La vie est un songe

La vie est un songe
Mis en scène par Clément Poirée
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 32,00
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Sigismond, prince héritier de Pologne, vit au secret dans une tour depuis que le roi Basile a lu dans les astres que son fils livrerait le royaume à la violence.

Au terme de son règne, Basile veut donner une chance à son fils en le soumettant à une épreuve : on transporte Sigismond endormi à la cour.

Saura-t-il se comporter en prince ?

Les thèmes croisés de l’illusion et de l’erreur, du désabusement, de la fatalité et du libre arbitre donnent toute sa portée à ce chef-d’œuvre du théâtre baroque espagnol, porté par un souffle épique. 

 

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16 oct. 2017
8/10
10 0
Ne suivez pas mon exemple. J'ai cherché à "rentabiliser" mon déplacement à la Cartoucherie et j'ai enchainé La Mort de Tintagiles avec La vie est un songe. C'était trop. D'abord parce que cette pièce est longue et qu'ensuite elle réclame une attention sans faille.

C'est une épopée métaphysique qui, forcément, nous amène à nous poser de multiples questions, ce qui en soit est très positif.

Sigismond, prince héritier de Pologne, vit au secret dans une tour depuis que le roi Basile a lu dans les astres que son fils le destituerait et livrerait le royaume à la violence. Au terme de son règne, Basile est devant une alternative : remettre la couronne à Astolphe et Étoile, ses neveu et nièce, ou donner une chance à son fils en le soumettant à une épreuve : on administre un narcotique au prisonnier, et le voilà transporté dans le palais royal où on le traite en prince. Mais Sigismond s’y comporte en véritable brute. A nouveau endormi, et renvoyé au cachot, on le persuade qu’il a vécu en songe. Mais une révolte éclate et le peuple, libérant Sigismond, le proclame son souverain. Maintenant chef de guerre, se laissera-t-il aller à sa fureur vengeresse ? De grands changements toutefois se sont produits en lui. Héritier légitime, victorieux sur lui-même, Sigismond rétablit l’ordre, pardonne à son père, et fait par la sagesse de ses décisions l’admiration de tous. Mais c’est l’amour, sous les traits de Rosaura, sa jumelle en infortune – abandonnée par son père Clothalde puis trompée par Astolphe – qui aura été le grand agent de sa métamorphose. Comme dans un conte, c’est par les plus invraisemblables péripéties et dans le feu des passions que la vérité vient au jour. Lucidité et pondération, justice et honneur, amour et liberté en sont les maîtres mots : Sigismond ou le Destin de l’homme.

Clotaldo, le vieillard, s'alarme dès le début de la pièce. Nous ne sommes qu'au premier jour et il s'interroge : Quel est ce confus labyrinthe où je me trouve perdu et où ma raison marche sans guide ?

Calderón a écrit en 1636 un déroulement sur trois jours, qui comportent chacun plusieurs scènes. Il donne comme indication de lieu "un site sauvage. Des montagnes. Une caverne" ... et la scénographie élaborée par Erwan Creff est fidèle à l'esprit quoique déroutante pour le spectateur qui ne sait pas à quelle époque on se situe ni à quel endroit ... imaginant plutôt ce qu'on appelle un théâtre d'opérations (militaires). C'est au final astucieux puisque cela permet d'asseoir l'universalité du propos. Cependant l'éclairage au néon peut déranger les yeux fragiles.

Si Calderón invoque des croyances liées à la superstition aux astres il n'est pas compliqué de les imaginer dans un contexte contemporain. Les rapports entre honneur, morale et politique n'ont besoin d'aucune transposition. L'actualité est frappante.

Clément Poirée (dont c'est la première mise en scène en tant que directeur de la Tempête) a travaillé avec un oeil quasi cinématographique tout en respectant la spécificité baroque de ce théâtre. Les péripéties s'enchainent dans la démesure. Il y aura plusieurs tempêtes, de la neige, des évocations de terres lointaines.

Ce que l'on voit est-il songe ou mensonge ? Le questionnement est plusieurs fois repris, par plusieurs personnages. Avec le double sens du mot songe qui peut être compris comme rêve ou comme prédiction. En fin de compte nous sommes interrogés sur le sens qu'on peut donner à une vie qui, parfois semble n'être qu'une illusion.

Comme le dit Sigismond lors de la deuxième journée :
– Qu’est-ce que la vie ? – Une fureur. Qu’est-ce que la vie ? – Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe et les songes mêmes ne sont que songes.

De multiples métaphores font osciller le spectacle entre conte métaphysique et fable politique. Clément Poirée a voulu signifier combien il fallait s'extirper de nos pulsions pour atteindre la civilisation. Les dialogues ont été écrits il y a plusieurs siècles mais ils continuent de résonner aujourd'hui alors que nous n'avons guère de barrières, dans quelque domaine que ce soit.

Les comédiens qui interprètent parfois plusieurs personnages sont pour beaucoup dans la prise de conscience du spectateur qui ressort troublé, se promettant de lire le texte parce qu'il n'a jamais fini de s'interroger ...
1 octobre, 16h, Paris
Le rêveur doit garder secret son rêve durant trois jours pour que celui-ci se réalise. La pièce La vie est un songe s’étend sur trois journées. La mise en scène de Clément Poirée met en avant ce chiffre trois, l’un des fils conducteurs de son spectacle. En effet, nous pouvons, dès le début, discerner, dans un brouillard de fumée, lequel apporte une impression de flou matinal, une scène divisée en trois niveaux par des rideaux de chaque côté de celle-ci. Dans ce brouillard nous pouvons deviner trois personnages qui s’avancent à tâtons au milieu du désert. Ces personnages semblent plus relever du registre animal que de l'humain. Un quatrième entre, il porte une couronne. Puis noir cut, crash d’un avion… C’est Rosaura qui arrive, accompagnée de Clairon.
Le trois est aussi considéré comme le chiffre parfait, ce qui peut expliquer sa présence dans le texte de Calderón, auteur qui appartient au théâtre baroque espagnol. En effet, il y a trois prétendants au trône de Basile : Sigismond, Astolphe et Etoile. Basile a « trois choses à considérer » pour décider à qui il doit le confier. Enfin, le breuvage que Clothalde donne à Sigismond pour l’endormir est constituer de trois plantes, « l’opium, le pavot et le jusquiame ».
Nous pouvons également souligner la place de l’illusion, de l’incertitude présente dans le spectacle. En effet, les lumières appuient une vision onirique grâce à la fumée. Les personnages disparaissent dans les rayons de lumière comme s’ils étaient des figures fantomatiques. Par ces jeux de lumières et de fumée, les personnages sont souvent semblables à des ombres. Nous sommes donc d’une certaine façon comme à la place des hommes dans la caverne de Platon en train d’observer quelque chose sans savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. La frontière entre le rêve et la réalité est extrêmement fragile.
Le theatrum mundi a donc également une place importante. En effet, plusieurs personnages, comme Clairon ou encore le roi Basile, s’assoient sur les marches entre les sièges du public et ils observent l’action de la même place que nous. Ils sont un peu comme des spectateurs intérieurs. Au début, le roi Basile observe le public à l’aide de sa longue vue. Nous sommes donc d'entrée de jeu concernés par l’action qui va se dérouler devant nous. Cette idée est soulignée à la fin du spectacle où nous avons l’impression que lors du premier salut ce sont encore les personnages qui sont devant nous. En effet, Sigismond porte encore son manteau de roi et les autres l’aident à le porter. Lorsqu’ils reviennent, il l’a ôté, et la salle s’éclaire totalement. Nous avons donc été pendant tout le spectacle les sujets du roi à qui l’on a joué une comédie. Ceci peut également expliquer le ridicule du roi Basile, et également d’Etoile qui, en outre, apparaît réellement superficielle. De surcroît, la mort de Clairon a l’air d’un songe, puisqu’il se relève tout de suite. Il retire sa veste et ses lunettes d’aviateur qui représentent son corps.
Nous pouvons donc dire que nous assistons donc au « grand théâtre du monde ».
8,5/10
8 0
Pure illustration du théâtre Baroque, cette comédie de Pedro Calderón, crée en 1636, se rapproche de l’« auto sacramental » (pièce de théâtre espagnole basée sur une allégorie religieuse), genre dans lequel s’illustrera particulièrement Calderón dans la deuxième partie de son œuvre prolilifique.

Ce long poème épique et métaphysique interroge sur l’existence, nous contant par épisodes une double-histoire dans laquelle nombre de sujets sont traités. La superstition aux astres nourrissant la croyance humaine ; les velléités de l’amour et de ses trahisons ; les marques de l’honneur traversées par la morale ; les soumissions au pouvoir politique.

Rosaura recherche son amant Astolphe pour se venger d'avoir été abandonnée. Le roi Basile appelle à ses côtés son fils Sigismond qu'il a emprisonné depuis l’enfance pour déjouer le destin promis par les astres. Les deux histoires vont se croiser et n’en faire qu’une et nous faire vivre des péripéties grandioses où la magie des images, l’onirisme des situations et la profusion des répliques nous envoutent et nous emportent, nous laissant étourdis.

La symbolique du songe, souvent présente dans le théâtre baroque, est utilisée ici par Calderón pour dresser un tableau foudroyant et complexe, baigné d’illusions permanentes, sur l’origine et l’apprentissage du bien et du mal, sur l’inné et l’acquis, le découvert et l’appris. Argumentées dans une langue riche et magnifique, les questions qui traversent le récit n’hésitent pas à nous interpeller par le biais des personnages.

« … Qu'est-ce que la vie ? Un délire.
Qu'est donc la vie ? Une illusion, une ombre, une fiction ;
le plus grand bien est peu de chose,
car toute la vie n'est qu'un songe,
et les songes rien que des songes. » (Extrait du monologue de Sigismond)

La vie ne serait pas l’essentiel de l’existence mais un préambule d'un au-delà. Vivre comme dans un rêve où vivre ses désirs, défier le mal et le temps.

Comédie du bien et du mal, tragédie du désir, cette pièce nous conduit à réfléchir sur ce qui fonde la sagesse et les notions d’amour, d’honneur et de pouvoir (triptyque récurent chez Calderón). Tout ce que nous appelons volontiers aujourd’hui : responsabilité, conscience de soi et liberté de pensée.

La mise en scène de Clément Poirée joue avec maestria dans le registre de l’étrange, du doute, du fondu-enchainé entre réel et mystifié, entre présent et suggéré. La scénographie soignée, les lumières et les sons éclatants aident à la fabulation. Les monologues et les dialogues cruciaux sont souvent données parmi le public ou proche de lui. Le tout est haletant et lent à la fois, la violence est discours.

Nous sommes dans un temps de théâtre particulier où le fabuleux côtoie l’invective et la drôlerie côtoie la sauvagerie. Les jeux des comédien·nes nous tiennent en haleine, leur diction est précise et les situations sont vécues avec un engagement forcené et élégant.

La distribution est brillante. Un bémol toutefois pour le personnage de Sigismond, joué « techniquement », moins habité que ses propos l’exigent sans doute. À noter, John Arnold en roi Basile qui explose d’ardeur et Morgane Nairaud qui étincelle en Rosaura.

Un spectacle lumineux, vivant et surprenant pour une pièce-phare de Pedro Calderón.
24 sept. 2017
5/10
9 0
Le début est horriblement long, pendant 10 minutes, 3 hommes de noir vêtus arpentent la scène, je vous préviens, le spectacle dure réellement 2h30 si ce n’est plus !

Là aussi, texte long et dense de Calderon, trop long... Je n’ai rien contre les comédiens qui sont bons, et certaines scènes ne manquent pas de piquant, mais un ennui profond m’a gagné...

L’histoire : Sigismond, prince héritier de Pologne, est enfermé dans une tour, sur ordre de son père le roi Basile. Astolphe (borgne) et Etoile (claudicante et maniérée) ses neveux et nièce seront peut être les prochains souverains.

Basile redonne sa chance à son fils, celui-ci est tiré de sa tour et emmené au Palais où il reçoit les honneurs dus à son rang. Mais il se révèle tyrannique, vraie brute et retour à la prison !

L’amour ? il y a la belle Rosaura, qui ne songe qu’à se venger de l’affront de Astolphe, qui lui a fait croire qu’il l’aimait, il y a Clothalde le père de la jeune fille. Un vrai mou, une diction lente, qui prête à rire dans certaines situations. Il y a Clairon, un pitre qui sera bien malgré lui enfermé dans la tour mais libéré plus tard. Est-on dans un rêve ou est-ce la réalité ? Sigismond s’y perd.

Mes yeux ont souffert, beaucoup de projecteurs dirigés vers le public...

La mise en scène gagnerait a être resserrée, quelques coupures dans le texte seraient bienvenues...
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor