• Classique
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème

L'Heureux Stratagème

L'Heureux Stratagème
De Marivaux
Mis en scène par Emmanuel Daumas
Avec Éric Génovèse
  • Éric Génovèse
  • Jennifer Decker
  • Loïc Corbery
  • Laurent Lafitte
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
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« Bien que l’infidélité soit un crime, c’est que je soutiens qu’il ne faut pas un moment hésiter d’en faire une, quand on est tentée, à moins que de vouloir tromper les gens, ce qu’il faut éviter, à quelque prix que ce soit. »

Personnage féminin d’une liberté remarquable, la Comtesse est pour Emmanuel Daumas loin de la simple coquette. La pièce, qu’il dit « sans âge », a été écrite en 1733 pour les Comédiens-Italiens, à la même époque que Le Petit-Maître corrigé. Marivaux s’y concentre sur les rouages de la passion, qu’il met à nu sans passer outre leurs contradictions. L’intrigue se noue entre la Marquise, délaissée par son amant le Chevalier qui s’est épris de la Comtesse, elle-même amoureuse de lui et qui repousse désormais Dorante. La Marquise échafaude alors avec Dorante un stratagème : ils feindront de s’aimer, et même de vouloir se marier, afin d’aiguiser la jalousie de ceux qu’ils chérissent. Se jouent dans une symétrie magistrale les noces de Lisette et d’Arlequin, liées à celles des maîtres.


« L’épreuve marivaudienne n’est jamais à sens unique : il n’y a pas un personnage qui éprouve et un autre qui est éprouvé ». Suivant Bernard Dort, Emmanuel Daumas – qui a déjà présenté à la Comédie-Française La Pluie d’été de Marguerite Duras et Candide de Voltaire – entend scruter l’authenticité de ces personnages moins caricaturaux qu’ils ne paraissent. Loin des clichés d’une farce sur l’inconstance, la rivalité entre la Marquise, femme expérimentée, et la jeune Comtesse s’apparente à un parcours d’initiation, de la profondeur du sentiment exprimé dans l’instant jusqu’à l’expérience de son âpreté. Attentif aux pointes de cruauté en jeu dans l’allégresse de cette comédie, il choisit de diriger les acteurs dans un dispositif bifrontal, au plus près de l’émotion, du langage des corps et des regards.

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27 oct. 2018
8,5/10
10 0
De l'importance d'être inconstant !

Jamais Marivaux n'a été aussi proche de nous ......Quelle modernité.

Le texte tout d'abord, dans lequel, contrairement à ses autres pièces, Marivaux ne garde que l'essentiel.
Le féminisme de cette jeune femme qui revendique sa liberté de choisir, qui refuse d'être enfermée à vie dans un système de couple réducteur. Sorte de Dom Juan au féminin, mais plus fragile, plus incertaine.
Il y a la Marquise qui mène la danse, avec des accents de femme libérée... Mme de Merteuil avec un demi siècle d'avance.

La mise en scène et le décor qui nous rendent les personnages plus proches et leur jeu beaucoup plus naturel. C'est comme dans la vie, on ne voit pas toujours les gens en entier, ni de face.
La troupe se régale et nous enchante ... Mention spéciale à Laurent Lafitte, génial en séducteur ringard!

Seul petit bémol, le morceau de musique chanté trop souvent et avec un talent inégal, qui n'apporte rien.

Allez vous réjouir de cette merveilleuse confusion des sentiments !
Alors ?
Le théâtre du Vieux-Colombier n'est pas en chantier, mais c'est tout comme.

Des bâches très grossièrement peinturlurées ne peuvent avoir pour fonction que d'enlaidir le plateau. Les lumières blanches changent sans raison apparente. Le blanc immaculé du dispositif bi-frontal ne ravit même pas Nicolas Lormeau qui peste sur la peinture fade, sans relief. Chevalier en jogging, Frontin avec un Eastpak, les costumes auraient pu être sponsorisés par H&M pour parfaire une mise en scène grossière. Enfin, Billie Holliday n'a rien à faire là. Sa chanson "you go to my head" fredonnée bien trop de fois casse le rythme. Voilà le très heureux stratagème : qu'importe ces manies un peu ridicules du théâtre contemporain - serais-je tenter d'écrire - pourvu qu'on ait Marivaux et les comédiens du Français. Histoire marivaudienne par excellence - bien que la pièce ne marque pas non plus l'esprit - où les maîtres décident une chose et les valets suivent gaiement jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre. Au départ, il n'est pas question d'amour mais "d'une petite douceur à se voir", c'est-à-dire tromper son partenaire. La Comtesse (Claire de La Rüe du Can) et la Marquise (Julie Sicard) montrent qui est le sexe fort et comment elles parviendront à leur fin. L'une est plus enfantine car ses désirs d'infidélité lui font perdre la raison quand l'autre est plus froide et concocte sa vengeance. Le très délicieux Chevalier Damis (Laurent Lafitte) manque un peu d'esprit mais bong, on l'excuse parce qu'il est gascong. Dorante (Jérome Pouly), entre colère et désespoir, éclat de rire et maîtrise du sang froid, donne le ton à la pièce. Frontin (Éric Génovèse) est le personnage le plus surprenant : tel un écolier avec un cartable sur son dos, il remplit sa mission et communique sa jubilation. Le couple Arlequin-Lisette fonctionne à merveille (Loïc Corbery et Jennifer Decker).

Une mention particulière à Loïc Corbery doit être soulignée : sa naïveté en est presque émouvante.
Enfin, Blaise (Nicolas Lormeau) que l'on ne voit malheureusement pas beaucoup est ce jardinier terre-à-terre qui apporte une touche rustique à la pièce.
15 oct. 2018
7,5/10
1 0
De Emmanuel Daumas, je n’ai vu que sa mise en scène de Candide, il y a quelques années, au Studio-Théâtre. J’étais conquise, mais la distribution y était pour beaucoup. Là, j’étais déjà plus inquiète. Dans la distribution ne figuraient pas mon top Comédiens-Français, au contraire. Je suis arrivée un peu en traînant des pieds, ce dimanche où mon temps de divertissement était compté tant le travail pleuvait. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir. Voilà un spectacle qui s’écoute avec un certain ravissement.

La Comtesse aimait Dorante, mais Le Chevalier est passé et a séduit la Comtesse qui se met à délaisser son premier amant. Elle est persuadée de ne l’aimer plus – d’autant plus persuadée d’ailleurs que lui l’aime de tout son coeur. C’est plus facile de n’aimer plus lorsqu’en face on aime toujours plus et on jure un amour éternel. La Marquise, qui s’est vue délaissée par Le Chevalier, a bien compris cela, et propose à Dorante de se jouer d’eux pour reconquérir leurs coeurs : en feignant un amour naissant puis un mariage à venir, Dorante et La Marquise feront renaître la flamme dans le coeur de leurs amants respectifs. Car chez Marivaux, amour et jalousie ne sont jamais très loin…

Que je l’aime, mon Marivaux. J’étais un peu en froid avec lui depuis la découverte de son Petit-maître corrigé, vu à la Salle Richelieu il y a quelques années, et c’est ce souvenir qui m’a fait entrer à reculons au Vieux-Colombier. J’avais tort, je le confesse. Retrouver cette langue a ravi mon oreille. Tant de finesse, tant de subtilité, tant de clairvoyance dans les rapports amoureux et la complexité du coeur féminin… Je suis ravie de découvrir ce texte, mais aussi ravie de l’avoir entendu de pareille manière.

Elle est dure, cette pièce, pour les femmes. Claire de la Rüe du Can est une Comtesse délicate, un peu perdue, mais surtout très touchante. On lit parfaitement dans ses yeux le désarroi d’avoir perdu son Dorante, et sa peine m’a fait l’effet d’une gifle. Je me suis reconnue en elle, il y a quelques années. Et quand le poids de sa faute s’est pleinement révélée à elle, sa soudaine impuissance m’a donné des frissons. Julie Sicard campe une Marquise plus lucide sur la situation, et manipule ce petit monde avec finesse et, parfois, un petit ton narquois qui lui va très bien – ce qui ne m’a pas empêché de voir en elle une femme profondément blessée.

Une blessure qui se retrouve aussi dans le jeu de Jennifer Decker, moins mature que le personnage de La Marquise, plus naïve, plus enfantine. Touchante quand elle perd ses moyens, Jennifer Decker poursuit sa conquête improbable de mon coeur. Depuis plusieurs spectacles déjà, me voilà à l’attendre lorsqu’elle sort de scène, à ne voir qu’elle lorsqu’elle est sur le plateau. C’est une découverte – une redécouverte plutôt, puisque j’ai l’impression d’avoir devant moi une comédienne nouvelle. J’ai hâte de la revoir.

Et puis, quel talent de pouvoir ainsi dominer les penchants cabotins de Loïc Corbery ! Lui qui tend à retrouver ses vieux démons dans les scènes de valet, le voilà transformé lorsqu’il joue en duo avec Jennifer Decker. Quelque chose passe, entre eux, et c’est vraiment beau. De son côté, Jérôme Pouly a quelque chose de déchirant. Son amour pour La Comtesse est comme une évidence et on se surprend à en vouloir à La Marquise qui le malmène et l’oblige à porter la supercherie jusqu’au bout. Laurent Lafitte est le contrepoint comique de la pièce, et cela fonctionne si bien qu’on lui pardonnera un accent marseillais venu remplacer de manière totalement impromptue ses origines gasconnes. Les accents ne semblent d’ailleurs pas le fort de la direction d’acteur car j’ai trouvé celui de Nicolas Lormeau peu convaincant – mais rattrapé par une composition bien plus pertinente. C’est sur la proposition d’Eric Génovèse que j’ai plus de réserves, car si le comédien est toujours aussi délicieux, l’ambivalence de son Frontin m’a gênée : ce valet mène-t-il la danse ou n’est-il lui aussi qu’un pion dans ce grand jeu ? Ce n’est pas clair.

Voilà. Tout pourrait s’arrêter là, et tout serait bien merveilleux dans le meilleur des mondes possibles. Alors pourquoi Emmanuel Daumas a-t-il ainsi gâché son spectacle ? Rien de trop grave finalement, car la forme ne pèse pas trop sur le fond, mais la question se pose quand même. Pourquoi le directeur d’acteur si fin a-t-il laissé le metteur en scène en roue libre ? Pourquoi ce décor si laid fait de bâches et de coups de peinture (et on passera sur les costumes) ? Pourquoi ces intermèdes musicaux entre les scènes, qui ne font que ralentir un rythme pourtant bien introduit ? Pourquoi utiliser ici un dispositif bifrontal, si ce n’est pour simplifier les entrées et sorties des comédiens ? Pourquoi ces lumières si disgracieuses, pourquoi ces soudains bruitages venant interrompre un texte qu’on entendait si bien ?

J’ai comme l’impression qu’Emmanuel Daumas a eu peur de l’étiquette classique. Ce que j’ai vu ce soir, c’est une mise en scène fondamentalement classique, dans sa manière de faire entendre le texte, de gérer les déplacements, d’utiliser les symétries. J’ai eu l’impression qu’il cherchait à se faire violence pour proposer une scénographie volontairement disruptive, mais ne parvenait qu’à créer une incohérence entre sa direction d’acteur et ce qui l’entourait. Malgré tous ses efforts, son travail reste grandement conventionnel – et ce n’est pas un problème car pas à un instant on ne s’ennuie ! Mais cela reste dommage de s’être perdu dans des détails totalement contre-productifs.
14 oct. 2018
6,5/10
7 0
Deux couples sont réunis dans un espace indéfini. La Comtesse s’ennuie et se laisse courtiser par le Chevalier Damis (Laurent Lafitte) au grand dam de son amant Dorante (Jérôme Pouly) et de la Marquise (Julie Sicard) délaissée par le Chevalier. Les deux amants contrariés font alors croire à un nouvel amour entre eux et feignent jusqu’au mariage pour rendre la raison à la Comtesse et l’obliger à avouer son véritable amour pour Dorante.

La particularité frappante de cette pièce est qu’elle fait fi de tout contexte. On ne sait rien de la situation, il n’y a dans l’intrigue ni mariage arrangé ni problème de dot. Amour-propre, coquetterie et jalousie :  l’action se trouve recentrée sur ces balancements de cœurs incertains et bourgeois. De ces mouvements dépendra également le sort des trois valets et le dénouement de leurs amours (Loïc Corbery, Eric Génovèse et Jennifer Decker).

Malgré la raillerie que son caractère inconstant finit par susciter, la Comtesse a d’abord quelque chose de la femme moderne qui se rend maîtresse de son destin. Cette vision de la femme empreinte d'une volonté d'individualisme ne résiste pourtant pas à son égoïsme et à l'ordre social qui finit par la remettre sur le chemin de son devoir. Car malgré tout, on sent chez Marivaux l’obligation de respecter son époque : lorsque la femme se met à jouer les don Juan, la société se dresse à son encontre.

En Gascon un peu niais, Laurent Lafitte est jubilatoire. Son petit accent et sa façon d’être toujours dépassé par la situation le fait apparaître comme l’anti-héros (comme le Gaston de la belle et la bête). Les autres acteurs sur le plateau sont également très bons, tour à tour enjoués et désespérés.

Pour autant, la pièce se traîne et la mise en scène d’Emmanuel Daumas ne porte pas le texte : le bi-frontal n’ajoute rien et fait perdre certaines paroles des personnages. La scénographie et les costumes ne fonctionnent pas non plus. Surtout, l’interprétation de Claire de la Rüe du Can, parfois rugissante, fait basculer le personnage de la Comtesse vers un registre plus tragique que nécessaire. Les cris sont trop poussés pour du Marivaux, elle en devient peu crédible. Un problème de mesure donc !

Pour la première fois jouée à la Comédie-Française, on retiendra surtout de la pièce le génie de Marivaux à créer des personnages complexes, peut-être moins cette mise en scène. Très moyennement emballée!
12 oct. 2018
5/10
15 0
« L’heureux stratagème » ou….. être libre et faire souffrir :
la cruauté d’une « Don Juane » qui démontre parfaitement que « sa quête de liberté n’a d’autre conséquence que la souffrance des autres »

Deuxième expérience de Rentrée théâtrale avec la Comédie Française, cette fois au Vieux Colombier …..encore une soirée qui m'a décue….j'en attendais pourtant beaucoup!

Pas aimé du tout :
- Le dispositif bi-frontal avec un espace scénique trop bas par rapport aux fauteuils des spectateurs (côté sièges vieux colombier)
Je n’ai pratiquement rien vu de tout le spectacle sauf quand les comédiens passaient à côté de moi dans l’allée. Par contre, bien vu les têtes des spectateurs des 4 rangs devant moi qui s’agitaient en vain, en essayant de voir quelque chose.
Question : qu’apporte ce dispositif, inadapté à cette salle pas du tout faite pour ça !
L’intention du metteur en scène m’a échappé, même s’il s’en justifie sûrement auprès des critiques professionnels dans les dossiers qui leur sont remis, ou dans le programme spectateurs où la justification ne m’a pas paru claire.
- La chanson de Billie Holliday que je ne connaissais pas: que dit-elle au juste (pas de traduction) , que sert-elle au juste ?
On sait avec les cabarets que les comédiens français savent chanter -avec talent- mais est-il besoin qu’ils chantent à tout propos.
- Les « gasconnades -marseillaises- » du Chevalier…..l’accent n’y est pas et même il est tout à fait faux, et sa moustache de beauf rappelle certains Feydeau….
Les gascons ont certes des défauts, dommage qu’on ne leur attribue pas les bons. Son personnage m’a lassée.
- Les bermudas des domestiques qui sans doute se veulent la démonstration du mépris des maîtres à leur endroit « on prend part quelquefois au chagrin de ces gens-là »

Aimé moyennement
- En salle, le texte (que j’ai relu depuis, un peu pensum d’ailleurs … !)
Ne voyant pas grand-chose, il me fallait être bien attentive pour entendre ce texte, derrière les têtes qui s’agitaient devant moi ; J’ai parfois décroché, énervée de ne rien voir.
Et pour comprendre les retournements et les subtilités de l’intrigue qui est très compliquée. J’en ai loupé pas mal !
- Le jeu de Loïc Corbery.
Pas très à l’aise m’a-t-il semblé. Un Arlequin un peu pâle, un peu absent, pas très crédible.

Apprécié, même si je n’ai pas tout compris sur place,
- Le jeu des 3 comédiennes, excellentes.
Elles sont bien choisies et incarnent leurs personnages avec intelligence, fièvre et finesse.
- Celui d’Eric Génovese en Frontin qui ne manque ni de lucidité ni de pertinence lorsqu’il dit de la Comtesse « ce cœur-là, je crois que l’amour y campe mais qu’il n’y loge jamais »
Le cynisme de cette dernière, dans sa quête égalitaire de liberté, a été bien vu lorsqu’elle nous dit : « j’ai voulu plaire au chevalier comme s’il en valait la peine »
- Jérome Pouly, en Dorante, que je n’attendais pas dans un tel rôle et, qui se révèle humain, juste et émouvant.
- Un jardinier, Nicolas Lormeau qui parle patois sans que cela paraisse forcé. Contrairement à son collègue le Chevalier. Pas facile pourtant.

Au final, je ne suis pas sûre d’avoir bien compris où ce metteur en scène voulait en venir avec le bi-frontal, la scénographie faite toute de voile et de blancheur, les costumes dit modernes….et la modernité -révélée?- du texte…?

Cet ensemble nous donnerait à voir « l’incompréhension des êtres » et « le mystère et la fragilité des personnages » "l'ineffable qui habite le coeur des gens": Hum !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor