- Classique
- Théâtre de Poche Montparnasse
- Paris 6ème
Racine ou la leçon de Phèdre

- Anne Delbé
- Théâtre de Poche Montparnasse
- 75, boulevard du Montparnasse
- 75006 Paris
- Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Jean Racine où la liberté fondamentale de l’être humain à dire non, à faire des choix, à s’avancer pour témoigner de la dignité humaine.
Son œuvre dévoilée ici comme une déclaration d’amour, et Phèdre l’atome de toutes ses pièces, éclate et resplendit jusqu’au testament de sa vie.
Anne Delbée nous entraîne avec passion dans le désir racinien.
La critique de la rédaction : 5/10. Je n’ai hélas rien ressenti devant Racine ou la Leçon de Phèdre.
Pourtant, Anne Delbée est véritablement habitée par son rôle. Cette femme passionnée veut transmettre au public son amour pour Racine, le théâtre et la poésie. Elle est appuyée par musique et vidéos, qui insufflent du dynamisme à sa prestation.
Malheureusement, le récit, confus, mélange de manière bien trop absconse biographie du dramaturge du XVIIème siècle Jean Racine, déclamation de ses vers, apartés sur le déroulement de ses œuvres, ou encore références historiques.
D’autre part, j’ai trouvé que cette pièce était démesurément à la gloire de l’écrivain. J’aurais préféré plus de nuances, mieux connaitre les hauts et les bas de sa vie, entendre une analyse critique de son œuvre.
En parlant des grands écrivains et artistes comme s’ils étaient des demi-Dieux, en insistant de manière professorale sur la diction des alexandrins... J’ai trouvé ce spectacle vieille école. Je n’ai pas réussi à m’intéresser, n’ai pas été transporté.
Les autres critiques de Pierre
J'aime Racine mais je ne savais pas trop ce que j'allais voir : une pièce sur Racine ? Sur Phèdre ?
Anne Delbée nous entraîne en fait dans un voyage ou s'entremêlent subtilement la vie de Racine, celle de Phèdre et celle...
En effet, toutes les idées et astuces de mise en scène, de textes et de langages sont intéressantes pour elles-mêmes mais l'ensemble forme un imbroglio perdant cruellement...
Il y eut Sarah Bernhardt. Il y a Anne Delbée, tragédienne majuscule qui ne s'interdit pas de faire rire. Ayant le sens du drame comme peuvent l'incarner aussi les grandes rockeuses.
La veste est jetée. Elle s'empare du micro pour chanter en alexandrins. Et la ressemblance est frappante avec Catherine Ringer, qui était bouleversante dans son interprétation de Malhler à la mémoire de Fred Chichin.
La comédienne démontre la modernité de Racine, sans doute parce que la tragédie est intimement liée au théâtre. La fulgurance du texte s'empare de nous. Chacun a conscience que si elle s'est tenue éloignée pendant quelques années elle a rudement bien fait de revenir nous donner cette leçon que l'on reçoit comme une passe de rugby qui arriverait en uppercut dans l'estomac.
L'idée de ce spectacle est née un soir de 2007 où Anne Delbée s'est retrouvée comme une gitane à déclamer sur une table la déclaration d'amour de Phèdre à Hippolyte (Acte II, scène 5). C'est devenu un spectacle pensé, épuré avec un vrai décor, quelques accessoires, et une projection vidéo conçue par sa fille Emilie que l'on reconnait sur les images, à coté de son petit neveu, dans un plan séquence prémonitoire puisqu'il tient entre les mains le brigadier dont elle a reçu le Prix le 17 février dernier.
Anne Delbée est fascinante dans un phrasé grave, et pourtant léger. Pas de soierie chatoyantes ni de perruque comme pour le Phèdre qu'elle avait monté à la Comédie française en 1995. Christian Lacroix ne signe pas le costume d'homme, noir, chemise blanche un peu bouffante qu'elle porte ce soir, le bras levé à la manière d'un toréador, prêt à planter la première banderille.
Le spectacle est ultra vivant, nous faisant vivre une large palette d'émotions, débordant sur la comédie et le rire. Aucun tabou ne caviarde la biographie du grand auteur dont Anne Delbée retrace le parcours, dans ce qu'il eut d'heureux et de malheureux.
Elle enfile une robe de velours noir, dénoue ses cheveux, soudain dorés sous l'éclat des projecteurs.
Phèdre c'est quoi finalement ? Une belle-mère qui drague son beau-fils, pas de quoi en faire un fromage, une cougar qui s'excite sur un petit jeune homme. Ah,vu comme ça ..., mais alors que fait-on de la langue de Racine, de la grande langue du XVII° siècle, de cette putain de langue, comme le disait récemment -et avec admiration- un chanteur des Eagles ? Phèdre est une partition dont il faut suivre pas à pas les notes.
Le ton est donné. Rien ne sera occulté.
Plus tard Anne Delbée, danseuse, en position cinquième, mimera Molière dansant le Lac des cygnes, nous prévenant : attention il va s'envoler !
On apprend beaucoup de choses. Nous sommes des éponges infusées de cette p... de langue que l'on se surprend à grandement aimer. On reçoit une belle leçon, de théâtre, de lettres (classiques) et même de danse (classique, elle aussi) ... mais surtout une leçon de vie ... magnifique de démesure !
On peut légitimement espérer le Molière du Seul(e) en scène qui sera un argument de plus pour convaincre les programmateurs d'inscrire cette leçon dans leurs futures saisons. Deux festivals l'ont déjà retenu cet été, celui de Sarlat le 25 juillet à 21h et celui de Figeac les 26 et 29 juillet, lui aussi à 21 h.
Chic ! Revoici sur les planches, Anne la Magnifique, dans un texte, dont elle est l’auteur, aussi puissant que poétique, et qu’elle a tressé autour de la vie et de l’œuvre d’un dramaturge qui l’a toujours taraudée et qu’elle n’a jamais cessé de monter et de jouer sur scène durant toute sa vie, Jean Racine.
Portée par sa passion, la comédienne avait fini par tout connaitre, de celui qui a composé parmi les plus belles tragédies françaises, tout, c’est-à-dire aussi bien ses pièces que sa vie, publique et intime. Un jour, la grande interprète qu’elle est, a eu envie de transmettre, par le biais de la scène, ce que, dans sa vie d’artiste, cet homme, et bien sûr sa poésie, lui avaient apporté, d’ivresse, d’enchantement, de rigueur et de liberté. C’est ainsi qu’est né ce texte, au titre sans doute un peu trop sévère en regard de sa richesse et de sa flamboyance, « Racine, la leçon de Phèdre ».
Pendant une heure trente, dans un décor minimaliste, vêtue, à la garçonne d’un pantalon gris tenu par des bretelles, Anne Delbée va nous faire partager son admiration inconditionnelle pour l’auteur de « Phèdre ». Son audace de jeu va laisser pantois. Car, elle va tout oser dans ce spectacle, tout : rire, pleurer, chuchoter, déclamer, confesser, chanter, slamer, oui, slamer (avec le vers racinien, si pur, si simple, ça marche !) et même danser (sur la musique du Lac des Cygnes !). On la sent possédée par son sujet, entièrement habitée par lui. Ce qu’elle nous apprend de la vie de Racine est passionnant et ce qu’elle nous dit de son écriture et de sa poésie, d’une prodigieuse intelligence. Pas un instant, même dans les passages les plus biographiques (On en apprend beaucoup sur la vie du poète !), elle n’aura le ton professoral d’une donneuse de « leçon ». Elle ne sera que dans l’émotion, et le désir aussi de nous faire entendre et comprendre que Racine compte parmi les plus grands stylistes de tous les temps. A certains moments, notamment, quand, sans effets, presque à plat, la tragédienne interprète quelques alexandrins de « Phèdre », on acquiert soudain la conviction que la langue française est la plus belle langue du monde. Quelle leçon de théâtre, de littérature et de poésie! Quel beau moment de vie !
Le premier qui prétend que Racine est démodé, ou inaudible pour les oreilles d’aujourd’hui… envoyez-le écouter Anne Delbée…
Enseigner Racine à des lycéens relève à bien des égards d’un parcours du combattant : les difficultés de la langue classique, son lexique et sa syntaxe complexe entravent souvent la compréhension du texte. Faire la démarche d’aller voir Racine ou la leçon de Phèdre équivaut à entrer dans la cour du grand dramaturge par des détours aussi instructifs qu’étonnants.
S’appuyant sur la méthode Sainte-Beuve, Anne Delbée tente de décortiquer la galaxie Racine en plongeant au cœur de la vie de Jean. Les allers-retours sans préambule entre la biographie condensée et l’interprétation pure offrent une diversité bienvenue. L’ombre de la tragédie a toujours plané sur Racine : perdant très rapidement ses parents, sans le sou, il est bringuebalé de proche en proche jusqu’à son entrée à Port-Royal… Ses deux rencontres amoureuses décisives, avec la Du Parc et La Champmeslé se confrontent aux tirades de ses plus belles héroïnes.
En rouge et noir
Cet entrechoquement de la fiction et du réel s’insère particulièrement bien sur scène. YSL n’aurait pas renié la tenue très masculin/féminin de la comédienne qui endosse tous les costumes : la pédagogue potache, la femme ravagée par des pulsions inavouables ou l’amant en proie à la révélation de l’amour.
Un court-métrage en filigrane imaginant un Racine enfant apporte une touche d’innocence dans cet univers funeste et la suggestion érotique de corps féminins (une nuque, un dos, des bras) illustre bien à quel point tout le théâtre de Racine se fonde sur une poétique du désir.
Sur scène, le gris métallique, le noir et le blanc dominent : la couleur provient de la projection de la voix de la comédienne, de ses modulations. Comment dire Racine ? Comment trouver le ton juste sans tomber dans l’emphase ? Anne Delbée tente de répondre à ces questions loin d’être évidentes avec un art de la nuance assez remarquable. On regrettera néanmoins certains excès pas vraiment à notre goût (des tirades sur fond rock) mais on ressent une telle gourmandise de jeu, un plaisir si évident de transmettre son admiration pour cet auteur qu’on embarque volontiers dans ce voyage des sentiments.
La petite salle du Poche-Montparnasse est l’écrin idéal à un un tel présent. Tel un amphithéâtre grec miniature, la proximité avec le public y est effrayante et jubilatoire à la fois. Impossible, dans ces conditions, de ne pas être touché, atteint, frappé, remué, troublé, ébranlé par Racine. Car à l’initiative de ce cadeau-surprise, il y a une grande Dame du Théâtre. Une de celles qui côtoya les plus illustres, qui traversa un demi-siècle de théâtre classique et se refusa sans cesse à la médiocrité.
On aime son jeu d’équilibriste sur les vers raciniens, on raffole de son interprétation du Lac des Cygnes, mais surtout surtout : on l’écouterait des heures emprunter la voix d’Hyppolite, de Phèdre ou d’Andromaque. Anne Delbée débute sa leçon sur un mode léger, drôle – car la tragédie ne la rend pas triste, au contraire. La première partie du spectacle nous fait rire et sourire ; on est heureux.
Anne Delbée n’a pas uniquement écrit un texte imposant, touffu, dense, démesuré. Elle a créé une scénographie au service de cette déclaration d’amour enflammée. Sur des plaques métalliques installées en fond de scène, elle projette des images et vidéos qui prolongent le voyage.
Elle redonne à Racine son visage de 17 ans et s’adresse en priorité à la jeunesse d’aujourd’hui, aux futurs poètes. « Il faut transmettre aux gosses de dix ans les plus grands textes, c’est tellement simple la poésie, c’est du cinéma ».
Peu à peu, à mesure que la vie de l’immense auteur défile sous nos yeux, lorsqu’il commence à s’enfoncer dans sa propre tragédie, on se sent nostalgique, mélancolique, romantique. Car la vraie question du spectacle, posée par Racine, nous ramène à notre propre destin : qu’aurai-je fait de ma vie ? aurai-je aimé comme il le fallait ? Leçon de Phèdre, leçon d’amour, leçon de vie : qu’il fait bon s’instruire auprès d’Anne Delbée.
En effet, toutes les idées et astuces de mise en scène, de textes et de langages sont intéressantes pour elles-mêmes mais l'ensemble forme un imbroglio perdant cruellement son essence.
Commencer par des vers déclamés est une bonne idée et on se laisse emporter par la sonorité pour en arriver aux explications.
Anne Delbée est engagée, passionnée par Racine, nous montre son amour mais n'arrive pas à nous le communiquer. On est donc frustrés de voir les portes du Paradis s'ouvrir mais d'en rester au seuil.
Une pièce un peu rock, qui ne manque pas de ton, mais qui oublie l'essentiel : le lien avec le public !