La Ronde

La Ronde
De Arthur Schnitzler
Mis en scène par Anne Kessler
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 45,00
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Alors qu’il voulait initialement intituler son œuvre La Ronde d’amour, Arthur Schnitzler en modifia le titre pour minimiser les risques de la censure qui touchera néanmoins sa pièce un an après sa publication en Allemagne en 1903.

On considérait alors que l’auteur et médecin viennois – que Freud reconnaissait comme son « sosie » sur le plan artistique – y portait atteinte aux bonnes mœurs. Dans cette suite de saynètes convoquant à chaque fois des personnages issus de classes sociales différentes – prostituée, soldat, femme mariée, comte... –, il met en scène une rencontre qui s’achève juste après l’acte sexuel, évoqué par de simples points de suspension. À chaque révolution de la ronde, l’un des deux protagonistes se retrouve dans le duo suivant.

Cent vingt ans après l’écriture de cette curiosité théâtrale, trois décennies après la mise en scène d’Alfredo Arias avec la Troupe, Anne Kessler se prend au jeu de son étrange mécanique et des ressorts qu’offre une telle circulation du désir. Pour sa huitième création à la Comédie-Française, la sociétaire déploie son inventivité sensible, déjà à l’œuvre dans sa Double Inconstance de Marivaux reprise cette saison. Échappant au folklore du lit à baldaquin, elle creuse la densité de cette valse en dix dialogues sur laquelle plane à l’époque la menace de la syphilis.

L’auteur pensait son petit chef-d’œuvre impubliable mais pressentait déjà qu’il jetterait « un jour singulier sur certains aspects de notre civilisation. »

Note rapide
Toutes les critiques
14 janv. 2017
4/10
46 0
Cette pièce m'a laissée totalement indifférente. Une première dans ma vie de spectatrice à la Comédie Française !

La pièce d'Arthur Schnitzler a été remaniée d'une drôle de façon, en ajoutant un narrateur en la personne de Louis Arene (qui du reste tient bien son rôle). Mais d'une ode à la légèreté dans la société viennoise de la fin du XIXeme où les valses s'enchaînent et les couples se font et se défont dans un tourbillon, la pièce est devenue une insipide recherche des parents du narrateur. "Die rätselhafte Chromosomen" dit-il, les chromosomes énigmatiques, aussi énigmatiques que cette pièce à mes yeux. Cette narration ralentit la pièce qui n'a plus rien d'une ronde mais d'un laboratoire. Les scénettes ne sont que de viles représentations de l'appétit sexuel. Il n'y a rien à en dire, rien à retenir. Je ne suis pas friande de ce genre de déballage sur scènes de préliminaires en tout genre. Je ne retiendrai donc rien de cette pièce si ce n'est quelques performances d'acteur. Hervé Pierre pour son talent qui irradie et le couple totalement déjanté Laurent Stocker/ Sylvia Bergé m'ont tout de même donné le sourire par l'ironie de leur jeu !

Bref, pas un grand cru que cette "ronde" là !
26 déc. 2016
6/10
52 0
Assez déçu. Un rythme très lent, un parti pris de mise en scène qui m'a laissé froid (et pourtant j'adore habituellement les MeS d'Anne Kessler). Je ne suis pas fan non plus de Schnitzler.

Reste une distribution de premier choix, le réel plaisir de cette pièce ! Mention spéciale, comme toujours à Hervé Pierre !

A voir, vous aimerez peut-être.
5/10
44 0
Parce que "la culture est ce qui reste quand on a tout oublié", je suis allée voir "La Ronde" de Schnitzler à la Comédie Française. Eh bien, je vais m'efforcer de l'oublier très vite ! Quel ennui !

L'adaptation crèe un personnage d'espèce de récitant aux caricaturaux et grotesques (et difficiles à suivre) accent et texte. Si j'en avais tout de même compris les intentions, son personnage lui ne m'est apparu qu'à la lecture a posteriori des critiques.

Du boulevard ? Du drame ? Pas beaucoup de souffle ou de chair (un comble pour cette pièce qui fit scandale par sa sensualité !) malgré quelques bons moments d'interprétation.
J'ai compté les saynètes comme on compte les moutons.
18 déc. 2016
4/10
56 0
Quelle étonnante vision de la sensualité livre Anne Kessler dans La Ronde. Au Vieux-Colombier, la sociétaire vide totalement le substrat érotique de la pièce de Schnitzler en pratiquant une distanciation systématique à côté de la plaque. Là où devraient triompher le mystère et le trouble, règne un esprit cartoonesque et boulevardier. Schnitzler/Kessler : un mariage mal assorti donc.

Dans La Ronde, le désir circule entre des individus archétypaux : la Prostituée, le Jeune Homme, le Soldat. La valse charnelle ne s’attarde jamais : de brèves tranches de plaisir permettent à ces couples de permuter. Tout est énigme chez Schnitzler : pas de psychologie, nous sommes dans l’instant présent.

Quelle mouche a piqué Guy Zilberstein de vouloir à tout prix expliciter une situation qui ne demandait pas à l’être ? En introduisant le personnage du plasticien, le compagnon/complice d’Anne Kessler alourdit inutilement d’entrée de jeu la représentation. Pendant dix bonnes minutes, le pauvre Louis Arène se lance dans un monologue mi-sérieux, mi-parodique (on ne sait pas trop, c’est gênant) de hipster berlinois photographe qui souhaite découvrir ses véritables parents, l’un des dix couples présents sur scène, dans le cadre d’une performance Les Chromosomes énigmatiques (tout est dit dans le titre…). Cette tentative artificielle de donner du sens à une pièce qui repose justement sur une énigme perd le public. Pourquoi ne pas faire tout simplement confiance au texte plutôt que de concevoir ces hypothèses biologiques ?

Ajout d’autant plus dispensable et pompeux qu’il se heurte de plein fouet à la tonalité d’ensemble imposée par Kessler. Exit le sexe cru et assumé, bye bye la subtilité et bonjour le jeu du chat et de la souris. La metteur en scène a adopté une direction d’acteur univoque, qui loin d’être désagréable à suivre, manque cruellement de relief et de profondeur.

On se croirait chez Woody Allen en plein marivaudage. C’est charmant, enlevé et léger. Un peu trop. Pour ne pas sombrer dans le premier degré, la mise à distance a été privilégiée : malheureusement, la caricature ne prend pas. On rit, certes, et avec plaisir mais est-ce vraiment de cela dont il s’agit dans La Ronde ? On devrait ressentir les frissons du désir, une forme d’excitation monter en nous mais non. Tout est trop décalé : Kessler aurait dû s’attaquer à bras-le-corps à la coloration clairement sexuelle de la pièce plutôt que de la traiter en simple rigolade. Plutôt violent le contresens.

La troupe, dirigée dans la mauvaise direction, fait cependant des merveilles : ils sont formidables. Anna Cervinka est toujours aussi délicieuse en ingénue espiègle et coquine ; Julie Sicard campe une grisette extra et nature. Sylvia Bergé est idéale dans le rôle d’une actrice exubérante et très diva et Françoise Gillard étonne en vamp féline façon Audrey Hepburn. Chez les hommes, Benjamin Lavernhe est séduisant en preppy maladroit ; Hervé Pierre délirant en vieux cochon et Laurent Stocker s’avère un fantasque Comte. Leur complicité est vraiment palpable et on adore le Français pour cette raison. Le geste final d’embrassade émeut : une reconnaissance ultime ?

En transformant La Ronde en farce à deux, Anne Kessler oublie sur le bord de la route toute la dimension proprement sexuelle, érotique et charnelle de la pièce. Tout cela manque paradoxalement de corps et de fièvre. Rendez-vous manqué.
4 déc. 2016
3/10
83 0
Aïe aïe aïe… Gros raté à la Comédie-Française : l’affiche prometteuse dévoile un spectacle ennuyeux et parfois fétide. Si La Ronde se veut expérimentation plus que tranche de vie, en montrant des êtres créer des liens sexuels sans réel attachement d’autre sorte, on aurait pu attendre d’une mise en scène qu’elle prenne un parti : que ce soit celui du « sale », montrant ces coucheries comme bestiales et primitives, ou celui de la sensualité en y voyant un désir humain plus profond, j’ai été étonnée de voir ici l’acte sexuel se dérouler sans la moindre raison apparente. Au Vieux-Colombier actuellement, les comédiens simulent de manière ridicule et sans âme, frôlant parfois le ridicule dans leur gestuelle ou leurs intonations.

Alors oui, je pense que c’est une pièce délicate à monter, car ces personnages-pantins nécessitent un rythme nécessaire à maintenir l’attention des spectateurs. Peu dessinés, montée comme une démonstration scientifique, les personnages ne sont pas très digestes. Alors dirigés comme ils le sont dans la mise en scène d’Anne Kessler, l’ennui est au rendez-vous. La pièce impose déjà une distance non négligeable en faisant jouer des personnages-types et non des âmes, alors y rajouter un texte – inutile – montrant la pièce comme une expérience brise le tout fragile qui la reliait.

Ce texte, écrit par Guy Zilberstein et donné à réciter au pauvre Louis Arène, est une belle prise d’otage du public, car jamais Guy Zilberstein n’aurait osé monter un monologue pareil s’il n’avait pas eu la certitude que le public serait attiré par « La Ronde de Schitzler par la troupe de la Comédie-Française. » Louis Arène, devenu plasticien rajouté par le bon-vouloir d’un seul, récite avec la voix monotone d’un mauvais documentaire d’Arte un texte prétentieux agrémenté d’un faux style et d’une idée sans fondement. Il prétend vouloir retrouver dans les différents couples qui se succèderont, ses parents biologiques. Vaste programme.

Si encore il n’apparaissait qu’au début, peut-être aurais-je pu mieux entrer dans le spectacle. Mais il interrompt chaque couple, il casse le peu de rythme qui aurait pu s’installer, impose sa distance superfétatoire et contribue à m’éloigner un peu plus du spectacle. Quel contresens de le placer ainsi au milieu de la ronde, cassant ainsi l’effet voulu par l’auteur ! Peut-être a-t-il participé au fait que je n’ai cru à aucun personnage. Mais globalement, la mise en scène n’apporte ni idée ni explication : la transposition dans le Berlin des années 60 est plus un obstacle à la compréhension du texte qu’une révolution nécessaire et intelligente. Les facilités encadrent la pièce, de la porte tournante par laquelle entrent certains comédiens au plateau tournant – avez-vous bien compris que le titre de la pièce était La Ronde ? – aux artefacts de mise en scène pour cacher le manque d’idée en faisant rire le spectateur endormi, tout souligne . Je ne vous raconte pas ce moment gênant de la fin de la pièce, alors que tous les couples sont réunis sur scène et que le plasticien retrouve ses véritables parents dans un câlin qui se voudrait émouvant. Plutôt affligeant.

Pour finir, je ne retrouve pas les comédiens du Français que j’ai plaisir à voir habituellement. Probablement mal dirigés, chacun exagère les tics de jeu qu’on peut lui connaître, et même Laurent Stocker ne parvient pas à me faire décoller les mâchoires. Il est très bon, mais je reconnais trop l’acteur devant le personnage. Aucun ne parviendra à me faire oublier que je suis au Vieux-Colombier et que j’ai devant moi des comédiens-Français. Certaines situations sont mêmes tellement absurdes qu’elles en deviennent risibles : ainsi lorsque Sylvia Bergé se retrouve sur Hervé Pierre, j’ai le sentiment qu’on a touché le fond.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor