Qui a tué mon père ?

Qui a tué mon père ?
Mis en scène par Stanislas Nordey
Avec Stanislas Nordey
  • Stanislas Nordey
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 42,00
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Dans la lignée de Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux ou Didier Eribon, l’écriture d’Edouard Louis se déploie à partir de son existence.

Après avoir marqué nombre de ses lecteurs avec ses deux premiers romans aux allures biographiques En finir avec Eddy Bellegueule en 2014 et Histoire de la violence en 2016, il répond à l’invitation du metteur en scène et interprète Stanislas Nordey, un texte à dire, à lire, une oeuvre pour le théâtre.   Ce nouveau récit se présente sous la forme d’un monologue.

Un homme se rend dans l’appartement de son père et découvre, sur une chaise, un corps abîmé, celui d’une certaine classe ouvrière d’une région défavorisée de la France d’aujourd’hui. Il prend la parole et se remémore des épisodes de son enfance dans la tentative d’expliquer comment le corps de son père en est arrivé, encore jeune, à un tel délabrement.

Dans un volte-face littéraire, le politique rejoint l’intime et raconte le corps des hommes.

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Toutes les critiques
7 avr. 2019
7/10
2 0
Une très belle mise en scène et une excellente interprétation de Stanislas Nordey dans ce monologue sur ce drame familial et social.
Toutefois, à mon avis, trop de longueur, on tourne en rond, la fin s'éternise et ce monologue s'esouffle. Dommage, car cela nuit à cette pièce qui avait réuni tous les éléments pour être excellente.
13 mars 2019
9/10
1 0
Sur le plateau, un père et un fils (Stanislas Nordey) sont assis face à face autour d’une table.
Au premier instant par sa présence et son talent Stanislas Nordey nous bouleverse et nous captive.
« Le mois dernier, je suis venu te voir dans la petite ville du nord. »
Un grand silence règne dans la salle, pendant près de deux heures, nous revivons la relation intime et profonde de ce père et ce fils qui au gré de la vie vont se rapprocher et s’accepter et s’aimer.

Ce fils nous conte ses souvenirs d’enfance au milieu de :
*la violence sociale liée à la pauvreté.
*l’alcoolisme pour oublier le malheur.
*le racisme, l’intolérance du père.
Mais aussi la face cachée de ce père secret sur son passé. Cet homme attendri par un air d’opéra aura les larmes aux yeux…

Plus tard, les relations s’adoucissent, l’amour est là. Le père finit par être fier de son fils et l’accepte tel qui est.
Le fils prend conscience que ce père fracassé par la vie et sa condition sociale n’a pas eu d’argent, n’a pas fait d’études, n’a pas voyagé…
« Tu appartiens à cette catégorie d'humains à qui la politique réserve une mort précoce. »
Son ami avait raison, l’autre qu’il lui disait
« Ton père ne voulait pas raconter son passé parce que ce passé lui rappelait qu’il aurait pu devenir quelqu’un d’autre et qu’il ne l’est pas devenu »

Il s’ensuit un merveilleux réquisitoire politique qui donne la parole aux démunis et devrait interroger certains.

La mise en scène et le jeu de lumière intensif l’émotion.
Ce texte donne envie de découvrir l’œuvre complète d’Edouard Louis.
C’est un très beau moment de théâtre que nous offre Stanislas Nordey.
13 mars 2019
9,5/10
34 0
C'est l'histoire d'un retour.
Le retour dans son village natal du Nord de la France d'un jeune qui a fui sa famille.

Un peu comme le Retour à Reims du sociologue Didier Eribon.

Stanislas Nordey met en scène en l'interprétant Edouard Louis, l'auteur du livre éponyme.
Un auteur qui n'a pas écrit un texte de théâtre.
C'est plutôt une sorte d'autobiographie de sa jeunesse, certes, mais la préface ne laisse planer aucun doute : « Si ce texte était un texte de théâtre, c'est avec ces mots-là qu'il faudrait commencer : un père et un fils sont à quelques mètres l'un de l'autre [...] »

Cette préface sera d'ailleurs dite intégralement dans le spectacle, et ce vers le milieu de ce « presque seul en scène », comme si Nordey voulait cadrer et expliciter sa démarche artistique.

« Presque seul en scène », donc, au cours des trois moments consacrés à trois formes de violence, qui composent la dramaturgie du patron du Théâtre National de Strasbourg.

Dans la première partie, il est face à ce père, de chaque côté d'une table métallique, ressemblant à une table de dissection. La dissection de la première violence de ce texte : la violence sociale.

Cette violence dont a été victime la famille d'Edouard Louis, et ses conséquences.
Sur un plateau qui va très vite se colorer en orange vif (un peu comme le plateau des Damnés d'Ivo Van Hove), Nordey la raconte, nous la décrit, nous la fait sentir, presque.

Tout ce que Didier Eribon qualifie de « verdicts » qui tombent impitoyablement : la pauvreté et son marquage social, le sexe des individus, femmes, gays, trans, sans oublier la couleur de peau...
La violence et sa répétition inéluctable de génération en génération, malgré les tentatives de sortir des cercles vicieux...

Des noirs plateaux viennent ponctuer les petits et terribles moments de vie, avec au retour lumière, d'autres pères... Je n'en dis pas plus.

Nordey-Louis raconte sans affect, d'une voix un peu monocorde ce père-ogre, qui n'avait pas les codes, qui n'avait pas à la naissance les pieds dans les bons starting-blocks, qui avait peur de voir l'intelligence et les compétences scolaires de son fils dépasser les siennes.
Qui a rejeté en bloc l'homosexualité de son fils.

Deuxième partie, la violence physique, générée par la misère, l'alcool et peut-être surtout l'ennui.
Un rideau noir est descendu. Avec des formes qui vous mettent mal à l'aise.
La voix du comédien se fait plus forte, plus tendue, plus affirmée. Le ton se durcit, encore plus tragique.

Et puis la troisième partie.
Il va s'agir d'un véritable réquisitoire.
Dans la neige. Qui tombe à petits flocons, et qui crée un tapis immaculé. La neige dans laquelle les traces restent, mais des traces qui finissent néanmoins par s'effacer.
La neige de l'accusation puis de la rédemption.

C'est le temps de la violence institutionnelle et surtout politique. La violence en amont des deux premières, la violence qu'il ne faut pas oublier, trop souvent passée sous silence.

Nous allons comprendre que le titre du livre et donc du spectacle n'est pas une question, mais bel et bien une affirmation. Sans point d'interrogation.

Le comédien va hurler des « noms illustres ».
Des noms qu'il faut avoir en permanence à l'esprit, pour ne pas les oublier, le nom de ceux qui ont fait en sorte d'arrêter de rembourser certains médicaments nécessaires au père d'Edouard Louis littéralement broyé dans son usine, de transformer le RMI en RSA, de promulguer la Loi-travail, le nom de celui qui parle des « fainéants », des « assistés », qui enlève 5 euros par mois aux plus démunis, qui oppose ceux qui portent un T-shirt ou un costume, dominés et dominants.
Chirac, Bertrand, Sarkozy, Hirsch, Hollande, Valls, El Khomry, Macron...

La charge est terrible mais salutaire. Les mots du comédien arpentant le plateau enneigé sont des imprécations. La démonstration est implacable et imparable.

Puis, ce sera la rédemption. Le père malade, condamné, qui finit par comprendre, qui finit par être fier de son fils, qui achète ses livres pour les offrir autour de lui.

Stanislas Nordey est alors très émouvant.
Mais tout au long de ces presque deux heures, il ne sera jamais dans un pathos ni un misérabilisme de mauvais aloi.
Il raconte les faits, rien que les faits, il raconte ce qui s'est passé, il dit le jeune destin d'Edouard Louis, qui le rejoindra sur scène lors de cette première parisienne.

Monter ce spectacle a dû être une sacrée gageure.
Mais le résultat est magnifique.
Le metteur en scène-comédien s'empare d'une œuvre littéraire pour nous parler de ceux dont on parle peu, voire jamais. Un focus sur cette société des petits qui souffrent, des dominés que la politique des dominants impacte dramatiquement.

Ce passage à la scène et sa restitution est une grande réussite dramaturgique qu'il faut absolument aller applaudir.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor