Critiques pour l'événement L'île des esclaves
13 sept. 2021
7/10
2
J’étais plutôt critique à l’égard de Didier Long lorsqu’il était directeur du Théâtre de l’Atelier. Après son départ, il a un peu disparu de la circulation, et c’est finalement avec une certaine nostalgie que j’ai vu son nom à la mise en scène de cette Ile des Esclaves qui ouvre la saison 21/22 du Poche-Montparnasse, et la mienne accessoirement. J’avais envie de découvrir ce qu’il devenait, ce qu’il proposait après ces années un peu difficiles. Et je dois reconnaître que j’ai été agréablement surprise.

Cette fois-ci, pas question d’intrigues amoureuses : c’est une pièce plus abstraite que ce qu’on connaît habituellement de Marivaux, une réflexion sur l’égalité fondamentale par delà les conditions. Deux couples maître/valet, deux hommes et deux femmes, viennent de faire naufrage sur une île sur laquelle une règle particulière est appliquée : maîtres et serviteurs doivent inverser leurs rôles.

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas vu cette pièce de Marivaux. Grande fan du dramaturge, je prends toujours plaisir à redécouvrir ses textes, et, bien que ce ne soit pas sa plus grande oeuvre, je dois dire que j’ai plutôt conquise par une direction d’acteurs fine qui permet d’entendre parfaitement les intentions – et parfois même un peu trop : les dialogues mériteraient d’être resserrés afin de dynamiser le tout, sans perdre l’excellente qualité d’interprétation des comédiens.

Cette lenteur, probablement voulue par le metteur en scène qui laisse une grande place aux silences et aux regards, est un peu trop dosée un mon goût. C’est le seul bémol de ce spectacle. C’est comme si tous les éléments étaient là mais qu’il manquait un liant à notre sauce Marivaudesque. Il a pourtant proposé un tableau très cohérent, avec une couleur spécifique par personnage – l’enthousiasme d’Arlequin, la prétention d’Iphicrate, la haine de Cléanthis, le dédain d’Euphrosine – mais il a omis le coup de pinceau final, celui qui permet de donner le mouvement d’ensemble de la scène, ce petit rien qui anime notre image.

Ceci étant, je n’ai pas boudé mon plaisir. La mise en scène de Didier Long laisse entendre le profond humanisme de la pièce, les lumières de Denis Koransky permettent à cette île particulière de prendre vie sous nos yeux – on regrettera d’ailleurs les quelques problèmes techniques qui nous ont empêché de les apprécier jusqu’à la fin du spectacle. Les cinq comédiens sont excellents, chacun dans un registre et une tonalité très différente, défendant tous leur personnage avec beaucoup d’humanité.
26 août 2021
6/10
2
Nous sommes au XVIIIème siècle, un navire s’échoue sur l’île des esclaves. Sur cette île, les indigènes ont inversé les rôles : le maitre devient serviteur et vice versa. Les naufragés découvrent cette nouvelle République, guidés par les conseils avisés de Trivelin, un îlien libre. Que va t’il en ressortir ?

En ce début de saison, nous voilà face à une pièce atypique de Marivaux, qui pour une fois, quitte l’univers des jeux amoureux pour poser la question des relations maitres/esclaves. Marivaux propose via une comédie utopique sa vision des choses : la place de chacun doit être librement choisie et ce quelque soit sa naissance. Chaque maitre a des droits, certes mais aussi des devoirs envers ses servants afin que ce petit monde puisse vivre en harmonie. Il s’agit d’une vision humaniste mais pas naïve de l’homme car Marivaux sait bien que l’homme n’est bon naturellement, il doit le devenir en étant mis face à ses contradictions et travers afin de changer. Le sujet est traité très sobrement par le metteur en scène Didier Long et un peu plus de légèreté n’aurait pas été superflue. Les décors de Jean-Michel Adam et la musique de François Peyrony sont parfaitement adaptés à la nature ‘sauvage’ de l’île. La lumière, maniée avec une belle maitrise par Denis Koransky, tient une place prépondérante pour restituer l’ambiance.

Le changement de rôle qui s’effectue lors de l’échange des costumes est un classique chez Marivaux (il faut d’ailleurs souligner la belle recherche de Corinne Rossi à ce sujet) et le valet un peu paresseux devient adepte de la vengeance, la servante sera la proie du ressentiment et de la jalousie.

Des cinq comédiens présents sur scène, Il y a bien sur Hervé Briaux qui campe parfaitement un Trivelin austère à souhait mais celui qui éclaire la pièce avec les saillies humoristiques de Marivaux , c’est Pierre-Olivier Mornas qui est un Arlequin qui nous fait rire avec son air mal réveillé et sa naïveté touchante.