• Classique
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • Paris 6ème

L'île des esclaves

L'île des esclaves
De Marivaux
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
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On est au XVIIIème siècle. Un équipage de nobles et de serviteurs échoue sur une île où les rôles sont inversés entre maîtres et valets. La population indigène va soumettre les naufragés à un nouveau régime social, original et ambigu.
Sur les thèmes de l’égalité et de l’identité, Marivaux dénoue les paradoxes de la société des Lumières et notamment la cruauté des puissants.

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Note de 4 à 7
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1 critique
Note de 8 à 10
33%
Toutes les critiques
13 sept. 2021
7/10
2
J’étais plutôt critique à l’égard de Didier Long lorsqu’il était directeur du Théâtre de l’Atelier. Après son départ, il a un peu disparu de la circulation, et c’est finalement avec une certaine nostalgie que j’ai vu son nom à la mise en scène de cette Ile des Esclaves qui ouvre la saison 21/22 du Poche-Montparnasse, et la mienne accessoirement. J’avais envie de découvrir ce qu’il devenait, ce qu’il proposait après ces années un peu difficiles. Et je dois reconnaître que j’ai été agréablement surprise.

Cette fois-ci, pas question d’intrigues amoureuses : c’est une pièce plus abstraite que ce qu’on connaît habituellement de Marivaux, une réflexion sur l’égalité fondamentale par delà les conditions. Deux couples maître/valet, deux hommes et deux femmes, viennent de faire naufrage sur une île sur laquelle une règle particulière est appliquée : maîtres et serviteurs doivent inverser leurs rôles.

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas vu cette pièce de Marivaux. Grande fan du dramaturge, je prends toujours plaisir à redécouvrir ses textes, et, bien que ce ne soit pas sa plus grande oeuvre, je dois dire que j’ai plutôt conquise par une direction d’acteurs fine qui permet d’entendre parfaitement les intentions – et parfois même un peu trop : les dialogues mériteraient d’être resserrés afin de dynamiser le tout, sans perdre l’excellente qualité d’interprétation des comédiens.

Cette lenteur, probablement voulue par le metteur en scène qui laisse une grande place aux silences et aux regards, est un peu trop dosée un mon goût. C’est le seul bémol de ce spectacle. C’est comme si tous les éléments étaient là mais qu’il manquait un liant à notre sauce Marivaudesque. Il a pourtant proposé un tableau très cohérent, avec une couleur spécifique par personnage – l’enthousiasme d’Arlequin, la prétention d’Iphicrate, la haine de Cléanthis, le dédain d’Euphrosine – mais il a omis le coup de pinceau final, celui qui permet de donner le mouvement d’ensemble de la scène, ce petit rien qui anime notre image.

Ceci étant, je n’ai pas boudé mon plaisir. La mise en scène de Didier Long laisse entendre le profond humanisme de la pièce, les lumières de Denis Koransky permettent à cette île particulière de prendre vie sous nos yeux – on regrettera d’ailleurs les quelques problèmes techniques qui nous ont empêché de les apprécier jusqu’à la fin du spectacle. Les cinq comédiens sont excellents, chacun dans un registre et une tonalité très différente, défendant tous leur personnage avec beaucoup d’humanité.
26 août 2021
6/10
2
Nous sommes au XVIIIème siècle, un navire s’échoue sur l’île des esclaves. Sur cette île, les indigènes ont inversé les rôles : le maitre devient serviteur et vice versa. Les naufragés découvrent cette nouvelle République, guidés par les conseils avisés de Trivelin, un îlien libre. Que va t’il en ressortir ?

En ce début de saison, nous voilà face à une pièce atypique de Marivaux, qui pour une fois, quitte l’univers des jeux amoureux pour poser la question des relations maitres/esclaves. Marivaux propose via une comédie utopique sa vision des choses : la place de chacun doit être librement choisie et ce quelque soit sa naissance. Chaque maitre a des droits, certes mais aussi des devoirs envers ses servants afin que ce petit monde puisse vivre en harmonie. Il s’agit d’une vision humaniste mais pas naïve de l’homme car Marivaux sait bien que l’homme n’est bon naturellement, il doit le devenir en étant mis face à ses contradictions et travers afin de changer. Le sujet est traité très sobrement par le metteur en scène Didier Long et un peu plus de légèreté n’aurait pas été superflue. Les décors de Jean-Michel Adam et la musique de François Peyrony sont parfaitement adaptés à la nature ‘sauvage’ de l’île. La lumière, maniée avec une belle maitrise par Denis Koransky, tient une place prépondérante pour restituer l’ambiance.

Le changement de rôle qui s’effectue lors de l’échange des costumes est un classique chez Marivaux (il faut d’ailleurs souligner la belle recherche de Corinne Rossi à ce sujet) et le valet un peu paresseux devient adepte de la vengeance, la servante sera la proie du ressentiment et de la jalousie.

Des cinq comédiens présents sur scène, Il y a bien sur Hervé Briaux qui campe parfaitement un Trivelin austère à souhait mais celui qui éclaire la pièce avec les saillies humoristiques de Marivaux , c’est Pierre-Olivier Mornas qui est un Arlequin qui nous fait rire avec son air mal réveillé et sa naïveté touchante.
25 août 2021
9/10
15
Une île, entre le ciel et Marivaux…
Une île-république, dont la devise pourrait bien être : liberté, identité, humanité.

Pour cette rentrée au Poche-Montparnasse, Didier Long a entrepris de mettre en scène cette pièce qui n’est pas la plus montée de l’auteur.

Marivaux délaisse pour un temps sont thème de prédilection, les méandres amoureux, pour nous proposer sa vision de la justice sociale.
Prévoyant probablement qu’autour de lui, les rapports sociaux et sociétaux ne peuvent plus longtemps rester en l’état, il imagine cette île sur laquelle les rôles sont inversés : les maîtres deviendront esclaves, la réciproque étant également vérifiée.


Pour autant, Marivaux n’est pas un révolutionnaire de 1789, encore moins de 1793.
Pour lui, le changement doit intervenir avant tout par le besoin d’une prise de conscience : chaque homme et chaque femme doit chercher à savoir qui il ou elle est, la recherche pour chacun de son identité propre devant aboutir à l’obtention de l’humanité.

C’est donc ce qu’a bien compris Didier Long, qui n’a pas comme certains de ses confrères axé son propos sur une vision trop politique et « politicienne » de l’œuvre.
Ici, dans cette île-caverne platonicienne, il sera principalement question du « gnothi seauton », le « connais-toi toi-même » grec.

Dans un travail tout en précision et fluidité, le metteur en scène nous parle de regards.
Le regard que l’on porte sur l’autre, mais aussi et surtout, le regard porté sur soi-même.

Le beau décor de Jean-Michel Adam, avec à jardin de grands miroirs, avec ou sans tain, permet d’ailleurs d'amplifier ces regards.
Les regards, qui auront une place primordiale, dans ce spectacle.
Je vous conseille d’ailleurs de jeter un œil sur les comédiens qui ne s’expriment pas, et qui s’observent les uns les autres, ou bien encore contemplent leur propre reflet.
Pour se connaître, il faut se regarder.

Ces comédiens vont nous procurer beaucoup d’émotions et de plaisir.

L’élégance et la grâce seront omniprésentes.
Le public tombe très rapidement sous le charme de la petite troupe.

Un habitué des lieux, Hervé Briaux, (comment oublier son magnifique spectacle « Tertullien », ici même), Hervé Briaux, donc, campe un impressionnant Trivelin, sorte de GO de ce Club-Med très particulier.

En philosophe-maître des lieux, il donne à son personnage une autorité et un charisme incontestables. En manteau noir contemporain, parmi des costumes plus XVIIIème siècle, de sa voix grave, qu’elle soit portée ou chuchotée, il inspire respect et confiance.
Un type qu’on n’a pas envie de contester, et qu’on est prête à suivre les yeux fermés.
(Son premier verbe à l’impératif, presque crié du fond de la salle, résonne encore à mes oreilles.)

La façon qu’il a d’accoucher les nouveaux îliens de leur autocritique (pour reprendre un concept perverti du XXème siècle), cette façon-là est admirable.

Pierre-Olivier Mornas est quant à lui un grand Arlequin.
C’est surtout lui qui va mettre en évidence les traits d’humour dont Marivaux a truffé sa pièce.
Oui, le comédien, ébouriffé tout au long du spectacle, va nous faire beaucoup rire.


Sa façon d’observer ses camarades, ses mimiques, sa gestuelle (la scène de séduction avec une langue digne de celle du loup de Tex Avery est irrésistible), sa démarche parfois étonnante ravissent les spectateurs.
Pour autant, le comédien nous démontre sa large palette de jeu en devenant très émouvant, à la toute fin du spectacle.
Un grand Arlequin, vous dis-je !

Julie Marbœuf et Frédéric Rose sont Euphrosine et Iphicrate, les maîtres devenus serviteurs.
Tous les deux parviennent subtilement à nous montrer le dur chemin intérieur qui est celui de leur personnage.
Les deux nous font parfaitement comprendre le changement qui s’opère dans l’esprit de ces nobles arrogants devenus beaucoup plus humains.

Et puis Chloé Lambert, en servante affranchie et promue, va elle aussi nous ravir.
Dans de longues tirades, la comédienne nous brosse de façon sidérante le portrait sans concession de sa ex-maîtresse.

Elle est souvent déchirante, à nous dire ce que son personnage a subi, les quolibets, les insultes, les moqueries.
Elle aussi parvient tout en finesse, notamment dans la dernière partie, à nous faire comprendre le changement intérieur qui s’opère dans son personnage, et puis surtout, elle nous fait comprendre quelle peut être la difficulté d’accepter ce changement.
Sa Cléanthis restera elle aussi longtemps dans nos esprits.

Je n’aurai garde pour terminer d’oublier de mentionner deux pléonasmes : les beaux costumes de Corinne Rossi, qui ré-interprète la mode du XVIIIème siècle, et la jolie musique de François Peyrony, avec notamment une entrée en matière au clavecin très réussie.
Coup de chapeau également Denis Koransky pour ses belles lumières. (Difficile d'éclairer, avec des miroirs sur un plateau...)

On l’aura compris, voici un premier spectacle incontournable de cette rentrée 2021/2022.
Il faut aller aller sur cette île de la confrontation.
Qu’on se le dise !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor