Femmes en colère

Femmes en colère
De Pierre-Alain Leleu, Mathieu Menegaux
Mis en scène par Stéphane Hillel
  • La Pépinière Théâtre
  • 7, rue Louis-le-Grand
  • 75002 Paris
  • Opéra (l.3, l.7, l.8, RER A)
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Une cour d'assises, de nos jours.

A l'heure des délibérations, trois magistrats et six jurés populaires tiennent entre leurs mains le destin d'une femme.
Une femme qui a avoué son crime, et qui pourtant réclame justice.
Neuf hommes et femmes en colère vont devoir choisir entre punition et pardon.
 
Avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau ?
 
Une pièce tirée du roman à succès de Mathieu Menegaux, l'auteur triplement primé, publié chez Grasset et deux fois adapté pour France Télévision.
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L'AVIS DE LA REDACTION : 9,5/10

Victime et bourreau.

Il y a des spectacles qui vous remuent et vous poursuivent longtemps !
"Femmes en colère" est un de ces spectacles.

Adaptée d'un roman de Mathieu Ménégaux, c'est une pièce à la fois percutante, pleine d'humanité et d'intelligence.
L'écriture ciselée qui raconte cette histoire nous bouleverse et nous fait réfléchir en même temps.
Sur la place des femmes dans la société post #Meetoo. Les choses ont elles vraiment changé ?
Sur la justice, son pouvoir et ses défaillances.
Sur la responsabilité des hommes et des femmes de décider d'une vie.

La mise en scène de Stéphane Hillel est parfaitement à la hauteur des enjeux.
Alternant les délibérations des jurés et le témoignage de la victime, elle permet de montrer les différents points de vue des protagonistes avec beaucoup de discernement et d'à propos.
Quelques pointes d'humour bienvenues permettent de détendre ça et là l'atmosphère.

Assis autour d'une grande table, essayant de trouver un accord sur la peine à infliger, les comédiens sont incroyablement convaincants. Chacun défend avec conviction son personnage, persuadé d'avoir raison.
Chacun juge en fonction de son histoire. N'est ce pas ce que nous faisons tous ?

Seule la femme que l'on juge n'est sûre de rien.
Ayant perdu sa foi dans la justice, elle a commis un acte de vengeance terrible qui ne l'a pas apaisée.
Tournant en rond dans sa cellule, elle attend un verdict qui la fait trembler d'angoisse.

Lisa Martino est impressionnante dans le rôle de cette femme brisée, qui nous révèle son calvaire, sans pathos et avec une immense sincérité.
Avec une magnifique émotion, la comédienne raconte. Et chaque mot est une flèche qui nous atteint en plein coeur !
La puissance de son interprétation force l'admiration.

Notre empathie le dispute à notre colère, l'espoir lutte avec la désillusion. Et c'est remplis de ces émotions très fortes que nous sortons de la salle.

Ames trop sensibles s'abstenir.
Pour les autres c'est incontournable !!

Sylvie Tuffier

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8,9/10
pour 5 notes et 4 critiques
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4 critiques
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Toutes les critiques
24 mars 2023
8,5/10
2
Passionnant, Dynamique, Éloquent.

Nous sommes à Rennes en 2020, les débats concernant le crime de Mathilde Collignon sont terminés, la sentence de l’avocat général resonne haut et fort, 20 ans de réclusion pour ce crime de barbarie abominable.
Mathilde Collignon s’est vengée cruellement de deux hommes qui ont violemment abusé d’elle, elle reconnait les faits, elle demande simplement que justice soit faite, 20 ANS pour avoir châtié ses bourreaux, dans quel monde sommes-nous ?
La victime est-elle un bourreau ?
Les bourreaux sont-ils des victimes ?

Après d’houleuses discussions, trois magistrats et six jurés populaires vont donner leur verdict.
Mathide Collignon passera-t-elle de longues années en prison ?

Stéphane Hillel, dans une mise en scène dynamique, nous transporte tantôt en prison auprès de Mathilde qui nous conte son agression et sa vengeance, tantôt dans la salle des délibérations où la polémique règne.
Nous découvrons peu à peu la vengeance barbare de Mathilde mais également les sévices abominables et monstrueux que lui ont fait subir ses bourreaux. Les discussions et les désaccords s’enchainent entre les jurés.

C’est vivant, captivant et éloquent.

La scénographie de d’Edouard Laud est astucieuse et efficace.
*Dans la pénombre, sur le devant du plateau, la prison d’où Mathilde nous conte son histoire.
*Dans la lumiére, en arrière-plan surélevé, la salle des délibérations.

A travers ce texte, qui ne manque ni d’humour, ni d’émotions, Mathieu Menegaux expose la lutte des femmes meurtries et impuissantes face à leurs agresseurs, de nombreuses femmes qui n’osent porter plainte.
Il dénonce l’attitude des institutions juridiques ou policières qui ne prennent pas en compte la gravité des faits, mettent en cause les victimes et trouvent des excuses aux agresseurs.

Une belle galerie de portrait s’offre à nous :
Les magistrats : Gilles Kneusé président intègre ne jurant que par la loi, Hugo Lebreton un assesseur imbu, récite le code pénal à toutes occasions, Nathalie Boutefeu assesseur coincée entre la rigidité des lois et ses convictions.
Les jurés : Fabrice de la Villehervé premier juré et fier de l’être, père de famille conventionnel et macho, Aude Thirion, vieille fille aigrie, Sophie Artur ancienne postière modérée et hésitante, Clément Koch directeur d’un service client et Magali Lange pharmacienne tous deux révoltés contre les agressions sexistes, Beatrice Michel aide-soignante prête à tout pour défendre la cause des femmes.
Tous, nous enchantent par la justesse de leur jeu, ils nous amusent, nous interpellent, nous émeuvent et nous réjouissent. Un plus pour Béatrice Michel bouleversante dans sa plaidoirie et Lisa Martino qui incarne avec grand brio Mathilde.

Merci à tous pour ce moment de théâtre éloquent et engagé qui ne manque ni d’ironie, ni de profondeur.
3 mars 2023
9,5/10
4
Dès le début de la pièce, l’émotion est palpable. Lisa Martino est touchante et juste. Elle se tient droite, face à nous, vibrante, remplie de dignité, de fierté et de fragilité contenues.

Que vaut le « non » pour une femme qui avait dit « oui » ? La justice est-elle capable aujourd’hui de répondre aux attentes d’une victime de viol ? Et si la réponse est non, peut-on accepter qu’elle se fasse justice elle-même ?

C’est un procès aux assises, son procès à elle, cette femme qui est passée de victime à bourreau, cette femme qui est jugée pour des actes qu’elle reconnait avoir commis. Femme détruite qui n’a pas eu confiance dans la justice française, et qui se confie sans fard sur toute la vérité de ses actes. Elle ne cherche ni à se justifier ni à inspirer de la pitié. Elle est factuelle tant dans la description de ce qui l’a définie comme victime que dans la froide violence qui l’a conduite sur le banc des accusés.

La pièce alterne entre le secret du délibéré et l’accusée qui attend le verdict. Rapport déjà non équilibré : neuf personnes, trois magistrats et six jurés populaires, contre une seule. Pendant qu’ils discutent, échangent et se disputent, elle patiente plus ou moins sereinement et nous raconte sa version, ce qu’elle pense et ce qu’elle ressent par rapport à ce qu’elle a vécu.

La pièce est très intéressante, souvent bouleversante et même parfois drôle malgré le thème sérieux abordé, car les jurys sont maladroits et l’accusé n’a pas sa langue dans sa poche. L’ambiance est orageuse pour ce sujet de délibération complexe et délicat.

L’écriture est fine et intelligente, la mise en scène simple et efficace.

On en apprend un peu plus sur ce qui se passe derrière les portes closes d’une salle de délibéré : termes et subtilités juridiques, obligations et devoirs des jurés, serment de confidentialité et tout le décorum qui entoure cette action civique obligatoire qui fascine autant qu’elle fait peur. Tous les rouages et spécificités de la loi sont abordés de manière intelligente. La pièce est pédagogique sans être ennuyante, didactique sans être pompeuse.

Le thème, au cœur du mouvement « me too », est brulant d’actualité. On y retrouve les problématiques du consentement, du viol, de la non-reconnaissance des victimes de violences sexuelles et de l’absence fréquente de punition pour ceux qui les commettent.

Et puis cette grande question autour du jugement. Comme dans 12 hommes en colère, on compte les voix dans sa tête pour anticiper le résultat. Qui va voter « oui », qui va voter « non » à la question « cette femme est-elle coupable ? ». Il est intéressant de se rendre compte des influences personnelles et/ou social de cette prise de décision. L’un des assesseurs critique l’influence des réseaux sociaux qui viennent brouiller les décisions juridiques. « L’émotion et la justice ne font pas bon ménage ». Une intime conviction ne doit pas se réduire à une conviction intime. Pourtant est-il possible de juger sans émotion ? L’importance des circonstances est primordial, c’est le principe de l’individualisation des peines. L’acte et la personne ne sont pas séparables. La pluralité des juges (magistrat et jurés) permet en théorie un contrôle des subjectivités. L’addition des différentes impressions et des réflexions et les échanges multiples doivent amener ces personnes à établir une conclusion mesurée et responsable. Mais bien sûr, ils sont eux même dotés de leur histoire personnelle, de leurs idéologies, de leurs pulsions, de leurs affects et de la pression sociale.

Quand le théâtre se fait manifeste politique cela donne une pièce passionnante, utile et subtile qui vient nous confronter et nous bousculer. On peut être satisfait ou déçu du verdict qui tombe dans les dernières minutes de la pièce mais dans tous les cas on se rend compte qu’une telle décision n’est pas si évidente et si facile à prendre.

“Sous le nom de crimes ou de délits, on juge bien toujours des objets juridiques définis par le code, mais on juge en même temps des passions, des instincts, des anomalies, des infirmités, des inadaptations […] qui sont aussi des pulsions, des désirs ; les juges […] se sont donc mis à juger autre chose que des crimes : l’âme des criminels”, écrit Michel Foucault dans Surveiller et punir
12 févr. 2023
9/10
5
La loi du talion

Quand "Douze hommes en colère" de Reginald Rose rencontre "Hors la loi" de Pauline Bureau, cela donne "Femmes en colère", une magnifique création de Mathieu Menegaux et Pierre-Alain Leleu, où la justice se confronte au féminisme et à la sororité.

Quand une femme est agressée, dans l'intimité d'un appartement où elle s'est rendue sans être forcée, pour rencontrer un quasi-inconnu dans le seul but de passer une bonne soirée, que lui reste-t-il ? Que lui reste-t-il pour retrouver sa dignité, lorsqu'elle sait très bien, et à raison, que la justice ne fera rien pour elle, faute de preuves tangibles ? Mathilde Collignon (campée par la toujours parfaite Lisa Martino) elle, a fait son choix : œil pour œil, dent pour dent.
Et là réside toute la question soulevée par ce spectacle : a-t-on le droit de se venger soi-même lorsque que la justice est défaillante ? Sur scène, 6 juré.e.s et 3 magistrat.e.s tentent d'y répondre, dans une salle de délibération où les langues se délient, et les avis, radicaux d'un côté comme de l'autre, se heurtent au droit, juste ou injuste, mais qui sous-tend toutes les décisions. La vie de Mathilde se joue dans ces 90 minutes, superbement rythmées par l'alternance entre les débats et la pensée du personnage, qui nous résume avec émotion et détails son récit poignant.

Ce procès c'est aussi celui d'une société, dans laquelle quelques figures se battent encore pour trouver un équilibre entre clémence et despotisme. On en ressort troublé, la rage au ventre, mais persuadé que le théâtre peut faire beaucoup pour ouvrir les consciences.
12 févr. 2023
9,5/10
4
Victime et bourreau.

Il y a des spectacles qui vous remuent et vous poursuivent longtemps !
"Femmes en colère" est un de ces spectacles.

Adaptée d'un roman de Mathieu Ménégaux, c'est une pièce à la fois percutante, pleine d'humanité et d'intelligence.
L'écriture ciselée qui raconte cette histoire nous bouleverse et nous fait réfléchir en même temps.
Sur la place des femmes dans la société post #Meetoo. Les choses ont elles vraiment changé ?
Sur la justice, son pouvoir ses défaillances.
Sur la responsabilité des hommes et des femmes de décider d'une vie.

La mise en scène de Stéphane Hillel est parfaitement à la hauteur des enjeux.
Alternant les délibérations des jurés et le témoignage de la victime, elle permet de montrer les différents points de vue des protagonistes avec beaucoup de discernement et d'à propos.
Quelques pointes d'humour bienvenues permettent de détendre ça et là l'atmosphère.

Assis autour d'une grande table, essayant de trouver un accord sur la peine à infliger, les comédiens sont incroyablement convaincants. Chacun défend avec conviction son personnage, persuadé d'avoir raison.
Chacun juge en fonction de son histoire. N'est ce pas ce que nous faisons tous ?

Seule la femme que l'on juge n'est sûre de rien.
Ayant perdu sa foi dans la justice, elle a commis un acte de vengeance terrible qui ne l'a pas apaisée.
Tournant en rond dans sa cellule, elle attend un verdict qui la fait trembler d'angoisse.

Lisa Martino est impressionnante dans le rôle de cette femme brisée, qui raconte son calvaire, sans pathos et avec une immense sincérité.
Avec une magnifique émotion, la comédienne raconte. Et chaque mot est une flèche qui nous atteint en plein coeur !
La puissance de son interprétation force l'admiration.

Notre empathie le dispute à notre colère, l'espoir lutte avec la désillusion. Et c'est remplis de ces émotions très fortes que nous sortons de la salle.

Ames trop sensibles s'abstenir.
Pour les autres c'est incontournable !!
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor