Critiques pour l'événement La Version Browning
4 janv. 2017
8,5/10
51
« La version Browning », la politesse anglaise à l’épreuve des sentiments.

Pulls british col V, impertinence royale du cancre, version grecque, larmes et déceptions d’un professeur mal-aimé, toges old school et moult trahisons ! Un moment de théâtre férocement exotique où les masques tombent. Une mise en abîme élégante de l’échec d’un professeur anglais.

Au fil de la pièce, on navigue avec intelligence de l’équilibre au déséquilibre. Le sens du rythme et du silence donne une couleur, une intensité puissante aux dialogues.
1 janv. 2017
8/10
81
Pièce exigeante et déconcertante remarquablement interprétée par JP Bouvier. Les seconds rôles tout en finesse, participent à la lente construction du drame.

L'éclairage et le décor minimalistes constribuent à nous plonger dans ce huis clos. Ce n'etait pas la piece rêvée pour un 31 décembre mais ce fût un très bon moment de théâtre comme nous aimons : texte, interprétation, ambiance, réflexion.

Bonne année à tous les amateurs de belles choses.
9/10
51
Une pépite anglaise comme le Théâtre de Poche en a le secret.

Magistralement interprétée (surtout par Jp Bouvier) for mi da ble ! Foncez.

Un seul bémol : les lumières.
27 déc. 2016
7/10
63
Une pièce prenante par son itensité dramatique croissante, Jean-Pierre Bouvier y est d'une remarquable froideur et aidé par un très bon texte so british.

Pour le reste, aussi bien les décors, costumes et seconds rôles, on a beau n'être qu'au théâtre de poche, c'est un peu léger.
7,5/10
47
La fin des années 1940 dans un collège britannique. Dans l'atmosphère surannée d'un appartement confortable un professeur mal-aimé et sur le départ fait face aux trahisons multiples de son entourage. Jean-Pierre BOUVIER livre une prestation remarquable, entouré d'une belle distribution et dans une mise en scène qui laisse éclater les passions.

TOMBENT LES MASQUES

En cette fin des années 1940 au Royaume-Uni, le professeur Croker-Harris a convoqué l'élève Taplow pour une leçon de rattrapage de version grecque qui sera déterminante pour son passage en classe supérieure. Au cours de cette heure c'est une tragédie digne des auteurs grecs qui va se dérouler sous les yeux de l'élève.

Croquignole, comme l'ont surnommé les élèves, n'est guère apprécié. Il incarne toute la rigueur de l'institution. Si Taplow se montre espiègle lorsqu'il singe son professeur devant le professeur Hunter, il fait moins le fier face au redouté enseignant. Malade, Croker-Harris s’apprête à quitter ce poste qu'il occupe depuis de nombreuses années. On comprend vite que derrière l'amertume se cache une blessure profonde qui n'est pas seulement celle due au désenchantement vis-à-vis de son rôle d'enseignant ou sa déception de quitter cette école.
Tout au long de cette fin de journée défilent proches et inconnus qui chacun démolissent un peu plus ce professeur au cœur malade. Comme une lente mise à mort, consciente ou pas, de celui qui aurait pu être un grand professeur et qui voit se succéder et s'empiler les preuves de l'échec de sa vie.

JEAN-PIERRE BOUVIER MAGISTRAL

Jean-Pierre BOUVIER livre une prestation magistrale. Son professeur Crocker-Harris se bat contre cette chute qui semble chaque instant plus inéluctable. Le professeur redouté de tous ses élèves semble s'affaisser physiquement et moralement un peu plus à chaque coup que lui inflige son entourage. La silhouette se recroqueville, semble à la limite de la rupture. Les yeux souvent mi-clos c'est par la voix qu'il transmet toute la force intérieure du personnage, ses ruptures, sa souffrance, ses désillusions.

C'est toute l'hypocrisie de cette société britannique qui est mise à jour. Les masques craquent. Les jalousies et les rancœurs éclatent comme un soir d'orage libérant les tensions trop longtemps retenues. Pour son adaptation Patrice KERBRAT a gardé l'époque dans laquelle Terence RATTIGAN a voulu placer cette comédie humaine. Le dramaturge britannique y démonte les codes d'un univers qu'il a bien connu ayant lui-même étudié au Trinity College d'Oxford. Loin de figer le texte dans le temps ce parti pris permet de donner toute la dimension intemporelle et universelle des tourments et passions éprouvés par ses personnages.

Mme Crocker-Harris (Marie BUNEL) est un monstre de froideur à l'encontre de son mari. Leur couple s'est délité dans le temps, sombrant dans le mensonge, la trahison, le mépris mutuel qui est devenu le ciment de leur relation. Elle sombre dans une romance pathétique avec un professeur Hunter (excellent Benjamin BOYER) lui-même au comble de l'hypocrisie tant vis-à-vis de sa maîtresse que de son collègue et ami. Et on a du mal à croire que le jeune couple qui va leur succéder dans ce logement de fonction puisse connaître une relation plus heureuse. Le reste de la distribution est d'une grande justesse. Thomas SAGOLS est crédible en Taplow, élève à la fois moqueur et admiratif de ce professeur si sévère et si désabusé. Crocker-Harris reconnait-il en son élève l'adolescent qu'il fut lui-même ?

Le décor d'Edouard LAUG, la lumière de Laurent BEAL et les costumes de Caroline MARTEL sont en parfaite harmonie pour créer un atmosphère sombre, intime voire renfermée, et parfois étouffante, comme les liens entre les membres de cette bourgeoisie mortifère. Néanmoins l'espoir finira par l'emporter.

En bref : Une adaptation très réussie de la pièce de Terence Rattigen. Une atmosphère tendue, sombre. Une dénonciation de l'hypocrisie de la bourgeoisie britannique et une illustration des passions, des espoirs et désillusions des hommes et des femmes, porté par la remarquable et émouvante interprétation de Jean-Pierre BOUVIER. Une des réussites de cette rentrée de l'automne 2016.
26 oct. 2016
8/10
34
Cette "version Browning" est une pièce exigeante et bien jouée, digne donc de la programmation habituelle du Poche-Montparnasse et qui plaira sûrement à ceux qui ont vu et aimé le très bon film du "cercle des poètes disparus"!

L'histoire est celle d'un vieux professeur à la peau dur, craint par ses élèves et pris en admiration comme en pitié par ses collègues convoquant un de ses élèves pour rattraper un cours, à la veille même de la fin de l'année scolaire. Dans l'appartement du professeur, les personnages défilent et le drame de cet homme se construit. Les acteurs sont très bons, en particulier Jean-pierre Bouvier dans le rôle du professeur. En 1h30, celui-ci nous offre une palette de caractère aussi vibrante que doit être l'agitation de l'âme de son personnage, tour à tour trahi, rabaissé et blessé. Sa voix caverneuse se module selon les émotions du personnage en faisant beaucoup pour la performance de l'acteur. Les autres acteurs viennent rajouter à la finesse et la complexité des sentiments des protagonistes à l'encontre de cet homme, en transcrivant bien la crainte mêlée de pitié, d'envie et de fascination qu'il provoque. Les acteurs sont investis, leur yeux et leur corps bien expressifs, comme alertes à la cruauté du genre humain qui se donne à jouer à travers eux.

Une pièce cinglante et qui m'a fait pensé en sortant à la célèbre formule des incompris du cercle des poètes disparus: "oh capitaine, mon capitaine !"
5 oct. 2016
9/10
33
Une pièce de théâtre implacable, à l’image des tragédies grecques, si ce n’est qu’ici la révélation donne lieu à un retournement de situation. Le public tremble et ne peut que penser, en sortant de la pièce, à toute cette hypocrisie latente que la société nous impose.

Laissons tomber les masques et avançons au contraire, comme a choisi de le faire le professeur Crocker-Harris !
24 sept. 2016
7/10
41
Le décor très british n’est pas sans rappeler celui de The Servant qui s’installa dans la même salle du Poche-Montparnasse pour y connaître le succès que l’on sait. Même pays, même époque (lendemain de la seconde guerre mondiale), même violence crue dans les rapports.

Dans La Version Bronwning nous assistons à la chute d’un professeur de lettres classiques en fin de carrière. Nous sommes au début de l’été, les élèves attendent leurs résultats, l’un d’eux vient rattrapper un cours chez Andrew Crocker-Harris (alias « Croquignolle » pour ses élèves). Très vite le malaise s’installe. Davantage que la retraite, Crocker-Harris semble attendre la mort. Son épouse le déteste, le trompe, l’humilie. Et ce depuis des années. Sans doute depuis toujours. Ses collégiens le craignent et le dénigrent. Certainement depuis toujours.
La nouveauté, ce soir, c’est que la page doit se tourner : Crocker-Harris est contraint de faire le bilan de cette vie de misère.

Malgré l’interprétation bouleversante de Jean-Pierre Bouvier, cette histoire ne parvient pas à nous toucher totalement. Sans savoir pourquoi, on reste sur le seuil de cet intérieur anglais que l’on oubliera sans doute plus rapidement que celui de Tony et Barrett…
19 sept. 2016
7/10
64
Plongeon dans les entrailles d’un professeur malade et légèrement névrosé. D’une rigueur presque sans faille, Crocker-Harris laisse pourtant entrevoir les traits d’un personnage sensible, à l’écoute de ses élèves et surtout soucieux de ce qu’ils pensent de lui.

Un amoureux d’Eschyle qui enseigne sa passion. Un perfectionniste sarcastique et un mari qui tolère que sa femme aille voir à droite et à gauche. On apprend à apprécier ce personnage à la rigueur anglaise, strict au premier abord mais qui peu à peu dévoile ses faiblesses et parvient à émouvoir tout son public. Jean-Pierre Bouvier réalise une performance impressionnante dans son rôle du Professeur Crocker-Harris, Marie Bunel est tout aussi louable en femme machiavélique et perverse. On peut en dire autant de l’intégralité du casting, les comédiens excellent.

C’est une pièce psychologique et profondément intense, dotée d’une interprétation délicieuse. Un beau moment de théâtre à l’anglaise.
18 sept. 2016
5/10
111
La rentrée 2016 sera preppy ou ne sera pas. Au Théâtre de Poche, Patrice Kerbrat assume sans détour le parfum suranné et so British de La Version Browning de Terrence Rattigan. Composé à l’aube des années 50, ce huis-clos professoral sur l’échec d’un ponte à la veille de sa retraite a pris un petit coup de vieux. Si Jean-Pierre Bouvier se glisse corps et âme dans la peau de l’enseignant au bout du rouleau, l’ensemble manque de peps et met du temps à démarrer.

Quand un prof arrive à la fin de sa carrière, vient l’heure du bilan. A-t-il été juste ? A-t-il pris goût à découvrir des perles rares et à transmettre avec pédagogie son savoir ? Pour Andrew Crocker-Harris, le constat ne semble pas vraiment glorieux. Exigeant (trop ?), tyrannique (le Himmler des secondes selon le principal !) et idéaliste… Sa femme Millie déchante aussi : quelle plaie d’avoir épousé un raté égocentrique ! Souffrant du coeur, le passionné de lettres classiques se voit contraint de déménager. Mais avant, Taplow, un de ses élèves, doit valider une version grecque à son domicile pour savoir s’il passera dans la classe supérieure.

Terrence Rattigan signe une comédie douce-amère assez terrible sur le métier d’enseignant, sur ses grandes illusions et le choc de la réalité. Il prend le temps de poser le cadre de son thriller vintage, de brosser avec soin sa galerie de personnages mais le rythme s’en ressent cruellement. Patrice Kerbrat, trop respectueux sans doute du texte, aurait pu pratiquer quelques coupes et nous éviter certains passages franchement ridicules (les scènes d’amour entre Millie et son amant Hunter, le prof de sciences, sont désolantes de fausseté – on se croirait dans un mauvais soap !).

Jean-Pierre Bouvier, le cœur sous la glace
À l’image du décor délicieusement rétro d’Édouard Lang, le spectacle se laisse regarder sans déplaisir mais avec une légère odeur de renfermé. Tout cela ronronne un peu trop, les enjeux tardent à s’imbriquer. Le jeu des comédiens sauve la mise ; la direction d’acteurs est au cordeau. Aux premières loges, Jean-Pierre Bouvier domine la scène : sur le fil constant du burn-out, le comédien se livre avec une pudeur accablée qui attise de suite la compassion. Malgré un rôle apparemment ingrat, celui du prof imbu de lui-même, il parvient à lui donner une belle humanité, une fragilité sur le point de se briser en mille morceaux, pour parvenir in extremis à se ressaisir et à changer la donne. Marie Bunel joue à merveille son rôle de femme abjecte et délaissée. Malicieux et gaffeur, Thomas Sagols est crédible en lycéen à la traîne.
14 sept. 2016
6/10
46
La Version Browning est une pièce difficile à critiquer.
Rien n'est strictement mauvais mais il y a quelque chose qui cloche et on ne sait pas quoi. Là sont mes questionnements et ma frustration.

Les acteurs sont bons, la mise en scène sobre, efficace. Pourtant, elle rend cet effet de pesanteur, encore alourdi par le rythme de la pièce. On étouffe donc, comme le personnage principal et on s'identifie quelque peu.

La pièce est bonne mais elle a un petit arrière goût...
12 sept. 2016
9/10
23
Un très bon moment de théâtre !

Une prestation incroyable et subtile, grâce à un superbe texte ciselé et une interprétation de grande qualité par un grand acteur principal. Pièce toute en finesse avec une progression qui nous émeut de plus en plus, minute après minute.
Presque un drame psychologique où ne sait plus trop qui est le manipulateur et le manipulé.
8 sept. 2016
9,5/10
33
Un petit bijou d’interprétation pour cette histoire cynique et bouleversante de l’auteur dramatique Terence Rattigan, nous faisant vivre l’avant-dernier jour de l’année scolaire d’un professeur de grec d’une école privée britannique dans les années 1940.

Le professeur Andrew Crocker Harris est magistralement interprété par Jean-Pierre Bouvier. Étonnant dans la douleur de l’abnégation et dans la soumission à l’ordre établi comme au harcèlement quasi sadique de son épouse, il détonnera dans la puissance de la rédemption de son personnage. Il nous prend, nous surprend et nous émeut du début à la fin. Du grand art.

Il emporte avec lui une distribution particulièrement brillante, sans exception. Parmi laquelle ressort également la magnifique Marie Bunel qui joue cette femme diabolique qu’on aimerait haïr mais on ne peut pas, tant elle est lumineuse de sincérité et porte en elle si bien la propre souffrance de l’épouse, cherchant vainement et à tous crins le bonheur, même si l’honneur n’en sort pas sauf.

Le professeur de grec Andrew Crocker Harris vivra ce jour-là son lot d’humiliations et de révélations jusqu’à ce moment où un élève lui offre en cadeau d’adieu la version grecque d’Agamemnon d’Eschyle de Browning. Pouvons-nous penser qu’une forme de césure aura lieu alors ? Que la pièce basculera à ce moment-là ? Et que Crocker Harris se libérera progressivement de la rancœur enfouie jusqu’à prendre conscience de son état et de son avenir ? La fin de la pièce nous le dira.

L’adaptation et la mise en scène de Patrice Kerbrat semblent privilégier une dramaturgie proche du thriller intime. Sans effets ajoutés, tout semble centré sur les jeux des personnages, leurs sentiments, leurs relations et leurs évolutions. Le public assiste, pris et surpris, à cette alternance ténue de moments privées et publics où dans ce monde « so british » les personnages jouent et se déjouent des liens qui les unissent ou les emprisonnent.

Un régal de théâtre, un délice d’interprétation, un spectacle à savourer.
5 sept. 2016
9,5/10
28
J'ai passé un merveilleux moment hors du temps dans la salle haute du Poche en suivant la vie du professeur Crocker-Harris.

Je suis ressortie de la salle avec des frissons tellement j'ai été prise par l'histoire. Il faut dire que l'interprétation de Jean Pierre Bouvier (que j'appréciais déjà beaucoup) dans le rôle principal de ce professeur âgé, malade et bafoué par ses proches est juste sublime. On s'identifie à lui et on vit l'histoire de la pièce en étant dans sa peau, en respirant par moment avec difficulté tout comme le héros. Il est entouré par une distribution de haut vol et tous les personnages sont parfaits. Le décor et la mise en scène sont justes comme il faut, servant de faire valoir aux personnages.

Et cette histoire dans une institution anglaise qui laisse sous entendre une ambiance tout en finesse et anglaise à souhait...

J'y retournerai, c'est sur !
5 sept. 2016
8/10
26
Quelle prestation de Jean-Pierre Bouvier.
Il est Crocker-Harris, ce professeur en fin de carrière que rien n'épargne à l'heure du bilan. Sa femme, ses collègues, son directeur, et même sa santé. Il semble avoir totalement abandonné, ne s'autorisant plus la moindre émotion ni le moindre espoir.

Ce ballet qui prend forme dans son salon/bureau semble destiné à achever sa chute, mais paradoxalement il va également réveiller en lui un semblant d'âme. Une prestation incroyable et subtile, grâce à un superbe texte et un grand acteur.

Le reste de la distribution est tout simplement excellent. Marie Bunel fait une parfaite épouse démoniaque.

Côté mise en scène et décor on est dans l'époque. Pas d'extravagance et on en a pas besoin, on se concentre sur les acteurs, leur jeu, on est avec eux du début à la fin.
Bravo.
5 sept. 2016
10/10
27
J'ai adoré cette pièce ! Que de bons comédiens.

Une histoire poignante et toujours actuelle. Moi j'y ai vu plein de parallèles avec le monde actuel de l'entreprise, du travail.
2 sept. 2016
8,5/10
47
1948, c’est la fin de l’année scolaire, malheureusement pour lui un jeune étudiant, Taplow, a été convoqué par le professeur Crocker Harris surnommé « Croquignole » par les étudiants…Il doit rattraper un cours de version grecque s’il veut passer en première.

Le professeur se fait attendre, dans le salon aménagé par sa femme Millie, son ami et collègue Hunter discute avec Taplow. Millie entre dans la pièce, elle a surpris le jeune homme imitant son mari. Alors qu’ils sont seuls, Hunter et Millie parlent de leur avenir à tous deux. Ils sont amants mais la santé du professeur est faible et il prend sa retraite loin d’ici, Millie ne peut envisager d’être abandonnée par Hunter.

Enfin, le professeur entre, essoufflé, diminué, il espère que le directeur de la « public school » lui accordera une pension.
Une fin d’année scolaire, éprouvante pour Croker Harris, Taplow lui offre en cadeau de départ, l’Agamemnon d’Eschyle dans la version Browning, avec une dédicace personnelle et en grec !
Mais rien ne lui sera épargné, la décision du directeur quant à sa pension, la rencontre du jeune couple qui va les remplacer, Millie leur raconte comment elle a rencontré son mari, une version idyllique, romanesque, pour surtout leur démontrer qu’elle était d’une famille aisée, la trahison de son ami et collègue.
Jean-Pierre Bouvier est bouleversant, il est tour à tour ce professeur amoureux du grec et du latin, épuisé, malade, mais surtout anéanti pour n’avoir pas su insuffler à ses élèves sa passion. Marie Bunel est sa femme, désabusée, reprochant à son mari leur train de vie médiocre. Elle aussi a des rêves perdus mais une méchanceté naturelle !

Une distribution idéale, de Thomas Sagols à Benjamin Boyer, Philippe Etesse, Nikola Krminac et Pauline Devinat. Une mise en scène de Patrice Kerbrat tout en nuances, effleurant avec subtilités les sentiments humains.
2 sept. 2016
9,5/10
31
La rentrée commence fort au Poche ! C'est un petit chef d'oeuvre qui ouvre le bal, un plaisir total, une claque, une montagne d'émotions.
Enfin une pièce de Terence Rattigan ! Et quelle pièce ! La version Browning est une merveille comme seuls les auteurs anglais savent nous en délivrer. Et l'idée proposer la version de Patrice Kerbrat est encore une des prouesses dont seule la direction du Poche a le secret. C'est tout simplement sublime.

Jean-Pierre Bouvier en Crocker-Harris est exceptionnel, j'adore ce comédien depuis très longtemps et il nous livre l'une de ses meilleurs interprétation, certainement l'une de celles qui m'a le plus bluffé depuis quelques années au théâtre, toutes pièces confondues. Ce personnage est l'un des meilleurs du théâtre anglais moderne, entre le George de Virginia Woolf, le Toby Teasdale d'Alan Ayckbourn, qui se seraient mélangés avec le désespoir et le résignation d'un Ivanov. L'interprétation est stratosphérique. Jean-Pierre Bouvier est un comédien de génie, la pièce le confirme.

Marie Bunel est également tout à fait remarquable, en épouse tyrannique et au bord du gouffre, comme son mari.
Benjamin Boyer, comme toujours, est parfait, subtil, juste. Ce grand comédien aura bientôt le très grand rôle qu'il mérite.
Le couple Gilbert, Pauline Devinat et Nikola Kriminac, le directeur, Philippe Etesse, et le jeune Taplow, Thomas Sagols, sont également exceptionnels dans cette distribution parfaitement réussie.
Un grand bravo et merci aux comédiens !

Que dire de plus ? Le Poche continue de me régaler, et la saison ne fait que commencer ! Je rêve d'un "Intimate Exchanges" d'Ayckbourn, un jour peut-être, dans ce thêâtre, le seul à pouvoir nous proposer ce type d'audace. Le théâtre anglais est plein de pépites qu'on ne joue pas assez en France.
Alors merci au Poche pour ce Rattigan !

Allez-y vite ! Personnellement j'y retourne !