Soeurs (Marina et Audrey)

Soeurs (Marina et Audrey)
De Pascal Rambert
Avec Audrey Bonnet
  • Audrey Bonnet
  • Marina Hands
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 18,00 à 32,00
Evénement plus programmé pour le moment
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J’ai décidé d’écrire Sœurs (Marina & Audrey) en octobre 2017 le lendemain de la première répétition aux Bouffes du Nord de la scène que Marina Hands et Audrey Bonnet ont en commun dans Actrice.

Écrire ou mettre en scène c’est répondre à des appels. Là, ni Marina ni Audrey ne me demandent rien. Elles répètent.

Mais ce que je vois devant moi est d’une telle force. Les énergies sont tellement complémentaires, que je décide de répondre à ces forces à ces énergies combinées. Je vois ce jour-là ce que va être Sœurs ( Marina & Audrey ) quelques mois plus tard. Un conflit immense entre deux personnes que tout sépare et que tout réunit. Une lutte à mort. Pieds à pieds.

Mots à mots. Corps à corps. Pour se dire à travers cette violence entre sœurs qu’une seule chose : l’amour qu’elles se portent.

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30 nov. 2018
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Si à la Villette, Sénèque et Thomas Jolly s'intéressent à l'abominable conflit qui oppose deux frères, Pascal Rambert, lui, aux Bouffes du Nord, nous plonge dans une profonde et dantesque joute verbale entre deux sœurs.
Marina et Audrey.

« Comment le langage pourra-t-il dire encore quelque chose ? », assène l'un des deux personnages à l'autre...
Le langage pour surmonter trente ans de jalousies, de passion et de haine...

Pour parler, elles vont parler ! Elles vont même faire beaucoup plus.
Elles vont hurler leur fureur, leur rancœur, leur animosité.
C'est un souffle de colère, de rage qui prend les spectateurs à la gorge dès les toutes premières secondes.
Deux boules d'énergie, deux pôles identiques de deux gigantesques électro-aimants, deux cumulo-nimbus on ne peut plus orageux vont nous sauter à la figure et aux oreilles.

Les deux comédiennes surgissent sur un plateau tout blanc, sur lequel tout reste à écrire, et surtout à dire. Leurs personnages respectifs sortent de trente ans de non-dits, de jalousies, de haine intériorisée. Tout ça doit sortir maintenant.

Elles vont éructer leurs griefs, elles vont jeter à la figure de l'autre les reproches tus trop longtemps, les jalousies plus ou moins larvées, les supposées préférences parentales.

Marina Hands et Audrey Bonnet vont crier dans des répliques très courtes ou bien dans de longs monologues tous les arguments des deux sœurs.

Mais la fureur ne concerne pas seulement celle qui dit les mots.
Il faut absolument observer attentivement la comédienne qui ne parle pas, qui ne dit rien et qui écoute l'autre pour comprendre l'état de colère de son personnage.
Le silence et les visages muets expriment autant cette colère que les invectives. C'est très impressionnant.

Alors, évidemment, on se dit « Quelle performance ! ».
Mais il y a beaucoup plus que cela.

Il y a là-dedans une dimension qui dépasse le théâtre. Très vite, j'ai oublié où j'étais pour me retrouver devant la Vie, tout simplement, pour ne plus voir que deux femmes, deux sœurs peut-être pas si ennemies que cela.

Le sidérant talent de Melles Hands et Bonnet permet cette sensation rare, mais également la langue, et l'écriture de Pascal Rambert.
Une écriture qui se prête admirablement à l'oralité, au dire et au ressentir. Une écriture brute, parfois brutale, intense et qui dit la réalité, sans s'embêter d'autres considérations.

C'est un texte sans véritable narration, sans histoire à raconter.
Seuls comptent la parole, la rage, et la haine.
Et l'Amour, aussi.
Parce que pour haïr aussi fort, il faut probablement aimer de manière aussi forte.

L'auteur est également metteur en scène.
Ce qui importe, du point de vue scénique, c'est la distance qui sépare les deux comédiennes.
Le rapport entre les mots et les centimètres qui séparent les deux sœurs est extrêmement précis, calculé au plus juste.
Avec une question qui ne tarde pas à se poser.
Au-delà des invectives verbales, les deux parviendront-elles à se rejoindre physiquement, à se toucher ? La violence ne sera-t-elle qu'oralisée ?

Et n'y aura-t-il pas quand même un instant où elles vont se retrouver, oubliant, même fugacement leur lutte ?
Je n'en dirai pas plus, afin de vous laisser découvrir une merveilleuse scène. Une scène de transition, de partage, une scène de vraie sororité, une scène bouleversante, encore plus bouleversantes que les autres, au son d'un remix du titre du groupe Black, « Wonderful life ».

La vie merveilleuse ne durera pas et le conflit reprendra de plus belle autour de chaises multicolores installées par la conférencière-Marina.

Il faut noter qu'une nouvelle fois, c'est la mort cathartique chère à Rambert, qui permet de re-tisser des ponts, même détestables entre les deux jeunes femmes.

Les merveilleuses Marina Hands et Audrey Bonnet nous bouleversent comme rarement.
Parce qu'à travers les mots de Pascal Rambert, elles s'adressent à ce qu'il y a de plus intime en nous, aux liens familiaux, aux liens du sang, ces liens qui définissent notre condition d'êtres humains.

On ressort des Bouffes du Nord complètement sonnés, totalement abasourdis.
Mais qu'est-ce que ça fait du bien, comme c'est salutaire !

C'est un spectacle indispensable et incontournable de cette fin d'année.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor