• Classique
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème
top5 (1)

J'étais dans ma maison et j'attendais

J'étais dans ma maison et j'attendais
De Jean-Luc Lagarce
Mis en scène par Chloé Dabert
Avec Cécile Brune
  • Cécile Brune
  • Clotilde de Bayser
  • Suliane Brahim
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 33,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

« Je regardais le ciel comme je le fais toujours, [...] je songeais à toutes ces années que nous avions vécues et que nous avions perdues, toutes ces années que nous avions passées à l’attendre, celui-là, le jeune frère, depuis qu’il était parti, s’était enfui, nous avait abandonnées. »

Jean-Luc Lagarce raconte ici le retour ultime du fils – ou du frère – dans la maison familiale, en écho à Juste la fin du monde, pièce avec laquelle l’auteur est entré au Répertoire en 2008 et qui a été récemment adaptée au cinéma par Xavier Dolan. Tel Ulysse, il revient de ses guerres, épuisé, et les femmes le couchent dans sa chambre où il sombre dans un sommeil éternel. Elles attendaient son retour pour commencer à vivre... Dès lors la parole se libère : « on lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l’amour, on s’arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir. »


Cette pièce féminine, écrite par un homme, est confiée à Chloé Dabert qui signe, après Nadia C., sa deuxième mise en scène avec la Troupe.

Elle rassemble une famille d’actrices à même d’incarner ces grands rôles du répertoire contemporain, proches des Trois Soeurs de Tchekhov, qui cherchent dans le flot des mots l’expression la plus juste de soi, avec maladresse parfois, colère ou joie. Cette partition fluide et rythmée invite à un travail précis, métronomique, mené ici comme une étape nécessaire à un jeu libre.

 

Note rapide
7,8/10
pour 6 notes et 5 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
33%
4 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
22 févr. 2018
9/10
5 0
Jolie pièce sur l'attente, avec de beaux rôles féminins.

En bref, c'est l'histoire de Juste la fin du monde (pas vu) de Jean Luc LAGARCE : 5 femmes attendent le retour de leur frère, 3 soeurs, la mère et une autre, on ne sait pas vraiment qui elle est (grand-mère ou tante). On apprend que le jeune frère s'est fait chassé par son père avec qui il avait des relations très violentes, et qu'aucune soeur n'a tenté de le retenir.

Ce qui est intéressant c'est le thème de l'ATTENTE, que personnellement, je ne connaissais pas très bien. Il y a 3 moments différents dans l'attente :

- 1er temps dans l'attente : les soeurs évoquent le souvenir du jeune frère (qui passe par une mémoire du détail et du matériel, comme le débat sur son sac avec lequel il est parti, cf LA VITA FERMA), puis elles imaginent les retrouvailles, focalisées là encore sur du détail (la cadette mettra sa robe rouge des grands soirs)... C'est intéressant de voir que dans l'attente, on projette pleins de situations dans notre tête, mais qui en fait ne sont pas réelles, et sont douloureuses car elles éloignent de la réalité. C'est ce que j'ai ressenti lorsque la cadette s'imagine aller au bal populaire avec son frère revenu, dans sa robe rouge, et qu'ils danseraient toute la nuit

- 2ème temps dans l'attente : comprendre pourquoi le frère est parti. C'est la petite soeur qui met le sujet sur la table. Elle veut comprendre, car personne ne lui a jamais rien dit, pour la protéger soit-disant, alors qu'en fait c'est parce que le sujet est trop douloureux. Elle en veut à sa famille car elle a tout vécu, et tout compris, mais personne n'a voulu en parler avec elle "j'étais petite, on ne se souciait pas de moi".

- 3ème temps dans l'attente : les oeurs imaginent comment seront leurs vies une fois le retour du jeune frère. La cadette aura un enfant, l'ainée restera avec sa mère et sa tante. La petite dernière ne se prononce pas, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elle refera sa vie, car elle était petite donc c'est la moins impactée par le drame. Là encore c'est intéressant.

Ce qui est superbe dans la pièce :
- la mère qui refuse de reconnaitre que son mari a été violent envers son fils (cf FESTEN)
- la colère de la plus petite : elle hoquette, elle souffre
- la vie qui s'est construite autour de cette attente, notamment l'ainée lorsqu'elle raconte ses déboirs amoureux (Suliane BRAHIM)

Deux interrogations à la suite de la pièce :
- Peut-on retrouver les gens tels qu'on les quitte ?
- Pourquoi est ce que l'attente est aussi féminine ? Dans cette maison de femmes, la vie est sclérosée suite au départ du jeune fils. Il n'y a rien à faire, comme le souligne le titre, elles attendent la pluie, c'est à dire un élement sur lequel elles n'ont aucune emprise. Est ce que l'attente aurait été la même si les personnages avaient été des hommes ? Est ce féminin de figer les choses, d'être passif ? La mise en scène de Chloé DABERT souligne bien cette ambiance figée : la maison est un "mausolée normand", la chambre du fils n'a pas bougé, les meubles de la maison sont voilés...

Bon spectacle !
20 févr. 2018
7/10
9 0
Je n’ai pas un très bon souvenir de la dernière fois qu’on attendait la pluie sur la scène du Vieux-Colombier. Mais je n’aurais pas dû être superstitieuse, puisque le texte de Jean-Luc Lagarce n’a rien à voir avec celui de Sergi Belbel. Au contraire. Poétique, saccadé, parfois abstrait, préférant l’évocation au soulignement, je retrouve dans ce texte tout ce que je peux aimer chez l’auteur. Et je dois dire que, pour mon premier Lagarce sur scène, je suis plutôt satisfaite.

Difficile de résumer cette pièce. Elles sont cinq femmes dans une maison – le père est mort et seules restent La Plus Vieille, La Mère, L’Ainée, La Seconde, et La Plus Jeune – et on comprend que Le Jeune Frère est revenu. La pièce se divise en trois temps : elles évoquent d’abord leur passé, chacune se souvenant de ses relations avec le jeune homme. Puis vient le présent, son retour, les faits tels qu’ils ont été vécu par chaque personnage. Enfin surgit le futur, ses doutes, ses incertitudes, et tout l’imaginaire qui peut se construire dessus.

Globalement, je trouve que c’est un spectacle qui manque d’unité. Si les comédiennes parviennent à convaincre, elles sont quand même toutes sur une diction qui leur est propre, marquant d’autant plus les unités autonomes formées par leurs personnages. En réalité, j’ai eu du mal à comprendre l’apport de la mise en scène ici : les déplacements sont attendus, les comédiennes n’utilisent qu’une partie restreinte de la scène puisque la majeure partie est occupée par un décor inutile car jamais utilisé – décor anti-Lagarce au possible puisqu’il souligne matériellement tout ce qui aurait pu rester de l’ordre de l’imaginaire chez le spectateur. Néanmoins, de temps à autres, quelque chose se passe et soudain on entend le texte. Et c’est beau.

La grande surprise de ce spectacle est Jennifer Decker. Quiconque suit mes divers rendez-vous avec la Comédie-Française connaît mon peu d’estime pour son jeu d’actrice. Mais elle est indéniablement faite pour Lagarce. Elle a su trouver la note juste, avec ce naturel un rien aérien, comme si les mots à la disposition si particulière à Lagarce n’étaient pas un tout, mais venaient compléter une pensée, une âme, une intériorité qui les précède. Elle est belle, lumineuse, on a soudainement envie de rire avec elle, et de l’écouter longtemps encore. Un grand bravo.

Si Suliane Brahim met un peu plus de temps à s’approprier la langue de Lagarce, elle a fini par me convaincre entièrement. La comédienne, qui débute en force, tendant tout d’abord à trop chanter son texte ce qui le dénature un peu, se reprend rapidement et retourne sur ce fil qui lui est propre et d’où elle nous guide à volonté. Cécile Brune trouve tout de suite le ton juste et confère à La Plus Vieille quelque chose d’impalpable, comme hors du temps, préférant au soulignement Daberien, la suggestion Lagarcienne.

En revanche, l’évidence est moindre pour Clotilde de Bayser. La comédienne alourdit sa partition par des cris et des gestes inutiles, comme attirée de façon immuable par un désir de concret. Mais ce n’est rien à côté de la catastrophe Rebecca Marder. Cela fait déjà plusieurs spectacles que la comédienne passe à côté de son rôle, mais c’est d’autant plus criant avec un texte tel que celui-ci. Ses cris incessants déchirent nos oreilles, sa diction pâteuse et ses larmes maladroites ont un air de déjà-vu. La tirade de son personnage est un réel supplice et il faut attendre et prendre sur soi pour surmonter en silence ce moment douloureux.

Un spectacle qui alterne petites longueurs et belles envolées. Lagarce est là, par intermittence, et c’est quand même appréciable.
10/10
29 0
Cinq femmes d’une même maisonnée dans une campagne éloignée. Cinq femmes, de la plus vieille à la plus jeune, qui attendent le retour du jeune fils parti après une dernière altercation violente avec le père, il y a longtemps déjà. Tellement longtemps que leurs vies semblent s’être construites autour de cette attente. Elles attendent depuis longtemps comme une attente depuis toujours.

Le père est mort désormais. Elles disent que le jeune homme est revenu, là, aujourd’hui. Revenu épuisé, pour mourir peut-être ou pour s’expliquer, on ne sait pas, on ne sait plus.

Mais est-il là ? De la maison en coupe, on voit bien sa chambre à l’étage, son lit est fait, vide. Elles racontent comment elles l’ont accueilli et installé dans sa chambre. Elles disent qu’il n’a rien dit. Alors, en attendant qu’il parle enfin, elles parlent.

Mémoires de mille morceaux mélangés aux parcelles de désirs et de regrets, de remords aussi. Pluie attendue, pluie de larmes, pluie d’oraison, ce grandiose et troublant récit-poème du temps qui a passé, du temps qui est perdu, touche au plus profond de l’affect, laissant au public le soin de nouer ses propres liens avec ce qui est dit, suggéré, imaginé.

La pièce est créée en 1997. Nous retrouvons la langue de Jean-Luc Lagarce, saccadée, directe et rebondissante. Elle construit ici encore des images et des doutes autour d’elle, permettant aux pensées et aux fantasmes de s’y lover, comme pour mieux protéger ou oublier l’attente, ronger ou installer le souvenir, laisser s’échapper la rancœur et la culpabilité.

La mise en scène de Chloé Dabert colore d’une parfaite sobriété les jeux, donnant toute l’importance à la parole, d’une fluidité et d’une expressivité inouïes et percutantes. La simplicité et la clarté de la scénographie de Pierre Nouvel, d'une beauté blanche magnifique et sans effets inutiles, centre notre attention sur ce qui est dit et ressenti, sur ce qui est joué.

Les cinq comédiennes Cécile Brune, Clotilde de Bayser, Suliane Brahim, Jennifer Decker et Rebecca Marder, font de ce texte un bain d’émotions. Chacune joue chaque situation, du monologue à l’échange, avec une précision implacable et une intériorité impressionnante. C’est d’une incroyable intensité. Nous sommes profondément touchés par cette douleur incommensurable qui habitent ces cinq femmes et ce chagrin à fleur de peau qui les fait réagir avec une ardeur meurtrie et une colère indignée.

Un spectacle d’une sensibilité extrême qui fait la place belle au texte de Lagarce. Une pièce magistralement jouée. Une leçon de théâtre.
28 janv. 2018
8/10
4 0
La marque du frère

Cinq vies de femmes, une grand-mère, une mère, une sœur dans la force de l’âge, une sœur à la fleur de l’âge et une sœur au sortir de l’enfance, attendent depuis des années le retour de l’unique garçon de la famille, qui n’a jamais donné de nouvelles depuis qu’il a quitté le domicile familial. La pièce s’ouvre sur ce retour. Sous le coup de l’émotion, les cœurs s’ouvrent, les souvenirs affluent, les caractères se révèlent…

« Ce que nous faisons, le reste de la nuit, toute cette nuit, aujourd’hui, la nuit de son retour, le jeune frère, ce qu’on fait, on ne se couche pas, on chante notre chanson, on danse notre danse un peu lente, toutes les cinq »

Une tragédie tchékhovienne où les femmes, les gardiennes du foyer, de la mémoire familiale, dans de longues tirades tout en rythme, chargées de répétitions, prennent vie avec leurs attentes et leurs espoirs, leur révolte ou leur résignation. Un peu de Federico García Lorca et de Marguerite Duras également.
« J'aurai des souvenirs, cela suffira à ma vie, cela devrait suffire à ma vie, j'aurai des souvenirs et mes souvenirs me feront une vie paisible »

Chloé Dabert par sa mise en scène nous rappelle qu’il s’agit pourtant d’une pièce contemporaine. La maison familiale est récente, excepté un vieux fauteuil dans un coin, le blanc domine en contraste avec le sentiment de deuil omniprésent. Il y a de la vie, de l’espoir malgré tout.

C’est beau et Suliane Brahim, la sœur ainée, qui mène le jeu, fragile et forte, douce et amère, est bouleversante. J’en ai eu les larmes aux yeux mais la porte s’est ouverte…

“Quoi de plus inhumain qu’un sacrifice humain ?” De Alphonse Allais
26 janv. 2018
10/10
30 0
« C'était tellement beau que je ne sais pas pourquoi ça m'a plu ! »
Voici ce que j'ai entendu dans mon dos, hier soir, à la sortie du Vieux-Colombier.
C'était une toute jeune fille qui prononçait cette phrase que je trouvai dans un premier temps assez étrange.

Et puis, en y réfléchissant, je me dis qu'elle avait tout à fait raison. Tout comme moi, elle avait perçu sur un plateau la Vérité. La Vie.
Elle avait été embarquée dans une histoire universelle, intemporelle, l'une de ces histoires propres à l'Humanité, l'attente et le retour tant attendu d'un être aimé.
Une histoire qu'Homère transforma naguère en mythe.

Six femmes nous la racontent, cette universalité-là, une metteure en scène et ses cinq comédiennes, une universalité écrite par un homme.

Chloé Dabert, dont j'avais tant aimé sa première mise en scène au Français de l'adaptation du livre de Lola Lafon, « la petite communiste qui ne souriait jamais », Chloé Dabert s'est brillamment emparée d'un texte très exigeant.

Un gynécée.
Blanc, pur, presque irréel, avec toutefois des cloisons opacifiantes.

Une maison à la campagne, immaculée.
Avec un étage qui restera inutilisé , et pour cause, malgré l'escalier qui y mène.

Les cinq femmes présentes sur scène vont nous dire les trois temps de ce récit.
Le passé. Pourquoi ce fils et ce frère est-il parti, comment avaient-elles toutes alors réagi ?
Le présent. Il est là. En haut. Elles l'ont porté dans sa chambre d'enfant.
Avec une énigme autour de ce retour. La dernière phrase de la pièce participe à ce mystère.
Le futur. Quel sera-t-il, le futur de ces femmes, que feront-elles, une fois « leur homme « retrouvé ? Que se passera-t-il alors ?

L'oralité. La parole.
Lagarce a bien compris que seuls les mots dits à haute voix pouvaient le narrer, ce retour universel, et ce, au moyen d'un choeur féminin tout à la fois antique et contemporain.

Melle Dabert réussit à mettre en place ce texte et ces prises de parole.
Les mots tendres, durs, libérateurs, émouvants, les différents discours volent, coulent, fluides et naturels.

A ce jeu, les cinq comédiennes sont une nouvelle fois absolument remarquables.
Nous somme invités à une leçon d'oralisation de textes et de dialogues.
Ces échanges sont réglés au millimètre. Les temps de parole, les temps entre ces paroles, tout ceci semble tellement naturel, tellement évident...
Et pourtant, le texte est composé de nombreuses répétitions, ponctuations, digressions parce que trouver le terme exact reflétant la pensée est difficile.

Pour autant, ne ne sommes pas dans une mise en scène statique.
Melle Dabert équilibre parfaitement les mots et les lieux où est dite la narration. Il y a là une vraie vision de l'espace scénique.

Alors bien entendu, si tout ceci peut fonctionner à la perfection, c'est parce que les comédiennes excellent. Encore et toujours.
Je ne saurais écrire le nombre de fois où chacune d'entre elles m'a bouleversé.
Les trois sœurs (Lagarce, Tchekhov même combat...) Suliane Brahim, Jennifer Decker et Rebecca Marder, souvent en opposition à la mère Clotilde de Bayser et « la plus vieille » Cécile Brune sont vraiment bouleversantes.

Des mots déchirants nous sont envoyés à la figure.

Les paroles s'envolent dit-on.
Certes. Tout comme la pluie, il en est qui restent longtemps dans nos mémoires.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor