Critiques pour l'événement Lucrèce Borgia
Alors ?
Sombre et lumineux, soif de vengeance et sentiment d'amour passionnel, Lucrèce Borgia est une impitoyable femme de pouvoir.

Sa relation incestueuse avec son frère, Jean - assassiné par son autre frère, César, lui-même amoureux de sa soeur (Lucrèce donc !) - a donné naissance à Gennaro. Ce dernier ignore sa filiation. La pièce montre l'ambivalence entre son amour de mère et sa figure de paria, la pitié que les méchants doivent inspirer quand on ne sait pas ce qu'il se passe dans leur coeur. La divine Elsa Lepoivre joue le rôle principal avec un tel talent qu'il m'est impossible d'imaginer Guillaume Gallienne interpréter, en 2014, ce même personnage. Qui de mieux que cette grande comédienne, vêtue d'une somptueuse robe signée Christian Lacroix, avec ses yeux bleus perçants, ses pommettes saillantes et sa chevelure tranchant le noir prégnant de la scène ? Elle rugit, elle laisse parler ses émotions, elle se ressaisit et elle manipule de plus belle. Elle domine un grand décor épuré mais puissant. La langue hugolienne est respectée. Étonnament, je n'ai pas été émue (alors que j'étais parée pour l'être), mais j'ai éprouvé beaucoup d'empathie pour Lucrèce. D'une certaine façon, c'était poignant.
7 oct. 2018
9,5/10
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Lucrèce Borgia répand la terreur et la crainte dans son royaume de Ferrare. Despotique, empoisonneuse et criminelle elle est haïe de tous.
Masquée et costumée elle parcourt le carnaval de Venise à la recherche Gennaro son fils, naît de son union incestueuse avec son frère.
Lucrèce sous son déguisement retrouve et séduit Gennaro mais elle est démasquée et insultée par l’entourage de son fils. Sa vengeance s’ensuivra…
*Don Alphonse d’Este son époux l’espionne, il la soupçonne d’adultère. Il décide lui aussi d’assouvir sa vengeance.
*Gennaro ignore tout de sa naissance, il ne possède que quelques lettres de sa mère inconnue, mère qu’il adule, sentiment bien loin de haine qu’il éprouve pour la famille Borgia et pour Lucrèce.

C’est une tragédie impitoyable, violente, cruelle, douloureuse et funeste.

Elsa Lepoivre nous transperce et nous émeut. C’est Lucrèce, monstre abominable, d’une cruauté satanique mais aussi une mère au plus profond d’elle-même pétrie d’amour pour son enfant. Elsa Lepoivre est bouleversante.
Eric Ruf, Don Alphonse d’Este, est magistral, vibrant de jalousie et de vengeance.
Thierry Hancisse, Gubetta, étonnant et fantasque nous amuse et nous enchante.
Gaël Kamilindi, Gennaro, remarquable, nous chavire et nous ébranle.

Tous les comédiens sont magnifiques et d’une grande justesse. Ils nous transportent dans ce drame avec grand talent.

Les décors d’un grand esthétisme se suivent comme une galerie de tableaux de la renaissance Italienne tous plus harmonieux les uns que les autres, les costumes de Christian Lacroix sont fabuleux, les lumières parfois clair-obscur accentuent l’ambiance poignante de cette tragédie.
Nous sommes transportés avec grand brio dans l’univers diabolique de cette famille Borgia.
C’est magnifique et magique.
10 avr. 2017
9/10
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Superbe pièce à la Comédie !

Histoire ancienne que j'ai personnellement du mal à adapter à notre siècle. Elle porte sur la toute-puissance de certaines familles à la Renaissance. Ceci étant, ce témoignage historique est magnifiquement retranscrit à la Comédie Française, tant grâce à la mise en scène que par les personnages.
Le texte est magnifique, les comédiens sont excellents, la mise en scène à couper le souffle.

Un grand moment !
8 avr. 2017
9,5/10
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Une belle mère

L’histoire a fait de Lucrèce Borgia une femme fatale, incestueuse, lubrique et empoisonneuse. Victor Hugo en a fait un drame, romantique, violent et comique où un fils se fait empoisonner par une mère qui l’adore et une mère assassiner par un fils qui ne sait pas qu’elle est sa mère. La troupe de la Comédie Française, par la mise en scène de Denis Podalydes et le jeu remarquable des comédiens (Une très grande Elsa Lepoivre) en a fait un chef d’œuvre.

C’est une histoire, belle et triste, puissante et misérable. Magnifique.
10 mars 2017
9/10
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J'aime cette pièce et je l'aimerai toujours je crois. C'est la 3ème année consécutive que je vais la voir et c'est grâce à elle et Guillaume Gallienne que je suis tombée amoureuse du Français.
Je l'ai faite découvrir à tous autour de moi mais cette année fut bien différente avec une nouvelle troupe de comédiens.

Gallienne est remplacé par Elsa Lepoivre (que l'on voit dans les Damnés et la règle du jeu) qui interprète très bien Lucrèce Borgia, faite de noir, de profondeur et de drames. Mais il manque un je ne sais quoi qui ne transpire pas autant qu'avec Gallienne.
Par le passé, la scène du château où elle se révolte m'avait bouleversé au point de m'en donner les larmes aux yeux (tant de puissance dans les émotions). Dans le cas présent, c'était puissant mais différent.
Gennaro interprété par le passé par Suliane Brahim (que je n'ai ni aimé dans les borgias ni dans Roméo et Juliette mais dont l'interprétation était superbe dans la règle du jeu) le fut par Gael Kamilindi, qui est splendide. J'ai été bluffé par ce comédien que je rencontre pour la première fois et je vais m'attacher à le suivre comme d'autres qui me touchent plus particulièrement et dont je suit les pièces.

Au delà de ces aspects, l'histoire reste la même et toujours aussi forte, profonde, un mélange d'amour, de drames, de passion. J'irai à nouveau la voir si elle ressort l'année prochaine parce que j'aime cette histoire, j'aime l'histoire des Borgias, le voyage dans lequel nous emmène Podalydès. On se croit vraiment en Italie. Les décors sont toujours aussi superbes et les costumes magiques.

Magnifique Pièce !
10 sept. 2016
8,5/10
175
Le décor est magnifique, magique : il nous transporte à Venise en l’espace de dix secondes.
L’ambiance est pesante, dès le début de la pièce. On pressent les crimes qui vont se succéder. On imagine déjà les trahisons, les larmes, les poignards, le poison, le sang, la vengeance. Et puis très vite, elle est là. On a l’impression qu’elle flotte, qu’elle vole au-dessus de la mer. Comme sortie d’un songe. Lucrèce Borgia est Guillaume Gallienne. Guillaume Gallienne est Lucrèce. Tout simplement. Sans autre artifice que sa robe de bal signée Christian Lacroix, il/elle nous entraîne dans les sentiments les plus purs comme les plus monstrueux.

Lucrèce Borgia tremble d’amour pour Gennaro, jeune capitaine interprété par la talentueuse Suliane Brahim – même si le travestissement fonctionne beaucoup moins bien qu’avec Guillaume Gallienne. Le spectateur comprend dès le premier acte qu’il s’agit d’un amour maternel. Car Gennaro est le fils incestueux de Lucrèce et de son frère Jean. Lequel Jean Borgia vient d’être assassiné par son autre frère César parce qu’ils étaient amoureux de la même femme. Cette femme n’étant autre que Lucrèce…

Lucrèce aime donc Gennaro comme une mère aime son enfant. Mais si nous, spectateurs, comprenons l’allusion à cet amour filial, son mari, le Duc Alphonse d’Este, terriblement jaloux, voit en Gennaro un amant de sa femme. Un de plus, un de trop qu’il décide de faire tuer. La scène entre Guillaume Gallienne / Lucrèce et Thierry Hancisse / Don Alphonse est d’anthologie. Lucrèce tente tout ce qui est en son pouvoir pour sauver son fils de la mort, mais son mari la force à empoisonner elle-même Gennaro. La tragédie classique n’est pas très loin…

Dans sa note d’intention, Denis Podalydès évoque les écrits d’Antoine Vitez à l’attention de ses acteurs qui créèrent la pièce à Avignon en 1985 : « N’ayez jamais peur d’en faire trop ». On assiste effectivement à un théâtre tout en exagération, en excès, en sublime.
9/10
218
Excellentes performances d'acteurs, sur une histoire romanesque.

Décors et mise en scène de qualité. Mon meilleur spectacle au Français depuis trois ans.
18 févr. 2016
8/10
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Encore un grand spectacle à la comédie française, qui nous gâte depuis qu'Eric Ruf en a pris la tête !

Mise en scène ambitieuse de Denis Podalydès, décors sublimes et encore une très grande interprétation de la troupe. Je ne suis pas un grand amateur du théâtre d'Hugo, mais une fois de plus, la qualité de la comédie française version 2015/2016 m'a fait redécouvrir ce texte bouleversant.

Hugo s'est-il approché de Shakespeare? Oui. On peut le penser. Guillaume Gallienne est remarquable. Suliane Brahim fait un Gennaro déchirant. Et l'ensemble de la troupe est au diapason. C'est encore une réussite totale. A voir absolument.
Mention spéciale à Stéphane Varupenne, qui monte, qui monte. Un comédien à suivre.