Pour autrui

Pour autrui
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
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Liz a 35 ans et parcourt le monde pour piloter des chantiers et faire pousser des toits végétalisés. Marionnettiste, Alexandre est souvent en tournée et dans les hôtels. Bloqués par la neige dans un aéroport à Francfort, ils se rencontrent.

C’est le coup de foudre auquel succèdent la vie de couple et l’envie d’avoir un enfant.

Mais ça ne se passe pas comme ils l’avaient prévu. La vie les emmène sur un chemin inattendu où Liz et Alexandre découvriront en eux une force insoupçonnée jusqu’à traverser l’océan pour rencontrer Rose, qui a le nom d’une fleur et l’envie de porter leur enfant.

Dans une dramaturgie du réel, Pauline Bureau explore depuis plusieurs années la vie des femmes et la société contemporaine. Avec cette création, elle éclaire ce qui fait famille aujourd’hui et bouscule les préjugés sur la notion de don.

Combien de naissances vit-on dans une vie ?

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2 oct. 2021
9,5/10
1
La surprise est venue sans doute ce soir davantage des rires que du sujet. Personne dans la salle n’ignore le thème de Pour autrui, la pièce écrite par Pauline Bureau avec l’élan qui la caractérise quand elle s’empare d’un sujet qui lui tient à coeur.

Très préoccupée par les questions de santé, elle propose une pièce qui conjugue l’intime et le spectaculaire. Beaucoup de silences, de temps qui s’étire (sans susciter le moindre ennui mais qui permet au spectateur de digérer ce qui se passe).

La scénographie est quasi insensée. Et pourtant on connait déjà le talent d'Emmanuelle Roy. (…)

Sur le fond, Pauline Bureau confronte les interrogations que l’on peut avoir en matière de GPA, mais aussi de maternité et de parentalité, et sur la filiation. Elle les combine à des soucis d’ordre écologique, ce qui n’empêche pas ses personnages de prendre l’avion, comme quoi la mesure de l’empreinte carbone n’est pas une évidence.

J'ai été touchée de multiples façons. Par ce coup de foudre entre Liz et Alex (Nicolas Chupin), par la relation fusionnelle entre Liz et sa soeur Kate (Rebecca Finet). Par l'interprétation autant jouée que dansée de Maria Mc Clurg (Rose Hutchinson). A de nombreux moments, on oublie qu'on est au théâtre, malgré l'imposant dispositif et l'originalité du propos. Sans doute pour partie parce que l'histoire est singulière.

Pauline Bureau réussit la prouesse de nous captiver en nous racontant des faits exceptionnels (il y a de multiples hasards et coïncidences dans la pièce) qui n'ont pas en soi valeur d'exemple. (…) C'est un des points forts de Pour autrui que de ne pas être militant en démontrant que c'est facile ou généralisable. Voilà aussi pourquoi j'ai apprécié que le spectacle soit réalisé pour partie en langues étrangères. Cela reste de l'exception mais on peut (et on doit) croire à une circulation possible de générosité et de respect. Sans faire mystère du coût et du contre-don. Car oui, donner ce n'est pas perdre. Et c'est très bien que le dossier du spectacle fasse le point sur l'évolution de la législation en matière de GPA.

On retrouve avec plaisir plusieurs comédiens avec qui la metteuse en scène a l’habitude de travailler. Comme Marie Nicolle, très juste en working-girl dont la vie bascule vers le bonheur puis dans le drame. Martine Chevallier est incroyable, entre deux rôles très différents. Sa composition de la mère devenant grand-mère est formidable.

Par contre, je ne suis pas certaine que le monologue de fin à propos des forêts et de la surdouance soit très à propos, laissant croire qu’un enfant conçu de manière exceptionnelle serait forcément exceptionnel, mais cette critique est mineure. On ne peut pas « tout » dire dans un seul spectacle.
29 sept. 2021
8/10
2
Liz et Alexandre se rencontrent, s’aiment, s’installent ensemble et décident tout naturellement de faire un enfant. Une histoire qui pourrait être simple mais la fatalité va en décider autrement. Liz après une fausse couche s’aperçoit qu’elle a développé une tumeur, elle doit être opérée : Hystérectomie. Elle ne pourra plus jamais porter d’enfant. Mais le désir est toujours là. Alors que faire ? C’est alors que le destin met sur sa route Rose une américaine, déjà mère de deux petits qui est prête à porter à sa place l’enfant rêvé.

La gestion pour autrui est interdite en France qui considère que ce qui fait la mère c’est l’accouchement. Cette pièce traite, comme souvent avec les propositions de Pauline Bureau, d’une injustice sociale, d’une incohérence politique qui empêche certains couples de devenir parents.

Comment faire lorsque le chemin tout tracé dont on a rêvé est bousculé par un obstacle inattendu. Quels sont les chemins de traverse envisageables, comment s’adapter et accepter de faire différemment.

Qui décide de ce qu’est la parentalité ? Dans chaque pays cette question a une réponse différente et la France a une position radicale. Pourtant c’est bien le désir qui nous fait parent.

Cette pièce aborde avec justesse et sensibilité toutes ces problématiques. C’est une histoire politique mais traitée de manière très poétique. C’est une pièce sur le vrai don, donner sans prendre mais aussi accepter de recevoir ce qui n’a rien d’évident.

La mise en scène inventive de Pauline Bureau et la superbe scénographie d’Emmanuelle Roy jouent un grand rôle dans la réussite de Pour autrui. Le jeu très naturel des comédiens et le texte très subtil aussi. On regrettera tout de même certaines longueurs, je préfère souvent qu’une pièce soit trop courte que trop longue comme j’ai trouvé que c’était le cas ici.

Cela reste une pièce très intéressante, engagée et utile. A voir !
26 sept. 2021
8,5/10
0
Emouvant, Attrayant, Intéressant.

Aujourd’hui Pauline Bureau nous conte une autre façon d’être parents, la GPA.
Un sujet intéressant dont on parle peu, légèrement tabou, mal connu, compliqué, couteux et surtout impossible en France.
Différent de l’adoption de par sa filiation génétique.

Nous suivons avec attrait Liz et Alexandre dans cette aventure. Liz spécialiste des toits végétaux et Alexandre marionnettiste se rencontrent par hasard la veille de Noël dans un aéroport où tous deux sont bloqués par la neige. Il s’en suit une belle histoire d’amour….
Plus tard Liz attend leur premier enfant mais la fausse couche arrive ainsi que la maladie. Liz ne peut plus enfanter.
La sœur de Liz, Kat vivant à San Francisco lui propose une solution ; la GPA.
Mettre au monde de façon différente…
Histoire est un peu romancée, le chemin est certainement semé de plus d’embûches dans la réalité…
La rencontre de ces deux femmes est émouvante, l’une donne, l’autre reçoit avec sérénité et bonheur. C’est beau, émouvant et la question se pose
Pour quelle raison est-ce interdit en France ?

La scénographie d’Emmanuelle Roy est magnifique et d’une grande esthétique. Au centre d’une architecture sur deux niveaux, un espace ovale nous fait penser à la nidation. C’est un beau symbole plein de poésie.
La vidéo de Nathalie Cabrol nous fait voyager de San Francisco à Paris.
La musique de Vincent Hulot intensifie nos émotions.
Pauline Bureau et ses comédiens, nous offrent une vraie chorégraphie, orchestrée avec harmonie et finesse.
Les scénettes se suivent, parfois émouvantes et graves, parfois cocasses et drolatiques.

Marie Nicolle interprète avec une grande sensibilité Liz, elle nous émeut au plus profond de nous-même.
Martine Chevalier sociétaire honoraire de la comédie française est hallucinante, c’est avec grand brio qu’elle incarne la mère de Liz tout d’abord choquée par la décision de sa fille puis attendrie au chevet du nouveau-né. Quel talent !
Nicolas Chupin joue avec grande justesse Alexandre adorant son épouse mais parfois un peu perdu.
Maria Mc Clurg , Rose nous réjouit de par sa gestuelle et son naturel.
Tous les comédiens passent d’un rôle à l’autre avec grand talent.

Très beau moment de théâtre plein d’émotion.
23 sept. 2021
9,5/10
13
Naître ou ne pas naître ?



Naître comment ?

Naître combien de fois ?

Une nouvelle fois, Pauline Bureau, que décidément je tiens pour l’une de nos plus importantes dramaturges actuelles, une nouvelle fois Melle Bureau nous propose un passionnant spectacle qui ausculte notre contemporanéité.

Celle dont j’ai vu tous les spectacles, y compris ses mises en scène d’opéra, s’est emparée à bras la corps et de façon admirable d’un des aspects modernes et hélas controversés de la parentalité.

Ce faisant, pendant deux heures et demi au cours desquelles le fond se dispute à la forme en terme de réussite, elle va nous questionner sur un verbe important : le verbe donner.
Ici, le don sera d’importance. Un don vivant qui résulte d’une gestation pour autrui. Une GPA.

La pièce commence comme une comédie romantique.

Bloqués qu’ils sont dans un aéroport, Liz, une BIM manager internationale et Patrick, marionnettiste, vont se rencontrer et s’éprendre l’un de l’autre.
Une belle histoire d’amour commence.

Et puis la maladie, le crabe vont perturber ô combien cette romance.
Liz devenue infertile, le couple va choisir d’avoir recours à la GPA pour avoir un enfant.


C’est ce parcours de vie que nous raconte de façon subtile et sans pathos aucun l’auteure et metteure en scène, dont il serait vain de nier certains éléments autobiographiques de l’entreprise.

Il y a une « patte » Pauline Bureau, une vraie identité dramaturgique et scénographique.

Immédiatement ou presque, on sait où l’on est : vrai texte théâtral, vrai sens de l’espace, magnifique scénographie sur deux niveaux et petits plateaux insérés au sein d’un plus grand, très belles videos d’images de synthèses figurant les décors, petite troupe de comédiens que l’on a plaisir à retrouver, il n’y a pas à s’y tromper.

De plus, cette fois-ci, c’est une sorte d’œuf-cocon matriciel qui figure au centre de la scène, monté sur une tournette. Le parti-pris est on ne peut plus judicieux.

La narration est faite de petits tableaux, drôles ou bouleversants, tendres ou plus tendus, poétiques ou sociologiques,
Le tout de façon fluide, « naturelle ».
Devant nous, c’est la vie que nous racontent Melle Bureau et ses comédiens, une histoire d’Humanité, un parcours humain.

Une histoire politique également. Car nous est rappelée que la GPA, légale dans beaucoup de pays, n’est toujours pas autorisée en France.

Les difficultés légales liées à une gestation pour autrui à l’étranger sont également rappelées dans une scène formidable qui illustre bien la maîtrise de l’auteure à transcrire de façon scénique un propos politique.
(On se souvient bien entendu de son merveilleux spectacle « Hors-la-loi » à la Comédie française.)



Nous retrouvons donc les membres de la compagnie La part des anges pour notre plus grand plaisir.

Marie Nicolle et Yann Burlot incarnent le couple Liz-Patrick.
Les deux sont impressionnants d’engagement.
Tour à tour émouvants, drôles, bouleversants, ils incarnent avec une vraie force leur personnage respectif.
Impossible alors de ne pas éprouver de l’empathie, impossible de ne pas en vouloir « à la malchance » qui empêche cette jeune femme de procréer, impossible de ne pas se révolter devant l’adversité, mais impossible également de ne pas être très ému par ce chemin de vie.

Impossible tout simplement de ne pas être subjugué, au sens premier du terme, par ce qui nous est montré.

Il est à noter également la dimension écologique de la pièce. (Je n'en dis pas plus...)


Et puis voici Martine Chevallier.
La sociétaire honoraire de la Comédie française va une nouvelle fois déployer toute sa palette et tout son talent pour notre plus grand plaisir.

En étonnante et hallucinante mère de Liz, c’est elle que Pauline Bureau a chargé de nous dire et interpréter tous les clichés et caricatures liés à la GPA.
Cette scène qui fonctionne à la perfection est purement et simplement hilarante.

Elle incarne également le rôle du chirurgien chargé de l’opération et du suivi de Liz. Elle est alors bouleversante.

Les autres comédiens sont eux aussi irréprochables, avec notamment Maria Mc Clurg qui incarne avec une vraie intensité de jeu et de danse le rôle de la maman qui concevra la fille du couple.

Il faut donc absolument aller voir ce spectacle qui est une ode à l’amour, au désir, à l’altérité.
Un spectacle dont on sort en étant un peu plus confiant dans le genre humain.

C’est intelligent, c’est brillant, c’est passionnant.
C’est Pauline Bureau.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor