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  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème

La Musica deuxième

La Musica deuxième
De Marguerite Duras
Mis en scène par Anatoli Vassiliev
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Héritier des grands maîtres du théâtre russe, Anatoli Vassiliev entretient des liens forts avec la Comédie-Française pour y avoir monté Bal masqué de Lermontov en 1992, dont la création avait secoué la Maison, et Amphitryon de Molière en 2002.

Figure incontournable de la recherche théâtrale, il explore le geste et le verbe, chaque intonation devenant un enjeu pour tendre les mots comme des flèches. Son niveau d’exigence est à la hauteur de son approche quasi mystique de l’art dramatique : l’acteur est le passeur d’un souffle divin, la parole est action.

Et la parole est la colonne vertébrale de La Musica deuxième : un homme et une femme dialoguent dans l’intimité d’un bar d’hôtel d’une ville de province. Ils se sont aimés et se retrouvent pour passer à l’acte de séparation, le jugement de divorce. Les non-dits resurgissent lors de cette exploration ultime d’une histoire dont ils croyaient avoir compris le début et la fin. Vingt ans après La Musica, Marguerite Duras livre un « acte» en 1985 : « La Musica était plus une situation, un état de l’amour qui se défait. Avec le deuxième acte il me semble que j’introduis ce que vous appelez des personnages », dit l’auteure à la création.

Anatoli Vassiliev délivre une nouvelle partition de ce diptyque dont les personnages vivent, comme le décrit Duras « une modification d'eux vers la plus grande vérité, la plus grande sincérité ».

Note rapide
Meilleures critiques
Meilleure critique positive
18 mars 2016
9,5/10
145
0
Duras au théâtre, c'est un expérience unique. Michael Lonsdale a souvent insisté sur ce ton, cette musique, cette forme de réinvention du langage et cette recherche d'une forme d'amour absolu, qui la rapproche de Peguy. Il aime autant l'un que l'autre....
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Meilleure critique négative
20 mars 2016
0,5/10
137
0
On connait la chanson avec Duras : un hôtel, un homme, une femme, une rupture, du désir. Des ingrédients immuables qui traversent sa production littéraire. En fervent admirateur de la « Beckett en jupe », Anatoli Vassiliev monte un éprouvant diptyque...
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Toutes les critiques
21 avr. 2016
8,5/10
128 0
Il y a cette phase de l’immédiat après, une fois la rupture consommée, les drames de la séparation apaisés, ce moment où l’on se retrouve, juste après le bureau du juge, dans les couloirs du palais de justice, quand on réalise très concrètement que l’autre va devenir un inconnu, qu’on va devenir une inconnu pour lui malgré les années d’amour fou, les promesses et la proximité, ce moment étrange qu’on vit à deux mais seul(e) et où l’on donnerait beaucoup pour retrouver un infime instant de complicité avec l’autre.
C’est ce moment que M Duras nous décline 3 fois avec d’infinies nuances.

Dans la première partie c’est la lourde gêne du couple qui se retrouve, n’a pas grand-chose ou trop à se dire, mais ne sait comment et se regarde, s’épie, se tourne autour.

Le temps s’étire, les paroles sont rares les corps s’évitent dans cette salle remplie en son coin droit de vieux meubles et objets de bric et de broc, à l’image de ce qu’on laisse derrière soit, à travers lesquels, selon des chemins connus d’eux seuls, se meuvent les deux acteurs.

Artificiellement dans le début de la 2eme partie, la scène se rejoue sur le mode joyeux avec un ton enjoué et anodin, mais tout sonne faux et les acteurs ne cessent de boire et remplir des verres ; c’est l’alcool qui rend joyeux artificiellement et libère la parole et la fausse joie, Florence VIALLA se fait mutine, limite garce et Thierry HANCISSE chaleureux.

Puis dans la 3 eme partie, s’épanouissent toutes les touches parsemées dans les deux premières, soulignées merveilleusement par la musique. Le plateau s’est chargé peu à peu de meubles et de cartons qui envahissent de plus en plus l’espace dans lequel peuvent se mouvoir les comédiens, comme une remonté de souvenirs, obligeant ceux-ci à se placer à l’avant scène, dos au mur ; La parole se fait plus intense, des explications sont données sur ce que chacun a vécu dans ce mariage et sur les raisons qui ont mené à l’incompréhension puis la séparation.

On peut bien sur remettre en question les parties pris de mise en scène d’une pièce initialement prévue pour être radiophonique, cette scène fermée (sauf une fenêtre) où les déplacements ne se font qu’en sous sol par le biais deux escaliers (avec toutes les interprétation psychanalytique qu’ont peut en donner), on peut se montrer agacés par certain type de dictions, on peut regretter la lenteur de la première partie… reste l’intensité de ces silences habités, des regards extraordinaire de Thierry HENCISSE et Florence VIALLA ; reste ces mouvements dansés qu’ils opèrent l’un vers l’autre, l’un autour de l’autre, reste l’ambiguïté du désamour, reste l’incompréhension de ce qu’est la vie en couple, de sa compatibilité avec l’amour, reste toute cette glue de sentiments paradoxaux mélangés et incertains. C’est cela la Musica hypnotique de DURAS et elle permet de passer outre ces partis pris.

On, peut aussi rester totalement hermétique à l’univers DURASSIEN tel que traduit par VASSILIEV, à toutes ces nuances de gris; on peut ne pas comprendre ce qui se joue, mais pour ceux qui ont traversé cela de cette façon là, la MUSICA met des mots et des situations en scène qui permettent de saisir un peu le reflet de ce qu’on a vécu et qu’on n’a pas alors su exprimer tant cela est banal et pourtant si déchirant.

C’est une injection lente de nuance, magnifiquement intense et complexe sur la fin de l’amour et la séparation sans haine.

Une dernière danse et puis Adieu…
7 avr. 2016
4/10
249 0
Forcément.
Pour Duras aussi.
Comme à chaque fois.
Je lis.
Je lis la pièce avant de la voir.
La voir sur scène.
Forcément.

Dans l'édition originale de « La Musica Deuxième », (composée et achevée d'imprimer par l'imprimerie Floch, le 17 mai 1985, dépôt légal avril 1985, N° d'Imprimeur 22998, ISBN 2-07-070445/9, les amateurs de précision se régalent), à la page 96, Marguerite Duras expose clairement ses intentions :
« [….], sans un baiser, je les ferai parler des heures, [….] » 
Un peu plus bas :
«La Musica durait 50 minutes
La Musica Deuxième dure 1h40 »

Dans cette mise en scène du russe Anatoli Vassiliev qui, je trouve, vire très vite à l'ennui, les deux acteurs s'embrassent et sont sur scène pendant près de deux cents minutes. Oui, près de 3h30 !

Alors forcément, se pose une question à laquelle je vous propose de répondre : un metteur en scène a-t-il le pouvoir et le droit de trahir ainsi un auteur qui a indiqué aussi clairement ses désirs ?

Alors on me dira, oui, au théâtre, il faut de la distanciation, il faut provoquer le public...
D'accord ! Entièrement d'accord ! Mais en respectant les volontés de l'auteur.
C'est mon avis et je le partage !

(Et puis dans le registre provocation, M. Vassiliev, vous repasserez : votre couple derrière la fenêtre est nu... Provocation ? Il y a longtemps que la nudité gratuite au théâtre ne provoque plus personne...)

Non, définitivement non ! Je n'ai pas aimé. Je me suis férocement ennuyé.
C'est looooooooooooooong ! Ces silences deviennent insupportables.
Cette diction hachée (on se croirait parfois chez un orthophoniste en plein exercice) est terriblement lassante. On en perd même et souvent le fil du texte durassien.

Ca commençait pourtant bien, la pièce débute lumières de la salle allumées, les acteurs commencent aussitôt, le public est en quelque sorte associé au début de la pièce...
On voudrait s'intéresser à cet homme et cette femme qui se sont aimés et se retrouvent dans un hôtel d'Evreux...

Et puis tout se gâte très vite.
Jusqu'à la fin où Vassiliev fait chanter et jouer au piano les deux personnages.
A quoi bon ?

Vraiment, quel dommage ! Je n'ai pas du tout adhéré à cette proposition.

Thierry Hancisse, Florence Viala, qu'on aime tant tous les deux, qu'alliez-vous faire dans cette galère que j'oserai qualifier de « Marguerite du Russe » ?
20 mars 2016
0,5/10
137 0
On connait la chanson avec Duras : un hôtel, un homme, une femme, une rupture, du désir. Des ingrédients immuables qui traversent sa production littéraire. En fervent admirateur de la « Beckett en jupe », Anatoli Vassiliev monte un éprouvant diptyque en trois actes de La Musica/La Musica deuxième à la Comédie-Française. Le Russe y retrouve Florence Viala et Thierry Hancisse qu’il a déjà dirigés dans ces murs. Autant l’affirmer d’emblée : cette nouvelle création est une catastrophe, indigne de la maison de Molière. La mise en scène poussiéreuse et anxiogène date d’un autre siècle ; le pauvre couple y est malmené de long en large et le leitmotiv de la variation paraît si infime qu’il en devient anecdotique et franchement très pénible. Au bout de trois heures trente interminables, le public est enfin libéré de cet enfer sans queue ni tête.

Fraîchement divorcés, Anne-Marie et Michel se retrouvent dans un bar d’hôtel à Évreux pour se revoir une dernière fois. Les meubles jonchent la pièce, les souvenirs rejaillissent. Deux êtres en souffrance qui cachent leur chagrin à travers une légèreté affichée. Mais on n’oublie pas une histoire d’amour en un claquement de doigts…

Les deux Musica ne font clairement pas partie du panthéon théâtral de Duras : dialogues insipides, routine dramaturgique, répétitions qui tournent à vide… Bref, une Marguerite en mode mineur. Pourtant, elle en a écrit des pépites sur ce thème inépuisable comme La Maladie de la mort ou Le Navire Night. Vassiliev a été attiré dans ce diptyque par le motif musical de l’écho et de l’altération. Souhaitant insuffler une technique d’interprétation différente pour chacun des trois actes, il s’englue malencontreusement dans une série de clichés qui raviront les détracteurs de Duras.

À commencer par une volonté de distanciation à faire frémir d’effroi. On passera sur les longs silences ; beaucoup moins sur la diction à couper au couteau. On-dé-ta-che-bi-en-les-sy-llabes-pour-mon-trer-qu’-on-joue-du-Du-ras. En 2016, c’est juste impensable d’envisager d’interpréter Duras ainsi. Le couple ressemble à deux attardés ayant des problèmes d’élocution. On souffre pour eux. D’autant qu’on adore tellement Florence Viala d’habitude. Elle semble ici complètement perdue, à côté de ses chaussures à talons hauts. Thierry Hancisse, plus terrien, est plus ancré dans la réalité mais peine aussi à rendre son personnage intéressant. Les deux sont à l’évidence mal dirigés. Jouer Duras peut s’apparenter à une mission-suicide.

Duras, la mal-aimée
Le gaz soporifique du Russe étend son champ d’action sur l’ensemble de la salle : comme les personnages, on attend désespérément la fin du naufrage, rivés à nos montres. Vassiliev s’amuse comme un fou à jouer avec nos nerfs et notre perception temporelle. Le tic-tac régulier d’une horloge présente sur le décor nous nargue d’ailleurs. En parlant de scénographie, il est frappant de constater à quel point elle meuble littéralement la vacuité de l’intrigue. Véritable cabinet de curiosités rempli de gadgets (un fil téléphonique dix fois trop long ; un combiné en hauteur), l’espace dessiné insiste sur le vide et le plein. Encombré de chaises en tout genre, le plateau possède aussi deux escaliers en colimaçons invisibles aux yeux du public. Nos deux comédiens vont les emprunter sans cesse, histoire sans doute de se muscler les mollets. Ces déplacements se transforment en tics vite agaçants car mécaniques : idem pour ces verres remplis ou ces chaises constamment déplacées, pliées, repliées. On meuble comme on peut ! Et que dire de cette volière remplie d’affreux pigeons, à part qu’on aurait bien aimé qu’ils se soulagent sur scène, histoire d’apporter un peu de piment à une histoire bien plate…

Ce ne sont pas les changements de costumes (ensemble gris/petite robe Courrèges orange vitaminé/tailleur noir/combi sexy en cuir) qui parviendront à tromper sur la marchandise ou à matérialiser une quelconque variation. De toutes les manières, on dort déjà lorsque la partie métaphysique émerge de l’iceberg.

En somme, La Musica/La Musica deuxième ne rend vraiment pas justice à la Comédie-Française. Vassiliev parodie tellement Duras qu’on en vient à émettre un petit rire gênant et surtout lassé au bout de cette représentation fatigante. On plaint surtout Florence Viala et Thierry Hancisse, condamnés à jouer ce calvaire pendant un mois et demi pratiquement tous les soirs… Bon courage à eux.
18 mars 2016
9,5/10
145 0
Duras au théâtre, c'est un expérience unique. Michael Lonsdale a souvent insisté sur ce ton, cette musique, cette forme de réinvention du langage et cette recherche d'une forme d'amour absolu, qui la rapproche de Peguy. Il aime autant l'un que l'autre. Je pense à Michael Lonsdale car il a toujours rejété l'idée de faire partie d'une maison comme la comédie française, préférant inventer, innover, défricher, ailleurs.

Alors, en voyant cette version de La Musica et La Musica Deuxième par Anatoli Vassiliev, je ne peux m'empêcher à lui. Car on est là dans ce qu'il y a peut-être de plus ultime dans l'invention, l'audace, la provocation, la nouveauté, et un génie évident de coller à ce langage de Duras. Lonsdale adorerait cette version. J'adore cette version. La mise en scène est simplement bluffante !

Elle peut agacer, déconcerter, dégoûter, mais elle est si sublime et envoûtante. Et c'est bien aussi, parfois, de se faire un peu bousculer. Vassiliev nous bouscule, Duras nous bouscule, La comédie française version Eric Ruf nous bouscule, et ça fait du bien. On ne louera jamais assez la qualité de la programmation de ces deux dernières saisons! Cette musica en est un des temps forts. Un de plus.
Florence Viala et Thierry Hancisse sont époustouflants. Deux très grands acteurs, ce n'est pas une surprise, mais quelle façon de porter le texte, de faire vivre ces personnages. Pas facile pendant 3h30, avec ces changements de rythme, de ton. Ils nous emmènent avec eux et on ne décroche pas.

La scénograghie, le décor,les costumes (sublimes de Renato Bianchi!), la lumière, le son, tout contribue magnifiquement à ce très très grand moment de théâtre!
Merci à tous. On en demande !!
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor