Critiques pour l'événement 12 Hommes en Colère
8,5/10
1
"Si vous votez non coupable, faites le par conviction et non par lassitude ! Alors, coupable ou non coupable ?"

La pièce en elle-même est un chef d'oeuvre incontournable - un critique puissant du système judiciaire américain, de la peine de mort, mais aussi de l'esprit humain, Reginald Rose nous donne ici une pièce rythmée, débordante d'émotions et de tension dramatique qui vous laissera crispé sur votre chaise.

C'est pourquoi j'ai été aussi impatiente de voir cette pièce (même dans sa traduction française) au Théâtre Hébertot. Des comédiens assez bons dans l'ensemble (certains comédiens ont brillé particulièrement), une mise en scène assez caractéristique de la pièce (simple, vide, étouffante), quoique peut-être pas une des interprétations les plus originales ou courageuses... C'était pas révolutionnaire, mais j'ai tout de même bien aimé et on a bien ressenti la tension et l'émotion dans la sallee. Je recommanderais cette pièce à tous ceux qui n'auraient pas eu le bonheur de la découvrir pour l'instant !
1 avr. 2022
9/10
3
Une expérience théatrale hors du commun : la troupe nous fait plonger dans l'univers judiciaire américain et nous offre un beau plaidoyer contre la peine de mort au terme d'un huis-clos haletant !
11 nov. 2019
8/10
32
Pièce à voir.
La sensation d'inconfort liée à la chaleur et à l'orage ne ressort pas assez alors qu'elle impacte potentiellement l'impatience des jurés.
Alors ? Messieurs et Messieurs, chaussez confortablement vos lunettes sur votre nez afin d'élucider un mystère. Ils sont douze, un président et 11 jurés. Le procès est terminé, il faut désormais délibérer. C'est "une chance que ce soit un meurtre" dit l'un. L'autre peste car il a un match de baseball, ce soir.

Onze votent à mains levées la culpabilité d'un gamin de 16 ans accusé de parricide. Un seul homme a un doute et refuse de s'aligner. L'absence d'unanimité implique de convaincre le réfractaire pour envoyer le prévenu sur la chaise électrique. La parole est libre, dit-on. Pour lancer le débat, la règle est claire : tous doivent dire en quoi le prévenu serait coupable. D'ailleurs, la charge de la preuve incombe à l'accusation, comme le prévoit la Constitution américaine. Les hommes en costumes, et cravates moches, vont-ils retourner leur veste ? Suite au vote à mains levées, le bulletin secret révèle que les premières certitudes sont ébranlées. Dans ce huit clos d'une heure vingt, on ressent immédiatement l'effet de masse et la pression sociale. Néanmoins, ce temps trop bref ne suffit pas à faire éprouver la lourdeur du procès et la charge de la décision à prendre collectivement. Les comédiens sont unanimement excellents dans leur rôle.

Aucun ne capte exclusivement la lumière, ils ont tous leur place. C'est un beau moment collectif, fait de retournements en série.
9,5/10
27
Un moment de théâtre à vivre!
6 janv. 2019
9,5/10
33
Géniale adaptation d'une pièce mythique. Justesse du jeu des acteurs - mention à Francis Lombrail - pour faire le procès, pas tant d'un gamin qui risque la peine de mort, mais des certitudes et des préjugés.

C'est intelligent, nerveux, pesant, drôle... Une vraie réflexion sur l'humanité et le vivre ensemble, sur les faits (têtus) et les opinions (malléables). Le Globe de Cristal 2018 pour la meilleure pièce de théâtre. Amplement mérité.
24 nov. 2018
9/10
30
Lorsque le rideau se lève et que ces 12 hommes apparaissent vêtus de beige ou de gris dans un décor tellement austère, je me suis dis que ma soirée allait peut-être être un peu morose. Et pas du tout, ma soirée fut magique grâce à la qualité du texte et surtout à la prestation exceptionnelle de l'ensemble des acteurs.

En quelques minutes, 12 caractères, 12 individualités sont apparues, un vrai tour de force. Au fil de la pièce, on peut voir le doute s'insinuer dans leur visage, dans leurs expressions ou leur gestuelle (comme conseillé plus haut, un bon placement est très judicieux en particulier dans ce type de pièce).

Et se retournement, finalement si improbable, nous parait couler de source.
23 nov. 2018
9/10
32
12 hommes en colère est un spectacle tout à fait complémentaire à Plaidoiries... parce qu'il met en relief un autre aspect de la justice, l’élaboration de la prise de décision du jury, en nous permettant de vivre ce temps particulier pendant lequel se forge cette décision, à partir d’une intuition, ou d’un raisonnement, sans qu’alors un avocat ne vienne influencer chacun des jurés, même si l’un d’eux se comporte comme tel.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le sujet je rappelle le contexte qui se situe aux Etats-Unis. 12 hommes, au cours de la délibération d’un procès, ont la responsabilité de juger un jeune homme accusé de parricide. Si pour 11 d’entre eux sa culpabilité est évidente, un juré va émettre des doutes. Or il faut l’unanimité pour prononcer un verdict d’acquittement ou la chaise électrique.

On assiste dans une tension palpable à un drame judiciaire dans lequel l’intelligence, l’humanité et la persévérance d’un seul homme vont mettre à mal les certitudes et les préjugés des 11 autres jurés, chacun habité et influencé par son histoire personnelle. Au-delà de l’enjeu du procès, cette pièce au propos éminemment moderne questionne sur la façon dont est rendue la justice, montrant à quel point les préjugés indéracinables et l’intolérance de certains peuvent décider de la vie d’un homme.

"Twelve Angry Men" a été écrit en 1953 par Reginald Rose pour le théâtre mais c’est l’adaptation cinématographique du premier film de Sidney Lumet qui l’a rendu célèbre quatre ans plus tard. Bruno Putzulu reprend le rôle tenu par Henry Fond. C'est un très beau rôle puisqu'il fera basculer l'issue, avec patience et détermination, faisait triompher le doute. Eric Lombrail assume celui (ingrat) de l'américain arcquebouté dans le conformisme.

Je n'ai pas été étonnée à retrouver au Théâtre Hébertot l’atmosphère du film à quelques nuances près. Le metteur en scène ne pouvait pas user de focales différentes pour rendre compte de la sensation d’étouffement. Il s'appuie davantage sur le décor, évoquant une pièce en sous-sol et sur la bande son, discrète, ponctuée de coups de tonnerre, avec un éclairage qui diminue au fil de la représentation.

Peu importe que le prévenu ait 16 ans et non plus 18, et que la cigarette ait disparu, il fallait bien en quelque sorte "actualiser" le contexte. Cidalia da Costa s’est subtilement inspirée des vêtements portés dans le film, nous permettant d'être dans un espace-temps qui n'est pas vraiment daté. Si les murs sont intemporels les costumes, les coiffures et une certaine manière de se tenir et de parler évoquent d'une façon à peine appuyée la fin des années cinquante, dans une Amérique très conformiste et machiste. Ce qui étonne le plus, c’est par contre l’absence de femme et de personne de couleur évidemment.

Le casting est parfait. On reconnaît chacun des jurés dont l'image était si marquée dans le film, et pourtant il se dégage une forme de contemporanéité qui tient le spectateur en haleine. Pour moi qui me souviens du film, et de chaque rebondissement, il n’y a aucune surprise et cependant je n’ai pas perdu une bribe des dialogues, tant l’interprétation est juste.
La question de la culpabilité et du doute est un sujet qui nous préoccupe tous à une époque où les réseaux sociaux semblent gouverner les opinions. La surprise est venue de la découverte d’un potentiel humoristique que je m'explique mal. Tient-il au jeu des comédiens, à la volonté du metteur en scène de rendre la soirée agréable ou était-ce le public de ce soir là qui était particulièrement réceptif aux nuances

Le premier rire a parcouru la salle à l’annonce de la sentence : c’est jugé d’avance, il est foutu. Parce qu’on sait parfaitement que non. Les dés sont pipés. La pièce ne semble alors pas pouvoir avoir la capacité à provoquer une crise de conscience comparable à celle que suscita le film. On est en France aussi et la peine de mort n’existe plus. Cependant l’erreur judiciaire est hélas éternelle et au fil de la soirée plus d’un raisonnement fera écho à des faits récents.

Mais à ce moment là c’est surtout la qualité de jeu des comédiens qu’on savoure, comme les enfants qui adorent entendre la même histoire dont ils anticipent les frissons.

À la fin, après quelques silences pesants le président de séance pourra annoncer qu’ils sont prêts pour le verdict. Les applaudissements sont à la hauteur de la satisfaction du public. Le Globe de cristal couronnant la meilleure pièce de théâtre pour l'année 2018 est amplement mérité ... on se demande où était Molière cette année là.
11 nov. 2018
8/10
39
Je n'ai pas vu le film et j'ai donc pu juger en toute objectivité.

Les acteurs incarnent tous parfaitement leurs rôles. Certes la mise en scène est épurée mais il y a un soin dans les détail comme le placement des personnages et leurs déplacements. L'argument principal a peut-être déjà été utilisé mais cela reste tout de même une joute verbale très intéressante à regarder, tant pour le jeu des acteurs que pour la réflexion sur la psychologie humaine.
Si vous pouvez essayez d'avoir une place en corbeille, ça vaut le coup d'être bien placé !
11 oct. 2018
8/10
46
Une pièce humaine, et captivante de bout en bout.

12 hommes, 12 comédiens, 12 voix justes qui s'élèvent pour donner leur avis, leurs points de vue, une simple remarque. On est d'abord un peu impressionné par cette distribution qui se dévoile, face à nous, sur toute la longueur de la scène de l'Hébertot : leurs costumes semblent les placer quelques décennies en arrière...

Mais si leurs tenues datent d'hier, leur discours est bien d'aujourd'hui. L'injustice, les préjugés, sont passés au crible, et le combat d'un homme devient celui d'un groupe pour empêcher la mort d'un innocent.

Le décor est très sobre, et la lumière subtile, nimbant juste ces personnalités pour mettre à l'honneur un texte et un jeu qui vous emporte, sans temps mort, durant 1h20.

Un succès mérité.
17 janv. 2018
8/10
119
Un huis clos psychologique sur fond de policier.

Une mise en scène assez austère, qui laisse aussi le spectateur en immersion dans la psychologie des personnages.

J'ai beaucoup aimé, bon jeu d'acteurs, très bonne pièce.
8 déc. 2017
8,5/10
139
Excellente pièce. Chacun des 12 acteurs joue parfaitement son rôle (pas de monstres sacrés ce qui ne nuit en rien à la qualité...) L'adaptation de ce chef d'oeuvre est sobrement mais efficacement mis en scène.

Dans une offre souvent décevante cette saison, cette pièce intelligente est à ne pas manquer.
27 nov. 2017
9/10
39
Évacuons la question immédiatement. Je n’ai pas vu les différents films consacrés à 12 Hommes en colère, pas plus que les affiches de ces films, ni même les DVD (ou les VHS pour les vintages d’entre nous), je n’ai même pas approché le rayon où ces derniers pourraient être rangés en magasin.
Autant dire qu’en cette soirée de novembre, devant la façade du théâtre Hébertot, j’aborde cette pièce avec une connaissance du sujet plutôt limitée. Limitée, mais pas totalement inexistante cependant. En effet, je sais que sur scène, il n’y a que des hommes, qu’ils sont douze et qu’ils sont … dans un jury.

Aussi, après une heure trente de spectacle, quel est donc mon verdict sur ce thriller judiciaire ?

Attendu que le texte est particulièrement bien écrit, n’étant avare ni en bonnes répliques, ni en rebondissements savoureux,
Attendu que la mise en scène propose un rythme soutenu propre à tenir le spectateur en haleine,
Attendu que le décor, résumé à sa plus simple expression, permet audit spectateur de ne pas laisser vagabonder son attention et de se concentrer tant sur l’histoire que sur le jeu des comédiens,
Attendu que les comédiens en question font preuve d’un talent certain et d’une belle conviction dans l’interprétation de leurs personnages, rendant dès lors ces derniers crédibles et convaincants, et qu’il convient donc de saluer la justesse de la distribution des rôles,
Attendu que ce huis clos, s’il débute sur une certaine légèreté de ton en raison d’une quasi-assurance de la culpabilité de l’accusé, parvient à créer une atmosphère plus pesante, et plutôt réussie, au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire,
Attendu enfin que 12 Hommes en colère, outre le fait qu’il s’agisse d’un spectacle, n’en ignore pas moins la dimension de la réflexion en mettant en lumière le choix de l’Homme et ses conséquences,

Le critique reconnaît la très belle réussite de cette adaptation de 12 Hommes en colère,

En conséquence, il conseille chaleureusement à toute personne à la recherche d’un beau moment de théâtre de se précipiter, sans aucune hésitation, voir cette pièce.

L’audience est levée.
14 oct. 2017
8/10
46
12 / 12 !
L'unanimité !

Aux Etats-Unis, dans les années 50, un verdict envoyant à la chaise électrique devait être prononcé à l'unanimité des douze jurés.
Jurés - é accent aigu – s .
Pas de femmes. Seuls les hommes pouvaient évidemment juger leurs concitoyens, pensait-on à l'époque... Ô tempora, ô mores !

Nous voici confrontés aux trois fameuses unités : lieu, temps, action.
Une salle de délibération au sein d'un tribunal, une heure et demie en temps réel et des débats ayant pour but de condamner à mort ou d'acquitter un jeune homme de seize ans, accusé d'avoir tué son père.

Premier vote : onze voix « coupable », une voix « non-coupable ».
Il va falloir approfondir les délibérations pour aboutir au verdict.

Dans ce spectacle, il faut absolument et totalement faire abstraction du film de Sydney Lumet.
C'est ce qu'a bien compris Charles Tordjman, le metteur en scène.

C'est dans un beau décor gris complètement neutre que vont évoluer les comédiens.
Evoluer.

Telle est l'une des principales gageures dramaturgiques : M. Tordjman a su donner de la vie à ces délibérations, il a su insuffler du mouvement, il est parvenu à déplacer justement et harmonieusement les corps afin que nous ne restions pas devant une espèce de cène.
Une scène de cène évitée, en quelque sorte.

Autre élément important qui se démarque de la version cinématographique : le rythme.
Lumet utilisait des focales de plus en plus rapprochées au fur et à mesure que le film avançait pour accroître la tension dramatique.

Ici, le metteur en scène anime de plus en plus les comédiens.
Une vraie progression rythmique, avec des moments de plus en plus tendus, des corps qui se touchent de plus en plus, une parole de plus en plus poignante, des débits de voix de plus en plus rapides.

Comme une volonté, un parti-pris de précipiter les choses, d'insuffler de plus en plus de tension brute tout au long du spectacle.

Même si la fin et la dernière réplique arrivent assez brutalement.

Et maintenant, un conseil.
Surtout, n'hésitez pas à prendre un siège près de la scène, dans les premiers rangs.
Le regard des comédiens est on ne peut plus important.

Le regard de celui qui parle, me direz-vous. Certes.
Mais également et peut-être surtout, le regard des onze autres, qui l'écoutent.
C'est assez fascinant de les observer, ces acteurs qui regardent l'autre. Quelle attention, quelle écoute, quelle concentration !

La troupe est vraiment très cohérente, menée par Francis Lombrail, en juré n°3, bien décidé à faire électrocuter coûte que coûte le jeune accusé. (Francis Lombrail a par ailleurs adapté la pièce américaine de Reginald Rose.)

Pierre-Alain Leleu est parfait en président (le juré n°1), qui a fort à faire pour maintenir un semblant de sérénité dans tout ça.

Et puis, et peut-être surtout, Bruno Wolkowitch est lui aussi très bien avec son rôle essentiel : c'est lui le n°8, l'architecte qui va manifester ses doutes le premier. Le comédien exprime de façon complètement juste et profonde l'humanité et la lucidité qui se dégagent du personnage.

Les répliques et les mimiques de Pascal Ternisien m'ont fait beaucoup rire !
Mais tous sont totalement crédibles, chacun dans son rôle, dans sa partition.
La distribution est vraiment homogène.

Alors, me direz-vous, était-il urgent de monter à nouveau cette pièce ?
L'important, c'est qu'elle soit montée de bien belle façon.
Nous assistons à une heure et demie de très beau théâtre.

Ce qui est certain, c'est qu'il est toujours jouissif qu'un auteur, un metteur en scène, des comédiens puissent nous montrer des comédies humaines habituellement cachées et donc totalement fantasmées, et puisse, par le biais de la double énonciation, nous poser des questions cruciales.

A quel moment, vous, auriez-vous manifesté des doutes ?
12 oct. 2017
8,5/10
19
La vie d’un jeune homme est en jeu, douze hommes doivent délibérer, c’est l’acquittement ou la mort. Nous sommes aux USA, la canicule n’est guère favorable à la réflexion, et l’orage prêt à éclater aussi bien au dehors qu’au-dedans.

Le suspect est un jeune homme de 16 ans accusé de parricide, son père ne valait pas grand-chose et le gosse a subi des violences depuis l’enfance. Des voisins ont vu le meurtre, ont témoigné à la barre, et ont convaincu les jurés.

Un seul juré va émettre des doutes sur le témoignage des voisins, il va décortiquer ce qui lui semble invraisemblable. Bien entendu, les onze autres sont persuadés de la bonne foi des témoins, ou ne veulent pas se poser de questions... l’un ne veut pas louper son match, les uns les autres ont leurs affaires à faire tourner, et puis il y a ceux qui se fichent pas mal de leur rôle de juré. Culture, éducation, rang social, ils sont tous différents.

Tout est donc remis en question, et peu à peu, le vernis craque ainsi que les convictions de certains. Les uns et les autres apportant leur touche personnelle dans la remise en question des témoignages.

C’est avant tout une histoire d’hommes avec ce qu’il y a de plus noir enfoui dans leur cœur. La mise en scène de Francis Lombrail est sobre, efficace, les comédiens sont remarquables.

Un spectacle passionnant qui donne à réfléchir, car demain nous pouvons être appelé à juger notre prochain.