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MacBeth (The Notes)

MacBeth (The Notes)
De William Shakespeare
Mis en scène par Dan Jemmett
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 16,50 à 35,50
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Macbeth (The Notes) est une sorte de performance théâtrale qui parle du processus de fabrication de la mise en scène d’une pièce de théâtre.

Sur une scène vide un metteur en scène donne ses notes aux acteurs, aux techniciens et à l’équipe artistique juste après une des avant-premières publiques de sa création de Macbeth de William Shakespeare.

Le spectacle n’est pas encore abouti et il s’agit pour le metteur en scène de donner tous les bons conseils et autres astuces de jeu à ses acteurs pour être fin prêts pour la première.
Tour à tour inspiré et exaspéré, et souvent perdu lui-même, le metteur en scène commente ses notes. Tout au long de cette séance de travail, il va défendre avec vigueur les principes avant-gardistes de sa méthode (encore peu connue) dite du théâtre de la distorsion. Pour cela, il loue le génie de son créateur vidéo allemand Rainer puis chérit obséquieusement ou fustige violemment l’acteur principal Jean-Marc, un acteur de téléfilm et autres talk-shows célèbres.


Macbeth (The Notes) est non seulement une sorte de voyage chaotique dans le cerveau de l’artiste créateur, mais aussi un saisissant point de vue sur la dévotion obsessionnelle que peuvent engendrer les grandes pièces de Shakespeare et sur les mille et une manières pour parvenir à les mettre en scène.

Note rapide
7,8/10
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Note de 4 à 7
25%
3 critiques
Note de 8 à 10
75%
Toutes les critiques
5 oct. 2019
9,5/10
1
Il n'est pas nécessaire d'aimer Shakespeare pour apprécier ce spectacle essentiel à mes yeux à quiconque désire comprendre comment fonctionne le théâtre et surtout pour vivre une soirée absolument joyeuse.

Si on m'avait dit qu'un acteur me ferait autant rire en me parlant de Macbeth j'aurais pensé qu'on se moquait de moi ... ou qu'on était fou. La création a eu lieu il y a quelques années mais le texte a été "révisé" et il pulse à grande vitesse.

C’est ce qu’on appelle dans le jargon un numéro d’acteur. Il est probable que personne d’autre que David Alaya puisse réaliser cette performance. Mais qu’importe c’est David Alaya qui est sur scène et c'est lui qu’on vient voir ... et entendre.

Ecoutons attentivement la dernière phrase du spectacle : la vie n’est qu’une ombre en marge. Un acteur se pavane sur la scène et on entend plus rien.

Mais avant cela, avant cette scène d’un dénuement extrême, avant cette scène dans laquelle l’acteur donne au public ce qu’il y a de plus intime, nous assistons à la rituelle "séance de notes" que le metteur en scène donne (et ici "joue") à l’issue d’une répétition, devant toute l’équipe artistique et technique. David Alaya est ce metteur en scène qui, notes à la main, va faire trembler chaque membre de l'équipe, et faire voler en éclat le fameux quatrième mur qui théoriquement sépare la scène du public.

Il est vrai que pour moi qui ai travaillé plusieurs années dans un théâtre national ce spectacle ne pouvait qu’être réjouissant. Tous les tics de langage y sont. Cette manière de rassurer, de complimenter et l’instant d’après d’insinuer que finalement le comédien (ou le technicien) aurait vraiment pu faire mieux… ou devrait vraiment faire mieux, je l’ai entendu.

Chaque mot sonne si vrai. Chaque geste aussi. Jusqu’à la difficulté du "metteur" à se souvenir de ce qu’il a voulu dire au moment où il a écrit une phrase dont le sens désormais lui échappe.

Il manque les réactions de l’équipe. C’est un seul en scène. Mais les spectateurs se projetèrent dans les personnages ... et se trouvent eux aussi très concernés. Ils en prennent pour leur grade, apprenant sans surprise qu’ils sont cons. Les journalistes ne sont pas davantage épargnés : Il faut tuer les critiques.

Dan Jemmett est le co-auteur du spectacle. Il a bien raison de partir du postulat que beaucoup n’ont jamais réussi à décrypter Macbeth. C’est là que le spectacle séduira puisque le metteur en scène (qui n’a pas une opinion plus positive de ses comédiens que du public) entreprend régulièrement d’analyser les rendez-vous dramaturgiques qui ponctuent la pièce et que certains ont selon lui manifestement carrément loupé.

Il explique avec des mots, des soupirs, exhortant ses comédiens à se saisir de ses indications : je vais pas le faire, sous-entendu à votre place, je suis pas acteur… !

Tout y passe depuis l’amour du théâtre oriental jusqu'aux références aux dernières créations de Macbeth (il faut oser !) en passant par les allusions au théâtre de la distorsion. Il multiplie les digressions et les anecdotes en les justifiant d'un "ça repose", et de fait elles offrent des moments de respiration avant de plonger de nouveau au coeur de la tragédie shakespearienne.

Avec notamment un oiseau du désert (un Grand Géocoucou), connu pour être extrêmement rapide à la course, devenu en 1948 le personnage de dessin animé Bip Bip (Road Runner en VO). On entendra le bruit des flèches comme en 1957 dans le film de Kurosawa, Le Château de l'araignée (qui est une transposition de Macbeth dans le japon médiéval). On mesure son désir de faire s'envoler une colombe comme dans la scène finale du film-culte de science-fiction Blade Runner tourné en 1982 par Ridley Scott, désignée sous le nom de "monologue des larmes dans la pluie", récité par le personnage Roy Batty, incarné par Rutger Hauer (décédé cet été).

Entre-temps il aura expliqué à Fred comment passer à travers le tunnel de l’imagination de l'auteur. Il aura gentiment envoyé promener celui qui fait de la recherche d’acteurs sur une utilité qui ne comporte que trois phrases et à qui il recommande de faire un stage avec… un célèbre metteur en scène dont il ne dit pas le nom, mais que les connaisseurs auront reconnu.

La soirée s'éternise. Le public est conquis et l'écouterait volontiers toute la nuit mais le régisseur finit par le couper dans son élan, lui demandant d’accélérer les notes pour ne pas déborder sur le service. Autrement dit personne n’a envie de faire des heures supplémentaires gratuites...

Je vais donc m’arrêter moi-même en vous rappelant que Macbeth (the notes) se joue à 19h au Lucernaire et je serais prof de français, j'y emmènerais mes élèves avec la certitude que je passerais ensuite une excellente année avec eux.
30 sept. 2019
8,5/10
1
Macbeth (The Notes) dévoile les coulisses et les rouages de la création d’un spectacle (ici fictif). L’idée d’aller à la rencontre du metteur en scène comme « personnage » m’a tout de suite conquise : dans ce rôle, David Ayala tient la scène avec panache durant 1h25.

Lorsque la séance de notes commence : panique ! Tout est en cours de création alors que tout devrait déjà être au cordeau. Le metteur en scène impose alors une séance de notes ou tout le monde y passe.

L'acteur qui pique du nez, les roulettes qui grincent ou encore l’acteur qui comme le coyote du cartoon doit « s’engouffrer dans le tunnel de l'imaginaire » … Avec toutes ces anecdotes, Dan Jemmett et David Ayala ont réussit à dire avec un humour mêlé de bienveillance le travail compliqué de l’esprit qui cherche à tâtons à engendrer une pièce et à se faire comprendre.

Pressé, nerveux, loquace, pleins d’idées et de mots, le metteur en scène se donne corps et âme. Quelques tirades sont même jouées (on note le travail soigné sur la lumière) : Ayala devient inquiétant, tempétueux et presque sanguinaire puis resurgit le metteur en scène souvent confus. C’est un vrai tourbillon qui met à contribution les acteurs, techniciens et l’équipe artistique imaginaire pour tenter d'expliquer Shakespeare et son empire sur les gens de théâtre.

Cela donne parfois des phrases absurdes et marquantes à la fois : « ton corps extérieur ce n'est pas mon boulot » ou « dans ce théâtre de la distorsion, ce que nous cherchons c’est de faire un Macbeth de moins ». Mille et une trouvailles s’enchaînent ainsi dans le texte et le jeu.

A condition de rester attentif, on pourrait presque suivre le cheminement de Macbeth sans l’avoir vue car par de petits indices, qui semblent être d’innocents rappels pour les acteurs, David Ayala nous explique ce qui se joue à chaque étape et nous accompagne dans ses notes. Il y a d’ailleurs quelque chose du travail d'orfèvre à avoir imaginé tous ces détails d’une mise en scène au demeurant imaginaire.

Autre signe de générosité : dans la configuration de la petite salle du Lucernaire, David Ayala réussit à s’adresser à des camarades imaginaires sans prendre à parti un spectateur précis. Le quatrième mur tient et nous permet de rire sans gêne- car certains passages sont véritablement drôles. C’est un choix brillant que de conserver cette sorte de distance.

Le tout est une performance d’acteur incontestable, un ovni qui rend hommage à ce qui se joue loin des yeux du spectateur.

La scène finale- que je ne dévoilerai pas- est le paroxysme de ce travail de créateur qui prend vie.

Une pièce de belle facture !
31 août 2019
9/10
30
« Du cul du cul du cul ! Oui, Stéphanie, c'est bien, fais moi des propositions ! »
Non, ce n'est pas Mister Weinstein qui s'exprime sur la scène du Lucernaire, mais bien Jean-Pierre !
Jean-Pierre ?

Mais oui, enfin ! Jean-Pierre, le « génial » metteur en scène dont la méthode de travail peu encore connue, « le théâtre de la distorsion » va faire assurément fureur !

Il bondit sur scène, tout en noir, Converse assorties, le cheveu gramouillé, barbe de trois jours, un cahier de notes à la main. A une semaine de la première, suite à quatre mois de répétitions de Macbeth, il réunit une nouvelle fois comédiens, techniciens pour une nouvelle séance de notes après un filage de 5h45... Si si...
Cette séance est en fait une séance d'invectives, de reproches, d'étonnants et détonants éléments de direction d'acteurs,

Dan Jemmet et David Ayala ont adapté la pièce « écossaise » , du grand Will, réputée impossible à monter. Ils ont également écrit toutes les vitupérations annexes de ce metteur en scène.

Ce spectacle a déjà beaucoup tourné, et c'est une bonne idée qu'a eue l'équipe du Lucernaire de la redonner, ne serait-ce que parce que je l'avais ratée lors de sa première exploitation.

Le but des deux hommes : nous plonger au sein même de la création artistique, à l'intérieur de la tête d'un type égocentrique, mégalo, un peu (beaucoup ?) pervers, sado-maso, narcissique, lui-même acteur raté...
Un metteur en scène, quoi...

On sait l'amour que Dan Jemmet porte à Shakespeare. Même si je n'avais pas été totalement convaincu par son Hamlet, à la Comédie Française, le metteur en scène londonien possède une connaissance shakespearienne quasi encyclopédique. Il va ici nous démontrer sa remarquable connaissance de la pièce.

David Ayala va quant à lui nous livrer une véritable performance scénique.
Il est cet ogre monstrueux, pathétique au sens noble du terme, véritable dictateur envers son équipe entière.

Le comédien force l'admiration et le respect !
Il est impressionnant d'engagement, de force, d'énergie. Sa façon d'arpenter le plateau, de prendre à bras le corps la pièce, tout ceci est époustouflant.

Et puis il est drôlissime !
Durant une heure et trente minutes, son jeu, sa gestuelle, sa façon de s'adresser aux comédiens-spectateurs que nous sommes (oui, la pièce se joue lumières allumées, il nous voit et certains d'entre nous deviennent ses souffre-douleurs, devant supporter ses reproches...) sont impressionnants.

Certains épisodes sont purement et simplement hilarants. Ah ! La mésaventure du « slip spiderman »... Ses métaphores et ses références cinématographiques, picturales sont jouissives !

A certains moments, le metteur en scène qu'il est va lui-même jouer le texte, parce que finalement, il n'y a que lui qui sait et qui sait faire. Il est alors amplifié par un micro-cravate, avec une large réverbération, étant lui seul éclairé de façon très crue et très serrée.
Runing-gag : la rupture lorsqu'il reprend immédiatement les invectives à tel ou tel membre de son équipe. Le procédé devient un peu lancinant, mais fonctionne à chaque fois, même si l'on finit par s'y attendre.

Nous est donc proposée une vertigineuse plongée au sein de la création d'une mise en scène. La caricature est-elle si féroce que cela ?
Ici, des stéréotypes, des clichés sont balancés de façon tellement drôle qu'on croit reconnaître parfois un tel ou un tel... Les énormités énoncées ne peuvent pas sortir du néant.

Nous sommes dans le registre de la farce, de la féroce causticité.
La forme permettant évidemment de réfléchir au fond.

Car ce fond est là, nous assistons d'une manière détournée à Macbeth.
Avec une interrogation permanente : et si Jean-Pierre avait raison ? C'est ce paradoxe qui est finalement fascinant.

Les dix dernières minutes montrent l'aboutissement du processus créatif de ce metteur en scène, dans un « monstrueux » tableau, hypnotique, rouge. Une scène à l'outrance jubilatoire assumée, totalement au service du propos. David Ayala est alors majestueux !
Je n'en dirai évidemment pas plus.

Si comme moi, vous aviez raté les exploitations précédentes, notamment aux Bouffes-Du-Nord, foncez donc au Lucernaire !
7 nov. 2015
7/10
157
La performance de l'acteur seul en scène est prenante, énergique, truffée de références historiques et d'actualité.
Avec plaisir on suit pendant près de 2h le jeu de scène de David Ayala.

Les notes sont entrecoupées de passages de Macbeth ce qui laisse apprécier l'écriture de Shakespeare.

La fin est dingue en effet et colle aux moments les plus terrifiants de la pièce où l'on plonge dans les doutes les plus sombres des hommes.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor