Mère

Mère
Mis en scène par Wajdi Mouawad
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
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Mère est le troisième opus du cycle Domestique, après les solos Seuls et Sœurs et avant la création de Père et Frères.

À partir d’éléments autobiographiques, Wajdi Mouawad déploie une fiction dans laquelle le regard d’un enfant de 10 ans observe le croisement de l’histoire d’une famille en exil avec la grande histoire.

Fuyant la guerre civile libanaise, une mère et ses trois enfants trouvent refuge à Paris, tandis que le père est resté au pays pour poursuivre ses activités professionnelles.

Cinq années d’attente et d’inquiétude, pendant lesquelles tous espèrent la fin de la guerre pour retrouver leur vie d’avant. Le dernier des enfants assiste, sans pouvoir exprimer, agir ou même sans en prendre véritablement conscience, au rouleau compresseur de l’histoire écrasant la personne qui lui est la plus chère, sa mère. Il ignore alors que ces événements le marqueront à jamais, du souvenir qu’il porte de sa mère jusqu’à faire de cette histoire un spectacle.

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25 nov. 2021
9,5/10
1
Bouleversant, Dynamique, Drolatique.

Dans la salle éclairée, Wajdi Mouawad nous accueille chaleureusement, après nous avoir donné quelques recommandations amusantes.

« Si vous mangez des bonbons pendant le spectacle, enlevez tout de suite le papier cellophane pour ne pas faire de bruit ensuite. »

Puis, Wajdi Mouawad nous achemine en douceur vers sa nouvelle création ; troisième volet du cycle domestique après Seuls et Sœurs.

Il va nous conter ses souvenirs, l’image qu’il a gardée de sa mère lorsqu’il était enfant durant leur passage à Paris dans un appartement meublé du XVème.

En 1978, sa mère Jacqueline a fui la guerre civile avec ses trois enfants en pensant retourner très vite au pays et retrouver son époux Abdo resté là-bas pour travailler.

Cela devait être provisoire mais dura 5ans….

Ce sont les souvenirs de sa mère Jacqueline pendant ces 5 années d’exil que se remémore Wajdi Mouawad. Jacqueline est décédée peu de temps après son arrivée au Canada le 18 décembre 1987, elle avait 55ans et Wajdi 21.

« Je n’ai pas pleuré depuis la mort de ma mère »...


La salle entre dans l’obscurité et sur le plateau apparaissent la mère Jacqueline (Aîda Sabra), la sœur Nayla (Odette Makhlouf), et Wajdi enfant.

Jacqueline s’affaire dans la cuisine avec sa fille Nayla

Préparent-t-elles la fameuse recette « du taboulé de ma mère » dont Wajdi Mouawad nous avez donné la recette il y a quelques années au TGP ?


Jacqueline est une femme autoritaire, d’une activité débordante, cuisine ménage, cuisine, ménage……il faut s‘occuper pour oublier les angoisses, cela la rend assez intransigeante envers ses enfants, elle est préoccupée ;

Que se passe-t-il au Liban ? Abdo est-il en vie ? Quand allons- nous retourner chez nous ?

Aïcha Sabra , Jacqueline , est époustouflante, c’est un personnage haut en couleur, elle nous amuse par ses réflexions et ses contestations, son langage est imagé et cru. Elle insulte certains chanteurs, se rebelle contre les politiques…

Pour rien au monde ou presque, elle ne manquerait Christine Ockrent qui fait partie de son quotidien et l’informe chaque jour sur son pays.

Elle attend avec angoisse les nouvelles téléphoniques du Liban.

« Je m’imagine, je m’imagine, je suis obligée de m’arracher la tête pour m’imaginer »

De son jeu émane une vérité profonde, c’est une femme que la guerre détruit petit à petit et qui nous émeut.

Odette Makhlouf incarne avec grand talent Nayla et nous réjouit. Les conversations orageuses avec sa mère sont drôlatiques, il est bien difficile pour cette jeune fille de s’émanciper….

Le jeune garçon Wajdi jeune joue avec justesse et naturel. Il est remarquablement talentueux.


Wajdi Mouawad toujours aussi exceptionnel, nous chavire et nous bouleverse lors de la rencontre posthume avec sa mère c’est profond et d’une grande beauté.

C’est avec plaisir que nous rencontrons Christine Ockrent jouant son propre rôle avec conviction et humour.

La texte en Libanais apporte beaucoup d’authenticité et de couleurs, les expressions sont souvent drôles et assez épicées.

« mon chéri » qui devient « ô toi qui j’espère m’enterrera » –,
©Tuong-Vi Nguyen

Les bruitages, Les bombes, les éclairs, les vidéos nous font ressentir l’horreur de la guerre qui malheureusement sévit encore aujourd’hui au Liban.

Wajdi Mouawad offre un bel hommage à sa mère et à son pays.

Moment de théâtre magnifique à la fois bouleversant et réjouissant.
25 nov. 2021
9,5/10
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La mère qu’on voit penser…

« Mieux vaut être dans la merde que l’imaginer », nous dit-elle, Jacqueline Mouawad, la mère du petit Wajdi…

La merde, c’est la guerre civile, au Liban…
Elle, Mme Mouawad, avec ses trois enfants, elle a rejoint Paris.
Son mari est resté au pays, pour continuer à travailler et subvenir aux besoins de sa famille.

En 1978, pas de téléphone portable, pas de réseau Internet. Ce qui la relie à Abdo, c’est le téléphone filaire à cadran. Et encore, lorsque les lignes ne sont pas coupées.

Et puis le journal de 20h00 d’Antenne 2.
Condamnée à imaginer le pire en permanence, cette maman exilée !

Condamnée à vivre durant cinq ans dans une angoissante incertitude de tous les instants !

Wajdi Mouwad continue son cycle dramaturgique « Domestique », entamé avec Seuls et Sœurs.
Dans ce troisième opus, le patron de La colline va se souvenir et se regarder.
Lui, le petit garçon de dix ans, aux lunettes rouges, qui débarque à Paris, et qui va découvrir le froid, la culture française, mais aussi les moqueries et les insultes de la part de ses camarades d’école.
Le jeune Wajdi va voir se croiser l’histoire de sa famille et l’Histoire, terrible, de son pays de naissance.

La mémoire, donc.
Les souvenirs qu’il faut faire revivre, impérativement.
Parce que les événements vécus lors de cette enfance-là ont laissé quantité de marques et blessures qu’il faut exorciser.
Parce que la charge émotive vécue a fait en sorte, dans son cas, de le pousser à écrire.

Cette écriture, dans Mère, c’est le Libanais. Comme une évidence.
L’Arabe, avec en plus quantité de formules et expressions propres à ce pays.

Cette écriture-là a très peu de place pour la poésie.

Nous allons très vite comprendre que Mme Mouawad dans son appartement du XV ème arrondissement était, pour reprendre les mots de l’auteur, « une femme très concrète »…

C’est la comédienne-metteure en scène-écrivaine libanaise Aïda Sabra qui l’incarne.
Avec un extraordinaire engagement.
Melle Sabra, formée à l’expression corporelle et au mime va nous ravir, dans le rôle de cette femme très haute en couleur, avec le verbe haut, très haut, avec également la main leste envers ses enfants.
Nous allons beaucoup rire de ses envolées et diatribes très sonores, de sa gestuelle de maîtresse-femme, de ses expressions on ne peut plus imagées et de ses insultes hilarantes envers certains chanteurs français et politiques du Moyen-Orient.

Ses tirades et ses prises de bec avec sa fille sont hilarants. Nayla est incarnée de façon épatante et tout en finesse par Odette Makhlouf.

Mais elle va également beaucoup nous émouvoir, à attendre la coup de fil fatidique, à souffrir de la séparation avec son mari et de l’exil en France.

La comédienne subjugue la salle entière. Quelle composition, quel beau personnage de théâtre !


Pour illustrer le mélange des cultures, Wajdi Mouawad a choisi plusieurs angles.

La culture libanaise est surtout représentée par la tradition culinaire du pays. Durant une bonne partie de la pièce, les femmes de la maison préparent les plats libanais, qui seront dégustés à la toute fin.

En ce qui concerne la culture française, ce sont les chansons d’enfance qui sortent d’un petit transistor, et qui seront reprises, entremêlées, mixées, adaptées et interprétées de façon magnifique et déchirante par Bertrand Cantat.
Le sud, de Nino Ferrer est ainsi chanté fait frissonner le public.

Et puis Christine Ockrent en personne joue son propre rôle, en présentatrice du 20h00.
Elle finira par dialoguer, de façon drôlissime, parfois grave avec Jacqueline et Wajdi enfant. (Le jeune comédien qui l’interprétait hier en alternance était formidable !)


Dans une scène magnifique, Wajdi Mouawad va pulvériser la trame narrative, temporelle et dramaturgique en s’adressant à sa mère.
Quand un fils de 52 ans s’adresse à sa mère pour lui demander de changer d’attitude et de comportement face à lui, alors enfant.
Les spectateurs n’en mènent alors pas large, tellement l’émotion qui se dégage de la séquence est à prenante.

Le comédien-metteur en scène-auteur passera également beaucoup de temps à changer les meubles de place, dans un espace au décor réduit à sa plus simple expression.
Parce que la mémoire n’est pas infaillible, parce que la mémoire a souvent tendance à être enjolivée.
La mémoire, ce sont aussi les photos personnelles qui seront à plusieurs moments projetées. Des instantanés de vie, figés à jamais, comme l’expression de Jacqueline qui ne sourit jamais devant l’objectif.

Wajdi Mouawad continue donc à nous faire partager son histoire personnelle.

Une histoire qui explique quel artiste, quel homme il est devenu.

Cette pièce restera longtemps dans les esprits, parce que, comme d’habitude, ce qu’il nous dit de son vécu relève de l’universel.

Un homme est avant tout le fils d’une Mère.
Surtout lorsque la tragédie tisse des liens aussi intenses entre les deux.

Une véritable ovation accueille les cinq comédiens une fois les lumières rallumées.

Et ce n’est que justice.
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