cinq jeunes femmes, d'origines différentes.
Le parti-pris de cette distribution inhabituelle est forcément de questionner l'univers masculin et patriarcal du théâtre élisabéthain,

Cinq filles qui d'emblée se posent en chœur féminin, face à nous, solidement ancrées sur la scène apparemment vide de l'Etoile du Nord, alors qu'au dessus d'elles, sont suspendus non seulement l'épée, mais également les attributs du pouvoir, les évocations de la Mort et les autres armes d'un terrible et impitoyable Damoclès.
Le décor est planté. L'inéluctable destin du Thane.

Le régicide. La peur, la paranoïa, la folie qui s'en suit.

Le chœur entonne une remarquable pièce vocale polyphonique.
Bientôt, nous reconnaissons une version très décalée du Stonesque « Sympathy for the Devil ».

Là encore, pas besoin d'un dessin.

Julien Kosselek a demandé énormément à son quintet.
Durant un peu plus de deux heures, toutes vont déployer une phénoménale énergie.

Elles vont tout faire.
Chaque comédienne interprétera plusieurs rôles.
A d'autres moments, un seul et même rôle sera joué par plusieurs actrices.
Elles seront les personnages, elle diront les didascalies, elles seront narratrices, elles seront traductrices...
Elles joueront de la musique. (Fort bien, d'ailleurs ! )
Elles s'occuperont des changement de décors, elles devront se changer sans habilleuses, elles souilleront le plateau...
Tout, vous dis-je !

Des moments burlesques irrésistibles vont alterner avec des scènes de grande tension.

Le rire va côtoyer en permanence la gravité, nous allons être totalement captivés par cette succession de différents angles dramaturgiques.
Ce parti-pris fonctionne remarquablement.

Les cinq filles possèdent toutes une sacrée vis comica, une formidable force comique.
Qu'est-ce qu'elles m'ont fait rire !
Les scènes des sorcières sont hilarantes.

Et puis, nous allons vivre une incroyable scène se déroulant dans le noir total, où l'on entend des tas de sons, d'exclamations, de bruits, (les amateurs de cris d'animaux se régalent ! ), avant que des lampes torches ne viennent perturber l'obscurité et les spectateurs.
C'est d'un drôle !

Les ruptures, les mimiques, les petites improvisations, les adresses au public, certains monologues, dont un « à la caïra marseillaise » sont autant de jubilatoires instants.

Mais les cinq nous glacent, également.
Je peux vous assurer que lors du meurtre de la famille Macduff, par exemple, la salle n'en mène pas large.
La palette de jeu de Mesdemoiselles Clauzel, Fuentes Uno, Kozlova, Mourousi et Spivakova est décidément très très large.

Il y a dans cette mise en scène quelque chose de viscéral, qui s'adresse non seulement au cerveau des spectateurs, mais à tout leur corps, à tout leur être.
Nous ne sommes pas ici dans un Shakespeare intellectualisé, pédant, sans imagination, avec une distribution-gadget, (suivez mon très récent regard du côté du Vieux-Colombier...), mais au contraire dans un ensemble judicieux de parti-pris dramaturgiques et scénographiques qui vous attrapent, vous bousculent, vous font réagir, vous embarquent dans un tourbillon.

Tout ceci est intelligent, malin, intense et très abouti.

En sortant du théâtre, impossible pour moi de ne pas penser que c'est forcément de cette manière-là que Shakespeare envisageait la mise en scène de ses pièces.

Et puis ce sentiment merveilleux de pouvoir se dire : « Voilà ! Le théâtre, c'est exactement ça ! »
7,5/10
2 0
Alors ?
Macbeth, remixé par cinq femmes, offre un spectacle bruyant. Déjà parce qu’il interpelle : interpréter une œuvre de Shakespeare en la vantant avec une « distribution jeune, cosmopolite, féminine » ; Macbeth sera donc une femme. Tonitruant, parce que les comédiennes chantent plusieurs registres et se les approprient pleinement. Assourdissant, notamment parce qu’il reprend les techniques bien rodées - dont on ne dira jamais suffisamment qu’un spectateur-habitué se lasse - j’ai nommé, le micro et la peinture rouge.

On passera sur les habits unisexes pour ensuite endosser des tailleurs représentant le pouvoir contemporain. Ces codes restent plutôt efficaces. Surtout qu’il s’agit ici d’un théâtre qui fait beaucoup de bruit pour... bien des choses ! Maîtrise du rythme, synchronisation travaillée, les bottines frappent en même temps le sol et les baguettes de batterie tournoient, tandis que les lunettes de soleil reluisent derrière le piano. Sans détour, les cinq voix envoient du lourd. Elles racontent, elles mettent en poésie, elles jouent. Tour à tour comédienne et musicienne, elles méritent chacune d’être citée : Viktoria Kozlova, Laura Clauzel, Ayana Fuentes Uno, Sophie Mourousi et Tatiana Spivakova.

Je me sens bien obligée de mentionner ce particulier moment de grâce lorsqu’elles interprètent leur propre version de « You want it darker » de Leonard Cohen. I wasn’t ready, my lord.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor