Critiques pour l'événement L'éternel premier
17 janv. 2019
9/10
1 0
Une très belle pièce sur la vie d’Anquetil.
Je ne connaissais pas bien le personnage ni sa passion pour les défis et j’ai été surprise par sa vie retranscrite dans cette pièce.
Un très bon moment avec une belle performance du comédien principal.
26 nov. 2018
8,5/10
9 0
Jacques Anquetil arrivait à tout gagner, sauf l'amour du public, qui allait à son éternel outsider et premier rival "Poupou".

J'étais venu pour comprendre, et les éléments de réponse sont donnés avec beaucoup de subtilité, dans un texte intense, une mise ne scène judicieuse, et des jeux d'acteurs fins et puissants. On apprend beaucoup en peu de temps et de belle manière.

Ceux qui, comme moi, n'auront pas été perspicaces, comprendront à la fin, le pourquoi du titre de cette très belle pièce.
10 nov. 2018
8,5/10
10 0
Moins populaire que Poulidor mais non moins talentueux, jacques Anquetil était une légende pour tout connaisseur du monde cycliste.

Pendant 1h20, Paul Fournel, l’auteur nous fait découvrir l’un des plus grands coureurs de tous les temps mais aussi l’un des plus provocateurs.
C’est un portrait qui me cache rien des zones d’ombres d’Anquetil (il boit, fume...) mais nous montre aussi le coureur travailleur, talentueux, ambitieux, qu’il était.

Cette pièce nous révèle également une facette encore moins connue de ce coureur, celui d’un l’homme entier, amoureux et sensible.

Une pièce captivante, des comédiens habités par leurs personnages notamment Matila Malliarakis (Anquetil): une sacrée performance !
Une mise en scène intelligente, une pièce à voir !
5 nov. 2018
9/10
42 0
Pas de régime sans selle à La Pépinière Théâtre, où est repris ce spectacle tiré du récit de Paul Fournel intitulé « Anquetil tout seul ».

Jacques Anquetil !
Un héros du vélo, un forçat de la route, le vainqueur d'innombrables courses.
Mais également un homme sujet à la controverse, un homme fait de multiples paradoxes, un homme finalement assez mystérieux.

C'est son dos qui nous accueille sur scène, par le biais d'une projection vidéo d'images d'archives sur un rideau de tulle, le montrant en train de pédaler. Avec le terrible dossard n°1 !
Difficile d'être l'éternel premier, alors que le sempiternel deuxième, un certain Raymond Poulidor attire la sympathie du public.
Anquetil, lui, n'a pas le charisme, le franc-parler ni le sourire de Poupou. Lui, il gagne, et avoue publiquement vouloir gagner pour l'argent.

Lui, il est du genre à dépareiller de ses camarades de route.

Lui, a un régime alimentaire atypique (huîtres avant le départ d'une étape...), lui fume, lui boit...
Maître Jacques reconnaît également le fait de se doper, de prendre des amphétamines : « Il suffit de regarder mes fesses, ce sont de véritables écumoires », confessera-t-il, luttant contre l'hypocrisie ambiante.

Ce spectacle est donc une sorte de biopic consacré à ce champion extra-ordinaire au sens vraiment littéral du terme.

Pour autant, ce n'est pas lui qui arrive sur la scène en premier.
Côté cour, c'est un petit garçon, interprété par Stéphane Olivié Bisson, qui va nous dire son admiration et sa fascination pour le premier homme à gagner cinq fois le tour de France. Nous le retrouverons d'ailleurs à la toute fin du spectacle. La « grande » boucle sera bouclée.

C'est Matila Malliarakis qui interprète Anquetil.
Logiquement, Roland Guenoun l'a installé sur une bicyclette. Jaune, la bicyclette . Forcément.
Bien entendu, le vélo sera fixé sur un support d'entraînement, ce qui va permettre au comédien de pédaler.
Oui, tout en jouant la comédie, tout en parlant et parfois en criant, il va « rouler sur place », ce qui constitue une vraie performance physique.

Matila Malliarakis dira les mots d'Anquetil, endossant le rôle du grand sportif, jouant à merveille son côté provocateur.
Mais ce qui m'a sidéré, c'est la capacité du comédien à montrer la douleur et en même temps la véritable addiction et le réel amour qu'Anquetil éprouvait pour son sport.
Sur son visage, j'ai eu l'impression que les traits de l'acteur se creusaient de plus en plus au fur et à mesure que le spectacle se déroulait. Comme il nous la fait sentir cette douleur physique, ce calvaire librement consenti qui consiste à passer des journées entières à pédaler sans relâche et à toute allure sur une bicyclette !
Il incarnera à merveille la fin de carrière du sportif. Matila Malliarakis sera très émouvant. Ses mots concernant la morale bourgeoise de ceux qui le conspuent, qui ne le comprennent pas, ses mots feront mouche.

A ses côtés, Stéphane Olivié Bisson incarnera une foultitude de personnages, avec pour chacun une voix ou un accent différents : des coureurs, des manageurs, des journalistes, etc, etc...
Avec juste un changement de casquette, ou de guidon, il passe d'un maillot à l'autre.
C'est une bien belle trouvaille qu'a eu Roland Guenoun de lui confier tous ces rôles. Le comédien rend ce parti-pris tout à fait crédible. Il est épatant dans ces multiples interprétations.

Et puis, Clémentine Lebocey incarne Jeanine Boeda dite « Nanou », l'épouse en secondes noces d'Anquetil.
La comédienne est parfaite dans ce rôle non seulement d'épouse, mais aussi d'inspiratrice, d'agent, de consolatrice ou de confidente.
Melle Lebocey jouera également deux autres rôles que je détaillerai pas : en effet, j'ignorais complètement l'histoire de ces deux autres personnages féminins-là, et je voudrais vous laisser éprouver la stupéfaction qui fut la mienne en apprenant ce qui est arrivé. C'est une histoire digne d'une tragédie grecque antique.

Ce spectacle est donc comme une course de vélo : physique, sans concessions, émouvant, fait de multiples étapes, de multiples rebondissements.
L'histoire d'un homme qui fut toute sa vie « contre les autres, et peut-être contre lui-même », pour reprendre la formulation de Paul Fournel.
Un spectacle qu'il faut aller découvrir et apprécier, si tout comme moi, vous en aviez raté la création la saison passée.
15 oct. 2018
8/10
7 0
Je ne suis pas une fan de vélo, c’est peu de le dire, mais cet hommage théâtrale à un grand sportif est une réussite !

Jacques Anquetil est considéré comme un des plus grand coureur de tous les temps. C’est aussi un enfant gâté, un épicurien qui ne respecte aucune règle ni aucune loi. Il fume, boit, mange n’importe quoi. Sa réputation est déplorable et le public ne l’aime pas.

Pourtant c’est un homme entier et sensible et cette pièce lui rend hommage sans censure ni mensonge.

Une pièce vibrante et forte.
Alors ?
Paul Fournel a enfourché sa plume pour écrire l’histoire de son modèle et son contraire : Maître Jacques. Le cycliste aime la vie et les sacrés défis. Nulle nécessité pour lui de choisir entre les cols et l'alcool, la clope ou l’effort. Sa méthode est atypique. Ses victoires sont incroyables. En dehors du peloton, c’est un loup solitaire, seul face à ses souffrances bien que les autres souffrent tout autant. Il en aura franchi des étapes. Le récit retrace avec précision ses exploits et ses prises de position sur le milieu du cyclisme. Sa vie personnelle peu glorieuse est également illustrée. Le caractère épique du vélo est honoré par une mise-en-scène poétique. On découvre Anquetil pédalant sur son vélo et entonnant un slam. Le mouvement est créé par un jeu d’écran disposé en paravent. La petite reine trône fièrement au centre de la scène. Anquetil ne la quittera pratiquement jamais et le spectacle ne patine pas. Le comédien Matila Malliarakis, qui joue Anquetil, est au sommet de son art. Quelle grâce, quelle puissance, quelle élégance, quelle humilité. Un rôle taillé pour lui.

La compagne d'Anquetil (Clémentine Lebocey) apporte des touches glamour tandis qu’Olivié Bisson est à la fois le directeur sportif, équipier et narrateur dans un registre tout à la fois comique et nostalgique. Si le cyclisme et le théâtre combinent a priori deux publics différents, je vous assure que ce spectacle vous donnera la giclette.
4 août 2018
9/10
10 0
Très bons moments passés avec ces 3 comédiens, même si on n'est pas passionné de vélo !

Mise en scène dynamique et esthétique ; 3 talents réunis ; le temps passe très vite et on en ressort ravi d'avoir appris autant de choses sur ce sportif à la vie atypique.
22 mars 2017
10/10
14 0
Un vrai choc cette pièce !! Passion, texte admirablement écrit, des acteurs qui vous entraînent et arrivent à vous faire vivre des émotions fortes. Une mise en scène remarquable
De loin la meilleure pièce cette année. Je n'ai pas l'habitude d'aller sur les sites mais cette pièce intimiste mérite d être reconnue. Une telle qualité si rare doit absolument trouver son public ... courez y !!!!
11 nov. 2016
8/10
34 0
Vraiment belle pièce. La mise en scène est maline, les acteurs sont bons et le rythme du récit est fluide.

Je n'ai jamais regardé le tour de France, je ne suis pas fan de course cycliste mais j'avais gardé un excellent souvenir de l'adaptation théâtrale de 54x13 par Jacques Bonnaffé sur le même univers et je me suis dit : "pourquoi pas ?" Je ne regrette vraiment pas ma soirée. J'ai découvert Anquetil que je ne connaissais que de nom. J'ai trouvé passionnantes les scènes de compétition, cette manière de nous faire entrer dans la tête du sportif et de nous permettre de comprendre ce qui le meut.
31 oct. 2016
8/10
44 0
Mais pourquoi aller voir une pièce de théâtre sur un coureur cycliste que je n'ai pas connu et qui a une réputation détestable alors qu'en prime, je ne suis pas une fan de la petite reine ?

Parce que les critiques de mes petits camarades m'ont dit qu'il fallait tenter le coup. Et j'ai eu raison de les écouter, c'est bien plus qu'une histoire sur un cycliste, c'est une belle surprise comme ça arrive une fois de temps en temps, un petit bijou sympathique alors que ça ne payait pas de mine.

C'est effectivement la découverte d'un caractère exceptionnel qui parle sans détour à une époque où tout était encore feutré : l'argent, le dopage, les concurrents,... mais aussi c'est la rage de vaincre, la force de caractère de ce champion hors norme qui enchaîne les kilomètres avec une pugnacité de compétition.

Il y a aussi une facette plus intime que je ne soupçonnais pas et qui est loin d'être inintéressante.

La pièce est servi par trois comédiens parfaits et j'ai bien aimé la mise en scène qui met en valeur l'effort du coureur quand il le faut.

Belle découverte en tout cas.
1 oct. 2016
8,5/10
36 0
Je suis allée voir Anquetil tout seul au Studio Hébertot, une pièce écrite d'après le livre éponyme de Paul Fournel, publié aux Editions du Seuil / Editions Points.
Roland Guenoun signe à la fois l'adaptation et la mise en scène. Comme le narrateur (Stéphane Olivié Bisson) je ne peux pas penser à Jacques Anquetil autrement que vêtu d'un maillot jaune.

A voir les images d'archives défiler sur le rideau de scène pendant que le public s'installe je me dis que le vélo va être le roi de la soirée et je me demande soudainement pourquoi cet engin est surnommé la petite reine.
La scénographie conçue par Marc Thiébault est efficace. Ce n'est pas facile de créer un décor dans un espace aussi restreint et il a très bien réussi à restituer l'ambiance des années soixante.

J'avoue que la première image d'Anquetil pédalant de dos m'avait un peu alertée. J'avais été influencée par une critique regrettant que Matila Malliarakis passe toute la soirée sur son vélo et je craignais que le comédien récite son texte sur le devant de la scène sans bouger. Ce n'est pas du tout cela et on ne s'ennuie pas une seconde.

Marc Thiébault a commencé sa carrière comme scénographe et designer, avant de travailler dans l’industrie du cinéma et de la télévision. Plusieurs fois récompensés il est aussi collaborateur du célèbre photographe français Gérard Rancinan pour lequel il conçoit des décors photos et des scénographies d’exposition. Rien d'étonnant à ce que la photo ait une place particulière dans le dispositif d'Anquetil tout seul.

Cet emploi est d'autant plus justifié que le coureur cycliste était un homme d'image. On a tous en tête le souvenir de son visage, avec son demi-sourire et ses cheveux blonds coiffés en arrière. Matila Malliarakis l'incarne à la perfection, et la performance physique est aussi à saluer parce qu'il ne se contente pas de "jouer". Il ne fait pas semblant quand il pédale...
Le récit de Paul Fournel est celui de sa passion pour Anquetil, cet immense champion populaire qui, paradoxe étonnant, était admiré mais mal aimé du public. Son travail permet de percer le mystère et la part d’ombre de ce personnage hors norme, sulfureux, rebelle, transgressif, qui s’est affranchi des lois du sport comme de celles de la morale commune aux autres hommes.

Le spectacle est le tissage entre des épisodes connus du grand public, des confidences et des analyses que nous relatent les personnes qui ont gravité dans son orbite comme Geminiani son mentor, Darrigade son fidèle équipier, Poulidor le soit disant ennemi juré que la presse et le public avaient dressé contre lui, tous interprété par Stéphane Olivié Bisson qui parvient à trouver le ton juste pour chacun d'entre eux.

A propos de Poulidor il faut savoir qu'ils ne se détestaient pas loin de là. Anquetil l'avait soutenu quand il a eu un contrôle positif au dopage et c'est avec lui qu'il a partagé un de ses derniers déjeuners, alors qu'il était terrassé par un cancer foudroyant.

Clémentine Lebocey est mutine à souhait, évoquant Marilyn à l'instar de celle qui fut sa femme et sa complice, sur les pistes (elle a eu sa part dans le dopage) comme dans sa vie intime (la fin du spectacle est à ce titre assez stupéfiante, et pourtant authentique). Son épouse ne le quittait pas, jouant le rôle de chauffeur sur les critériums étant même parfois quasi manager.

Certains trouveront que Paul Fournel est allé un peu loin. Pourtant il y a d'autres scandales dont il ne se fait pas l'écho et l'image du sportif est aussi respectueuse que possible. En tout cas l'interprétation du trio permet au spectateur d'être lui aussi "dans la roue" de cet homme qui a du être un modèle pour beaucoup de jeunes hommes mais qui était aussi une énigme.

Ensemble ils démystifient ce qu'Anquetil lui-même qualifiait de sport de bûcheron. Apprendre qu'il est allé jusqu'à rouler 2500 km en 9 jours donne une autre valeur à ses performances. On comprend la douleur qu'il a du ressentir : je souffre tant qu'il n'est pas possible que les autres (concurrents) tiennent le coup. On admet mieux sa sensibilité aux gains financiers. Plusieurs de ses paroles prennent un sens insoupçonnable :
Je n'aime pas le vélo. Le vélo m'aime.
Rouler en peloton me démoralise. Je n'aime pas les coureurs en troupeau.
La solitude est mon royaume.
Je fais un métier de chien.
Je ne suis pas superstitieux, cela porte malheur.
Quand une loi est indigne (l'interdiction de dopage par exemple) on est toujours au-dessus.
Impossible n'est pas Anquetil.

Et pourtant il aura un regret, celui de n'avoir jamais gagné un championnat du monde et de n'avoir donc jamais porté le maillot arc-en-ciel. Il arrête à 35 ans en ayant toujours refusé de rendre des comptes à qui que ce soit.
La suite de sa vie est aussi étonnante et si l'on ne savait pas que c'est exact on pourrait estimer que Paul Fournel a beaucoup (trop) d'imagination.

Son désir d'enfant est au moins aussi fort que son souhait d'être un champion. Sa femme ne peut plus avoir d'enfant. une autre solution sera trouvée, totalement hors normes. Il aura un bébé avec sa belle-fille, puis des années plus tard avec l'épouse de son beau-fils. Au nom de l'amour dira la famille unie jusqu'au bout.

Il ne fait aucun doute qu'Anquetil est un personnage qui a sa place parmi les figures légendaires. Et ce spectacle le démontre brillamment.
8/10
36 0
Quelle drôle et belle idée que de raconter ainsi la vie de Jacques Anquetil, coureur cycliste de renommée dans les années 1960.

Nous ne savions pas à quoi nous attendre et nous avons bien fait. Comme souvent, et c’est un des régals du théâtre, la découverte surprend agréablement et vient chaparder aux spectateurs les restes de leurs attentes.

Cette étonnante histoire est inspirée du livre éponyme de Paul Fournel publié en 2012. Le récit qui en est tiré témoigne d’une admiration chaleureuse et quasi affectueuse, proche de la dévotion pour ce champion dont la vie est pour le moins spectaculaire.

L’adaptation théâtrale de Roland Guenoun qui signe également la mise en scène, nous montre avec la délicatesse d’un romantisme à peine voilé, une histoire de vie sulfureuse, hors normes, dédiée à la quête permanente du bonheur et aux artifices nécessaires pour l’atteindre, le posséder et le préserver. De la vie privée à la vie publique, Anquetil nous est montré dans la complexité protéiforme d’un homme pour qui tout doit être possible, de l’amour à la gloire, de l’affection au défi.

L’histoire nous est contée par un narrateur et fera apparaitre aux côtés d’Anquetil, sa femme, sa belle-fille et sa fille ainsi que plusieurs protagonistes du monde cycliste. Très adroitement construite, la dramaturgie tisse les différentes étapes importantes de sa vie sentimentale et professionnelle avec ses joies et ses souffrances. La mise en scène et la scénographie traversent le récit d’une originalité astucieuse, mêlant réalisme des jeux, narrations, retours en arrière, pensées à voix haute, sons acoustiques et amplifiés. Le tout mis en lumières avec une judicieuse et efficace précision.

Les trois comédiens Matila Malliarakis (Anquetil), Clémentine Lebocey (les trois femmes) et Stéphane Olivié Bisson (le narrateur et les autres sportifs) incarnent leurs personnages avec justesse et sincérité, un rien de retenue et beaucoup d’empathie pour le « champion ». Ils arrivent à nous rendre proches des personnages, nous les montrant plus attachants qu’ils ne devaient l’être dans la réalité. Réalité que tout spectacle embellit quand la magie du théâtre opère. Ce qui est le cas ici.

Un spectacle sympathique et remarquablement joué. Un joli moment à savourer.
11 sept. 2016
8/10
22 0
« Jacques Anquetil a traversé mon enfance comme une majestueuse caravelle. Son coup de pédale était un mensonge. Il disait la facilité et la grâce, il disait l’envol et la danse dans un sport de bûcherons. » Ces mots de Paul Fournel, dans son livre sur Jacques Anquetil, un des coureurs les plus impopulaires mais aussi les plus mythiques et sulfureux, ouvrent la pièce de Roland Guenoun.

Le narrateur (Stéphane Olivié Bisson) raconte son amour pour le cycliste, la passion qui l’a animé et poussé à écrire. Il viendra régulièrement raconter, remplir les vides entre les courses, les étapes de la vie du coureur, interpréter aussi d’autres personnages qui ont entouré Anquetil tout au long de sa carrière (Poulidor, Geminiani…). Face à lui, une superbe blonde, mi Marylin mi Bardot, arrive : Jeannine Anquetil (Clémentine Lebocey) la femme poupée, muse, manager, celle qui sera l’ange et le démon, la plus fidèle, la plus influente.

Entre eux, au centre de la scène, une frêle silhouette est perchée sur son vélo. C’est Jacques Anquetil (Matila Mallarikis). Il pédale doucement, puis de plus en plus vite, il parle, se raconte. Lui, le monstre des routes, la bête de course, la machine de guerre. Il pédale, sans arrêt, transpire déjà, continue. Pas de concessions, on comprend très vite que l’homme n’est pas un tendre ni un ange. Femmes, argent, champagne, argent, vin, champagne, argent, dopage : on court pour la gloire, on pédale pour l’oseille, on sue pour être le premier, pour écraser les autres, gagner encore et toujours plus (« Poulidor se fait payer au tarif de l’amour. Pas moi »).

Et nous voilà happés par ce héros hors normes, portés par l’écriture à la fois sobre et forte de Paul Fournel dont les mots et extraits ont été choisis avec soin par Roland Guenoun. Au fil des kilomètres et du récit, on découvre ou redécouvre la force, l’obstination, la rage du coureur solitaire et mal-aimé, les exploits historiques comme ce doublé Dauphiné Libéré puis Bordeaux-Paris enchaînés en quelques heures à peine.

La scénographie est minimale mais d’une beauté sobre et crépusculaire. Utilisant avec pertinence les vidéos, images d’archives, projections de routes qui défilent, elle nous promène d’une route de montagne à une voiture qui traverse le pays en pleine nuit, d’un podium à la ferme des Anquetil. Elle sert d’écrin au central, unique et essentiel élément de décor : le vélo d’Anquetil sur lequel trône, impérial, Matila Mallarikis. Emacié, silhouette de jockey, torse glabre, le comédien, outre sa ressemblance avec le cycliste, s’offre une performance aussi physique que artistique : en selle pendant la majeure partie de la pièce, il incarne la douleur du coureur parvenu au bout de ses forces et pourtant toujours en selle, puisant dans une volonté de fer la rage nécessaire pour continuer d’être le seul, l’unique, le grand Anquetil.

Le texte dit donc sans concessions le rapport d’Anquetil à l’argent, la course, ses adversaires (« D’entrée de jeu, j’ai enseigné sa place à Poulidor »), tout autant que la presse, les médecins et directeurs sportifs. Tyrannique et méprisant, l’homme voué à son seul culte et ses seules victoires le fut aussi dans sa vie privée, une fois le guidon raccroché. On n’en dira pas plus pour ne rien déflorer.

On en ressort riche de l’histoire hors normes d’un héros à la fois détestable et admirable, une histoire faite de sueurs et de courage, de rage et de mépris.

« Je n’aime pas le vélo, je n’ai jamais aimé le vélo mais le vélo m’aime : il va me le payer. »