Le Cerf et le Chien

Le Cerf et le Chien
De Marcel Aymé
Mis en scène par Véronique Vella
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 23,00
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Delphine et Marinette sont de retour. Après Le Loup et son succès, la sociétaire Véronique Vella se plonge à nouveau dans Les Contes du chat perché de Marcel Aymé.

Le Cerf et le Chien se déroulent comme dans l’envers du premier décor : les fillettes ont grandi, elles ont désormais le droit de sortir sur le seuil de la maison, elles vont même découvrir la forêt... L’atmosphère confinée du logis aux règles strictes et austères est rompue par leur rencontre avec un autre animal sauvage, un cerf – beauté suprême de la nature. En l’absence de leurs parents et sous les conseils avisés du chat, elles le sauvent d’une meute de chiens.

De ses contes qui donnent la parole aux animaux, Marcel Aymé précise qu’ils « ne visent pas sérieusement à donner l’illusion de la réalité ». Celui-ci est proche de la fable de La Fontaine, Le Chien et le Loup. L’histoire du cerf prêt à se laisser apprivoiser par les fillettes s’entrelace avec celles du bœuf et du chien Pataud, formant un scénario qui donne lieu à une série d’ événements et autant de réflexions sur la normalité, l’amitié, le labeur, la soumission ou la liberté. Leurs aventures sont l’occasion de croiser théâtre et chansons.

Considérant le cerf comme un indomptable, Véronique Vella y voit l’ambivalence qui fonde la fable, et chacun de nous : « l’amour/la liberté » ou « comment se donner aux autres sans se perdre soi-même ».

 

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18 déc. 2016
7,5/10
97 0
Après Le Loup, Véronique Vella plonge dans un autre chapitre des Contes du chat perché de Marcel Aymé au Français. Avec Le Cerf et le Chien, la sociétaire s’aventure dans un univers gentiment désuet qui prône le droit à la différence et la tolérance. Les comédiens se prêtent volontiers à ces métamorphoses animalières et effraient autant qu’ils émeuvent.

Marinette et Delphine ont grandi : fini l’emprisonnement dans la maison, le monde extérieur leur ouvre grand les bras. Quand un cerf poursuivi par une meutre de chiens enragés demande l’asile, les jeunes filles acceptent et le protègent. Animal épris de liberté, le cerf va se plier aux exigences de la vie domestique mais le naturel reprend vite le galop… Un désir de retourner dans la nature qui se payera au prix fort.

Sous ses apparences de conte d’antan au vocabulaire d’autrefois et aux accents parfois un brin Bisounours, Le Cerf et le Chien laisse échapper des effluves de cruauté et de violence. Les chansons rétro ajoutées par Véronique Vella soufflent le chaud et le froid : parfum d’insouciance fleuri ou menaces à peine voilées. On sourit et on tremble. La belle scénographie de maison de poupée de Julie Camus nous prend par la main et nous entraîne dans un monde inquiétant et rassurant à la fois.

La metteur en scène n’a pas choisi de grimer totalement les comédiens en animaux : un accessoire suffit à éveiller l’imagination, et la personnalité des acteurs modèle la représentation de chaque bête : Michel Favory est idéal dans le rôle du chat philosophe avec ses habits élégants et sa patte de fausse fourrure ; Jérôme Pouly ressemble à un Cerbère effrayant, emmitouflé dans son gros manteau (mention spéciale au costume d’Isabelle Benoist et à ses multiples têtes canines) ; Stéphane Varupenne s’impose clairement en bœuf bourru, un peu simplet mais tellement attachant. Enfin, Elliot Jenicot était tout trouvé pour incarner un cerf rock-star avec ses bagouzes, ses bracelets et son air farouche.

Côté humains, Véronique Vella et Elsa Lepoivre sont malicieuses comme tout, sans verser dans la niaiserie éhontée ; Cécile Brune et Alain Lenglet campent à merveille des parents pas commodes.

Les petits dans la salle n’ont pas hésité à exprimer leurs émotions : surprise, terreur, joie ou soulagement. Les grands aussi se sont pris au jeu. Pari réussi donc.
16 déc. 2016
8,5/10
84 0
C’est devenu une tradition salutaire que petits (et grands !) attendent avec impatience : chaque fin d’année, la Comédie-Française propose un spectacle «pour enfants » à l’approche des fêtes et de l’arrivée du multi-centenaire barbu au manteau rouge.
Cette année, c’est une nouvelle fois Véronique Vella qui s’y colle. La sociétaire avait déjà monté « Le Loup » de Marcel Aymé, repris l’an dernier. Et c’est un nouveau conte du Chat Perché, le Cerf et le Chien, qu’elle nous propose aujourd’hui.

Ce Cerf-là est en fuite : une meute de chiens le poursuit. Il trouve refuge au sein de la ferme de Delphine et Marinette qui, très vite, arrivent à convaincre leurs rétifs parents d’accueillir ce curieux animal de compagnie au sein des leurs. Un bœuf se chargera de son intégration, sous le haut patronage du chat…et avant qu’un chien vienne aussi mêler sa truffe à ce joyeux attelage.

Marcel Aymé est un auteur bien trop subtil pour s’arrêter aux étiquettes : « contes pour enfants, spectacle jeune public, théâtre pour la jeunesse… ». LE CERF ET LE CHIEN est beaucoup plus que cela, et la mise en scène de Véronique Vella, virevoltante, joyeuse, généreuse, fait la part belle aux doubles lectures.

Car il s’agit bien ici d’une ode universelle à la liberté et à la tolérance… Le Cerf ne saura résister à l’appel de la forêt, non sans avoir traversé les contrées de la tolérance et du vivre ensemble, en compagnie de son compère le bœuf, et au contact de la petite troupe de Delphine et Marinette.

Véronique Vella a vraisemblablement pris énormément de plaisir à rassembler autour de son projet des comédiens à propos desquels on commence à manquer de qualificatifs pour décrire leurs prestations régulières. Cela en est usant.

Michel Favory prête son impériale placidité au Chat. Jérôme Pouly, trop rare, est un chien qui semble tout droit sorti des Damnés d’Ivo Van Hove lorsqu’il entre en scène…pour se laisser lentement séduire par la compagnie du Cerf et la vie paisible à la ferme. Cécile Brune et Alain Lenglet sont des parents parfaitement chafouins et besogneux, mais à la carapace vite attendrie.
Elsa Lepoivre et Véronique Vella sont des Delphine et Marinette absolument crédibles : elles ont 12 ans devant nous.
On sait déjà depuis longtemps que Stéphane Varupenne peut tout jouer : il passe d’un médecin tchekhovien à un bœuf guitariste avec une déconcertante facilité (et jouer de la guitare avec des gros sabots ne doit pas être facile…).
Elliot Jenicot, enfin, est un cerf majestueux et rock and roll. Son corps élastique est parfait pour camper ce seigneur des forêts, épris de liberté, et de Cat Stevens.

La trouvaille de cette adaptation, outre la fantaisie permanente et les moments chantés (formidable labour rock entre le bœuf et le cerf) est l’habile intégration de la narration d’Aymé au sein des dialogues de chaque comédien.

Tous ceux qui ont été sensibles un jour à l’appel des forêts, au spectacle merveilleux d’un ciel étincelant, à l’envie irrésistible de dormir à la belle étoile, trouveront un grand plaisir à voir ce spectacle qui est une merveille d’intelligence : nul ne doute que les travées du Studio-Théâtre seront vite prises d’assaut pour aller applaudir cette petite troupe.
12 déc. 2016
7/10
93 0
Quel ravissement de voir un si jeune public découvrir le théâtre à travers Marcel Aymé !

Pour l'occasion, un programme du spectacle adapté aux enfants et des bonbons Haribo à piquer avant d'entrer en salle (les grands parents n'ont qu'à fermer les yeux)... Tout est fait pour que les enfants se sentent comme chez eux !

La mise en scène de Véronique Vella est très réussie. Quelle surprise de la retrouver en "Fifi Brindacier" après son rôle dans l'Interlope ! Elsa Lepoivre et elle font de parfaites petites, ingénues et ingénieuses. Entre un Stéphane Varupenne sans cou, bovin un peu benêt mais si gentil et un Elliot Jenicot au sommet de son art rock'n'roll se tisse l'amitié du boeuf et du cerf qui nous rappelle que l'amitié va au-delà des apparentes différences. Le chien, Jérôme Pouly, fait aussi le choix de l'amitié et du dévouement. Cela doit être drôlement amusant pour les acteurs, ce public qui pointe du doigt le méchant chien chef de meute, rigole sans se priver et se retourne à chaque fois qu'un des personnages regarde hors scène, comme si l'action pouvait venir de tous les côtés. Plus de barrières donc, soyons libre de tout !

Une belle morale, un plaisant moment d'insouciance et un beau travail de troupe, voilà ce que j'en retiens !
3 déc. 2016
9,5/10
90 0
Un élan de bonheur et d’amitié dans un monde cruel.

Il était une fois, une scène enchantée où vivaient Delphine et Marinette, deux fillettes rayonnantes et épanouies, un père et mère, souvent affairés aux champs, un chat, indolent et intellectuel, et un bœuf, joyeux et travailleur. Mais un jour une chasse à courre, avec sa meute de chiens assoiffés de sang, passa, poursuivant un cerf, majestueux et fier…

Le cerf et le chien, est un conte, musicale, fantastique (dans tous les sens du terme), sublime, pour les petits bouts, mais également pour les grands enfants qui aiment retrouver leur âme de gosse, le temps d’une soirée. Une fois de plus, Véronique Vella signe une mise en scène magnifique, rythmée, alternant la narration, le jeu et le chant avec brio. Les comédiens jouent à la perfection les animaux, de par leur gestuelle, leur comportement et leur cri. Pas besoin de déguisement, juste des costumes évoquant la robe de l’animal qu’il représente et une main gantée pour y croire. Et j’y ai cru, réellement cru.

Et pour finir cette critique élogieuse : chapeau à Messieurs Stéphane Varupenne, le pauvre bœuf, et Elliot Jenicot, le cerf voltigeant.
30 nov. 2016
9,5/10
170 0
Sept ans après avoir mis en scène « le loup », le premier conte du chat perché, Véronique Vella persiste et signe !
Elle propose aux petits (et aux grands...) spectateurs du Studio-Théâtre de la Comédie Française sa version d'un autre conte de Marcel Aymé, « Le cerf et le chien. »

Et comme elle fait bien !
Et comme elle a raison !

Une nouvelle fois, elle s'adresse aux enfants en tant qu'êtres intelligents, qui réfléchissent, des spectateurs à part entière, et non pas des spectateurs en devenir.

Le théâtre de Véronique Vella est un théâtre authentique, fait de vérité et de respect pour les petits qui viennent avec leurs parents ou grands-parents.
(Soyons clairs et honnêtes : combien d'adultes seuls ou en couple se rendent également à ce spectacle pour enfants...)

Véronique Vella, qui a lu et bien lu Bruno Bettelheim et sa psychanalyse des contes de fées, Melle Vella sait le pouvoir du conte : un conte est là pour exercer un pouvoir de métaphore, un pouvoir de faire passer dans les têtes plus ou moins blondes des concepts fondamentaux sans en avoir l'air !

Ici, c'est la liberté, le respect de la différence, l'esprit de tolérance qui sont mis à l'honneur.
C'est également la capacité à vivre des expériences tout en s'armant face au monde extérieur.

Pour faire passer ces émotions et ces concepts, La metteure en scène s'est entourée de ses camarades comédiens français.

Elliott Jennicot est le cerf, majestueux, coureur des bois, épris de liberté.
Le comédien, connu pour ses talents de mime et sa grandiose gestuelle, étincelle une nouvelle fois.
Avec son habit queue-de-pie, ses hautes guêtres, sa large ceinture à l'énorme boucle métallique et ses cheveux hérissés, il a vraiment fière allure !

Les autres animaux sont également parfaits.
Le bœuf-Stéphane Varupenne est jovial et drôle.
Le chat-Michel Favory est malin et roué.
Le chien-Jérôme Pouly est tour à tour menaçant, (son apparition, en cuir noir et un Lüger à la main, fait froid dans le dos...), il est aussi attendrissant, émouvant, touchant.

Ces quatre-là s'en donnent à cœur joie. On voit qu'ils s'amusent. Ils nous ravissent.

Les parents, Cécile Brune et Alain Lenglet, (un martinet à la main), bourrus à souhaits, surprotecteurs, sont épatants.

Véronique Vella et la grande Elsa Lepoivre, elles, incarnent avec quelle grâce et quelle espièglerie Delphine et Marinette, les petites de huit-dix ans.
On comprend bien leurs motivations, leurs peurs, leurs angoisses, et leurs capacités à apprendre par le biais du vécu et des expériences.

Un coup de chapeau à Isabelle Benoist, la costumière qui a suivi les consignes de la metteure en scène : dessiner et confectionner des costumes avec des petits mais subtils indices qui font penser aux animaux.
Je vous laisserai découvrir ces indices et notamment ceux qui évoquent la meute de huit chiens courants. Une vraie trouvaille !

Et puis, il y a les parti-pris scénographiques de Véronique Vella !
Des idées qui font mouche, qui déclenchent des fou-rires (la scène des sillons de labour est drôlissime), des idées vraiment spirituelles.

Sans oublier la musique.
Melle Vella sait aussi le pouvoir des chansons.
Elle a demandé au compositeur Vincent Leterme et à la parolière Lucette-Marie Sagnières des chansons qui s'insèrent parfaitement dans le déroulement dramaturgique de la pièce.

Voici donc un théâtre intelligent, un théâtre respectueux de ses petits et grands spectateurs, un théâtre vrai, un théâtre qui fait réfléchir, même sans avoir l'air d'y toucher.

Un grand merci, Melle Vella !
On vous « ayme » !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor