Au But

Au But
De Thomas Bernhard
Mis en scène par Christophe Perton
Avec Dominique Valadié
  • Dominique Valadié
  • Léna Bréan
  • Yannick Morzelle
  • Manuella Beltran
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 21,00 à 40,00
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Une mère et sa fille ont assisté à la première de Sauve qui peut.

La fille a applaudi avec grand enthousiasme. La mère n’a pas applaudi, pas tout de suite : « Jeter leur propre saleté à la tête de gens qui ne comprennent rien et applaudissent à mort ».

Pourtant, la mère a invité l’auteur à venir séjourner avec elles au bord de la mer. Le lendemain, elles l’attendent en finissant de préparer les bagages pour leur départ. Une nouvelle pièce commence : Au but, dans laquelle Thomas Bernhard exerce sa verve grinçante pour brosser une comédie hautement autobiographique.

 

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9,5/10
5 0
Personnage monstrueux ô combien, le rôle de la mère, dans cette pièce de Thomas Bernhard écrite en 1981, offre une gageure merveilleusement redoutable à jouer pour une comédienne. Gageure réussie, comme on s’en doutait, avec la grande Dominique Valadié qui nous estomaque, nous cueille, nous bouscule, nous éblouit. Irradiant le spectacle avec une maestria rare et un art abouti du jeu, elle nous donne là une leçon de théâtre !...

Ah ça, les élèves comédiennes et comédiens peuvent se précipiter au Poche-Montparnasse, le carnet à la main. Ils seront aux anges ! Que dis-je aux anges ? Élevés jusqu’aux nues ! Proches de l’extase et penauds devant le travail fourni.

Près de 2 heures à savourer cette grande dame du théâtre dans un rôle de tous les dangers. Un quasi monologue, tenace, avançant en profondeur et en éclats jusqu’au bout.

Le public reste pantois, après ce coup de massue artistique.

La mise en scène de Christophe Perton est au cordeau. Tout est précis, les gestes, les mouvements, les postures et les jeux. La scénographie, les costumes, les lumières et les sons rendent la pièce impressionnante et captivante, d'une délicate et élégante beauté dramatique.

Le texte écrit avec la serpe caustique et le crayon ravageur qu’on lui connait, Bernhard n’y va pas de main morte pour nous décrire avec cynisme et cruauté cette femme prisonnière de sa folie et de son pouvoir, dévastant tout ce qui peut être debout sur son passage et en premier lieu, sa fille.

Pauvre parvenue bourgeoise par la richesse de son mariage, elle semble vouloir le monde plié, cassé ou meurtri autour d’elle. Elle se dépense avec une ardeur glaçante pour l’obtenir.

Tous les ans à la même époque, la mère et sa fille se préparent à partir pour la maison du bord de mer. Tous les ans à la même époque depuis 33 ans, les mêmes gestes et les mêmes paroles accompagnent ces préparatifs, donnant une occasion supplémentaire à la mère de répandre son fiel agressif aux outrances cruelles sur sa fille, victime à sa portée, esclave grâce à qui on se demande si elle ne se délecte pas de la visualisation de son propre échec.

Après la mort de son premier enfant, atteint du syndrome de Mathusalem (nourrisson-vieillard), elle aura cette fille qu’elle semble n’avoir jamais aimée, « tu étais une enfant laide » et installera une relation pathologique et assassine, une sorte de fusion mortifère. Cette femme nie tout de la vie et de sa vacuité, du bonheur et de son illusion.

Après avoir invité à la mer l’auteur dramatique d’une pièce qu’elles ont vue toutes les deux, et peut-être parce qu’elle sent que sa fille l’admire, elle se confrontera avec ce jeune homme sur le sujet de l’utilité sociale du théâtre, « de cet art qui dénonce mais ne fait rien ». Sans peine, l’auteur sera soumis et la mère reprendra ses diatribes ininterrompues ou si peu.

Folie bipolaire sans doute. Sentiment de persécution mêlé à celui de la peur de l’abandon, elle sera tour à tour bourrelle, sauveuse et victime. Aucun repère stable ne lui permettra de se rétablir, son identité semble perdue, sa conscience d’elle-même aussi.

Admirablement entourée par Léna Bréban, remarquable dans le rôle de la fille, par Manuela Beltran et Yannick Morzelle, justes et convaincants, Dominique Valadié est magnifique et saisissante. Du très grand art.

Quel personnage ! Quelle comédienne ! Quel spectacle !
22 sept. 2017
9/10
10 0
C’est une femme altière qui se tient sur la scène du Poche Montparnasse quand commence Au but, de l’autrichien Thomas Bernhard. Elle se tient droite dans son fauteuil, dans un intérieur cossu. Tandis qu’elle ne se lève quasiment jamais, sa fille tourne autour d’elle, en petite abeille silencieuse et affairée, préparant leurs malles pour un séjour dans la station balnéaire de Katwijk ; elle n’ouvrira la bouche que rarement pour répondre brièvement aux sarcasmes de sa mère. Car sarcasmes il y aura, durant les deux heures que dure la comédie acide de Thomas Bernhard.

Deux heures durant lesquelles cette femme critique, condamne, esquinte, stigmatise, tance tout ce qui passe à portée de ses griffes, déversant son fiel et ses griefs dans une logorrhée verbale qui semble ne jamais se tarir.

Petites rancœurs acariâtres

Tout y passe, dans cette logorrhée vomitive : le théâtre (les deux femmes ont assisté la veille à une représentation de « Sauve qui peut », et ont par ailleurs invité l’auteur à les rejoindre en villégiature), le public, la société en général, et la famille en particulier. Thomas Bernhard s’est régalé à distiller, dans ce presque monologue que constitue Au but, le portrait d’une bourgeoisie décatie qui se regarde disparaître : mariage de convenance ou d’argent, absence d’amour maternel, hypocrisies mondaines et égocentrisme étriqués, mépris mortifère pour les classes inférieures…

Monstre sacré sacrément monstrueuse

Pour incarner cette femme finalement seule, drapée dans son mépris, qui utilise sa fille comme réceptacle de ses aigreurs, Christophe Perton a fait appel à Dominique Valadié : impériale, magistrale, la comédienne, deux heures durant, sans jamais faiblir, distille son venin telle un serpent : du regard, de la voix, du corps, Dominique Valadié devient monstre d’égoïsme, mère-mante et femme aigrie. La comédienne réussit le tour de force d’hypnotiser la salle durant deux heures d’un quasi soliloque qui, loin d’être éprouvant fascine, terrasse parfois et fait rire aussi. Face à elle, Léna Bréban étonne par ses silences et ses légers sourires ambigus, aussi active que Dominique Valadié est presque clouée dans son fauteuil : un rôle difficile qu’elle assume avec calme et assurance. Yannick Morzelle (l’auteur) peine davantage à exister face au monstre Dominique Valadié dans une deuxième partie moins explosive.

Si le texte, souvent bavard, peut faire peur, il faut pourtant surmonter ses craintes : Christophe Perton l’a bien compris : ce rôle, pour ne pas devenir un pensum, ne pouvait qu’être confié à une comédienne comme Dominique Valadié : monstrueuse autant que merveilleuse, elle fascine dans une partition difficile qu’elle transforme en grande, édifiante et sidérante leçon de théâtre.
21 sept. 2017
7,5/10
6 0
Katwijk : villégiature habituelle des vacances pour une mère (l’excellentissime Dominique Valadié) et sa fille (la non moins excellente Léna Breban) va se trouver agrémenter d’un nouveau venu : un jeune auteur dramatique au succès fulgurant (Yannick Morzelle).

Il a été invité par la mère à la suite de la représentation de sa pièce ‘sauve qui peut’, pièce qu’elle a détestée, pièce que sa fille a adorée. On suit dans une première partie la mère et la fille dans la préparation des bagages pour leurs congés : Cette mère nous apparait assise dans un canapé où elle semble soliloquer longuement mais sa fille est à portée d’oreille et vaque autour d’elle à la préparation des malles, elle répond par monosyllabe à sa mère comme un robot mais les expressions de son visage sont éloquentes. L’opposition entre la mère assise qui bavarde sans fin et la fille silencieuse qui tourne autour d’elle est très réussie.

La mère que tout dérange, distille son venin sur tout son entourage : la pièce vue la veille, le théâtre en général, son défunt marin, sa propre fille,… Elle tient un discours rempli d’animosité et assène à sa fille des propos particulièrement affreux. Fille qui reste admirablement stoïque à l’énoncé de certaines horreurs par sa mère.

Dominique Valadié incarne cette mère infernale avec brio, la moindre nuance du discours est restituée avec justesse. On la hait si facilement, mais quand va-t’elle arrêter de dire des horreurs ? En face, Léna Breban, répond tout en finesse avec ses expressions faciales. Cette première partie est ma préférée.

Dans la seconde partie, nous sommes arrivés à Katwijk et l’auteur découvre la maison et son hôtesse manipulatrice. Y trouvera-t-il une idée pour une nouvelle pièce ?

Christophe Perton fait de la pièce de Thomas Bernhard, un exercice de style pour Dominique Valadié où elle excelle. C’est un peu long à mon gout (2h) et normalement je ne suis pas sensible à ce type de propos mais le personnage de la mère est vraiment passionnant que j’ai vraiment apprécié.
16 sept. 2017
6/10
4 0
Pour parvenir à supporter des pièces denses, ponctuées de tunnels, il faut des interprètes d’exception. Christophe Perton l’a bien compris en mettant en scène Au but, pièce confidentielle de Thomas Bernhard.

Dans l’écrin anxiogène de la petite salle du Poche, Dominique Valadié phagocyte l’espace telle une Méduse vampirique. À rôle-monstre, comédienne-monstre. Deux heures durant, elle soliloque avec majesté, déesse trônant sur son Olympe désabusé.

Au But est une histoire constante de « flux et de reflux ». La métaphore maritime, rappel du séjour annuel dans la petite station morne de Katwijk, évoque le « stream of consciousness ». Il n’y a pas d’action à proprement parler dans cette pièce caustique de Bernhard. Le verbe, le ressassement mémoriel, le souvenir d’une vie de frustration tiennent lieu de fil conducteur. Une mère et sa fille se disputent à propos d’une pièce : un jeune auteur dramatique tient le haut de l’affiche. À tort ou à raison ? La mère se rend compte en sortant du spectacle que le théâtre la dégoûte : elle n’en peut plus de cette « saleté ».

Fascinant monstre
Bernhard n’est pas tendre avec le théâtre : même Shakespeare ne trouve plus grâce à ses yeux. Comment faire théâtre en démolissant le théâtre ? Dominique Valadié cristallise ce paradoxe en funambule acariâtre. Son personnage de mère indigne et blessante s’avère particulièrement travaillé. Une partition idéale pour la bête de scène qu’est cette immense actrice. Sa voix de petite fille, un brin geignarde et caressante renvoie à une tendresse crispante. On rit jaune avec Madame Valadié. Ses petites piques assénées l’air de rien, avec la tranquillité d’une femme sûre d’elle ravissent. Les horreurs qu’elle adresse à sa fille, les évocations de son raté de mari dont le mantra Tout est bien qui finit bien résonne avec une ironie mordante, sont autant de signaux d’une vie ratée et pleine de rancœur. Le spectacle repose entièrement sur ses épaules. Il ne faut y aller que pour elle car avouons-le, le texte de Bernhard s’étire dans une logique de ressassement qui confine à l’ennui, surtout dans la deuxième partie de la pièce.

Difficile de marcher dans les pas de cette grande dame mais Léna Breban n’a pas à rougir de sa performance. Mutique, la jeune femme exprime une palette d’émotions colorées rien qu’avec son visage. Soumise, complexée, humiliée, révoltée : elle papillonne sans cesse avec sa foule d’habits et ses valises. Habile idée de Christophe Perton d’avoir joué sur l’opposition immobilité hiératique de la mère/agitation permanente de la fille. Malgré cette relation compliqué, les deux actrices savent communiquer une forme d’amour qui repose sur un non-dit. En revanche, Yannick Morzelle est plus vert dans son jeu, la faute à son rôle un peu ingrat de jeune auteur fougueux.

La scénographie élégante et géométrique de Christophe Perton et Barbara Creutz évoque un univers feutré et un brin aride. Un bar chic et aseptisé. Tout le contraire de la mère qui n’a pas sa langue dans sa poche mais qui portera jusqu’au bout les marques d’un engagement sincère et passionné.
15 sept. 2017
8/10
4 0
Christophe Perton fait de la pièce de Thomas Bernhard, jouée au Théâtre de Poche jusqu’au 5 novembre prochain, un écrin dans lequel Dominique Valadié déploie son talent. Ce texte, qui mêle relation entre une mère et sa fille, regard sur le théâtre et critique de l’univers bourgeois, dénonce, comme souvent chez l’auteur autrichien, l’hypocrisie et la mesquinerie de la société.

La pièce débute avec une femme seule assise sur un divan qui retarde le paiement d’un obélisque sur la tombe de son mari, puis elle poursuit son monologue au sujet d’une pièce vue la veille et dont elle interroge les raisons du succès, enfin elle ordonne à sa fille de lui préparer du thé. Ces premières minutes posent d’emblée le sujet d’Au but : le dénigrement et l’adoration de la fille, du théâtre et de la bourgeoisie par la mère. Le personnage incarné par Dominique Valadié oscille en effet tout au long de la pièce entre diatribes violentes et amours éperdus. Vis-à-vis de la bourgeoisie, ses conventions, ses habitudes et ses expressions, qu’elle reconnait avoir absolument voulu intégrer en se mariant avec un homme qu’elle n’aimait pas. Vis-à-vis du théâtre, un art menteur qui ne donne à voir que les saletés des hommes, mais qui la fascine tant qu’elle a invité sur un coup de tête un auteur dramatique à succès à venir passer quelques jours de vacances chez elle. Par rapport à sa fille enfin, dont elle a fait sa bonne mais sans laquelle elle reconnait qu’elle ne pourrait pas vivre.

Cette ambivalence est incarnée à merveille par Dominique Valadié qui hésite sans cesse et avec brio entre les vestiges d’une fragilité d’enfant racontant une jeunesse pauvre, difficile et sans avenir, la force d’une femme qui s’est construite et imposée dans la violence pour préserver une certaine part d’elle-même, et la monstruosité d’une mère tyran qui réduit sa fille en esclavage. La mère se contredit ainsi en permanence, dans un besoin de tout rejeter et de tout réunir, et cache et exhibe tout à la fois sa fragilité dans une consommation excessive de cognac. C’est une femme complexe, à la fois dehors et dedans, critique d’une société dans laquelle elle est aussi pleinement partie prenante, ce qui d’ailleurs la dépasse par moment, qu’incarne Dominique Valadié. La comédienne réalise tout au long du spectacle le tour de force de « comprendre ce qu’elle joue », comme elle le dit elle-même, . Ainsi lorsqu’elle bute sur un mot, le spectateur n’a pas l’impression d’une hésitation de texte mais plutôt qu’elle poursuit le fil de la pensée de son personnage. Si toute la pièce se déploie autour d’elle, la prestation de Léna Brénan dans le rôle de la fille est également à souligner, à la fois tout en retenue et en éclats de violence.

Malheureusement, le spectacle s’épuise peu à peu après une première partie très impressionnante et pleine de tension. Tout semble avoir été dit et l’arrivé de l’auteur dramatique et le changement de lieu ne renouvellent pas le sujet. De plus, la mise en scène perd également en concentration, l’espace réduit de la scène semble trop petit pour les trois comédiens qui n’arrivent pas à y déployer leur jeu et la multiplication des déplacements, sans doute pour tenter de déjouer cette difficulté, contribue également à diluer les enjeux.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor