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  • Théâtre de l'Atelier
  • Paris 18ème

Crise de nerfs

Crise de nerfs
De Anton Tchekhov
Mis en scène par Peter Stein
Avec Jacques Weber
  • Jacques Weber
  • Manon Combes
  • Théâtre de l'Atelier
  • 1, place Charles-Dullin
  • 75018 Paris
  • Anvers (l.2)
Itinéraire
Billets de 25,00 à 43,00
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Admirateur et fin connaisseur de l’œuvre de Tchekhov (il lui a consacré un essai en 2002 intitulé « Mon Tchekhov »), Peter Stein, l’une des plus illustres figures de la mise en scène européenne, s’attelle à 3 courtes pièces du célèbre écrivain.


Pour l’occasion, il compte célébrer la dimension farcesque des œuvres tout en exaltant la richesse et l’extrême pertinence du réalisme psychologique qu’elles recèlent.


A cet effet, Peter Stein, après « Le Prix Martin » d’Eugène Labiche, « La dernière Bande » de Samuel Beckett et le « Tartuffe » de Molière, a fait de nouveau appel à un monstre sacré de la scène, Jacques Weber.


Le comédien protéiforme campera tour à tour un vieil acteur se réveillant après un temps d’ivresse dans un Théâtre vide, un économe sous la domination tyrannique de sa femme devant se livrer à une conférence et un père désireux de marier sa fille à un prétendant qui ne va générer que de la haine et de l’hystérie.


« Les Méfaits du tabac » et « Une demande en mariage » font sans doute partie des courtes pièces devenues de grands chefs d’œuvres figurant au répertoire des théâtres les plus renommés à travers le monde.


En revanche, beaucoup moins représentée, « Le Chant du Cygne » s’avère une pièce singulière et enchanteresse qui explore entre humour et tragédie la question du gouffre entre l’idéal et la réalité, entre le romantisme et le réel.


Ce qui fait dire à son auteur à son sujet : «J’ai écrit une pièce en quatre petits quarts. Elle se jouera en 15-20 minutes. Le plus petit drame au monde… en général, c’est beaucoup mieux d’écrire des petites choses que des grandes : peu de prétention et succès assuré. Que demander de plus ? Ce drame, j’ai mis une heure et cinq minutes à l’écrire.

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4 critiques
Note de 8 à 10
80%
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31 déc. 2020
9/10
4
S'il y a bien des personnes qui peuvent légitimement faire une crise de nerfs ce sont les artistes et tous ceux qui sont touchés par le couvre-feu annoncé il y a 48 heures.

Pourtant ils les ont solides, les nerfs, et Jacques Weber en a fait la démonstration en estimant à la fin de la représentation de mercredi que la situation n'était pas si catastrophique que cela. Le théâtre a résisté à tout et est resté vivant, alors s'il y a d'autres horaires ... (long silence, soupir) démerdez-vous !

Nous nous quittions rassurés, prêts à venir les applaudir en plein après-midi ou même le matin, pourquoi pas. Ce que les salles de cinéma d'avant-garde avaient réussi à faire n'était pas inaccessible aux salles de spectacle. On allait s'adapter de part et d'autre du "quatrième mur".

C'était sans compter l'aggravation de la situation qui allait contraindre les lieux culturels à fermer et à repousser sans cesse leur réouverture comme cela se murmurait déjà dans les cercles du pouvoir.

J'espère que vous pourrez bientôt aller savourer, le terme n'est pas trop fort, ces trois farces de Tchekhov qui constituent un ensemble très cohérent dans lequel Jacques Weber tient le premier rôle, je devrais écrire "les premiers rôles". Il n'est pas tout seul puisque Loïc Mobihan lui donne la réplique dans Le chant du cygne et dans Une demande en mariage. Et Manon Combes les rejoint dans cette dernière pièce.

Il n'empêche qu'il nous offre depuis le 22 septembre trois superbes numéros d'acteur, dans des registres très différents. Heureux sont ceux qui comme moi ont pu assister à une représentation. C'est du grand théâtre.

C’est assez étonnant d’avoir choisi Le chant du cygne pour commencer. Quoique à la réflexion il est plutôt astucieux d’y aller decrescendo en terme de pessimisme. Cela permet de finir la soirée dans les rires.

On comprend vite que l’on est censé être dans un théâtre vidé de ses spectateurs (ce qui hélas est prémonitoire, mais on l’ignore à cette heure). Le comédien se dit tranquille comme Baptiste, mais il crâne un peu. Je pique un roupillon, les spectateurs sont partis depuis longtemps.

On se rend compte qu’il est ivre. Sa voix résonne. On pourrait diminuer l’effet de réverbération. Jacques Weber n’a guère besoin de cet artifice pour faire passer l’émotion. Celle que suscite le désarroi d’un homme se retournant in extremis sur son passé. C'est noir et froid comme dans une cave, une fosse noire sans fin comme une tombe. La vie, elle a passé, juste un peu, 55 ans que je me voue à la scène et je la vois de nuit pour la première fois.

En compagnie de son souffleur qui n’a pas d’autre endroit où passer la nuit, celui qui a été autrefois tant encensé mesure la dégringolade que représente la vieillesse. La prise de conscience est terrible. Elle pourrait s’appliquer à toute personne ayant vécu dans les honneurs et le comédien nous la fait toucher d’un simple mouvement de la main.

Tour à tour envahi par le rôle du Roi Lear, d’Hamlet ou d’Othello, il se consume sous la musique d’un film de Chaplin. Avec un talent immense.

Le voilà qui revient, presque méconnaissable, en vieux prof conférencier qui cherche à nous faire croire qu’il médite et même parfois qu’il se risque à écrire des articles "quasiment" scientifiques sur Les méfaits du tabac dont il nous livre un extrait d’une voix quasi emphysémateuse. Il est au bord de s’effondrer et nous sommes ravis de son jeu d’acteur car on sait bien que c’est pour de faux, comme disent les enfants.

Je ne me souviens pas avoir vu Jacques Weber dans un rôle aussi allumé, à la fois follement pathétique et diablement drôle.

A l’instar de la farce précédente on est face à un homme malheureux et meurtri mais c’est une autre facette de la déchéance qui nous est donnée à voir. Le problème est devenue chronique et on ne peut qu’approuver le personnage d’espérer qu'on se sauve de cette vie à deux sous.

La dernière est la plus joyeuse. Je la connaissais pour l’avoir vue, curieux hasard, interprétée par Emeline Bayart, laquelle joue et met en scène en ce moment dans ce même théâtre On purge bébé ????

Je voulais m’interdire toute comparaison mais le texte est si bien ficelé que c’est un bonheur de le réentendre. Le jeu des comédiens est très physique, se répondant en miroir. On ne peut qu’adorer ce moment. On finit par ne plus avoir envie de compatir pour cet homme qui nous dit pourtant être le plus malheureux du monde. Car ce malheur là, ce soir, a fait notre bonheur.
26 oct. 2020
7/10
8
Des extraits de Tchekhov pas très modernes, un peu trop "gros" !

En bref, Peter Stein met en scène 3 pièces de Tchekhov, + particulièrement 3 actes des 3 pièces ouées par Jacques Weber :
- le chant du cygne
- les méfaits du tabac
- la demande en mariage

Ce qui est étonnant c'est que ces extraits ne sont pas des pièces classiques de Tchekhov, ce sont des farces un peu grossières. J'y reviens :
- le chant du cygne ; un monologue d'un vieux comédien, qui parle de décrépitude physique, de vieillesse. Finalement, ce que j'ai retenu c'est qu'on reste jeune tant qu'on est compétent dans ce qu'on fait, et que c'est l'incompétence qui nous fait basculer au second rang, à la décrépitude, dans l'isoloire.
- les méfaits du tabac : on bascule vers la farce. Jacques Weber est l'épouvantail de sa femme, qui gère toute la maison, fait le business, et occupe son bon-à-rien de mari. C'est plutot moderne d'inverser les rôles : Jacques Weber est l'homme au foyer, sa femme dirige un pensionnat, tient les cordons de la bourse, trouve des jobs à son mari etc. Il n'en peut plus d'être ainsi dominé. Mais ne peut pas partir. Il craque complètement, tout en étant extrèmement soumis : dès qu'il sent que sa femme arrive, il refait l'épouvantail. C'était très drole.
- la demande en mariage : est est en plein dans la farce classique. Il y a un quiproquo entre un jeune premier, qui arrive auprès de Jacques Weber pour demander la fille en mariage, et la fille qui arrive, ne se doute pas du motif de la venue de son voisin, et lui prend la tête, sur un vieux conflit de voisinage (les petits prés aux boeufs, et qui a le plus chien). J'ai trouvé ce dernier extrait un peu long.

Mise en scène classique.

Jacques Weber est vraiment un spectacle à voir. J'ai l'impression que c'est son a^ge d'or : il joue le vieux décrépit, ou le père de famille, ca lui va hyper bien.

Bon spectacle.
6 oct. 2020
9/10
2
Émouvant, drolatique, éloquent.

C’est pour notre plus grand plaisir que Peter Stein admirateur et grand connaisseur de Tchekhov met en scène trois farces d’une grande humanité, les personnages sont émouvants de par leur fragilité et drolatique par leur extravagance.
Pour ce faire Peter Stein fait appel à Jacques Weber qui nous a fait frémir et nous a transpercé le cœur par sa prestance et sa puissance sur la scène du Palais de Pape en 2019.

Le chant du cygne 1887
Svetlovidov vieux comédien s’est endormi ivre dans sa loge il se réveille dans un théâtre vide et glacial. Il se sent misérable, sa vie est derrière lui.
**Le public est parti, le public dort et a oublié son bouffon.
Dans la pénombre, Ivanytch (Loïc Mobihaet), le souffleur âgé et démuni, trouvant refuge la nuit dans ce théâtre désert apparait. Ivanytch va redonner peu à peu vie à ce grand comédien nostalgique de sa jeunesse.Tous deux vont se remémorer Othello, Le roi Lear, Hamlet, Cyrano…
Magnifique et émouvante mise en abime. C’est profond et bouleversant.


Le méfait du tabac 1902
Ivan Ivanovitch Nioukhine vit depuis 30 ans sous la coupe de son épouse tyrannique. Celle-ci lui impose de donner une conférence sur un sujet peu maitrisé de lui. Son discours va rapidement se transformer en réquisitoire contre son épouse.Ivan Ivanovitch Nioukhine , époux soumis se révolte…!...
*Comme j'aurais voulu m'arracher ce sale habit râpé, que je portais à mon mariage, il y a trente ans... (il arrache son habit)
Jacques Weber nous amuse, nous émeut et nous surprend dans la peau de ce timide époux se rebellant de l’emprise despotique de sa femme.



La Demande en mariage (1888)
Ivan Vassilievitch Lomov en costume du « dimanche » vient demander la main de Nathalia Stepanovna à son père Stepan Stepanovitch Tchouboukov (Jacques Weber). Celui-ci ravi de pouvoir enfin marier sa fille, s’éclipse pour informer Nathalia.
Mais Nathalia surgit promptement. Ignorant les intentions de Lomov, une première querelle explosive et effrénée va éclater entre eux.
*Natalia : Pardon de vous interrompre. Vous dîtes "mon pré aux vaches", mais est-ce qu'il est à vous ?
Nous ne sommes point au bout de nos surprises, le ton monte, Nathalia (Manon Combes) et Lomov(Loïc Mobiha) sont impulsifs et ne peuvent se contenir. Cette demande va-t-elle aboutir ?
C’est truculent, pittoresque et plein d’énergies. Grand bravo.


Ces trois nouvelles nous font découvrir avec esprit et malice les profondeurs et les tourments de l’âme humaine.

Claudine Arrazat
2 oct. 2020
9/10
28
C'est la crise !

Avec ce spectacle "Crise de nerfs", Peter Stein nous propose un programme tchekhovien aux petits oignons.


Trois courtes œuvres de jeunesse, écrites en 1886 et 1888 (le grand Anton n'a pas encore 30 ans), deux pièces présentant des personnages plutôt tragiques, et une farce.
Le chant du cygne, Les méfaits du tabac et La demande en mariage.

Ce spectacle est une commande.
Jacques Weber a demandé au dramaturge allemand de travailler une nouvelle fois avec lui.
Ces deux-là se connaissent bien, très bien même, au point que M. Weber passe souvent pour le comédien français fétiche du metteur en scène.

Celui-ci a donc proposé au comédien en question ces trois petits bijoux.
C'est peu de dire qu'il connaît son Tchekhov, Peter Stein, lui qui a écrit un ouvrage qui fait autorité, intitulé Mon Tchekhov.
L'adjectif possessif « mon » indiquant bien à quel point l'auteur russe tient une place importante dans la vie et le cœur du metteur en scène.

Une nouvelle fois, l'osmose, la complicité, la complémentarité Stein-Weber va sauter aux yeux des spectateurs.
Elle est même émouvante, à certains égards, cette relation artistique-là, qui permet à deux êtres humains d'exprimer d'aussi belle façon sur un plateau le génie (oui, je pèse ce substantif) de Tchekhov.

Durant une heure trente, grâce à eux, nous allons plonger dans les tréfonds de l'âme humaine.

Ces trois petites pièces annoncent en effet les grands chefs-d'œuvres à venir.
Tchekhov, celui qui ausculte l'âme de ses contemporains.

Que ce soit en comédien au seuil de sa vie personnelle et professionnelle, en pseudo-conférencier complètement soumis à sa tyrannique épouse, ou en père à qui un hypothétique futur gendre vient demander la main de sa fille, Jacques Weber va nous permettre d'assister à cette descente dans les méandres existentiels de ces trois personnages.

Bon ! On a tout dit de Weber...

Ecrire qu'il nous donne une petite leçon d'interprétation est un nouveau pléonasme !
Il nous attire dans ses rêts, pour ne plus nous lâcher, malgré les deux interruptions pour changement de décors et costumes.
Une leçon, vous dis-je !...

Le metteur en scène n'a pas oublié que « son » auteur était médecin.

En 1886, Tchekhov avait déjà décroché son diplôme, exercé, et au passage pratiqué nombre d'autopsies.
Avant de s'occuper des âmes, il avait étudié l'anatomie humaine. Dans ces écrits de jeunesse, il se sert de ses années d'études pour mettre en avant corps de ses personnages.


Le travail du couple Stein-Weber sur ces corps est ici fascinant.
Le corps vieillissant d'un cabot en toge, le corps d'un asthmatique entreprenant sa conférence sur les méfaits du tabac, ou encore le corps burlesque, forcé, outré de la farce.

Le corps comme outil de travail du comédien, le corps comme reflet de l'âme, le corps qui nous en dit beaucoup et qui parle autant peut-être plus que la voix.
Le corps qui révèle l'humanité...
Quel remarquable travail !

Deux camarades de jeu accompagnent Maître Jacques.

Loïc Mobihan, qu'on découvre dans Le chant du cygne en souffleur de théâtre, incarne le propriétaire voisin qui vient demander la main de sa fille à son père.

La fille en question est interprétée par Manon Combes.

J'ai retrouvé la vis comica, la progression diabolique, l'exacerbation des passions, que j'avais découvertes voici deux saisons dans la formidable version montée par Jean-Louis Benoît au Poche-Montparnasse, avec les merveilleux Manuel Le Lièvre, Emeline Bayart et Jean-Paul Farré.
Nous sommes exactement dans la même lignée.

Ici à l'Atelier, les fou-rires se déchaînent de la même manière.

Ah ça, pour rire, nous rions ! Le trio ne ménage pas sa peine pour faire fonctionner nos zygomatiques.
Et par les temps qui courent...

Oui, il serait dommage de passer à côté de ce magnifique moment de théâtre.
Un moment d'une intensité, d'une précision, d'une densité qui forcent l'admiration.
Courez donc toutes affaires cessantes à l'Atelier !
Vous voici prévenus !
9,5/10
1
... Voici un spectacle composite et étonnant, à la finesse d’une marquèterie minutieuse, au grotesque raffiné d’une explosion de sentiments et à l’abattage sensuel, charnel presque, de comédiens survoltés, justes et précis, avec le magnifique Jacques Weber.

Je recommande vivement !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor